Priapeia, carmen xl
davantage, mais il s'adresse à Priape, comme c'était l'usage dans les affections des organes génitaux, et lui promet, s'il guérit, de couronner de fleurs le phallus du Dieu. L'amant savait donc, comme le fait observer Rosembaum, qu'il était dangereux de pratiquer le coït avec une femme atteinte de condylômes.
Voici le passage :
Quœdam, si placet, hoc tibi, Priape, Ficosissima me puella iudit Et non dat mihi, nec negat daturam; Causasque invenit usque differendi.
Qu£e si contigeret fruenda nobis.
Totam cum paribus, Priape, nostris Cingemus tibi mentulam coronis.
Il ne nous est pas possible de reproduire tous les documents qui servent de base à Rosenbaum pour prouver l'existence de la syphilis chez les peuples anciens. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que cette maladie a pris son origine dans l'Inde et qu'elle s'est propagée suivant l'ordre de succession des civilisations orientales; qu'elle avait pour caractères des écoulements muco-purulents, mentionnés par Galien, Cœlius Aurélianus, Gelse, Arétée, Paul d'Egine ; l 'inflammation des testicules ou orchite (Galien); l'induration du testicule et une affection aphtheuse de ces glandes (Ceise); des ulcères des organes sexuels, désignés sous les noms de phagedaina, dCanthrav, de pustule ou phyma.
Gelse distingue les ulcères secs et humides. Ceux-ci déterminent, ajoute-t-il, le plvmosis et
le paraphimosis; ils peuvent s'étendre en largeur et en profondeur et détruire le gland et une partie de la verge. Aétius parle des ulcères circa coronam glandis. Y! anthrax commence, d'après Actuarius, par un picotement suivi d'une pustule et de plusieurs vésicules de la forme du millet qui ressemblent à une brûlure ; elles crèvent et laissent un ulcus crustaceum. Galien le décrit sous le nom de anthracosls, et dit qu'il est accompagné de bubons. Ces auteurs parlent également de Vinflammation ou phlegmone des organes sexuels de la femme, de pustulœ scabiœ du col de la matrice, de tubercula miliaria des mêmes endroits, qu'on distingue bien, disent-ils, avec le spéculum. Les autres formes d'ulcères sont semblables à ceux des hommes. Aétius en indique le traitement au moyen d'injections et de pessaires médicamenteux.
Ces auteurs décrivent également les ulcères de l'anus, les végétations qu'on y observe, les rhagades, les ulcérations autour de la bouche, les pustules de la face et du cuir chevelu, les maladies de la peau : mentagra, psora et lepra. Martial parle de ces affections à propos de cette manie d'embrasser qui existait à Rome, de son temps :
Il n'est point d'ulcère malin, dit-il à Bassus, de pustule bien luisante, de mentagre, de sales dartres, de lèvres barbouillées de cérat qui vous garantissent des donneurs de baisers.
Non ulcus acre, pustuleeve lucentes, Nec triste mentum, sordidique lichenes, Nec labra pingui delibuta ceroto, Nec congelât! gutta proderit nasi.
A ces symptômes caractéristiques de la syphilis secondaire, il faut joindre une stomatite et une angine dont étaient atteints les débauchés et, notamment, comme nous le verrons, ceux qui se livraient anfellare et irrumare, et cunnilingere, et d'après Àrchigénès, « des douleurs particulières du périoste, si profondes et si fixes que le malade croit que les os eux-mêmes sont le siège de la douleur », que Galien désigne sous le nom de octo/o-âoi (ostéocopes).
D'après ces données, n'avons-nous pas le droit de conclure que la syphilis régnait chez tous les peuples de l'antiquité ? Cependant, il faut dire que cette maladie n'atteignit que rarement un haut degré d'intensité. Le plus souvent, elle ne se montra que sous la forme d'ulcères superficiels avec une très faible réaction sur l'organisme, que la peau se chargeait d'éliminer sous forme d'affections cutanées. A plusieurs époques, comme le dit et le démontre Rosenbaum, la syphilis prit un caractère de fréquence et de malignité considérable, sous l'influence d'un genius epidemicus spécial. « Nous en trouvons des preuves, d;t notre érudit confrère, dans le fléau du Bad-Pior, parmi les Juifs, à Sittim, dans l'introduction du culte de Dionysos à Athènes et de celui de Priape à Lampsaque; enfin dans celui du Lingam dans
Plnde *. Ce redoublement dans les symptômes coïncidait toujours avec des influences extérieures, parmi lesquelles il faut compter la constitution épidémique. Et ces influences sont d'autant plus intéressantes que nous les rencontrons de nouveau au xve siècle, où la fausse appréciation qu'on en a faite conduisit aux opinions les plus contradictoires. »
Revenons à Martial et demandons-lui quelques renseignements sur cette question. Il dit à Névolus :
Tandis que ton jeune esclave souffre de la mentule, toi, Névolus, tu souffres de la partie opposée. Je ne suis pas devin, mais je sais ce que tu fais.
Mentula cura doleat puero, tibi, Nœvole, culus, Non sum divinus, sed scio quid facias.
Dans ce cas, l'un et l'autre étaient donc infectés : le pédéraste à la verge et le cinasdus à l'anus.
Indépendamment du .phimosis et du paraphimosis, nous voyons les êtres passifs être affectés de fissures et ensuite d'ulcères. On appelait
1= Le lingam était le culte des organes génitaux de l'homme, organes sacrés qui sont le principe de la procréation et dont l'origine remonte à la fable de Vishnu et de Çiva, divinités venues sur terre, le premier sous la forme d'une femme et le second sous celle d'un jeune homme, pour séduire les habitants qui vivaient dans la vertu. Çiva, pour se venger du feu qui se jeta sur ses parties génitales et les sépara de son corps, envoya à toutes les femmes une affection semblable, qui ne cessa que par le culte rendu à son Phallus. (Sonnerat, Voyage aux Indes.)
secti et percidi les individus atteints de ces affections.
C'est pourquoi Martial dit :
Charinus n'a plus trace de son podex fendu jusqu'à l'ombilic, et cependant un prurit le dévore jusqu'à l'ombilic. Quelle lubricité possède ce misérable! il n'a plus d'anus et il veut tou« jours rester cinède:
Secti podicis usque ad umbilicum Nullas reliquias habet Charinus, Et prurit tamen usque ad umbilicum, O quanta scabie miser laborat!
Culum non habet, est tamen cinaedus.
Lesbie avait des ulcères qui devaient avoir des proportions considérables, si l'on en juge par l'épigramme suivante :
Lorsque tu te lèves de ta chaise, je l'ai souvent remarqué, Lesbie, tes vêtements sont collés à ton derrière. Tu peux faire effort à droite, effort à gauche, pour les en détacher, ce n'est qu'après bien des larmes et des cris que tu parviens à les arracher.
De cathedra quoties surgis, jam saepe notavi, Paedicant miserum, Lesbia, te tunicas,
Quas quum conata es dextra, conata sinistra Vellere, cum lacrymis eximis, et gemitu.
Ils sont à ce point adhérents à tes fesses parce qu'ils se trouvent engagés dans ce détroit des nouvelles symplégades. Si tu désires remédier à cette triste infirmité, crois-moi, Lesbie, il ne faut ni te lever, ni t'asseoir.
Sic constringuntur gemina symplegade culi, Et mingas intrant, cyaneasque nates.
Emendare cupis vitium déforme? docebo; Lesbia, nec surgas censeo, nec sedeas.
Les affections primitives à Vanus n'étaient pas les seules dont fussent atteints les cinedes; ils en offraient aussi de secondaires à la bouche et à la gorge. Il faut mentionner également la raucité de la voix, comme Martial Ta observée chez un pédéraste célèbre :
Qui sic raucidulo loquatur ore.
Les anciens nous ont donné les signes auxquels ils reconnaissaient le cinède : Celui-ci a l'œil hagard, les genoux plies en dedans, la tête penchée du côté droit. Les mouvements des mains sont relâchés; il marche en croisant les jambes Tune sur l'autre ; les yeux sont très mobiles.
L'androgyne se reconnaissait aux signes suivants : Il a le regard languissant et lascif, il tourne les yeux ; il éprouve une grande mobilité, des tractions nerveuses au front et dans les joues, des contractions aux paupières. Le cou est penché, les hanches sont constamment en mouvement, les genoux et les mains paraissent arqués, le regard est fixe et droit en avant. Il parle d'une voix flûtée, criarde et tremblante.
Le point de départ de la syphilis serait, d'après Rosenbaum, les excès vénériens, les rapports contre nature : la pédérastie, la sodomie, le saphisme.
Nous n'avons pas à rechercher ici les causes morales qui poussèrent l'humanité à dénaturer les plaisirs des sens, et à augmenter, par des moyens artificiels, la somme des jouissances charnelles.
La pédérastie paraît avoir pris naissance sous le ciel de l'Asie, dont le climat excite et porte naturellement à la volupté et à la débauche. Les Juifs connurent ce vice en Syrie, les Phéniciens rapportèrent en Crète et dans toute la Grèce, et Athènes acquit autant de célébrité par sa pédérastie que Gorinthe par ses courtisanes. C'est de là qu'il s'est répandu jusqu'à Rome où il fit de rapides progrès. Mais ce n'était encore rien en comparaison des scènes scandaleuses qui eurent lieu sous les empereurs Tibère, Caligula, etc. Nous voyons dans un grand nombre de passages des auteurs anciens, qu'on tenait à Rome, dans les maisons publiques, desgarçons pourlesamateurs; voici, comme exemple, ce que nous lisons dans une épigramme de Martial :
Toutes les fois qu'attiré par les charmes d'un jeune garçon ou d'une jeune fille, tu as franchi le seuil d'une cellule que son enseigne t'a signalée,...
Intrasti quoties inscriptse limina cellee Seu puer arrisit, sibi puella tibi,...
Maladies suites de la pédérastie. — « Si l'on considère, dit Rosembaum, que la contraction du sphincter de l'anus offre au pédéraste une
grande résistance; que cette résistance doit être vaincue par la force; que les glandes de l'anus sécrètent une matière de mauvaise odeur, qui, sous l'influence du climat, prend un caractère plus ou moins acre, on ne sera plus étonné que chez les pédérastes et chez les cinœdi, les anciens aient vu se former différentes maladies qui devaient être d'autant plus graves que l'une ou l'autre des parties était déjà affectée auparavant. »
Un cinède fut reconnu par un physionomiste en présence de Dio Chrysostôme à ce signe : en éternuant, il porta la main à l'anus, afin d'en soutenir l'orifice, le sphincter étant affaibli. Nous savons, en effet, que le sphincter ne peut résister à l'impulsion des vents et des matières fécales, pendant l'éternument, chez les pédérastes passifs.
A Rome, les cinèdes portaient un vêtement en harmonie avec leur détestable métier. Ces hommes publics s'épilaient avec le plus grand soin, non seulement à l'anus, mais sur toutes les parties du corps, afin de mieux ressembler aux femmes, et ils portaient de longs cheveux. On les considérait comme des malades au physique et au moral. Juvénal constate l'ingénuité de Péribomius, qui avoue qu'il est cinède :
Sa démarche et ses traits décèlent sa maladie et j'impute son sort, ajoute Juvénal, à la fatalité :
Verius ergo, Et magis ingénue Peribomius : hune ego fatis Imputo, qui vultu morbum incessuque fatetur.
La. pédérastie est donc caractérisée par ie mot morbîis. C'est une maladie qui commence par le prurigo ani impudicus et qui a pour autres symp tomes les fies, les condylômes, les ulcères; et tout cela était contagieux.
Plus honteux et plus révoltants encore, dit Rosenbaum, sont le irrumare et fellare[penem in os arrigere est irrumare) ; et le métier du fellator [is qui vel labrls vel lingua perfricandi atque exsugendiofficiumpeniprœstat),cz que les Grecs appelaient Xecêi'aÇeiv, parce que cette action était particulièrement pratiquée par les femmes de Lesbos, bien qu'elle dût son origine à l'Asie, comme tout ce qui est de ce genre. Rosenbaum * pense que les ulcères de la gorge, chez le fellator et la fellatrix, pouvaient être primitifs, comme ils pouvaient être secondaires chez Itfututor et la fututrix. Et si un diagnostic exact n'a pas été fait par les médecins de l'antiquité sur la nature de ces ulcères, il ne faut pas s'en étonner beaucoup, puisque, aujourd'hui encore, les ulcères primitifs sont considérés quelquefois comme secondaires par les syphiligraphes.
Les maladies du/<?//<2forpeuvent être classées ainsi ?
i° La mauvaise odeur de la bouche, que les auteurs mentionnent souvent. Martial dit à Zoïle :