ÉCOULEMENT DE L'URÈTRE
Cette affection varie beaucoup ; quelquefois elle est légère, et revêt d'autres fois un caractère très-grave : elle est souvent spontanée, comme aussi elle peut reconnaître pour cause les flueurs blanches, maladie commune aux femmes. Nous allons indiquer ici les moyens de soulager les cas les plus intenses et de guérir les plus légers; nous obtiendrons peut-être ainsi que les malades ne s'adressent pas aux médecins de la vieille école et aux charlatans. J'ai vu souvent de ces affections bénignes se transformer en maladie grave par suite d'un traitement contraire, en laissant après lui des souffrances longues et opiniâtres, et quelquefois incurables ; et personne n'ignore les conséquences terribles qui suivent la suppression brusque de toute blennorrhagie contagieuse.
On se soumettra ici au régime indiqué plus haut, à l'article Rétention d'urine. On réussira à calmer les douleurs avec des lavements d'eau tiède; on s'abstiendra des injections dont on abuse tant et qui sont toujours nuisibles; on trempera la verge dans l'huile tiède , ou bien on l'enveloppera avec des compresses huilées. Les remèdes employés ordinairement dans des cas pareils, le baume de copahu et decubèbe, nuisent fréquemment et ne guérissent pas, uniquement parce qu'on les prend à trop forte dose. Après avoir reçu l'infection, le malade fera bien d'étendre sur la plante des pieds gros comme un pois de baume de copahu,
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et chaussera son bas par-dessus; ou s'il en éprouve un besoin fréquent d'uriner, il placera quelques feuilles de persil à la plante des pieds; dans les cas chroniques, ce sera une cuillerée à thé de cubèbe en poudre. C'est une véritable folie que d'avaler ces drogues : ce n'est jamaispar la quantité que s'opère la guérison ; car, si l'on ne réussit pas à arrêter l'écoulement, il en résultera par le baume de copahu des souffrances de poumons, comme par le poivre de cubèbe des souffrances de l'estomac ; il y a plus : c'est que l'effet résultant de l'absorption par les pieds est beaucoup plus rapide que celui qu'on se promet par l'estomac.
Si ces moyens ne réussissent pas, et qu'on n'ait pas fait autre chose, on aura recours à Yacon. , dont on donnera quelques globules pour calmer les douleurs les plus violentes ; plus tard on administrera merc. viv. trois jours de suite, s'il le faut; quand les douleurs aiguës ont disparu, on peut enlever en une semaine le reste avec sulph.
Dans la douleur brûlante, intense, avec écoulement de matière verdâtre et jaunâtre, donnez merc. viv. ; si l'écoulement est blanc comme de la crème de lait, donnez caps., particulièrement lorsqu'on éprouve, en urinant, outre le brûlement, des douleurs sécantes; si la douleur est plutôt tiraillante et pressive, avec spasme, et qu'il y ait en même temps souffrance en urinant, donnez puis.; dans les cas chroniques, nux. vom. enlève tout le reste des symptômes; et s'il reste un suintement laiteux, donnez ferr.; dans les cas chroniques, donnez sep. et natr. muriat. alternativement une fois par semaine. — Si l'écoulement provient uniquement de la leucorrhée, et nullement d'une infection vénérienne, prenez nat. muriat. Le mari et la femme devront en prendre matin et soir une dose, et en attendre les effets quinze ou vingt jours.
Si l'écoulement venait d'une origine suspecte, s'il avait un caractère purulent, que ce fut, en un mot, une f/onorrhée, \out en tenant compte de ce qui précède, on procédera
ainsi qu'il suit : faites macérer des sommités fleuries de chanvre femelle, bien mûres et bien odorantes, dans de l'alcool, et donnez-en cinq gouttes dans de l'eau le matin, à midi et le soir ; continuez tant que l'amélioration est sensible. — Si on ne pouvait se procurer ces fleurs, on y supplée par cann.,% globules pour un verre d'eau, que l'on prend comme il est dit ci-dessus. — Après cann. donnez thui. cinquième dilution, tous les deux jours. Thui. est surtout efficace chez les femmes. On emploiera aussi merc. et sulph. (Voyez plus bas l'article Chancre.) — Dans le cas d'une grande inflammation avec brûlement et priapisme, donnez canth. — Le traitement de cette maladie exige le repos le plus complet.
Si la maladie consiste dans le gonflement, la rougeur et la douleur du prépuce, ayant pour origine une cause physique, comme le frottement, la pression, etc., donnez acon. d'abord, et quelques heures après arn.; et si, après amélioration, le mal empire, administrez alternativement l'un et l'autre. Mais si arn. ne convient pas, donnez rhus toxic. deux fois. — Si le mal provient de la malpropreté, donnez acon. et, quelques heures après, merc. viv. — Les petits enfants sont sujets à ce genre d'affection ; employez chez eux les mêmes remèdes. Si la cause résulte de l'effet de plantes vénéneuses, qu'on aura touchées avec les mains, donnez bry. ou bell. ; quelquefois il est mieux d'alterner avec acon. S'il se fait un écoulement de matière purulente par la verge, merc. viv* est le remède principal, et si la sensation de brûlement qui en résulte ne cesse pas, donnez caps. Si quelques jours après il reste des traces d'écoulement, donnez hep. sulph.; s'il reste dans la peau du prépuce des parties indurées , donnez lach. deux fois ; quand les symptômes sont très-mauvais, et qu'il y a çà et là des ta-
ches bleuâtres, donnez ars. alb. une ou deux fois. Chez les petits enfants, cale. carb. une ou deux fois , si acon. et merc. viv. ne réussissent pas.
Dans le cas OÙ les testicules sont douloureux et engorgés, à la suite d'un coup, d'une chute, etc. , donnez acon. et arn.} alternativement ; après une gonorrhée supprimée, puis., quelquefois aussi merc. viv., après une esquinancie, voyez l'article qui s'y rapporte. Lorsque la douleur est intense et pressive en tous sens, et qu'elle s'accompagne d'élancements violents dans le ventre, donnez spong.; lorsque la douleur est plus compressive et que les élancements sont plus brûlants, donnez staph.; si la cause est dans l'abus du mercure, consultez l'article Empoisonnements. Si cet état dure depuis longtemps, prenez sulph., et adressez-vous immédiatement à un médecin homœopathe.
S'il se déclare des ulcérations (chancres) plus ou moins étendues au pénis, avec ou sans coïncidence d'un échauffement (gonorrhée), on guérira cet accident par merc. six globules de la troisième dilution — pour six cuillerées — qui seront prises en trois jours, l'une le matin l'autre le soir. A quelques jours de là il se manifeste une aggravation du symptôme principal; cette aggravation précède une amélioration qui ne tarde pas à se compléter par la cicatrisation des ulcères. — Si elle tardait cependant, et qu'il vînt à se montrer des végétations, on aura recours à nit. acid. qu'on administrera comme le remède précédent. — Cette maladie étant toujours difficile à conduire sur soi-même, il vaut mieux, dans ce cas, appeler à son aide un médecin homœopathe ; c'est le plus sûr pour ne pas se fourvoyer.
Cette maladie peut se guérir, dans la plupart des cas, par des remèdes internes, si on ne l'a pas négligée trop longtemps; on ne la guérira certainement pas par les procédés
de l'ancienne école : c'est pour cela que les médecins allopathes soutiennent obstinément qu'il n'y a pas de traitement interne efficace. On a perfectionné partout les bandages, mais il y a en cela plus de spéculateurs que de gens éclairés. De même qu'un bon bandage est d'une grande importance, de même un mauvais est très-nuisible. S'il ne s'adapte pas bien, soit qu'il comprime trop fortement ou qu'il soit trop lâche, alors il peut rendre la hernie incurable. Un bon bandage ne doit pas fatiguer; toutefois on ne peut empêcher qu'il ne gêne un peu au commencement : le malade saura supporter cette gêne. On ne l'appliquera jamais qu'après avoir fait rentrer tout à fait la hernie, et ce n'est qu'alors qu'il la maintiendra complètement. Dès qu'on s'aperçoit qu'il sort un peu de hernie, il faut se hâter doter le bandage, de faire coucher le malade, pour le réappliquer avec plus de soin. Si la hernie sort trop souvent, comptez que le bandage n'est pas bon. — Celui qui ne veut pas supporter de bandage, ou s'il le porte mauvais, ou bien encore s'il se fatigue trop, ou s'il fait des imprudences, celuilà s'expose aux hernies étranglées, qui passent facilement à l'état d'inflammation. C'est dans cette dernière circonstance qu'il est essentiel de savoir réduire une hernie.
Celui qui est pris pour la première fois d'une hernie doit commencer par se coucher sur le dos, et placer sous ses fesses deux coussins ou toute autre chose, de telle sorte que la région du corps où existe la hernie soit plus haute que le reste de l'abdomen ; il se penchera un peu plus du côté malade, et de cette façon le ventre n'aura aucune tension.
Il conviendra toujours mieux que ce soit tout autre que soi qui fasse rentrer la hernie; mais, à défaut, on peut le faire soi-même. On procède en appliquant la main sur la hernie; on la saisit comme si l'on voulait la contenir, et puis, avec les doigts de l'autre main , on la refoule dans
l'abdomen. De temps en temps on fait avec les doigts et puis avec les mains de légères et douces frictions, qui doivent être progressivement plus fortes. On tiendra le malade ou soi-même dans cette position tout le temps qu'il sera nécessaire à la réduction de la hernie. — Les hernies étranglées les plus graves peuvent rentrer par ce simple procédé, mais en ayant soin de donner ocon. ou nux vom. Si la hernie ne peut supporter la moindre pression, il faut par des remèdes appropriés enlever la sensibilité, l'irritation même. Dans certains cas, il est utile d'appliquer sur le sac herniaire des compresses tièdes. Quelques médecins ont, dans cette circonstance, fait usage d'eau froide et même de glace, à l'aide d'une vessie. Cette application ne doit pas se continuer longtemps, et même ne se fera pas, si la tumeur herniaire est chaude et rouge.
Dans le cas de hernie où la douleur du ventre est violente et brûlante, comme s'il y avait des charbons ardents, que le moindre attouchement exalte les souffrances, qu'il y a nausées, vomissements acres et bilieux, anxiété et sueurs froides, donnez acon., qu'on peut répéter toutes les fois qu'il y a de l'aggravation dans les symptômes. Si la réduction ne se fait pas, et que les vomissements deviennent aigres, donnez tout de suite suiph., laissez alors le malade tranquille, et, s'il s'endort, qu'on le laisse dormir.
Lorsque la douleur est moins violente pour l'attouchement des parties, et que le vomissement est moindre, mais que la respiration s'accompagne d'une grande gêne; si la cause consiste dans un refroidissement, dans un échauffement, dans un écart de régime, donnez nux vom. Si après deux heures il n'y a pas d'amélioration, répétez-le. Si la face devient rouge, le ventre ballonné, si les renvois ou le vomissement ont une mauvaise odeur et un mauvais goût, donnez op. tous les quarts d'heure, j usqu'à ce qu'il survienne un changement; si le vomissement est accompagné de sueur froide, ou que les extrémités se refroidissent, donnez
verat. alô.; et si ce remède n'opère pas en deux doses, donnez belL Dès que l'abdomen devient sensible et douloureux au toucher, donnez acon. et sulph. comme ci-dessus. Si le sac herniaire a pris une mauvaise couleur, que les symptômes s'aggravent, donnez lach. en l'absence du médecin ; et si, après une amélioration, l'état empire , répétez tach. Si, dans deux heures, il n'y a pas d'amélioration , donnez ars., quelques globules, dissous dans sept à huit cuillerées d'eau, pour en faire prendre toutes les quatre heures.
En tous cas de hernie étranglée, il faut immédiatement envoyer chercher un chirurgien; mais en attendant, on ne négligera pas les moyens dont il vient d'être question : s'ils se sont montrés efficaces, tant mieux, sinon il verra ce qu'il convient de faire. Au surplus, il trouvera tout plus facile, comme mille expériences l'ont déjà prouvé. S'il prétend que les remèdes mis en usage ont compromis F état du malade, c'est ou un ignorant ou un charlatan, et il faudra le traiter comme tel.