‹ Médecine homoeopathique domestique (volume 2)Chapitre 128 sur 237 · MANQUE D'APPÉTIT · texte numérisé non relu

MANQUE D'APPÉTIT

Les moyens ordinaires que Ton emploie pour rappeler l'appétit sont précisément ceux qui doivent l'éloigner le plus. Toute chose de haut goût, qu'elle soit salée, poivrée ou acide, les épices, les plantes et racines ou écorces amères que Ton fait infuser ou macérer dans l'eau-de-vie pour la convertir en boisson stomachique, sont autant d'excitants qui ne peuvent certainement pas nourrir. Tous ces ingrédients sont, par eux-mêmes, il est vrai, d'excellents remèdes, mais il faut les employer en temps utile et dans une mesure convenable; et chacun a pu juger, par sa propre expérience ou celle des autres, s'ils sont réellement salutaires dans certains cas. Or, comme tous les médicaments en général sont nuisibles pris en excès, trop souvent et hors de propos, on s'expose à se faire grand mal en en usant sans discernement. Et ici, le pire de tout, c'est l'habitude : car, plus on use d'une chose, plus les inconvénients augmentent. A quoi sert de provoquer l'appétit pour un jour, pour le perdre plus complètement après? De même qu'il reste dans le corps une partie des aliments que l'on prend, de même aussi il reste quelques éléments de ces excitants de l'appétit, qui se fixent sur un point de l'organisme. Mais comme ces ingrédients n'ont pas de caractère nutritif propre, ils ne peuvent réparer les forces du corps humain ; ils ne s'en établissent pas moins peu à peu dans les organes, et deviennent l'origine, le point de départ de maladies incurables. On se met alors à supposer qu'ils se ramassent dans les intestins et qu'on peut les expulser, ou

dans le sang, et/qu'on peut les faire sortir à l'aide de la saignée:c'estlà un véritable et fatal préjugé. Tout médecin qui sait un peu ri'anatomie et de physiologie n'ignore pas qu'il est impossible que cela se passe ainsi, que rien ne se fixe ni dans les intestins ni dans le sang; celui-ci se renouvelle incessamment tous les jours; mais les solides seuls du corps humain subissent un changement, une sorte de rénovation, et s'approprient les substances qui ont été soumises au travail de la nutrition.

Celui donc qui fait un usage modéré de ces diverses substances ne se fera jamais grand mal. Une fois ou autre, un morceau de substance salée ou acide peut, principalement en été, avoir un excellent effet, surtout lorsque Festomac semble Ta voir désiré, et lorsque, après cette satisfaction, cette envie ne s'est pas renouvelée ; mais si ce désir revient bientôt après, c'est une preuve que l'usage qu'on pourrait en faire finirait par être nuisible.

Le meilleur de tous les remèdes, comme la meilleure de toutes les habitudes, est l'habitude de boire de l'eau froide. Qu'on en prenne régulièrement un verre tous les matins à jeun, ainsi que quelques heures avant et après le repas, et le soir en se couchant ; mais pendant le repas qu'on en boive modérément; après un dîner copieux, on en prendra souvent et à petits coups.

FAIBLESSE DE i/eSTOMAC.

Les choses les plus essentielles à dire à ce sujet ont été traitées au chapitre IV, en tantque cette faiblesse d'estomac provient de la nourriture ou des boissons récemment prises. Quant aux autres causes, il en a été question aux chapitres I, II, III; mais il est certaines souffrances qui sont produites par descauses diverses qui agissent à la fois et d'autres où la cause est inconnue; quelques-unes n'ont qu'une durée passagère, quelques autres sont longues et opiniâtres : alors on dit qu'il y a dyspepsie; d'autres encore sont le commen-

cernent de maladies violentes et dangereuses. — Nous allons faire connaître ici les affections de l'estomac, que chacun peut traiter chez soi. Mais il en est qui ne peuvent être traitées que par le médecin, et ce sont celles que nous désignons sous le nom de dyspepsie. — C'est un mot savant et voilà tout, car il ne dit rien. Quand un médecin prononce ce mot, il n'apprend rien autre chose que ce qu'il sait du malade, à savoir, que son estomac ne digère pas bien. Ce n'est, après tout, qu'un expédient dont se sert le médecin pour faire comprendre et croire qu'il est initié dans ses souffrances ; et, par cela seul qu'il fait usage de ce terme, il donne la preuve de son ignorance : car il y a un très-grand nombre de maladies de l'estomac et de tout Fappareil digestif qui sont sous la dépendance d'une digestion difficile; et celui qui ne sait pas assez bien les discerner pour les traiter isolément par des moyens appropriés leur donne néanmoins et indifféremment ce nom de dyspepsie (digestion lente et difficile), et il les traite, sans plus de façon, par les mêmes remèdes qui, loin d'apporter le moindre soulagement, ne font qu'aggraver la situation du malade, et, pour un qu'il a pu sauver, il en a tué des milliers.

Au début du mal, on peut toujours guérir; mais si la maladie est déjà avancée, on ne peut, dans la plupart des cas, espérer de guérison qu'en prescrivant un régime rigoureux et en employant les moyens indiqués, ou, si cela ne suffit pas, en appelant un médecin homœopathe.

Le régime strict consiste à éviter les aliments qui sont passés, les salaisons et les viandes fumées, ou les choses à moitié gâtées ou desséchées, par exemple le beurre rance; à prendre un modeste déjeuner le matin, c'est-à-dire en faisant usage d'une nourriture légère; rien de lourd, peu ou point de viande, tout au plus un œuf; rien de frit à la graisse ou au beurre; point de pain trop tendre ou chaud, seulement du pain rassis et jamais grillé qui, à cet état, est à moitié altéré et devient indigeste; à dîner, on prendra

quelques légumes avec de la viande bouillie ou rôtie; à souper, un morceau de pain rassis avec du beurre ou toute autre chose légère; cela suffit ordinairement : on s'abstiendra surtout de pâtisserie mal faite, dont la pâte n'est pas bien levée ; on se privera de thé et de café; on boira de l'eau froide.

On se tromperait de croire que Ton peut, avec du sucre, rendre douces les choses acides; le goût se laisse tromper, mais l'estomac jamais. 11 en est de même pour ce qui est amer et fort.

La première de toutes les conditions est donc d'adopter un régime bien entendu, c'est-à-dire une nourriture saine, abondante, réparatrice et variée; car l'estomac est comme un champ sur lequel on peut jeter toujours la même semence. Il faut savoir se tenir à ce régime d'une manière invariable, toujours et partout.

Les cas dans lesquels l'appétit vient à manquer subitement, où il y a nausées, douleurs, et surtout tranchées, sommeil agité et faiblesse, réclament les remèdes indiqués ci-après ; dans les cas chroniques, vous choisirez parmi ceux dont il est parlé plus loin.

Am. convient non-seulement lorsque cette souffrance (la faiblesse d'estomac) est causée par un coup reçu sur l'estomac, par un effort qui sur le moment donne lieu à une vive douleur, ou par un tour de reins, mais aussi par suite de défaut de sommeil, fatigue d'esprit, grande excitabilité et irritabilité (comme quand on dit que le malade est dans un état nerveux) ; si la langue est sèche, couverte d'un enduit jaunâtre, avec goût putride ou amer et aigre, bouche mauvaise, répugnance pour le tabac, appétence pour les choses aigres, renvois quelquefois avec odeur d'œuf pourri; lorsque, après avoir mangé, on éprouve une plénitude d'estomac, nausées avec efforts pour vomir; vents et flatulence; ventre ballonné; en même temps pesanteur dans tous les membres, vertiges, douleurs de luxation,

maux de tête pressifs au-dessus des orbites, étourdissements et chaleur dans la tête; quand on éprouve une chaleur désagréable, que le sommeil est agité, les réveils fréquents et en sursaut, accompagnés de songes pénibles. Si arn. ne suffit pas, donnez nux vom., et, à défaut de celui-ci, chamom.

Nux vom., si la maladie est la suite de débauches, de l'abus du café, du vin principalement ; si le malade a été pris d'un refroidissement, si la bouche est sèche sans altération, s'il y a une accumulation d'eau ou de phlegmes aigres, si la langue est chargée d'un enduit blanchâtre; si le goût est nul et insipide pour toute sorte d'aliments ; salive aqueuse et abondante, vomissement, pression de l'estomac, ventre tendu, selles petites et dures ou rares (constipation); vacillement, vertige ou engourdissement de la tête ; pesanteur de la nuque, tintement des oreilles, tiraillement dans les dents molaires, tantôt supérieures, tantôt inférieures; tiraillement dans les membres, manque d'énergie et paresse d'esprit; le malade est inquiet, querelleur, irritable; parfois sa face est chaude, ou marquée de plaques rouges. Si nux vom. ne suffit pas, donnez chamom.

Chamom. convient lorsque, après avoir mangé ou bu, le mal a une invasion brusque à la suite d'une vive contrariété, que la bouche en reste amère, que les renvois bilieux sont suivis d'un vomissement de matières verdâtres ou de bile pure; qu'il y a de l'agitation pendant le sommeil, et qu'il est interrompu; en outre, il y a douleur et plénitude de la tête, la face est chaude et rouge, les yeux sont rouges et brûlants; l'esprit est très-irritable. Si chamom. ne suffit pas, donnez puis., et si puis, ne suffit pas, nux vom.

Puis, convient lorsqu'on a mangé de différents mets et pris des boissons de plusieurs espèces qui se contrarient, principalement si les aliments sont flatulents ; après avoir mangé beaucoup de choses grasses, telles que porc, mouton

et saucisson, ou toute autre chose cuite au beurre, surtout au beurre rance ; si le goût en est amer, salé, et laisse une sensation de viande gâtée ou putride, ou de suif; lorsque chaque bouchée de pain, ou toute autre nourriture, laisse de l'amertume dans la bouche; quand le tabac est insipide ; quand on a la bouche pleine de glaires^ que la gorge gratte, qu'il y a des renvois bilieux, ou des aigreurs ou âpretés d'estomac, une aversion particulière pour les aliments chauds ; que le ventre est ballonné et tendu,, surtout sous les côtes ; qu'il y a borborygmes, grouillements, selles lentes, petites, pénibles, ou,diarrhée; lassitude dans les membres, comme dans la fièvre intermittente, frissons, débilité; si le malade est faible, ennuyé, taciturne, irritable par la moindre chose, et peu disposé à parler.

Cfu'n. convient lorsque l'air ambiant est chargé de vapeurs nuisibles, ou au printemps et en automne, lorsque les jours humides sont suivis de sécheresse; dans les pays où Ton a récemment creusé des canaux, où les terres ont été desséchées, et où régnent les brouillards; dans le cas où, par suite de la profession, on est obligé de respirer des émanations nuisibles, et qu'on est privé d'un air suffisamment pur ; il est utile dans les prodromes de la fièvre intermittente et pour prévenir tout à la fois la fièvre elle-même. Il convient aussi lorsqu'on éprouve de la satiété, de l'indifférence pour le boire et le manger; lorsque les aliments restent longtemps sur l'estomac, qu'on a beaucoup de renvois et qu'on vomit les aliments non encore digérés ; qu'on a du goût pour les choses excitantes, fortes et acides; qu'on éprouve une faiblesse générale et un besoin de rester couché, mais cependant sans avoir la force et la patience de garder la même place; si pouvant étendre et fléchir ses membres, ils restent complètement roides le matin; si on ressent souvent de la chaleur, et le moindre courant d'air donne des frissons ; si les urines sont brûlantes et déposent beaucoup; si on ne peut s'endormir, et si, en dormant, le

MALADIES DE ^ESTOMAC. 3il

sommeil est interrompu; si l'esprit est mélancolique et mal disposé.

Antîni. Crud., lorsqu'on éprouve ufi certain malaise à l'estomac avec éttvie de vomir ; si la langue est chargée ou couverte de petites vésicules $ renvois fréquents, qui rapportent le goût des aliments qu'on Vient dé manger ; bouche sèche ou salive abondante avec grande soif, surtout là nuit J phlegmes dans la gorge, ou vomissements de phlegmes ou de bile ; estomac douloureux comme s'il était trop plein, ou sensibilité doulourehsé à l'épigastrê par le toucher; en outre, flatulences et tranchées, avec constipation et diarrhée. Si antim. crud. tarde à produire un bon effet, donnez bry.

Bry., si l'estomac est dérangé et s'il y a en même temps des frissons et du froid, constipation, langue chargée et couverte d'un enduit jaunâtre, ou de vésicules comme dans antim. crud. ; c'est la même soif, mais le jour et la nuit il y a un peu plus de sécheresse dans la gorge et l'estomac. Il convient surtout en été, ou lorsque le temps est chaud et humide. Dans cette circonstance, débutez d'abord par bry., que vous répéterez six ou douze heures après s'il le faut. Ce n'est que plus tard c[ue vous donnerez antim. crud., si bry. n'a pas suffi.

Ipec, lorsqu'on a l'estomac surchargé de glaires ou affaibli par toute autre cause ; lorsque la langue n'est pas sale, quoique le malade ait des nausées ou des vomissements; il convient particulièrement dans les cas caractérisés par un dégoût prononcé contre tout aliment, même contre le tabac, et lorsque les vomissements sont faciles et violents, compliqués de diarrhée ; et notamment lorsque ces accidents se répètent tous les jours ou tous les deux jours, à la même heure.

Hep. sulpk. convient lorsque l'estomac se dérange facilement, même en menant une vie régulière, soit même en prenant toute sorte de précautions ; lorsqu'on éprouve de

l'appétence pour les choses acides, fortes, acerbes, ou pour le vin; qu'on a des nausées, des maux de cœur et des renvois, principalement le matin; qu'on vomit des matières acides, bilieuses et glaireuses ; que la bouche est inondée de glaires, le ventre douloureux, et que les selles sont dures et sèches, après surtout qu'on a fait usage de pilules bleues (mercure).

Lach. est mis en usage lorsque hep. sulph. ne suffît pas; quand les souffrances ont lieu après avoir mangé, ou le matin de bonne heure, ou que les selles s'arrêtent pendant plusieurs jours.

Les cas chroniques les plus opiniâtres de dyspepsie peuvent être guéris par hep. sulph. ou sulph., pourvu qu'on ne le répète pas trop souvent, qu'on sache attendre qu'une aggravation notable se produise ; et si l'un de ces remèdes est sans effet, qu'on emploie l'autre. Si tous les deux restent sans efficacité, donnez bell., ou quelquefois merc. viv., et après sulph.

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