‹ Médecine homoeopathique domestique (volume 2)Chapitre 113 sur 237 · CRACHEMENT DE SANG · texte numérisé non relu

CRACHEMENT DE SANG

Lorsqu'en toussant on crache un peu de sang , cela ne constitue pas, dans la plupart des cas, un état dangereux , comme on le croit généralement; car, le sang peut venir du nez, ou de quelque dent gâtée, ou de la gorge. Lorsqu'il provient réellement de la poitrine, il est presque toujours accompagné d'une sensation comme s'il sortait d'une grande profondeur ; il est chaud, et a un goût douceâtre ; on ressent même cette douceur quelque temps avant, ou bien on éprouve de la douleur et un peu de brûlement. — Dans ces cas, on doit éviter tout ce qui provoque la toux, comme de parler haut et longtemps, d'appeler quelqu'un, de crier, de chanter ou déjouer des instruments à vent; on évitera de se fatiguer les bras par des mouvements violents ; on se retiendra de courir , de monter , surtout les escaliers, qu'on grimpe quelquefois vite et deux par deux. — Cet accident (le crachement de sang) peut provenir aussi de l'inspiration de choses fortes qui tombent en poussière ou s'évaporent, comme la chaux, le plâtre, les débris de laine, le tabac, l'acide sulfurique, l'acide hydrochlorique, etc.

Si le crachement de sang est peu de chose , mais qu'il soit accompagné d'une toux de nature à réclamer l'emploi d'un remède analogue à ses symptômes, qu'on en choisisse un qui soit approprié à cette toux et au crachement de sang : tels sont, dans le nombre, bell., merc. viv., carb. veg., puis., bry., chin., arn.y dulc, staph., silic. et lach.

Mais si le mal est déjà grave, et que le sang sorte avec abondance, ou qu'il débute par une hémorrhagie violente, cela constitue un véritable danger; cependant cette gravité n'arrive pas d'emblée, et le malade aurait tort de s'en alarmer ; ses craintes ne feraient qu'empirer son état, il est rare aussi qu'il agisse comme crise salutaire : c'est une croyance qui a ses dangers ; il ne faut pas s'endormir dans une fausse sécurité. En effet, lorsqu'il y a eu plusieurs

récidives, ou que cette hémorrhagie est la suite de maladies antécédentes , il est à craindre alors que la mort n'ait lieu , surtout quand le sang vient en grande abondance et est d'une couleur noirâtre. Dans les cas les plus ordinaires, l'hémorrhagie cesse spontanément; le principal est de commencer immédiatement un traitement, car le mal peut devenir très-dangereux d'un moment à l'autre, soit que rhémorrhagie se reproduise, soit qu'il se forme et se fixe dans les poumons une maladie incurable.

On se tiendra donc sur ses gardes, et l'on ne se laissera pas aller à la manie des saignées après un crachement de sang. Cette méthode est nécessairement mauvaise, car elle augmente toujours et sans exception le danger qu'on veut prévenir.

Ceux qui ont eu plusieurs crachements de sang , et qui ont éprouvé du soulagement après chaque saignée , voient leur état s'aggraver infailliblement ; dans ce cas, chaque saignée a donné, en effet, plus de prise au principe du mal, soit en facilitant les récidives , qui reviennent alors avec plus d'intensité, soit en diminuant la force de la constitution, qui ne permet plus aux autres remèdes d'agir efficacement. Dans cette circonstance, il est urgent de se mettre dans les mains d'un médecin homœopathe, pour suivre un traitement long et régulier : il en est encore temps peutêtre.

La saignée dans l'hémorrhagie des poumons est surtout dangereuse pour celui qui est sujet aux hémorrhoïdes, parce qu'alors le sang peut prendre un cours opposé. Le < as est le même chez la femme qui a encore ses menstrues. Or, dans ces deux cas, il n'y a rien à craindre : cet état se dissipe de lui-même avec la plus grande facilité , et leurs suites fâcheuses seront prévenues par un traitement convenable.

La saignée est encore un mauvais moyen et un moyen contraire, lorsque le crachement de sang est la suite dune chute grave, d'un coup violent reçu sur la poitrine, d'une

lutte ou de coups, etc. Dans la plupart de ces cas, la saignée est pire que le mal lui-même , et c'est un grand malheur que de croire qu'il n'y a rien de mieux à faire. — Dans Thémorrhagie après une chute, donnez arn. et prescrivez la diète; si quelques jours après il survient de la fièvre ou une douleur dans la poitrine, donnez acon.; et si l'état s'aggrave, donnez alternativement ces deux remèdes.

La première chose à faire en présence d'une hémorrhagie Tiolente, c'est d'entourer fortement le bras gauche d'un mouchoir dans sa partie supérieure, et de faire la même ligature autour de la cuisse droite. Si cela ne suffit pas pour arrêter le sang, on en fera autant aux deux autres membres. Dès que Thémorrhagie a cessé, il faut avoir la précaution de ne sortir les ligatures que l'une après l'autre. Durant cette opération, le malade se tiendra tranquille dans son lit, ou étendu, ou à moitié assis, la tête et le tronc soutenus par des coussins. Bien que Thémorrhagie ait cessé, il sera prudent de l'obliger à rester longtemps tranquille, sans parler, et toujours à Tair frais ; de dix jours, il ne boira rien de chaud et encore moins de boissons fortes, mais seulement une tisane rafraîchissante et tempérante, telle que Teau d'orge ou dé riz. On devra écarter de lui toutes les émotions morales fortes. Qu'il dorme quelquefois pendant le jour, et qu'il choisisse le temps qui précède son repas.

Si les ligatures n'ont pas suffi pour faire cesser Thémorrhagie, ou que le malade n'ait pas eu la patience de les supporter, on procédera à l'application de quelques ventouses sèches à la base de la poitrine, sur les côtes et au creux de Testomac. On peut suppléer à la ventouse réelle en prenant un verre dans lequel on brûlera ou du coton ou du papier qu'on appliquera immédiatement sur la partie. — Plus la ventouse tient, mieux cela vaut : cela prouve que le sang a afflué plus promptement et avec plus d'abondance.

Enfin, ce qu'il convient défaire après cela, c'est de mettre

sur le bas-ventre des compresses d'eau froide. Cependant, s'il devait en résulter une aggravation dans la toux, on devra cesser toute application froide, de même que les boissons froides ; elles nuiraient plutôt qu'elles ne pourraient soulager. On donne aussi, dans ces circonstances, un peu de sel de cuisine en poudre, qui ne laisse pas de soulager; mais si la toux persistait, il est bien entendu qu on n'insisterait pas.

Lorsque la toux continue, et qu'elle provoque des crachats sanguinolents, donnez alors du blanc aVœuf et du sucre, une cuillerée à café; ou bien une goutte à' acide sulfurique étendue dans un verre d'eau pour gargarisme; on en prendra aussi une cuillerée à thé toutes les dix minutes. Le sulfate de fer est également bon en pareil cas, et dissous dans l'eau comme l'acide sulfurique.

Si cela ne suffit pas, il faudra passer tout de suite aux remèdes appropriés ; ils guérissent plus promptement, et peuvent, jusqu'à un certain point, prévenir les récidives.

Dans les cas les plus graves, on donne tout d'abord la préférence, ou à acon., ipec, arn., chin., ou à op.

Si à la suite de petites quintes de toux Thémorrhagie se déclare, si la malade a déjà senti un bouillonnement de sang dans la poitrine, ou que la poitrine lui semble trop pleine, avec sensation de brûlement, battement de cœur, anxiété, inquiétude, et que ces divers symptômes empirent dans la position couchée, avec anxiété et pâleur du visage, si le sang vient de temps en temps, et toujours beaucoup à la fois, donnez un globule d'aeon., et attendez le résultat quelques heures ; s'il y a apparence de récidive, répétez acon. ; si avec un arrière-goùt de sang il reste une petite toux avec crachats striés de sang, nausées, faiblesses, donnez ipcc. Si acon. n'a pas suffi, qu'il y ait aggravation avec palpitation de cœur et anxiété, que le sommeil en soit empêché et qu'on ne puisse rester au lit, avec chaleur

MALADIES DE LA POITRINE. %> i

sèche et brûlante, donnez alors ars. : il faut l'administrer avant la nuit, mais en olfaction, et lui laisser le temps d'agir. Si cet état s'aggrave encore, on emploiera utilement ipec, ou nux. vom. (qui s'appliquent aussi à d'autres symptômes), ou suif., ou am. Si après remploi de ces remèdes l'état du malade empire, revenez à ars.

Par l'emploi de ces divers moyens, la maladie peut être arrêtée dans son cours, et même cesser.

Si le sang ne vient pas par l'effet d'une petite toux courte et sèche, mais bien à la suite d'une toux violente, d'abord sèche et puis rauque et douloureuse, avec un goût de sang ; si la malade éprouve des frissons, avec des bouffées de chaleur ; s'il est très-faible, qu'il veuille rester couché ; s'il a une transpiration de quelques instants ; s'il éprouve des tremblements, que sa vue s'obscurcisse, ou que ses idées deviennent confuses, ou qu'il ait perdu assez de sang pour tomber en défaillance ; s'il est froid et pâle, et s'il se déclare des mouvements convulsifs dans les bras et le visage, donnez, dans ce cas, chin., et attendez le résultat, quand bien même il y aurait aggravation ; plus tard, donnez ferr., s'il y a lieu, ou arn., et quelquefois ars.

Si le sang arrive presque naturellement, sans effort de vomissementeten petite quantité, s'il est entièrement pur et vermeil ; si le malade ressent des douleurs entre les épaules, s'il a des accès d'asthme, principalement la nuit ; s'il ne peut rester assis, s'il se trouve mieux en se promenant tout doucement, mais avec le besoin de se coucher de temps en temps ; s'il est très-faible, surtout après avoir parlé, et que le moindre mouvement le force à tousser, alors donnez ferr. acet.7 principalement aux personnes maigres, qui ont la figure jaune et qui ne peuvent dormir la nuit.

Lorsque le sang sort caillé, coagulé, noirâtre, et qu'il vient sans difficulté avec des symptômes d'asthme, et des élancements dans la poitrine, avec brûlement, contraction, palpitation de cœur, chaleur forte dans tout le corps,

donnez arn., quand il y aurait eu faiblesse jusqu'à la syncope.

Si le sang sort par un effort de vomissement et de la toux, s'il est clair et rutilant, écumeux et plein de grumeaux de sang caillé et de mucosités épaisses, s'accompagnant parfois d'un chatouillement au-dessous de l'os de la poitrine, et si l'on ressent des élancements dans la tête pendant la toux, que les côtés semblent meurtris, donnez, dans ce cas, arn.

Si l'hémoptysie dure déjà depuis quelque temps, si le sang est noir et coagulé ; si le malade est anxieux la nuit ; se sent froid, se plaint de faiblesse, de douleurs à la base de la poitrine ; s'il a l'estomac alangui, s'il est craintif, triste et nonchalant, donnez puis., et quelquefois aussi, selon les circonstances, sec. corn. — Mais dans le cas où le sang serait plus rouge, ou si l'esprit était plus agité, irrité, inquiet, et s'il y avait aggravation à la suite de contrariétés, ou avec chatouillement dans la poitrine, donnez rhus toxic,\ lorsque ce symptôme se trouve chez des personnes passionnées, qu'il est pire le matin et nul la nuit, si la toux fatigue, violente la tête, donnez nux vom.

Lorsque le crachement de sang reconnaît pour cause probable la suppression d ' hcmorrhoïdes , un refroidissement, une contrariété ou toute autre cause, donnez le soir nux vom., et s'il n'est pas amélioré le lendemain avant midi, donnez suif, ou tel autre remède qui répondra le mieux aux symptômes. S'il dépend de la suppression des menstrues, donnez puis., et plus tard cocc, ou un autre remède propre à favoriser les règles.

Op. est convenable lorsque le sang rendu par le crachement est épais et écumeux, qu'il est mêlé à des phlegmes, particulièrement chez les personnes adonnées à la boisson, ou lorsque la toux s'aggrave pendant la déglutition, s'accompagne d'asthme, avec agitation et brûlement à la région précordiale, et tremblement des bras, quelquefois avec faiblesse

extrême de la voix ; s'il y a assoupissement, tressaillement subit, refroidissement des extrémités surtout, ou chaleur, principalement de la poitrine, ainsi que chaleur du corps, mais sans transpiration. On peut le répéter après quelque temps, ou même plus tôt s'il le faut.

Hyosc. convient si le crachement a lieu avec une toux sèche, principalement la nuit, et qui oblige le malade à sortir du lit ; lorsqu'il s'éveille en sursaut et avec effroi, .etc. Il convient aussi chez ceux qui sont accoutumés aux boissons spiritueuses, lorsque op. et nux vom. n'ont pas suffi; et plus tard ars., lorsque ceux-ci n'ont pas apporté de soulagement.

Bell., lorsque par suite d'un chatouillement au gosier on est provoqué à tousser, d'où il résulte une aggravation de souffrance et une sensation pénible, comme si la poitrine était trop chargée de sang, avec douleurs lancinantes qui s'augmentent par le mouvement.

Dulc, si le malade souffre davantage étant couché, et s'il éprouve le même état que dans la bell.j principalement si le sang est d'un rouge clair, lorsque ce crachement provient d'un refroidissement, et d'une petite toux qui dure déjà depuis longtemps.

Carb. veg., lorsqu'il y a dans la poitrine une sensation de brûlement violent, même après la cessation de l'hémorrhagie, surtout chez les individus qui souffrent du changement de temps et qui ont abusé du mercure.

A l'égard de la faiblesse consécutive, qu'on ne se presse pas de donner des remèdes; un bon régime est la meilleure chose ; qu'on mange souvent et peu à la fois ; peu de viande, beaucoup de lait, des œufs frais, des aliments féculents et farineux, et un exercice modéré pendant le beau temps. Si, malgré cela, le malade reste faible et très-sensible, donnez chin. et coff. alterné avec chin., si à la faiblesse se joint une certaine vivacité; ou ign., si l'on a un sujet de chagrin ou d'inquiétude.

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