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Médaille d'honneur offerte à H. Milne Edwards

M. H. Milne Edwards ayant terminé son grand Ouvrage sur la Physiologie et l’Anatomie comparées, une Commission s’est formée, sous la présidence de M. de Qnatrefages, pour lui offrir une médaille commémorative. L’exécution en a été confiée à M. Alpliée Dubois. Les savants de tous les pays ont voulu prendre part à cet hommage d’admiration et de gratitude. Une délégation est venue en leur nom, au Muséum d’Histoire naturelle, remettre à l’illustre doyen des Physiologistes l’exemplaire en or de la médaille qui lui était destinée.

MM. Dumas, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences; de Qnatrefages, Blanchard, Marey, membres de l’Institut; Brown Sequard, professeur au Collège de France; Sappey, professeur à la Faculté de Médecine;

Vaillant, professeur au Muséum; G. Masson, éditeur des Œuvres de M. Milne Edwards, étant réunis dans la salle du Conseil des professeurs, se sont rendus auprès de l’illustre doyen de la Faculté des Sciences, qu’ils ont trouvé au milieu de sa famille.

M. de Quatrefages, en remettant à M. Milne Edwards la médaille, qui en reproduit les traits de la manière la plus heureuse, s’est exprimé dans les termes suivants :

« Monsieur Edwards, mon bien honoré confrère, notre vénéré maître à tous,

» Nous venons vous offrir la médaille qui transmettra vos traits à la postérité. Nous vous l’apportons au nom des savants du monde entier, mais surtout au nom des zoologistes, des anatomistes, des physiologistes.

» Je n’ajouterai que peu de mots. Un long discours serait déplacé dans cette fête de famille ; il serait d’ailleurs inutile. — Tous ici, nous connaissons vos mérites; tous nous savons pourquoi notre appel a été si bien entendu, lorsqu’il s’est agi de vous rendre hommage.

» Le premier Mémoire que vous ayez lu à l’Académie date de 1823. — Depuis cette époque, vous n’avez cessé d’agrandir le champ de la Science par vos recherches

personnelles et d’enseigner par la parole ou par la plume, vos émules d’abord, puis les générations qui grandissaient à vos côtés.

» Voilà donc près de soixante ans que durent ces travaux, cet enseignement. Et, pour couronner votre œuvre, vous avez réuni dans un seul Livre les immenses trésors de savoir amassés par ce long et noble labeur. Vos Leçons présentent le tableau complet du passé et du présent des sciences anatomiques et physiologiques, avec leurs détails infinis qu’embrassent et coordonnent des idées générales, toujours précises autant qu’élevées. Ce Livre marque dans l’histoire de ces sciences une véritable époque. Il est dès à présent pour nous, il sera pour nos arrière-neveux ce que les écrits de Haller ont été pour ses contemporains et pour la postérité.

» Voilà ce qu’ont compris même les hommes étrangers à vos études habituelles, et voilà pourquoi nous sommes autorisés à vous remettre cette médaille au nom du monde savant tout entier. »

M. Blanchard a ajouté :

« Monsieur Milne Ejdwards, je ne vous tiendrai pas un long discours. En cette circonstance, je dois vous faire mon compliment, et ne songeant en aucune façon

à vous distribuer des éloges, — de ma part il n’y aurait pas convenance — je veux évoquer quelques souvenirs.

» Il y a quarante et quelques années, monsieur Milrie Edwards, que j’ai eu l’honneur de vous connaître. J’ai bien compté, j’avais tout juste quatorze ans.

» Vous étiez alors engagé dans la publication de votre Histoire générale des Crustacés , — un Ouvrage devenu classique, qui a été le point de départ de toutes les études sur cette grande division du règne animal.

» Dans ce temps, on parlait beaucoup de vos découvertes dans l’ organisation des animaux marins, de vos recherches exécutées sur le littoral de la France, pour une part en collaboration avec votre ami, Victor Audouin. — En général, les naturalistes avaient étudié les animaux marins dans le cabinet; vous eûtes l’idée qu’il serait mieux de les observer sur leur domaine, dans les actes de leur vie. — Le monde savant avait applaudi.

» Vous deveniez professeur au Muséum et vous me trouviez aide-naturaliste attaché à la chaire à laquelle venaient de vous porter tous les suffrages. Je n’ai rien oublié de ce temps dont nous sépare près de quarante années. Une pensée vous dominait, cher Maître : donner une forte impulsion à notre science. Vous excitiez à la

recherche par votre exemple; par vos conseils, vous indiquiez à de jeunes naturalistes les voies à suivre. Pris du désir de faire une exploration dans les parties chaudes du littoral de la Méditerranée, vous nous entraîniez en Sicile, M. de Quatrefages et moi. — On en revint avec une moisson.

» Vous apportiez à la Science une lumière nouvelle; vous montriez pour la première fois comment s’accomplissent certaines fonctions de la vie, lorsque les appareils organiques demeurent dans un état d’imperfection

relative. Bientôt vous réussissiez à fournir mille preuves

que le signe du plus haut perfectionnement des organismes se manifeste par la division du travail physio-

logique.

» Vous étiez jeune encore, monsieur Milne Edwards, et déjà on saluait en vous un maître, on reconnaissait un chef.

» Les témoins, maintenant un peu rares, de cette époque se rappellent combien, partout où la Science était en honneur, on s’inquiétait des travaux sur l’organisation des animaux marins et des animaux inférieurs qui s’exécutaient en notre pays. Dans l’espace de peu d’années nous avons eu parmi nous la plupart des zoologistes, anatomistes et physiologistes du monde. La première porte où ils frappaient, c’était la vôtre.

» A cette époque, heureuse pour la Science me semble-t-il, on jugeait votre santé assez délicate; il a paru depuis à tous les yeux que votre amour de la Science vous avait donné les forces que la nature vous avait refusées.

» En effet, vous méditiez une œuvre gigantesque où sur l’ensemble d’une Science vos vues seraient exposées. Votre illustre ami, M. Dumas, ne se trompait pas le jour où il disait, dans une de ses merveilleuses Notices biographiques, que le savant a besoin d’une longue vie. Préparé par vos nombreuses investigations personnelles, par votre long enseignement, par vos lectures infinies, vingt-cinq années de travail assidu vous ont été nécessaires pour accomplir l’œuvre immense que nous avons le bonheur de voir aujourd’hui totalement achevée.

» Il m’a été rapporté que divers étrangers de haute compétence avaient plus d’une fois lancé cette parole : « Bien des auteurs ont, avec plus ou moins de succès, » mis au jour des Manuels ou des Traités pour ceux qui » étudient; seul, Milne Edwards en a fait un pour » les maîtres. » En moins de mots, saurait-on exprimer plus complète vérité?

» Dans les Leçons sur la Physiologie et V Anatomie comparée , tout est résumé, tout est cité. Aussi, dans des

travaux particuliers, combien d’auteurs étalent une facile érudition! Quelques-uns en laissent voir la source; mais d’autres, et ce ne sont pas les moins nombreux, tâchent de ne rien laisser voir du tout; ils ont peut-être la naïveté de croire que personne ne reconnaîtra d’où ils ont tiré l’apparence de leur savoir.

» Dans les Leçons sur la Physiologie et V Anatomie comparée , les investigateurs trouvent sur chaque question, l’état actuel de la Science, les indications les plus précieuses sur les faits controversés ou mal éclairés, les directions les plus utiles pour de nouvelles recherches. Longtemps on tirera profit d’un tel Ouvrage.

» Je me figure l’impression que produira la lecture attentive des Leçons sur la Physiologie dans un siècle, dans deux ou trois siècles. La Science aura réalisé, je pense, de magnifiques progrès. Grâce à votre œuvre, cher Maître, on pourra sans trop de peine en déterminer exactement l’importance et comparer les idées régnantes à diverses époques. C’est à regretter de ne pas revenir en juger soi-même.

» Pendant de longues années, nous l’espérons, et j’en forme le vœu de toute l’ardeur de mon âme, il vous sera donné de voir les avantages que votre œuvre procure à la Science et à ceux qui la cultivent. C’est une joie qui vous sera justement réservée.

» Souffrez donc, cher Maître, que je joigne mes félicitations à celles qui viennent de vous être adressées, en vous offrant l’expression de mes sentiments de vieille et respectueuse affection. »

M. Dumas, prenant la parole au nom de l’Académie des Sciences, s’est exprimé en ces termes à son tour :

« Désigné par l’Académie pour la représenter dans cette réunion de famille, j’ai accepté cette mission avec bonheur. Le plus ancien de vos amis, mon cher Milne Edwards, je suis aussi le plus intime témoin des travaux qui ont illustré votre vie, et mieux que personne je comprends combien sont fondés les sentiments de respect et d’affection dont l’Académie vous entoure.

» Dans ce Jardin des Plantes, sur lequel tant de générations, par les efforts du génie, ont appelé la vénération de tous les esprits élevés, l’Académie voit en vous le gardien de leurs nobles traditions et le représentant le plus autorisé de la Science française. Avec la passion du vrai, la hardiesse d’un esprit ferme et la prudence d’un esprit sage, vous avez tracé le tableau complet de la vie, sous tous ses aspects, en anatomiste consommé, en physiologiste pénétrant, en physicien ou en chimiste exercé. Avec vous, la Physiologie dans son acception la plus haute et la plus large, a pénétré pour toujours dans l’étude de la classification des êtres.

» Vous avez eu, mon cher ami, le rare bonheur de commencer jeune, de poursuivre en votre maturité et de terminer dans la plénitude de vos forces un Ouvrage qui restera comme un monument.

» Vous avez eu un bonheur plus rare encore : vous avez vu s’élever auprès de vous, se former à vos leçons, s’inspirer de votre exemple et marcher sur vos traces, un fils digne de vous, un confrère prêt à construire à son tour le monument qui couronnera sa vie, digne de continuer celui que vous léguez à la postérité, un émule, enfin, qui n’oubliera jamais le spectacle touchant dont il vient d’être le témoin. »

M. Milne Edwards a remercié avec émotion le Comité de ce témoignage d’estime, dont il a été profondément touché. Il était heureux d’avoir pu mener à bonne fin* cette œuvre, objet de ses constantes préoccupations depuis ses débuts dans la carrière scientifique; il ne l’est pas moins de voir ses efforts appréciés par ses confrères de l’Académie, par ses collègues du professorat et par les zoologistes ou les anatomistes dont il s’est proposé de mettre les découvertes en évidence ou de faciliter les travaux.

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