COQUELUCHE
Rien ne prouve mieux contre l'emploi des remèdes qui sont préconisés dans la coqueluche, que la persistance même de la coqueluche, qui laisse après elle des souffrances d'autant plus opiniâtres, qu'on a usé plus longtemps de ces remèdes.
Il est généralement reconnu que, lorsqu'on abandonne la coqueluche à elle-même, on la voit durer trois fois six semaines, et que si l'on a recours à un médecin habile et sage, oh ! alors elle dure deux fois neuf semaines ; mais si l'on s'adresse à un médecin qui aime à formuler, elle dure encore beaucoup plus longtemps. — En faisant usage des remèdes que nous allons indiquer, sa durée ne sera jamais de moitié de ce temps; ordinairement elle n'est que de trois semaines, dans beaucoup de cas de deux seulement, d'autres fois quelques jours, mais à la condition que les remèdes soient bien choisis et que le régime soit exactement suivi. — Lorsqu'on a affaire à des enfants sujets à s'enrhumer, et chez lesquels on a fait abus des remèdes
énergiques, ou que déjà on a employé contre la coqueluche différents moyens, il faut s'attendre à les voir se rétablir très-lentement. Alors le mieux est encore de prendre patience, et de ne rien négliger pour l'avenir, en faisant usage des moyens propres à faire disparaître promptement la toux.
Quand la coqueluche est épidémique, et que les enfants commencent à tousser, donnez immédiatement un des remèdes indiqués plus haut contre la toux, et choisissez toujours celui qui convient le mieux. Dans beaucoup de cas, on réussira à y couper court. — Si la toux commence par être très-sèche et sifflante avec fièvre, ou que les enfants se plaignent de brûlement dans la trachée-artère, et indiquent de la main le point douloureux, donnez tout de suite acon., et attendez quelques heures ou même une demi-journée. — Si, à la suite d'un refroidissement, elle débute par être grasse et facile, et s'accompagne en même temps d'enrouement, donnez dalc. Si elle est grasse et provoque des vomissements, puis. Si elle est sèche, et qu'il y ait aussi des vomissements et de l'anxiété, avec menace de suffocation, si l'enfant a la figure empourprée, et que la toux se déclare principalement après minuit et dure jusqu'au matin, donnez nux vom., et si plus tard elle devient humide et libre, puis.; si, le vomissement ayant cessé, il reste crainte d'étouffer, ipcc. — En usant de ces divers médicaments, il faut consulter ce qui a été dit plus haut à ce sujet, article Toux. — Lorsqu'on n'est pas parvenu à prévenir la coqueluche, ou qu'elle se déclare brusquement par accès quinteux et spasmodiques, que les enfants toussent par intervalles, avec un bruit creux; que ces accès se rapprochent dans le jour, et principalement le soir et dans la première moitié de la nuit, que le fond de la bouche est plus rouge que d'ordinaire, ou qu'en avalant il y a mal de gorge, avec larmoiement des yeux, donnez aussitôt carb. veg.7 qui est le remèdeprincipal ; il faudra le répéter après vingt-quatre
heures, s'il n'a pas apporté quelque soulagement. — Carb. veg. est également convenable quand les enfants ressentent des élancements dans la tête, des douleurs de poilrine et de gorge, ou s'il leur vient en même temps une éruption à la tête et au corps. Il convient encore parfaitement lorsque la coqueluche commence à décliner. — Si les enfants bâillent beaucoup et sont menacés de suffocation, surtout en toussant, et que les accès augmentent le soir et la nuit, donnez tart. émet. : ce remède est bon aussi pour prévenir la maladie, comme pour la guérir si elle se déclare.
Dans la coqueluche réelle, l'enfant en éprouve quelquefois des atteintes si inattendues qu'il se réfugie instinctivement sur le sein de sa mère avec une grande agitation, ou s'attrape à tout ce qui est à sa portée; il tousse avec une extrême violence et avec un bruit haut et éclatant, et avec tant de précipitation, qu'il a à peine le temps de prendre haleine; la toux n'est alors qu'un long gémissement avec sifflement : dans ce moment il est pris de terreur et semble suffoquer; sa figure devient pourpre et bleue; il tend le cou avec une force qui contracte tous les muscles, et ne peut supporter le moindre attouchement. Les quintes se terminent par des envies de vomir et par des vomissements de glaires, avec saignement de la bouche et du nez. Après cette scène, l'enfant redevient gai ; mais comme il rend tout ce qu'il a mangé, il devient maigre et tombe dans l'affaiblissement, si les accès se répètent souvent.
Dans cette période du mal, ayez toujours recours à verat. alb., dros. ou cin., soit l'un ou l'autre, quelquefois l'un après l'autre, soit alternativement avec les remèdes indiqués plus loin, particulièrement avec nux vom. et carb. veg.
Verat. alb. agittrès-promptement; voilà pourquoi il faut l'employer d'emblée dans la plupart des cas ; donnez-en un globule immédiatement après un accès, et attendez le suivant. Si l'accès est aussi intense que le précédent, donnez
un autre globule et attendez vingt-quatre heures et même trente-six, et plus longtemps s'il se déclare de l'amélioration et qu'elle continue ; lorsqu'il y a aggravation, donnez un autre remède. — Lorsque la toux dure déjà depuis quelque temps, on peut encore donner ce remède avec succès; de môme lorsque les enfants sont déjà très-affaiblis, qu'il y a un peu de fièvre, une petite sueur froide, particulièrement sur le front, avec pouls petit, vite et faible, et grande soif. Il est surtout indiqué lorsque les enfants laissent échapper leurs urines pendant l'accès, ou qu'ils se plaignent de la poitrine, du bas-ventre et des aines; lorsqu'entre les accès ils ne recouvrent pas leur gaieté et restent comme abattus; que, par suite de perte de forces, ils laissent tomber leur tête; s'ils éprouvent des frissons et sont altérés ; s'ils n'ont pas envie de parler ; s'ils voient en même temps leur cou se couvrir d'une éruption sèche et fine, ou si elle ne se montre qu'au visage et aux mains. Bros, et carb. veg. conviennent également après verat. alb.
Dros. s'administre deux fois de suite de la même manière que verat. alb., et l'on attend deux ou trois jours au plus ; s'il se déclare de l'amélioration, on attend tant qu'elle dure ; si elle s'arrête, on choisit un autre remède. — Dros. convient principalement dans les cas où les symptômes sont analogues à ceux qui lui sont propres. Son indication est d'autant meilleure que le malade souffre plus dans le repos que dans le mouvement, que les frissons sont accompagnés d'une soif consécutive ; que la transpiration n'est pas froide, mais plutôt chaude, ou seulement la nuit; ou lorsque les paroxysmes sont très-violents, avec une toux éclatante, sans fièvre ou avec une fièvre qui prend une certaine régularité, et s'accompagne de frissons et de chaleur, seulement la fièvre n'a pas la lenteur de verat. alb.
Cin. convient lorsque les enfants, pendant la toux, deviennent tout à fait roides, et qu'après les paroxysmes on entend un bruit de glouglou qui descend de la gorge dans
le bas-ventre. On l'administrera avant tout autre remède, lorsque les enfants portent opiniâtrement leurs doigts au nez, qu'ils ont des tranchées et des démangeaisons à l'anus, ou que l'on aura signalé antérieurement l'existence d'autres symptômes vermineux, ou qu'il y aura eu des vers rendus.
Les enfants ont quelquefois une toux qui ressemble à celle que nous avons décrite à l'article merc. viv. ; seulement les accès arrivent la nuit ; deux se succèdent peu après et laissent ensuite un plus long intervalle. Merc. viv. est alors bien indiqué, mais surtout si pendant le vomissement il se déclare une hémorrhagie nasale, et que le sang se coagule facilement ; lorsque les enfants transpirent beaucoup pendant la nuit, sont inquiets, irritables, s'ils ont souffert des vers et qu'ils aient éprouvé des convulsions consécutives. Après merc. viv. on donnera carb. veg. Quelquefois il s'opère un changement dans lequel la toux prend le caractère de celle de bell., avec maux de tête, comme il a été dit à l'article bell., ainsi qu à l'article éruptions et céphalalgie (voir les chap. respectifs); dans ce cas, donnez bell., et plus tard tout autre remède convenable.
Dans quelques cas de coqueluche, le malade devient complètement roide, la respiration cesse tout à fait, et dans cet état les enfants ont des mouvements cortvulsifs; quelques instants après, ils reviennent peu à peu à euxmêmes, ils vomissent et ne se remettent que lentement de cette crise. Après la cessation de la toux, on entend un bruit dans la poitrine, qui est occasionné par la présence des glaires; dans ce cas, on donne d'abord cup., et plus tard généralement verat. olb.
Dès que les quintes cessent d'être fréquentes, la toux n'est plus aussi sèche et devient grasse; elle ne s'accompagne plus de vomissements, mais bien d'une facile expectoration de glaires claires : que l'on ne se hâte pas d'employer d'autres remèdes, que l'on attende aussi longtemps que dure l'amélioration ; mais si après une semaine rien n'est changé,
il faut choisir un nouveau remède, ou le prendre parmi ceux dont on n'a pas encore fait usage, et, dans ce cas, c'est puis, qui convient ordinairement. Dans les rechutes, ou lorsque les vomissements persistent, donnez carb. veg.; lorsqu'il y a une abondante expectoration de phlegmes, dulc. ; quand les enfants crient beaucoup après avoir toussé, arn. Lorsque la toux s'affaiblit, mais qu'elle est encore creuse, sonore ou sèche, enrouée et plus tard nauséeuse, accompagnée de cris, hep. sulph.