‹ Médecine et médecinsChapitre 13 sur 24 · National, 15, 18 et 19 décembre 18i · texte numérisé non relu

National, 15, 18 et 19 décembre 18i

1° La morve est-elle communicable du cheval à l’homme?

2® La morve chronique est-elle communicable de cheval à cheval ?

La contagion de la morve à l’homme avait déjà été l’objet de bon nombre d’observations, restées, il est vrai, sans connexion et éparses dans les recueils de médecine, lorsqu’en 1837 il se présenta, dans le service de M. le docteur Rayer, à l’hôpital de la Charité, un malade qui offrait une réunion de symptômes très-graves, mais en même temps fort singuliers et d’un diagnostic extrêmement difficile. Après quel- <|ues hésitations, M. Rayer, comparant ces symptômes à ceux qui étaient consignés dans les observations rappelées plus haut, en reconnut l’identité; et, remontant aux antécédents du malade, il apprit que ce malheureux était palfrenier, et avait été en rapport avec des chevaux morveux. Ce nouveau fait ne resta pas isolé comme les précédents. Dans un mémoire qui, on peut le dire sans hésitation, est un modèle et décida la question, M. Rayer réunit toutes les observations de morve chez l’homme qui avaient été publiées; il en résulta que la maladie engendrée chez l’espèce humaine, sous l’influence de la morve chevaline, présentait une série de phénomènes essentiellement les mêmes, et un ensemble de symptômes qui différaient autant de toute autre affection déjà connue qu’ils se ressemblaient entre eux ; et un grand service se trouva rendu par la médecine à la société.

M. Rayer ayant soumis son observation à l’Académie de Médecine, cette communication excita une discussion fort vive dans le sein de l’assemblée. Les objections qui ont été faites par les adversaires de la contagion doivent être rappelées ici en quelques mots.

La première est que les phénomènes présentés par l’homme atteint d(5 ce qui a été appelé morve ne sont pas identiques avec ceux que la morve offre chez le cheval. Sans entrer dans un détail inutile au but de cet article, je me contenterai de faire remarquer que, chez l’homme comme chez le cheval, les fosses nasales sont le siège, soit d’ecchymoses et de gangrène, soit d’une éruption de petites pustules discrètes ou confluentes; que, chez l’homme comme chez le cheval, il se forme des pustules à la peau et des collections de pus dans le tissu cellulaire sous-cutané; que, chez l’homme comme chez le cheval, des ecchvmoses et des points hépatisés et purulents se développent dans les poumons. Ces ressemblances sont caractéristiques et suffisent pour que l’on rapproche la maladie de l’homme et celle du cheval.

D’autres ont prétendu que la maladie, appelée dans ces derniers temps, morve aiguë chez l’homme, maladie dont ils ne pouvaient pas contester la physionomie toute spéciale, était une affection nouvelle comme le choléra, par exemple, et due à des influences inconnues, mais complètement indépendantes de toute contagion. Rien de moins-' exact que cette assertion. D’abord les premières observations où a été établi le rapport entre l’affection du cheval et celle de l’homme, remontent à 1813. En second* lieu, on trouve, dans des recueils de médecine antérieurs à cette époque, des histoires d’affections restées obscures pour les médecins qui les y ont consignées, mais où les principaux symptômes de la morve n’en ont pas moins été relatés d’une façon non méconnaissable, de qui longtemps a pu en masquer le caractère véritable, c’est que les médecins aux yeux desquels de pareilles maladies venaient à se présenter, ne connaissaient pas la morve chevaline, et

ne pouvaient que rattacher à des formes anomales de l'érysipèle la morve chez l’homme.

Il a encore été objecté que, s’il était vrai que la morve passât du cheval a l’homme, la chose ne serait pas restée ignorée jusqu’à présent, que les exemples s’en seraient présentés en foule. On a dit que des informations prises auprès des équarrisseurs de la capitale avaient montré que jamais ni leurs garçons ni euxmémes n’avaient eu aucun mal après avoir dépouillé, dépecé des chevaux morveux et ouvert leurs cavités nasales. On £f dit que 2o0 à 300 jeunes gens sont comptés comme élèves à l’école d’Alfort ; que tous opèrent, ouvrent les chevaux morveux, touchent, dissèquent les parties saines et malades; que beaucoup d’entre eux se déchirent la peau, se coupent pendant ces manipulations, et que jamais il n’est arrivé aucun accident. On a dit enfin que, parmi les quinze observations de contagion de la morve aiguë du cheval à l’homme, consignées dans le mémoire de M. Rayer, quatorze appartiennent aux médecins tant anglais qu’allemands ; que cependant U n’est pas de royaume en Europe où il y ait tant de chevaux morveux qu’en France; que les infirmeries des régiments de cavalerie en sont toujours remplies; que les vétérinaires, au nombre de deux dans chaque régiment, soignent journellement ces chevaux, et que la morve n’a été observée chez aucun d’eux.

Il ne s’était pas écoulé plus de trois ans depuis l’observation publiée par M. Rayer, et déjà les faits se sont chargés de réfuter une à une toutes ces objections. Des palefreniers, des équarrisseurs, des élèves d’ Al fort, des cavaliers sont morts de la morve transmise. Comme il importe grandement d’éclairer la question et de porter la conviction dans l’esprit du lecteur, je n’hésite pas à

mettre sous ses yeux la liste nominale des victimes connues de cette cruelle contagion, à dater de l’observation de M. Rayer.

1. Prosl, palefrenier, soignant des chevaux morveux, mort de la morve aiguë à l’hôpital de la Charité, le 13 février 1837, dans le service de M. Rayer. {Bulletin de l’Académie royale de médecine^ du 21 février 1837.

Rayer, De la morve et du farcin chez l'homme, p. 19.)

2. Mongeot, charretier d’un établissement où il y avait des chevaux morveux, mort de ^a morve aiguë le 12 juin 1837,, à l’hôpital de la Charité, service de M. Bouillaud. {Bulletin, etc., séance du 15 février 1839. — Bouillaud, Traité clinique du rhumatisme articulaire, p.117.)

3. Limosin, palefrenier, soignant des chevaux morveux, mort de la morve aiguë, le 31 août 1838, à l’Hôtel-Dieu, service de M. Breschet. [Bulletin, etc., séance du 9 octobre 1838. — L' Expérience, t. II, p. 421.)

4. Guignedor, tonnelier, pansant un cheval morveux, mort de la morve aiguë consécutive à un farcin chronique, le 6 septembre 1838, chez lui, après être resté trois mois à l'Hotel-Dieu, dans le service de M. Breschet; observation communiquée à l’Académie royale de médecine par M. Deville. {Bulletin du 2 octobre 1838. — Archives générales de médecine, novembre 1838, p. 363.)

5. Dondelinière, palefrenier, pansant des chevaux morveux, mort de la morve aiguë, le 9 octobre 1838, à l’Hôtel-Dieu, service de M. Husson. [Bulletin, etc., du 16 octobre 1838. — Gazette des Hôpitaux, 1838, p. 491.)

6. Paisnat, palefrenier, pansant des chevaux morveux, mort de la morve aiguë consécutive à un farcin chronique, le 29 décembre 1838, à l’hôpital Saint-

Louis, service de M. Jobert. [Bulletin, etc,, du 3 janvier 1839. — L'Expérience, t. III, p. 25.)

7. Emery, palefrenier, pansant des chevaux morveux, mort de la morve aiguë, le 1®' janvier 1839, à l’hôpital de la Pitié, service de M. Mailly. [Bulletin, etc., du 3 janvier 1839.)

8. Devinque, cocher, pansant des chevaux morveux, mort de la morve aiguë à l’hôpital de la Charité, service de M. Andral, le 1®' février 1839. [Bulletin, etc,, du 5 février 1839. — Gazette médicale de Paris, 1839, p. 98.)

9. Bâtisse, terrassier, couchant dans une écurie où il y avait un cheval morveux, mort de la morve aiguë, le 22 février 1839, à l’Hôtel-Dieu, service de M. Nonat. [Bulletin, etc., du 29 fémer 1839. — L’Expérience, t. lll, p. 334.)

10. Benoist, élève vétérinaire d’Alfort, soignant un cheval morveux, mort de la morve aiguë, le 11 juin

1839, à l’École d’Alfort, service de M. Blegny, médecin de cet établissement. [Bulletin, etc., du 25 juin 1839, — Gazette médicale de Paris, 1839, p. 416.)

11. N., nègre, palefrenier, soignant des chevaux morveux, mort de la morve chronique, le 23 juin 1839, à l’hôpital de Beaujon, service de M. Laugier. [Bulletin, etc., du 9 juillet 1839.)

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