‹ Médailles Grecques (volume 2)Chapitre 15 sur 15 · D’UN ROI INCONNU DU BOSPHORE -CIMMÉR1EN · texte numérisé non relu

D’UN ROI INCONNU DU BOSPHORE -CIMMÉR1EN

JLes planches ajoutées au mémoire précédent étoient déjà gravées et l’impression du texte presque terminée , lorsqu’un amateur distingué en Numismatique m’a communiqué , comme très -intéressante , une Notice sur les médailles de Rhadaméadis , Roi inconnu du Bosphore- Cimmérien ; par M. J. de Stempkovsky , Colonel au service de Russie, correspondant de t académie Royale des Inscriptions et belles Lettres de l'Institut de France j à Paris, «8aa. 8. L’auteur, m’a-t-il dit, est correspondant de l’Institut de France, et sa dissertation a été jugée digne d’être lue dans une des séances de cette société savante. Après avoir jetté les yeux sur le titre , j’ai répondu que Rhadaméadis m’étoit parfaitement inconnu, -et que je pouvois même assurer qu’aucun Roi de ce nom n avoit jamais tenu le sceptre, ni du Bosphore, ni d’aucun autre royaume sublunaire, depuis la création du monde jusqu’à nos jours.

Ayant l’avantage de connoître l’estimable auteur de cette Notice , c’est avec regret que j’attaque scs opinions. Mais j’ai parlé dans mon mémoire précédent des mêmes médailles que lui} et je ne pouvois, par cette raison, me dispenser de dire mon sentiment sur le nouveau Roi qu’il a voulu faire connoître aux amateurs de la Numismatique ancienne. J’ai combattu, outre les raisons que M. de S. a alléguées pour soutenir la prétendue découverte de ce Roi inconnu du Bosphore - Cimmérien , quelques autres assertions qu'il a avancées sur l'antiquité, l’histoire et les médailles , et j’ai tâché en même tenu d’éclaircir quelques autres points de l’histoire du Bosphore.

M. de S. p. 4* de sa Notice parle de son voyage en Crimmée, et dit y avoir visité les ruines de Myrmécium •t de quelques endroits du Bosphore -Cimmérieu. Je re-

grette qu’il ne nous ait pas nommé ces endroits du Bosphore , car il a pu être , dans ses excursions , plus d’une fois dans l’erreur. Concernant Myrmécium, par exemple, il a suivi une opinion erronée , lorsqu’il a pris quelques restes d’architecture qui me sont très bien connus , pour des ruines de ce lieu , dont il n’existe absolument plus de vestiges.

I/auteur raconte, p. 5 la découverte de sa médaille, qu’il décrit aux pages suivantes, ensemble avec les deux autres dont il nous a donné la gravure. Aous touchons ici le but principal de son livre , la découverte de son prétendu Roi Rhadaméadis. Les trois médailles citées par M. de S. portent chacune le nom de Rhadamsès, et non pas celui de Rhadaméadis qu’il a cru y découvrir. J’ai vu la médaille du no. a. et j’en possède une empreinte. La légende de son avers , exécutée en lettres mal formées , mais assez distinctes, est :

BACIA .... AAMC

M de S. a vu, après la lettre M, uu E, au lieu d’un C. Mais si sur sa médaille, le C paroit en effet avoir la forme d'un E, ce n’est qu'un accident , qui provient de la rouille ou de la maladresse du graveur , et on ne l’observe que dans un exemplaire qui est à peine de conservation médiocre. Cet E supposé ne peut donc rien prouver contre l’autorité de plusieurs exemplaires de très belle et même d’une parfaite conservation , qui sont ici au cabinet Impérial et dans une collection particulière , ni contre d’autres qui sont aux cabinets de Vienne et de Munie, et que j’ai cités ci-dessus.

Après la lettre C vient le B, que M. de S. a pris pour un A. Mais cette manière de lire vient d'un B imparfait et dont une partie est indistincte.

Telle est la médaille qui a induit en erreur M. de S. et qui lui a fait lire sur les deux autres le même nom imaginaire. Quant à la médaille du no. i. qui se trouve dans la belle collection de mon digne et savant ami, M. de Blaramberg à Odessa, je doute fort que l'on y trouve indiqué l’an ZX. 607. cette médaille étant, comme le dit l’auteur, p. 7. mal conservée et fruste, comme le sont.

par rapport aux légendes , les deux autres dont il a été question. Mais il faut avouer que si cette médaille est en effet marquée de l’époque ZX, elle seroit alors extrêmement remarquable , et devroit être classée parmi les pièces uniques.

11 résulte des quatre médailles que j’ai fait graver pour mon mémoire (pl. II. m. 8. 9. 10. n.) que Rhadamses, à qui M. de S. donne , p. 7. „un règne de plusienrs années", ou qui doit, p. 7. ,, avoir régné au moins pendant l’espace «le huit années" , n’a occupé que «quatre ans le trône du Bosphore. Si le même auteur croit , p. 4 avoir rempli , par ses médailles nouvelles , une lacune de huit années dans les annales du Bosphore , il est dans l'erreur : les trois médailles publiées par lui , ne remplissent qu'une lacune d’une seule année.

M. de S. nomme , p. 6. l’objet «qui se trouve sur l'avers de la première médaille, d’une manière peu précise, ,,un sceptre en forme de massue"} il prend pour un sceptre le même objet figuré sur les deux autres médailles. J'observe qu'on voit sur le revers de toutes les médailles de Rhadamses qui sont venues à ma connoissance , une massue devant la tête impériale. Cette massue y est rudement indiquée , mais on ne peut pas la confondre avec le sceptre que nous offrent plusieurs médailles des Rois antérieurs du Bosphore.

L’expression dont s’est servi M. de S. p. 7. en disant que le Roi dont il restitue lç nom à l’histoire , „a gouverné les peuples du Bosphore - Cimmérien" , n’est pas claire et précise. 11 faut observer qu’à ces Rois étoient soumis les Grecs établis dans la péninsule de Panticapaeum , ceux qui habitoient les villes de la Sarmatie d'Asie, et plusieurs peuplades des Sarmates, connues dans l'antiquité sous le nom de Maeotes. Ces faits sont prouvés par le témoignage des anciens Géographes , et par deux inscriptions précieuses de Paerisades I. dont j’ai parlé dans un mémoire actuellement sous presse en Allemagne.

D’après tout ce que je viens de dire il ne peut plus étte question d’un Roi du Bosphore nommé Rhadaméa-

«lis. L'auteur de la Notice a été induit en erreur, comme je l'ai démontré, par des médailles mal conservées, frustes et portant des légendes indistinctes et incomplètes, comme il en convient lui-méme , p. 7. On seroit par conséquent moins fondé à lui reprocher d’avoir voulu mettre sur la scène un Roi imaginaire , que de n’avoir pas attendu «pue le hazard lui eut procuré un exemplaire mieux conservé d'une de ces médailles. Ces pièces sont rares sans doute, mais non autant à beaucoup près que celles du Roi Aréansès. M. de $. paroit lui même s’accuser d’un peu de précipitatiop, lorsqu’il dit, p. 7, uoÇe 1 : „il faudroit cependant pour pouvoir prononcer avec une entière certitude sur ce nom , avoir des médailles de ce Roi mieux conservées que celles que je viens de décrire". Mais ce qu’il avance , dans le texte t fl.t ,,ces trois médailles précieuses restituent "5 l’histoire le nom d’un Roi, dont le passage sur la terre auroit été éternellement ignoré sans le secours de ces petits monumens , échappés au grand naufrage de l'antiquité (?)“ j se trouve en contradiction directe avec l’aveu précédent , de manière que le lecteur est dans le doute sur la véritable opinion de M. de S.

Pour employer l’analogie à la défense du nom de Rhadaméadis, auquel on doit substituer sans hésitation celui de Rhadamsès, il observe, entr'autres, p. g — 10: que le nom de ce Roi n’est pas plus barbare que celui d’Ininthimevus , de Teiranes , et de Thothorses , auxquels il auroit pu ajouter ceux de Rhoemétalces , et de Rhescuporis , dont le dernier nom fut en usage parmi ces Dynastes depuis l'Empereur Tibère jusqu'à l’extinction de leur royaume. J’observe en passant, que cest une grande erreur que d’avoir écrit, h l'exemple de Visconti, Ininthimévus au lieu d’Ininthimeyus. L’étymologie et les analogies de ce nom sarmate nous étant entièrement inconnues , on doit suivre scrupuleusement l’orthographe que nous offrent les médailles de ce Roi. M. de S. cite plusieurs noms qu'il compare avec celui de Rhadaméadis ; mais le dernier seulement offre une affinité parfaite , non avec Rhadaméadis, mais avec Rhadamsès. Ce nom est Rhadampson , et non Rhadampsonus, comme l’a écrit M.

de S. On le lit sur une inscription d Olbia que j'ai copiée lors de mon premier voyage eu Crimmée. Voici les ligues où il se trouve :

NOTMHNIOS

PAÙAM^XIN

L'auteur de la Notice paroît n’avoir pas d’idées claires sur l’origine des familles qui ont successivement occupé le trône du Bosphore-Cimmérieu ; du moius ou croit s’en appercevoir dans ce qu’il eu dit , p. 9 : „la race des anciens Bois étoit déjà depuis long- teins éteinte, et le trône y fut lour-à-tour occupé par des usurpateurs, qui pour la plupart paroissent avoir été de la race des barbares du voisinage". Mais le troue du Bosphore n’a jamais été occupé par un individu „de la race des barbares du voisinage", et tous ces Rois, excepté Polémon II, et son successeur Mithradate , depuis Sauromale I. jusqu’au dernier Rhescuporis, ont été Sarmates, et par conséquent, comme s’exprimoient les Grecs, barbares d’origine. Si donc, p. 12 , M. de S. observe : ,,que ces Princes tiroient peut - être leur origine des Sarmates ou Sauroniates " , il ne faut pour rendre celte assertion exacte , que retrancher le peut - cire.

On a vu dans mon mémoire que les médailles prouvent que Rhadamsès a été Roi du Bosphore pendant les années 6t3. 6i4* 6i5. et G 16 . de l'ere du Bosphore. L’année G 16 . paroît avoir été la dernière de son règne , puisqu’une médaille du cabinet de Paris , publiée par M. Mionnet, porte cette même date et est de Rhescuporis VII. 11 faut rechercher à présent , si l’on peut , avec M. de S. faire régner Rhadamsès trois années avant la date 6i3. Suivant lui il faudroit regarder comme étant du Roi nouvellement retrouvé , trois médailles qui reculeroient encore de huit ans la durée de son règne , si elles étoient aussi parfaites que les quatre que j’ai citées ci - dessus. Mais les médailles sur lesquelles M. de S. appuyé sa conjecture , sont plus ou moins défectueuses. Elles portent les dates EX. 6o5. ZX. 607 . et IIX. 608 . La première apqiarteuoit autrefois à M. Cousincry, et n’a pas été com-

pri*e parmi ceHes que cet amateur a cédées au Roi de Bavière. Car j’ai examiné soigneusement ce beau, cabinet , par la complaisance de sou savant directeur M. de Strcber, et cette médaille ne s’y trouvoit pas : on se tromperoit si l’on vouloit chercher à Munie toutes les médailles que M Miounet a citées comme existantes au cabinet de M. Cousinery La légende de l’avers de cette médaille , probablement trop mal conservée, n’a pas été communiquée à M. Mionnet ; et on ne peut , par conséquent , en tirer aucun argument pour rapporter sa date au règne du Roi Rhadamsès. La seconde médaille des trois citées par M. de S. et qui appartient à M. de Blaramberg, exige un nouvel examen pour être admise comme preuve authentique. Enfin la troisième médaille qui se trouve au cabinet du Comte jle Pemieocke,- wfTjrte M. de S. p. i 4 - assure appartenir indubitablement à Rhadaméadis , ne pent être reçue comme preuve que sa date se rapporte an règne de ce Roi. Car l’avers de cette pièce, très exactement copiée dans le livre de Cary, ne porte que le mot B/CIAEaC et on voit par la gravure qu'elle a été si négligament frappée qu’il n’y avoit pas même de place dans le champ de la médaille pour y recevoir le nom du Roi. 11 résulte donc de nos observations que toutes les trois médailles citées par M. de S. ne peuvent fournir aucune preuve pour la durée du règne de Rhadamsès.

L’auteur de la Notice dit, p. 10— u: ,,le Roi Sauro» mate, fils de Rhescuporis qui, suivant Constantin Porphyrogénète, gouvernoit le Bosphore-Cimmérien sous le règne de Dioclétien , pourroit très bien être le même que le Sauromate V. dont l'existence a été constatée par deux médailles datées de l'an BOd>. 57a. du Pont, et que Rhescuporis IV. qui a précédé ce même Sauromate , peut avoir été son père. Mais cette supposition est inadmissible, puisque ces deux médailles, dont le cabinet Impériel possède aussi des exemplaires, portant l’an 57a. seule date qu'on connoisse de ce Roi , ont été frappées sous Probus, et que Sauromate VII, le même dont parle l'Empereur Constantin , étoit contemporain de Dioclétien.

Une autre conjecture de M. de S. n'est pas plus fom-

dée que celle que je viens de détruire. Il croit possible, p. ia. que le Roi nouvellement découvert, Rhadaméadis (Rhadamsès) soit le même personnage que Sauromate VIII. petit-fils de Rhescuporis, et non pas de Sauromate. Constantin , poursuit - il , peut avoir omis le nom propre du Roi barbare, et employé le nom général de Sauromate, parceque plusieurs souverains du Bosphore l'avoient porté, etc. etc. Il sera prouvé ci-dessous , que ce que M. de S. croit possible ne l'est absolument pas.

Sauromate VII. qui dans l’ouvrage de Cary est le IV. a été découvert par Cary dans le texte corrompu de Constantin Porphyrogénète , an moyen d’une très heureuse correction qu’il y a faite. Le texte portoit : Xxvpouxroi i éx rx'V Bonropixvûv xpiaxmt opov dè irai (. Cary corrigea cet endroit, en lisant au lieu de xpi'jxu v etc. Pÿffxwrépiioî tx?;. Ce passage doit être entièrement rétabli , comme suit : 'Exiipé'.cxryç o i?x tSv Bojtropixvàv , Prjtrxoviropiioi ât- rx7ç.

En fenfUefaüt le mauvais ouvrage de Waxel , on regrette d’y rencontrer un grand nombre de médailles indistinctes , frustes, tout-à-fait inutiles, et même de la monnoie moderne. Son texte est pitoyable. Si dans le nombre des médailles il s'en rencontre quelques unes d'intéressantes , comme celle de Sauromate avec la date de 5ja , il les doit au vénérable et savant Général en chef Comte de Suchtelen. Le même Waxel a publié un autre livre, aussi mauvais que le précédent, sous ce titre curieux par son incorrection : Mémoire sur les Lapis - Météoris , St. Pétersbourg, i8o5.

Je reviens à la Notice de M. de S. Cet auteur hazarde, p. n. des conjectures vagues et dépourvues de tout fondement. Il dit : „Thothorscs peut avoir été le fils de Sauromate V. et petit-fils de Rhescuporis IV." Il ajoute, p. i3 : il est possible que Sauromate et Rhadaméadis ayent été frères et tous deux fils de Thothorses, et qu’ils ayent régné, l'un après l’autre, sur le trône du Bosphore". Ces hypothèses ne nous apprennent rien. On en pourroit faire bien d'autres, qui ne serviroient pas davantage à éclaircir cette matière, et qui ne faisant qu'embrouiller le peu de notices historiques que nous possédons de ces Rois , im-

poseroient à des lecteurs crédules, et métamorphos croient l’histoire de ces Rois Sauromates en un tissu de fables.

Mais M. de S. n’est pas le seul qui se livre à des conjectures qu’aucun fait historique n’appuie. Il y en a un très grand nombre de ce genre dans l’Iconographie du célèbre Visconti. Pour en donner un exemple , on n'a qu’à chercher à la p. 174. note 3 . du II. Vol. de cet ouvrage, et on lira : ,,Sauromate V. et Teiranes ont pu être les frères aines de Sauromate VI K . Si dans des recherches historiques on vouloit s'embarrasser de tout ce qui a pu arriver , de tout ce qui a pu être , on ne finiroit pas et l'histoire deviendroit un recueil de contes absurdes.

Ce n’est pas à présent qu'il conviant d’indiquer toutes les erreurs dans lesquelles Visçonii est tombé en, traitant l’histoire du Bosphore-Cimmérien. J'en parlerai dans une autre occasion. J'observerai seulement ici que ce qu'il dit de l’électrum , Vol. II. p. 167. et 170. est embrouillé et peu juste. Il croit authentique le médaillon d'or de Pharnacès 1 . p. 99. note 1. L'ayant examiné plusieurs fois à Florence, je me suis assuré qu'il est de fabrique moderne, mais pris sur l’antique. Tout ce que le même savant nous dit, p. 176-177. sur les médailles des anciens Rois anonymes du Bosphore , est faux et insoutenable.

M. de S. avoit déjà parlé , p. 10. de la généalogie du Roi supposé Rhadaméadis , et ses conjectures à ce sujet n’étoient pas moins bazardées, ni moins légères que celles que je viens de critiquer. Il dit , p. 10 : ,,à juger d'après la figure juvénile du Roi, assez bien conservée sur la médaille qui porte l'année 607. du Pont, il parolt que Rhadaméadis parvint au trône dans un âge assez tendre ; il faut donc supposer qu’il n'aura obtenu la couronne que par droit de succession, et il est possible qu'il ait été le fils de Thothorses , dont les .dernières médailles connues sont de l’année 599. du Pont". Il faut convenir que la médaille qui porte la date ZX, l'an 607. nous montre le portrait d’un très jeune homme , et nous ne voulons pas rechercher , si elle a été exactement dessinée , et si sa mauvaise conservation n’avoit pas permis à l’artiste de distinguer clairement tous les traits du visage du Roi. Mais

cous lui opposons une autre médaille du même Roi (pl. II. m. 10 .) et qui est de la plus belle conservation. Sur cette médaille le visage de Rhadamsès est d’une physionomie très marquante. Ce sont les traits d’un Turc , ou d’un Grec de l’Anatolie, de quarante ou .cinquante ans. Malgré cela l'intervalle entre la première médaille et cette dernière avec la date EIX. 6t5. n’est pas de huit ans. Toutes les autres médailles de Rhadamsès 'pl. II. in. 8 . 9 . 11 .) le figurent aussi dans l'Age mûr de la viiilité. Si nous avons démontré que la preuve dont s'est servi M. de S n’est nullement concluante , il faut lui objecter encore que, même si elle l’étoit, la base sur laquelle il a fondé sa conjecture seroit inutile et superflue. Qu’importe en effet l’âge de Rhadamsès pour supposer qu’il a succédé à son père Thothorsès ? Est ce que pour succéder il lui falloit avoir plutôt i3 ans que 4 ° ?

En terminant cet écrit , tâchons d’éclaircir une des plus grandes difficultés que présente la chronologie des Rois du Bosphore. On trouve assez souvent, sur les médailles, les mêmes années remplies par les noms de deux souverains différens. On rencontre aussi dans les anciens auteurs des Rois que les médailles des époques correspondantes désignent sous des noms différens. En voici un exemple. D’après les recherches de Tillemont , \isconti avoit placé, avant le règne de Thothorsès, Sauromate VII, fils de Rhescuporis, qui chez Cary est Sauromate IV. Ce Sauromate ayant fait une invasion eu Asie , pendant laquelle les Chersonites s'emparèrent de Panticapaeum , il fut forcé d’accepter la paix de Constance Chlore qui commandoit l’armée de Dioclétien en Asie. Constance de retour de cette expédition, fut nommé César par Dioclétien, Tan 292 . de l'ere vulgaire qui répond à l’an 588. de l’ere du Pont. La paix avoit été conclue une année auparavant. Visconti qui ne connoissoit pas , à ce -qu’il déclare , de médailles de Thothorsès plus anciennes que celles avec la date Nn<I>. ou 588. n’a pas hésité à lui donner Sauroinate VII, pour prédécesseur, puisqu’il croyoit pouvoir concilier, avec cet ordre de succession, la date oii la paix fût faite antre ce Sauromate et Constance Chlore et les

Chersonites. On eit surpris de ce raisonnement de Visconti. Car , quand on supposeroit qu’il fut persuadé, que l’an 588. de l'ere du Bosphore étoit la date la plus ancienne connue de son tems du règne de Thothorsès 5 comment pouvoit - il la donner comme déterminant d’une manière fixe et invariable le commencement du règne de ce Roi ? Qui pouvoit lui garantir qu’on no découvriroit pas dans la suite des monnmens du règne do Thothorsès avec des dates plus anciennes ? La lacune de treize ans qui se trouve entre la dernière date du règne de Teiranes et celle qui est supposée la première do Thothorsès , ne donnoit-elle pas l’espoir qu’on pourrait avec le tems la remplir? Ou ne conçoit pas comment \isconti, en indiquant l’année Nn<t>. 588. pour la première de Thothorsès, a pu citer l’ouvrage de Wax»! comme autorité, car on y chercheroit vainement cette date. Waxel donne an Contraire des médailles portant les années ZlT<t>. 587. et vil®. 586. dates qui renversent de fond en comble l’hypothèse de Visconti. 11 résulte évidemment des observations que noos venons de faire qu’il est impossible que Sauront ate VII , mentionné par Constantin Porphyrogénète , ait précédé Thothorsès R.oi du Bosphore. La plus ancienne médaille de ce Roi qui soit venue à ma connoissance, porte l’an Afl‘I>. 584 ; je l’ai acquise depuis peu de tems. La lacune entre cette époque et la dernière de Teiranes , est ainsi de neuf ans.

On seroit peut-être tenté, pour résoudre les difficultés que nous avons examinées , et qui s'opposent à ce qu'on assigne à Sauromate VII. une place dans la suite des Rois du Bosphore, d’approuver l’hypolhèse dont M de S. •'est servi pour prouver l’identité de son llhadaméadis avec Sauromate VIII. le même qui fît la guerre aux Chersonites, pour venger l'affront fait par eux à son père, hypothèse dont il a été déjà question ci-dessus. M. de S. croit donc , p. ia. que „Constantin Porphyrogénète peut avoir omis le nom propre du Roi barbare , et employé le nom plus commun de Sauromate , pareeque plusieur» souverains du Bosphore l’avoient porté <fi . Cette conjecture est tout - à - fait inadmissible, i®. Comment pourroit • on

supposer que l'Empereur Constantin eut omR le nom propre du souverain dont il raconte les exploits , et qu'il eut préféré de lui donner un nom que ce Roi n’avoit jamais porté ? Comme plusieurs Rois du Bosphore avoient effectivement porté le nom de Sauromatès, il auroit embrouillé et rendu faux et infidèle tout son récit. a°. On ue peut admettre que l'ancien historien d'où Constantin a puisé les faits qu'il raconte , ainsi que les contemporains de cet ancien historien, aient ignoré lo nom propre du Roi du Bosphore. D'ailleurs le grand nombre de médailles qui se trouvoient en circulation , et qui étoient marquées des noms de ces Rols ", entre autres celles de Thothorsès, dont il s'agit ici, et que les historiens ont dù -avoir , prouvent que personne n'a pu ignorer les noms des souverains qui aroieut, du tout teins, occupé le trône du Bosphore, et que l’on n’a jamais pu se servir du nom de Sauromatès , pour indiquer des Rois qui ne portoient pas ce nom et qui en avoient un autre. Par conséquent , il est certain que ni Thothorsès , ni Rhadamsès n'ont pu être indiqués par Constantin Porphyrogénète , ni par un autre historien de l’antiquité, sous le nom de Sauromatès. Ces deux Rois mentionnés par le savant Empereur n'avoient assurément d’autres noms que ceux sous lesquels ils sont connus aujourd’hui.

Quant à la difficulté que présente l'impossibilité que deux Rois ayent régné en même tems sur le Bosphore, on peut la résoudre d'une manière très simple et très naturelle. 11 est constaté que Thothorsès étoit Roi du Bosphore pendant que Sauromate VII. y régnoit. Il n’est pas moins certain par des médailles qui sont au cabinet Impérial de Russie et dans celui de M. le Chevalier Allier de Hauteroche, que Sauromate V. a été Roi du Bosphore pendant les années ZK<t. 5aj. HK < J ) . 5a8. et 0K<!>. 5ag. D'un autre côté nous possédons des médailles frappées sous Cotys III. avec les mômes dates. Sauromate VIII. et Cotys III. ne peuvent pas avoir eu Thothorsès et Sauromate V. pour adversaires et prétendans , pareeque le royaume du Bosphore dans la Chersonèse étoit trop petit pour pouvoir suffire à deux souverains. U n’y «voit

que Paniîcapaeum pour chef- lieu, et Théodosia, jadis sj florissante, étoit détruite long-tems avant Cotys 111 . Dans la décadence du royaume du Bosphore , lorsque ses Bois étaient trop foibles pour résister aux ennemis qu'ils avoient dans la Chersonèse , comment auroient-ils pu conserver les provinces qu’ils avoient au delà de la mer , dans le Bosphore Asiatique , pays habité par les peuplades des Sauromates et par les nombreuses tribus des Maeotes , dont la Chersonèse n’auroit pu contenir qu’une très-petite partie ? Si , d’après les observations que nous avons faites , il parolt très - probable , que pendant un certain tenu , et peut - être à différentes époques , le Bosphore Asiatique étoit indépendant du Bosphore d’Europe, on ne sera plus surpris de trouver, dans le même tems, le trône occupé par deux Rom, et Sauromotp VH; par exemple , gouverner la partie occidentale tandis que Thothorscs regnoit dans le district oriental.

M. de S. a raison de dire, p. i 5 , que c’est une erreur de Visconti d’avoir attribué une médaille avec la date i IX. 6 i 3 . à Rhescuporis VI, mais il se trompe lui -même, en supposant que sur cette médaille mal lue , l’époque du rever» «lot» érr* HfX un ltrn île HY. Cotte légende f'IX. est juste et est la première de celles que j’ai publiées de Rhadamsès. C’est par une méprise semblable que Visconti croit voir , sur une médaille de Rhescuporis VII. dX. 616. tandis que la date est SIX. 617. comme il est prouvé par un exemplaire de cette médaille que je possède , ainsi que par un autre qui est au cabinet impérial de Vienne (voy. p. i 5 — 16).

Je passe sous silence quelques légères erreurs que l’on rencontre dans la note de M. de S. p. i 5 — 17. Je préfère de jettèr encore un coup d’oeil rapide sur la durée des règnes des derniers Rois du Bosphore et sur les différentes époque* qui lui appartiennent depuis Ilhescuporis V. qui est suivi par Aréansès, jusqu’à Rhescuporis VII en prenant pour base la nouvelle édition de la Géographie Numismatique du célèbre connoisseur Mr. le Chevalier Sestini.

Une médaille d£ Rhescuporis V. en potin avec la date

l'Mλ. 543. se trouve au cabinet Impérial de Russie. Cary eu donne, p. 76 , la description d’après un exemplaire <jui se trouvoit autrefois dans la collection du célèbre Dr. Mead à Londres- Le cabinet Impérial possède du même Roi des médailles avec les dates AM<1>. 544» EM<t>. 545. Au cabinet de Sa Majesté l’Impératrice-Mère il s’en trouve une autre avec la date vi\l<l>. 546. La date 547- est

aussi au cabinet Impérial et chez Cary, p. 47 . Au même cabinet Impérial existent les dernières dates de ce Roi , HM<P. 548. 54g.

Aréansès ne paroit avoir régné que deux ans. Ses médailles avec les dates N-I>. 55o, et AN<D. 55i. se trouvent au cabinet Impérial.

Une médaille du cabinet de Sa Majesté l’Impératrice- Mère offre la date de la première année de Rheseuporis M BN<1>. 55a. Celles de AN<i>. 554- ON4>. 55g. et lli'P. 56a. sont au cabinet Impérial. La dernière que l’on connaisse de ce Roi , porte l’année A£>I>. 564 • elle est en bronze et appartient au même cabinet Impérial.

Le même cabinet possède de Sauromate VI. les deux médailles connues , portant la date BO<l>. 57 a.

On ne connn!.*©i» .1*. Tcù.uca que des manilles avec les époques l'Oit». 573 et EO$. 5y5. Mais le cabinet Impérial de Russie possède encore une autre date de ce Roi, A04). 574 . Plus précieuse que toutes celles que je viens de citer , est une autre médaille que j’ai acquise depuis peu. Cette pièce unique porte la date B0<1>. 572 j elle nous prouve que Teiranes a succédé à Sauromate VI. la même année du décès de celui-ci ou de son abdication.

J’ajoute aux dates de Thotliorsès mentionnées par M. le Chevalier Sestini , les suivantes ; AO<!>. 584- ETl'P. 585 • BP4>. 5gs. EP'è. 5g 5 : toutes les quatre au cabinet Impérial.

Il a été question plusieurs fois , dans ces deux mémoires, des médailles encore incertaines portant les dates EX. 60 5. et HX. 608 . ainsi que des médailles de Rha-

damsès.

Une médaille de Rheseuporis VIL au cabinet royal de Paris portant la date vlX. 616 . est très intéressante , puis-

qu'elle nous apprend que ce Roi est monté sur le trênë la même année où Rhadamsès avoit probablement terminé son règne. Depuis peu j'ai acquis nne médaille dont il a été déjà question ici, avec la date SIX 617. J'ajoute aux époques données par M. Sestini deux dates nouvelles EKX. 6 a 5 . et HKX. 628. Ce sont peut-être les dernières dates de ce Roi La première appartient à M. le Chevalier Zoe - Zosimas à Moscou, possesseur d’une très riche collection de médailles; la seconde à M. le Comte Sévérin Potocki, membre du Conseil de l'Empire et amateur zélé de la numismatique ancienne.

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