‹ Médecine homoeopathique domestique (volume 2)Chapitre 61 sur 237 · I. SOPHISTICATIONS DES BOISSONS ET DES ALIMENTS · texte numérisé non relu

I. SOPHISTICATIONS DES BOISSONS ET DES ALIMENTS

La sophistication des aliments et des boissons est plus fréquente que Ton ne croit, et surtout dans les grandes villes, où l'on a poussé au plus haut degré de perfectionnement cette industrie, qui s'y exerce sous la garantie des brevets; les petites villes, à cet égard, ne sont pas restées en arrière.

Le vin est, sans contredit, l'article le plus sujet aux falsifications, tant en France qu'à l'étranger. —Notre intention est de donner ici quelques avis sur la manière de connaître les vins sophistiqués.

Les vins sont mélangés avec des substances ou innocentes ou nuisibles. Celui qui falsifie les vins avec des substances innocentes n'est déjà pas éloigné de le faire avec celles qui ne le sont pas; car, sur la route des tromperies, on franchit facilement les limites, et la pratique de Tune conduit à l'autre ! C'est pour cela que nous indiquerons

(1) Voy. Garnier et Harel, Des falsifications des substances alimentaires et des moyens chimiques de les reconnaître. Paris, 181-i, in-iv.

comment on devra s'y prendre pour découvrir des mélanges non nuisibles. Un dégustateur qui a le palais expérimenté découvrira facilement le mélange de différents vins; mais cette sorte de combinaison des vins nous ne la prenons pas pour une falsification, puisqu'on peut réellement améliorer des vins médiocres par le coupage, par l'addition de ceux de bonne qualité sans le moindre inconvénient pour la santé.

A. Il y a de Veau dans le vin, lorsque, versé en petite quantité dans l'eau bouillante, il se fait un pétillement, lorsque quelques gouttes adhèrent à un morceau de roseau huilé, qu'on a placé dans le vin; lorsque de la chaux non éteinte s'y dissout.

B. Le suo*e se découvrira en faisant évaporer le vin dans une cuiller sur des charbons ardents ; dans ce cas, il y reste un sirop visqueux, doux, filant et d'un goût de sucre semblable à la mélasse. Du reste, cette addition n'est pas nuisible.

C. Ueau-de-vie se reconnaît, quand, en buvant le vin, on éprouve une sensation de chaleur brûlante dans la bouche, et si, frotté dans la paume des mains jusqu'à la siccité, il répand une odeur d'esprit-de-vin.

I>. Les principes colorants se rencontrent souvent dans les vins, et constituent une mauvaise condition. Quand on rencontre des principes colorants dans le vin, c'est un indice certain qu'il était mauvais et propre par conséquent à la falsification. Pour s'en assurer, remplissez une petite fiole de ce vin, bouchez-la du bout du doigt, et plongez-la dans un verre dneau avec le goulot en bas; ensuite, retirez doucement le doigt et laissez-y la fiole sans la secouer. — S'il y a une substance colorante, elle se répandra peu à peu dans l'eau, ce que le vin naturel ne fera pas. — En outre, filtrez un peu de vin à travers du papier blanc de trace : le vin passera et la couleur restera sur le papier. — En troisième lieu, faites tomber quelques gouttes d'ammo-

niaque liquide dans un verre plein de vin : il deviendra bleu, s'il y a une fausse couleur. — Le vitriol vert (sulfate de fer), en solution dans Feau, ajouté au vin, fait déposer, s'il est adultéré avec des écorces, un précipité noir abondant. Toutes ces sophistications ne sont pas très-nuisibles, mais elles font voir que la source en est suspecte. Les mélanges que nous allons passer en revue constituent de véritables poisons, et peuvent occasionner de longues maladies, souvent réfractaires à tout traitement.

E. La craie, ou carbonate de chaux, est souvent employée pour ôter au vin piqué son acidité, ou pour donner au vin encore nouveau le goût d'un vin fait. Dans ces deux cas, elle est préjudiciable pour ceux qui en boivent. — Prenez quelques grains de sel d'oseille (acide oxalique) ou un peu de vinaigre (acide acétique) et dissolvez dans quelques cuillerées d'eau distillée; versez ce mélange (qui est une mauvaise chose par soi-même) dans un verre de vin. Si un nuage blanc trouble le liquide, et si le lendemain il y a un sédiment blanchâtre, cela prouve qu'il contenait de la chaux. Ce vin ainsi frelaté, pris pendant longtemps, produit la pierre de la vessie, l'engorgement des glandes, des tumeurs, des ulcérations, Fophthalmie, des maux de tête chroniques, de la diarrhée, etc.

F. Le vin contient souvent une petite quantité de soufre, et il y a des personnes qui prétendent qu'il ne peut en être différemment, à raison de l'emploi qu'on en fait pour sa conservation. Mais un excès de soufre ne peut agir que comme poison, surtout sur les individus d'une poitrine délicate, ou qui ont le foie et les organes du bas-ventre dans un état de souffrance; il nuit même à ceux qui jouissent d'une bonne santé, après un certain usage. — On constate la présence du soufre dans le vin de la manière suivante : Mettez un œuf frais, dont la coque soit propre, dans un verre contenant du vin, et laissez-le tremper toute la nuit : si le vin contient du soufre, l'œuf sera recouvert le lende-

main d'une couche noirâtre. — On peut encore obtenir le même résultat en mettant clans le verre une cuiller d'argent bien polie. — Un troisième moyen consiste à laisser tomber quelques gouttes de solution d'azotate d'argent (pierre infernale) qui ne tarde pas à produire un sédiment brunâtre.

». Ualun se trouve quelquefois mélangé au vin pour fixer la couleur artificielle qu'on veut lui donner, et pour exciter en même temps la soif; ce vin est très-nuisible si Ton en boit souvent : un demi-verre suffit quelquefois pour indisposer. — On peut s'assurer de la présence de l'alun en ajoutant dans un peu de vin une solution de potasse ; s'il vient à déposer alors une poudre grisâtre, il est probable qu il contient de l'alun. Si l'on veut s'en convaincre complètement, que l'on soumette cette poudre à l'examen d'un chimiste; ou bien mettez-la dans de l'acide sulfurique étendu, et après y avoir ajouté du sulfate de soude (sel polychreste), laissez évaporer jusqu'à cristallisation; goûtez ces cristaux et vous y trouverez le goût acerbe de l'alun.

H- Le plomb et d'autres substances métalliques se trouvent dans les vins doux et même dans ceux d'une espèce différente. Ces mélanges sont beaucoup plus nuisibles que les autres ingrédients qui servent à la sophistication, et constituent un poison d'une action lente. Celui qui a un goût délicat découvrira sans peine ce poison métallique; il a quelque chose d'agaçant dans sa douceur. — Faites une solution aqueuse de sulfate de chaux, mettez-en quelques gouttes dans un verre de vin : s'il devient brun ou noir, il est certain qu'il contient un poison métallique. Ou bien suspendez une lame de zinc poli dans le vin : le plomb, s'il y en a, ira se déposer à la surface. — En troisième lieu, faites dissoudre jusqu'à saturation dans l'eau chaude du sel de Glauber (sulfate de soude) ; laissez refroidir cette solution, et ce qui en restera de clair, mélangé avec le vin, donnera lieu, après une nuit de repos, à un sédiment blanc de plomb. Enfin, si, après avoir ajouté dans un verre

de vin quelques gouttes d'acide suif urique étendu, il devient trouble, et s'il s'y forme un précipité blanc, c'est un signe qu'il contient de ce poison.

I. Si l'on met quelques gouttes d'ammoniaque liquide dans un peu d'eau, et si ce mélange est versé dans un verre de vin et produit un léger précipité, dites qu'il y a du sublimé corros if dans le vin. Soumettez alors ce vin à l'épreuve suivante : Accouplez une lame de zinc avec une pièce d'or, assujettissez-les dans une fente faite à un morceau de bois, et plongez-les dans un vase contenant du vin : si sur la surface polie de l'or il se dépose une poussière grise, vous pouvez être convaincu qu'il y a du sublimé corrosif.

K. Si après avoir dissous jusqu'à saturation dans l'eau un morceau de chaux, et que le lendemain on déverse ce qu'il y a de clair à la surface dans un verre transparent et que l'on ajoute à cette eau de chaux un peu de vin, il vient à s'y former des nuages blancs , soupçonnez-y la présence de Y arsenic.

Si l'on veut mieux s'en assurer, dissolvez alors du sel de Saturne (acétate de plomb) dans de l'eau-forte (acide nitrique), versez-en la valeur d'une verrée dans une bouteille du vin suspect auquel on a ajouté préalablement du sel de corne de cerf; secouez ce mélange, laissez-le reposer, et le lendemain décantez avec soin ce qui est clair, et puis agitez le reste que vous ferez filtrer à travers du papier Joseph. Ce qui restera sur ce papier doit être séché et mis sur des charbons ardents : s'il se répand une odeur d'ail, elle est due à l'arsenic. Cette substance ne se trouve pas d'une manière intentionnelle dans le vin : mais ceux qui soignent les vins ne savent pas que le soufre le plus pur dont ils se servent contient un peu d'arsenic,

Le Tinaîgre qui se vend au débit est souvent falsifié (1).

(1) Voy. Essais sur le vinaigre, ses falsifications, les moyens de les reconnaître, d'apprécier sa valeur, par MM. Chevallier et Gobley {Annales d'hygiène publique; Paris, 1843, t. XXIX, p. 55).

C'est pour cela qu'il vaut mieux le préparer soi-même lorsqu'on le peut. Le vinaigre peut être adultéré par les substances toxiques que nous venons de signaler dans le vin d'où il provient; on y ajoute souvent Y acide sulfurique, que Ton reconnaît facilement avec la solution de sel de Saturne qui lui fait déposer un sédiment blanc. On y mêle fréquemment des végétaux acres pour ajouter à sa force. Le vinaigre, ainsi falsifié, laisse sur les lèvres une sensation d'ustion, ce qui n'arrive pas s'il est naturel. Le palais y trouve quelque chose d'ardent et de corrosif, qui n'est pas le propre du vinaigre ordinaire, auquel on reconnaît des qualités moins pénétrantes. On constate plus exactement cette falsification, en y ajoutant une solution de potasse jusqu'à une complète saturation, ou mieux, jusqu'à ce que le papier de tournesol ne soit plus rougi. Alors le vinaigre pur perd toute sa force et contracte un goût salin et un peu alcalin: tandis que le vinaigre altéré avec les substances acres végétales conserve son goût acre et ardent.

Les falsifications de la bière sont assez fréquentes, mais difficiles à découvrir, si ce n'est par leurs effets nuisibles. Le porter anglais contient souvent du fruit de la coque du Levant ou de la noix vomique. On reconnaît la présence de ces substances à un prompt enivrement, ou au mal de tête qui se déclare le lendemain, ou bien encore lorsqu'en parfaite santé on se trouve subitement indisposé, après en avoir avalé un verre à jeun.

Tout brasseur qui met dans sa bière autre chose que de la drêche et du houblon, celui-là brasse le poison. Qu'on y ajoute du sel ou du sucre; passe encore. Telle autre substance y sera reconnue par tout buveur un peu connaisseur. C'est toujours une tromperie dommageable que de mettre des racines ou des plantes amères au lieu d'une quantité déterminée de drêche et de houblon. La coque du Levant est presque aussi nuisible que l'arsenic. On y ajoute quelquefois aussi de l'alun et du vitriol. On reconnaîtra

leur présence par le procédé que nous allons indiquer à l'article pain.

Eau-de-vie. Quelquefois on découvre du poison dans l'eau-de-vie, et il s'y trouve avec ou sans intention; ce qui a lieu selon que Ton active ou que Ton prolonge la fermentation. Le meilleur moyen de s'assurer de la présence de l'agent toxique consiste à faire évaporer une bouteille d'eau-de-vie au bain-marie jusqu'à complète évaporation de l'alcool. C'est dans le résidu que se trouvera la substance étrangère ; on la reconnaîtra au goût corrosif ou nauséeux qu'il laisse au palais, et que l'on peut soumettre aux essais indiqués à l'article vin. Le plus ordinairement c'est le plomb.

Huile. L'huile est souvent falsifiée avec le plomb ou le cuivre. Faites une solution aqueuse de sulfate de chaux, et mélangez par égale quantité avec l'huile ; secouez le mélange ': si elle devient brune ou noire, elle est vénéneuse.

liait. Il est souvent adultéré avec la potasse et la chaux : si l'on y ajoute un peu d'eau forte (acide nitrique), il fait effervescence. S'il est falsifié avec l'amidon, il épaissit par l'ébullition, ou, passé à travers un linge fin, il s'y dépose en petite quantité.

Beurre. Le beurre contient souvent de la craie, de la terre ou du mauvais suif. Faites-le fondre dans de l'eau chaude : alors les substances étrangères se précipitent ou se mêlent à l'eau.

A. Le pain est souvent falsifié. Une légère addition de potasse n'est nuisible qu'aux personnes faibles et irritables; mais si elle s'y trouve en excès, elle produit môme chez les individus les plus forts les suites les plus graves ; elle occasionne laphthisie et des affections gastriques. — Versez de l'eau chaude sur un morceau de pain et assez pour le couvrir; laissez refroidir. Alors plongez-y une bandelette de papier bleu de tournesol, préalablement rougie par le contact d'un vinaigre affaibli. Si ce papier reprend sa

couleur bleue, le pain contient de la potasse, et en quantité d'autant plus grande, que cette revivification de couleur est plus prompte.

B. Le carbonate de magnésie s'y trouve quelquefois mélangé, pour donner un meilleur aspect au pain confectionné avec une farine de mauvaise qualité. — Ce pain-là est surtout nuisible aux enfants et aux personnes d'un estomac délicat. Il y a des individus qui y reconnaissent la magnésie à un goût légèrement amer. Brûlez une livre de ce pain jusqu'à ce qu'il soit réduit en cendres, et vous y trouverez la magnésie.

c. On emploie aussi Y alun au grand détriment des personnes qui le mangent. Les boulangers d'Angleterre s'en servent souvent; on le leur vend même mélangé avec la farine, ou bien encore c'est un mélange de sel et d'alun qu'ils mêlent à une mauvaise marchandise avec laquelle ils font du pain blanc : de cette manière ceux qui en font usage sont doublement trompés, puisque, outre la farine gâtée, par elle-même nuisible, ils consomment une certaine quantité d'alun. Il y a même des boulangers qui fabriquent ce pain sans soupçonner le mal qu'ils font à la santé des personnes qui se servent chez eux et qu'ils empoisonnent lentement. — Pétrissez un morceau de ce pain dans l'eau jusqu'à ce qu'il soit réduit en bouillie, laissez-le reposer pendant une nuit; le lendemain, filtrez pour séparer l'eau, et mettez-la en ébullition pour ensuite la laisser reposer : alors il se forme des cristaux d'alun que Ton reconnaît à son goût caractéristique.

i>. Le cuivre est de tous les poisons le plus dangereux. On peut le soupçonner dans le pain lorsqu'il présente un joli aspect; il est blanc, mais pesant. — Si Ton brûle de ce pain, on voit que la flamme est par-ci par-là verdâtre. Si l'on veut acquérir plus de certitude, submergez plusieurs livres de pain dans de l'eau ; laissez fermenter, et cela jusqu'à ce que l'eau se clarifie : si l'on trempe dans ce liquide une tige de fer poli suspendue à un fil, et que le fer de-

vienne un peu rouge, alors il est certain que le pain contient du cuivre, et que les personnes qui en usent peuvent contracter des maladies incurables.

Nous allons traiter, en peu de mots, des poisons qu'il suffit de connaître pour s'en préserver.

L'air est celui dont nous allons d'abord parler. — Avec l'air on peut respirer des substances nuisibles.

Il ne faut jamais s'approcher sans précaution des citernes, des grottes, des caveaux et surtout des anciens lieux d'aisances, qu'on ne les ait préalablement enfumés avec la paille enflammée ou avec la poudre à canon. Il est imprudent de dormir dans une chambre fermée où Ton a laissé des charbons allumés ou du bois dégageant de la fumée : il peut en résulter la mort. On évitera également d'habiter des lieux où la moisissure végète et détruit les bois ou s'attache aux murs : elle produit des maladies dangereuses, comme c'était connu du temps de Moïse. Il est donc utile de reconstruire les habitations, ou de détruire ces productions malsaines par des moyens que nous indiquerons plus bas. — Les vêtements et le linge moisis sont nuisibles au corps, malgré le lavage et le nettoyage qu'on leur fait subir. Dans les maisons récemment construites et qui viennent d'être blanchies à la chaux, ou peintes à l'huile avec des couleurs vertes ou rouges, ou passées au vernis, dans ces maisons l'air se vicie et devient dangereux. Il faut se garder de dormir dans les lieux où l'on fait sécher le linge ou qui renferment des substances d'une odeur forte, telles que plantes, fleurs, foin frais, matières en fermentation, remèdes, mercure, etc. L'air qu'on y respire est nuisible, mais surtout aux enfants et aux femmes en couche ; cela, parce que, pendant le sommeil, on est exposé à subir plus facilement les effets des corps environnants; et ce qui, dans l'état de veille, est presque sans action, peut devenir nuisible et même mortel dans l'état opposé. Voilà pourquoi le sommeil, pris sur une terre humide, dans un cou-

rant d'air, aux rayons du soleil ou de la lune, auprès d'un poêle allumé, ou dans un réduit obscur où l'air ne se renouvelle pas s'y pénètre des émanations ambiantes et amène une altération sensible dans la santé. 11 y a plus, c'est que cet air ainsi vicié dispose plus particulièrement au sommeil. Et l'on a vu dans des chapelles peu spacieuses, que l'on n'avait pas eu l'attention d'aérer pendant la semaine, tout le peuple dévot s'assoupir malgré tout le talent oratoire du prédicateur. Les convalescents eux-mêmes, quelle que soit la ferveur qui les anime, retombent malades sous l'influence de l'air qu'ils y respirent.

L'eau n'est pas bonne dans tous les endroits, et l'usage qu'on en fait donne lieu à de fréquentes indispositions. Il arrive souvent qu'on boit de l'eau de source ou de puits qui dépose un sédiment rougeâtre ou foncé, et cette eau-là dont l'homme ne craint pas d'user, les animaux, cédant à l'instinct, l'évitent autant qu'ils peuvent. Quand on songea tout le temps que des individus ou toute une famille perdent dans des souffrances longues et supportables, qui les rendent paresseux et indifférents au travail, on s'étonne qu'ils n'en emploient pas une partie à se donner de l'eau potable. — On doit s'abstenir de boire de l'eau provenant de petites rivières servant en amont à des usines qui laissent échapper des matières nuisibles.

Les eaux de puits et de source sont quelquefois crues et contiennent souvent de la chaux et du fer, dans une proportion telle que le savon s'y dissout difficilement. Des eaux semblables doivent être cuites, afin de les dépouiller des corps étrangers qu'elles contiennent. On ne boira ni souvent ni beaucoup de ces espèces d'eaux, et l'on donnera la préférence aux eaux pluviales, qui sont reçues dans des citernes ou dans des vases à moitié couverts. — On ne doit boire d'eaux sulfureuses ou salines que dans une grande extrémité. Il n'est aucun moyen de les rendre potables, même par la coction. Quant aux eaux putrides ou

stagnantes, telles que celles des étangs, des fossés, etc., on n'en fera usage qu'après les avoir passées à l'action du charbon grossièrement pulvérisé et filtrées à travers un linge en double. On sait que les eaux qui contiennent des principes putrides imperceptibles, ainsi que le frai des animaux qui s'y procréent, engendrent des fièvres et des maladies interminables. 11 est inutile de chercher à les corriger par l'addition du vinaigre, des sirops, de l'eau, etc.; Faction seule du charbon les purifiera assez pour les rendre potables. Tout puits doit être nettoyé, et s'il est mal situé, il conviendra de le protéger contre les feuilles et les débris végétaux qui peuvent y tomber, et qui, en pourrissant, en rendent l'eau malsaine. Les pompes ou conduits en plomb, en zinc ou en cuivre communiquent à l'eau des effets nuisibles; voilà pourquoi il convient toujours de laisser fuir préalablement l'eau qui s'y trouve retenue. Dans tous les cas, il faut leur préférer les aqueducs en verre.

Le lait est souvent nuisible et peut devenir poison s'il provient d'une vache malade. Il vaut sans doute mieux savoir supporter une légère perte, que d'exposer les consommateurs à des maladies réelles. 11 peut arriver aussi que la vache soit bien portante et son lait mauvais : cela tient à ce que la nourriture qu'on lui donne fait, sans lui nuire, contracter au lait une qualité nuisible à l'homme. Cela a lieu plus particulièrement lorsque les vaches sont nourries avec les résidus de la distillation des eaux-de-vie que Ton tire des grains. On a fait à cet égard des recherches minutieuses, et il est hors de doute que ce lait produit des maladies qui, si elles ne se déclarent point subitement, ne sont pas pour cela moins graves et moins dangereuses. Ainsi, on sait, par exemple, que lorsqu'on nourrit longtemps les cochons avec de pareils résidus, ces animaux perdent leurs dents, maigrissent et finissent par mourir. — Ce genre de maladies ne disparaîtra que lorsque la source de l'ivrognerie

sera détruite. — Ceci est pour les pays où la bière est la boisson ordinaire.

Rien n'est nuisible comme la Tiande des animaux atteints de maladie et que Ton abat avant qu'ils en meurent, surtout la viande provenant de ceux qui ont des affections de la peau ou des viscères. Si les suites fâcheuses qui accompagnent l'usage qu'on en fait ne se déclarent pas soudain ou en quelques jours, elles n'en sont pas moins inévitables. — Il y a plus : c'est que ces suites sont autrement fâcheuses, si la viande provient d'animaux malades, nourris avec des résidus d'eau-de-vie de grains, — Et de toutes, la viande de porc est la pire, si elle se trouve dans ces conditions.

Il est des viandes mal préparées qui recèlent une action toxique si violente, qu'elles tuent quelquefois promptement ou produisent des maladies longues et difficiles à guérir : telles sont les viandes mal fumées, qui n'ont pas été tenues constamment à Faction de la fumée, et qui n'avaient pas été préservées de celle du froid; les saucisses et les boudins qui ont été trop attendus pour être passés à la fumée, ou s'ils sont trop vieux et trop gras; les jambons qui n'ont pas été suffisamment salés et immergés dans la saumure, et qui ont été fumés d'une manière interrompue, comme au printemps, exposés qu'ils ont pu être aux variations du temps, tantôt chaud, tantôt froid, ou ont été entassés encore humides dans des caisses fermées, où ils contractent un goût rance et une odeur désagréable qui sont dus à l'acide sébacique. Cet acide se développe plus aisément lorsqu'au lieu de la fumée on emploie l'acide pyroligneux. Il faut bien se garder de toucher à ces viandes. — Le poison qui s'engendre dans la graisse, le vieux fromage et le jambon, se reconnaît facilement; il suffit de le mettre en contact avec le papier bleu de Prusse ou le papier de tournesol. Si le papier devient rouge ou rougeâtre, qu'on ne touche ni à lajgraisse, ni aux saucissons : ils sont vénéneux.

Le lard, le beurre, la graisse et l'huile rances contiennent souvent le même poison, mais en moindre quantité. Il est prudent de n'en pas faire usage, et, dans une grande nécessité, il faut au moins les laver, ce que Ton fait d'abord à Feau froide, puis on change Feau pour la faire bouillir pendant dix minutes; enfin on relave à Feau froide. Et, avant de s'en servir, soumettez-les à l'épreuve du papier bleu de tournesol, ainsi qu'il est dit plus haut.

Tout ce qui est gâté, soit viandes, sang, œufs, fromages, même les fruits, et surtout les cerises, est très-nuisible, et dans quelques cas vénéneux. Tous les correctifs n'y peuvent rien. La viande que l'on conserve l'été dans la glace, si elle perd l'odeur qui lui est naturelle et acquiert une certaine rougeur, ne peut faire qu'un plat malsain. Le poisson gâté, vieux et mollasse, constitue une nourriture nuisible, même préparée avec le plus grand art.

La Mie, de quelque animal qu'elle provienne, constitue un venin.

Les vieux fromages et ceux qui sont trop mous et non suffisamment salés contiennent aussi un principe toxique.

Depuis que l'on a pu reconnaître qu'une substance vénéneuse se trouvait dans les fromages, la graisse et les saucissons, on a constaté qu'un grand nombre de personnes en sont devenues dangereusement malades, et que plusieurs ont succombé à une mort douloureuse et lamentable. Et combien de gens périssent sans que l'on puisse remonter à la cause réelle de leur mort! Et pourtant qu'il est facile de prévenir ce résultat! Que l'on évite donc de manger ce qui est vieux et sent mauvais.

La propreté et la sobriété sont surtout les moyens les plus efficaces contre les effets des aliments malsains. On a vu des familles entières tomber subitement malades, et réclamer à la hâte les soins d'un médecin, qui, en présence des vomissements et des dévoiements réitérés, aurait pu croire à l'existence ou du choléra ou d'un empoisonnement.

Ces accidents étaient le résultat de quelques parcelles de couleur dont était peinte la table sur laquelle on avait haché imprudemment des viandes et des légumes ; ce qui n'est pas étonnant, puisque la plupart des peintures à l'huile contiennent des poisons métalliques.

Ainsi, parmi plusieurs exemples à citer d'empoisonnements par le Yenin des animaux, nOUS rapporterons les suivants : Deux hommes, après avoir bu dans un cabaret, tombèrent morts presque immédiatement. L'hôtelier, pour se disculper, crut ne pouvoir mieux faire que de boire du même vin, et il mourut aussi. Après toutes recherches faites, on trouva dans la barrique une vipère qui y avait pénétré avant qu'on l'eût remplie. On parle aussi de divers empoisonnements par la présence d'insectes et de crapauds qui avaient communiqué leur venin à des substances alimentaires.

Une cuisinière rôtissait une oie; la famille, avant de se mettre à table, mangea du pain détrempé dans la lèchefrite ; tous en moururent. La cuisinière, interrogée par le médecin et la justice, déclara qu'on n'avait touché qu'à la graisse. Pour s'assurer de la vérité de cette allégation, on en donna à un chien, qui en mourut promptement. Alors on ouvrit l'oie, et l'on trouva un crapaud dans son ventre. — On appliqua un vésicatoire derrière les oreilles à un enfant pour une surdité. Pour le premier pansement, la mère prit une feuille de chou couverte de chenilles; elle se contenta de la secouer, et l'appliqua sans la nettoyer. L'enfant éprouva bientôt après une douleur ardente ; mais la mère, l'attribuant à l'effet du pansement ou à un caprice d'enfant, ne s'y arrêta pas, et son fils mourut le troisième jour dans les souffrances affreuses d'une gangrène qui s'était étendue sur tout le dos. — Nous avons expérimenté le venin des serpents (1), des crapauds, des chenilles et des araignées,

(I) Le venin des serpents dans ses effets pathogénîques et curatifs, dans le Journal delà médecine homœopathiqiie, Paris, 1847, 1848, 1849.

et nous nous sommes assuré qu'appliqués à l'extérieur ou à l'intérieur, ces venins produisent les suites les plus dangereuses.

Voilà pourquoi nous ne saurions trop recommander la propreté et la prudence, pour ne pas se voir exposé à ces dangers.

Les insectes déposent souvent leur venin sur les légumes, et surtout sur les choux. La nielle des blés, qui rend la farine noire, est aussi vénéneuse. Pareillement l'ergot, qui s'engendre sur le blé, est dangereux pour les hommes et les animaux. Il en est de même de la semence de l'ivraie et d'autres plantes qui se récoltent avec le blé. Dans les légumes secs se rencontrent des insectes et des vers qu'il faut prendre garde de manger.

Tout homme raisonnable doit éviter de se nourrir de légumes et de racines qu'il ne connaît pas exactement; et l'on doit habituer les enfants à ne manger que ce qui leur est bien connu.

Les raisins, les floues et les prunes font un dessert bon et sain, s'ils ne sont pas gâtés. Néanmoins on sait que quelques personnes leur attribuent un effet laxatif. Au lieu de discuter à ce sujet, il vaut mieux examiner la chose de plus près ; et tel qui ne croit voir à la surface de ces fruits que le sucre dont ils se couvrent souvent, y rencontre quelquefois, par un examen attentif, de petites houppes de corail remplies d'animalcules aiguillonnés. Aussi, voilà pourquoi il est prudent, avant de les servir sur la table, de les laver soigneusement, d'abord à l'eau froide, et puisa l'eau chaude. Il n'est donc plus si étonnant que les enfants aient la diarrhée, s'ils viennent à sentir l'aiguillon de ces hôtes incommodes.

Les uoîx peuvent conserver leur douceur, et avoir néanmoins un principe acre. Voilà pourquoi les meilleures deviennent nuisibles, car en vieillissant elles rancissent, et provoquent ainsi, chez les enfants surtout, des toux opi-

niâtres et des diarrhées qu'on est disposé à attribuer aux effets d'un refroidissement.

La moitié des champignons sont vénéneux. Il n'est pas exact que l'oignon noircisse au contact d'un champignon vénéneux ; sans exception aucune , on devra s'abstenir de manger d'un champignon, s'il laisse échapper un suc laiteux, s'il est vieux, trop mou et vermoulu. — D'après cela, attachez-vous à étudier et à distinguer le champignon comestible de celui qui ne l'est pas. — On doit les goûter crus : s'ils laissent au goût quelque chose d'acre, de nauséeux, et en même temps s'ils ont une odeur repoussante, il faut les rejeter. — S'ils vous paraissent bons, lavez-les bien à l'eau froide, pelez-les, et enlevez tout ce qui a été entamé, et après les avoir échaudés à l'eau bouillante, remettez-les dans l'eau froide pour leur préparation définitive.

Les fruits qui sont mûrs d'un côté et gâtés de l'autre ne doivent être mangés qu'après en avoir ôté le gâté. La moitié des enfants n'auraient pas la diarrhée, et plus tard, en avançant en âge, ils n'auraient pas l'estomac affaibli, s'ils prenaient ou si on leur faisait prendre cette précaution.

Puisque la bonté du sel est d'une si grande importance pour la santé, chaque père de famille doit veiller à ce qu'il soit pur et sain. — Si le sel se liquéfie facilement à l'air, il est mauvais; si 20 centigrammes de sel pulvérisé ne se dissolvent pas complètement dans 16 grammes d'eau de pluie froide, il contient du plâtre, il est par conséquent nuisible.

On devra aussi avoir égard aux ustensiles de cuisine. — Les pots de terre sont souvent vernis avec des poisons fort violents. On peut s'en assurer en y laissant toute la nuit du vinaigre et en y ajoutant le lendemain une solution de foie de soufre (sulfure de chaux). Si le vinaigre noircit, c'est une preuve que le vernis contient du poison : alors tenezvous en garde, et n'y faites rien préparer ni conserver qui soit acide.

Tl ne faut pas non plus trop se fier à la vaisselle en fer

recouverte d'un émail de porcelaine. L'ustensile de cuivre ne doit, en aucun cas, servir à la préparation des substances acides; il faut qu'il soit tenu constamment propre et luisant; et jamais Ton ne laissera les mets s'y refroidir, car c'est alors qu'ils se chargent le plus facilement du principe toxique. On aura la même précaution pour la vaisselle étamée. Il ne faut plus s'étonner si l'on rencontre tant de maladies lentes et rebelles, quand on songe à la facilité avec laquelle se détache l'étamage, par suite du frottement qui se fait au fond de cette vaisselle avec une cuiller ou tout autre instrument de cuisine, et qui est nécessaire à la préparation des mets. — Celui qui est assez ignorant pour préparer les cornichons et les haricots crus dans des vases de cuivre, et qui les mange ensuite parce qu'ils ont une belle apparence, ou bien encore, s'il tire de son baril le vinaigre par un robinet de cuivre, ce qui arrive tous les jours en Angleterre, qu'il ne vienne pas se plaindre de maux d'estomac, de coliques, de crampes, et d'autres maladies nerveuses, ni exiger alors d'un médecin qu'il le débarrasse du cuivre qu'il a bu, et qu'il a si facilement absorbé. — Le cuivre est moins dangereux à l'état de métal que lorsqu'il est bu dans du vinaigre : il devient alors un vrai poison. C'est ce qui explique pourquoi les fondeurs de cuivre ne sont pas tous malades, et que celui qui avale une pièce de cuivre la rend sans en être incommodé. De même une balle de plomb peut séjourner des années entières dans les chairs, et la même, dissoute dans un acide, tue en peu d'heures.

Ainsi donc les peintures ne sont si nuisibles que parce qu'elles sont faites avec des substances métalliques. La céruse, le blanc de plomb laminé, le blanc de crème ne sont autre chose que des préparations saturnines; les blancs d'étain et de bismuth sont aussi dangereux. Le minium n'est que du plomb, et le cinabre que du mercure. Le massicot, le jaune de Naples, le jaune de chrome , le jaune de

Cassel sont aussi des combinaisons de plomb ; le réalgar, Forpiment sont de Farsenic. Les peintures bleues contiennent souvent du cuivre, comme Focre bleu ; ou bien elles contiennent les poisons les plus subtils, tels que Facide prussique qui entre dans le bleu de Prusse , le bleu de Paris, le bleu minéral et le cobalt, qui, s'il n'est pas aussi malfaisant que Farsenic, Fest néanmoins assez pour engendrer des effets aussi nuisibles que le bleu d'émail, le bleu de roi, Famidon bleu. Les peintures à couleur verte proviennent presque toutes du cuivre, comme le vert-de-gris, le vert de montagne, le vert minéral et les verts de Brunswick, devienne, etc. Le vert de chrome est moins nuisible; le vert de Scheele est de tous le plus nuisible, puisqu'il contient de Farsenic et du cuivre ; il Fest d'autant plus qu'il nuit par son évaporation. On reconnaîtra facilement que la peinture contient de Farsenic en la mettant sur des charbons ardents : si elle répand une odeur d'ail, il y en a.

Le faux or ou le faux argent dont on se sert pour couvrir les bijoux contiennent du cuivre, du mercure, du zinc, de Fétain et du bismuth.

D'après cela, on concevra qu'on ne saurait être trop prudent dans l'usage que l'on peut faire de ces couleurs. Cachez-les soigneusement, et faites en sorte que leurs atomes pulvérulents ne se répandent pas dans l'air, et n'employez jamais dans votre maison des peintures préparées à l'arsenic, et que votre vaisselle en soit à l'abri. — Ne donnez pas aux enfants desboîtos de couleurs; c'est comme si vous mettiez le poison à leur disposition. Il en sera de même des jouets coloriés et des jouets en plomb, ainsi que des pains à cacheter coloriés. Les papiers à lettres frais dont on se sert aujourd'hui, surtout ceux qui sont d'un blanc de lait ou verts, contiennent des substances nuisibles, voire même de Farsenic, que l'on découvre en les brûlant par l'odeur d'ail qui se répand.

Quoique les couleurs minérales soient les plus mal-

faisantes,, celles d'une autre nature ne laissent pas de l'être aussi. La gomme-gutte, qu'on emploie pour le jaune, est une substance éminemment purgative; l'indigo provoque des crampes violentes et des ballonnements ; la cochenille produit des maux de dents et des difficultés d'uriner. Nous pourrions en citer plusieurs autres. Cependant, si les couleurs sont nécessaires, que Ton emploie la craie, le curcuma, l'indigo, l'ocre, et autres couleurs martiales, le pastel des teinturiers, la garance, la cochenille, le carmin et le roucou.

Nous poumons nous dispenser de parler du fard ; l'usage s'en perd heureusement tous les jours; toutefois, il n'est personne qui ne sache que tous les cosmétiques de cette espèce, sans exception, contiennent des substances nuisibles. Le fard qui n'est pas composé avec des matières métalliques ne résiste pas longtemps à la réaction de la peau ; mais celui, au contraire, qui les comprend dans sa composition, y adhère fortement. — 11 n'y a qu'un véritable fard, et il ne doit pas y en avoir d'autres : c'est un air frais, de l'eau fraîche et un régime convenable. Le moyen infaillible de déshabituer les femmes et les jeunes filles de se farder, c'est de leur recommander, après s'en être servies, de se laver la figure avec de l'eau sulfureuse. Ce moyen ne peut nuire et sera certainement utile; car alors la femme apprendra à préférer ses couleurs naturelles à un teint noir, qui résulte de la décomposition qui s'opère dans le fard par son contact avec le principe sulfureux.

Certaines matière» métalliques doivent être soigneusement soustraites à la curiosité des enfants et des ignorants. On n'en exceptera aucune substance, qu'elle soit sèche, saline ou liquide, et surtout si elle est acide. L'huile de vitriol (acide sulfurique), l'eau-forte (acide nitrique), l'acide muriatique, l'eau régaie (acide nitro-murialiqiu'), l'acide oxalique, que l'on emploie pour le nettoyage, sont des agents d'une action violente et dangereuse. L'acide sul-

furique très-étendu n'a pas une action toxique ; l'acide nitrique, mélangé avec l'alcool pur, n'est pas très-dangereux ; mais les autres acides, fussent-ils même très-délayés, agissent infailliblement comme poisons. Le sel anglais odorant (acide acétique concentré), la potasse, la pierre caustique, l'acide tartarique, la soude, l'ammoniaque liquide, le sel de corne de cerf, la chaux éteinte et même celle qui ne l'est pas, constituent des agents très-nuisibles. — Il n'est pas sans exemple que l'ammoniaque liquide et l'esprit de corne de cerf aient occasionné la mort, lorsque par ignorance on les a fait flairer par fortes aspirations souvent répétées dans des cas de défaillance : on ne fera aspirer ces substances que fort légèrement et étendues dans beaucoup d'eau. L'alun, le vitriol, le sel de nitre, le sel d'ammoniaque et le foie de soufre sont très-nuisibles, si on les emploie en quantité exagérée.

Les préparations où entrent l'arsenic, le plomb, le mercure et le cuivre ne sont pas les seules nuisibles ; il en est d'autres qui ne le sont pas moins : ce sont celles qui contiennent de l'antimoine, comme tartre stibié, beurre d'antimoine, soufre doré d'antimoine, poudre d'Algaroth, kermès minéral et plusieurs autres; celles qui renferment du zinc, du bismuth et de l'étain, la pierre infernale, en un mot tout ce qui sort des pharmacies, soit substances minérales ou chimiques, sont plus ou moins dangereuses, même les plus innocentes, si elles sont employées mal à propos.

Les poisons que fournissent le règne végétal et le règne minéral sont innombrables ; aussi arrive-t-il souvent qu'on joue sans s'en douter avec la santé de ses semblables. Je connais un mauvais plaisant qui, pour faire pièce à une jeune fille, lui fit prendre de la digitale pilée; elle en souffrit les angoisses les plus affreuses; peu s'en fallut qu'elh n'en mourût, et que le facétieux ne payât de la prison sa sotte imprudence.

On devra éviter de donner aux enfants des vermifuges, comme chose sans importance. Celui qui, sans connaissance, donne à ses enfants de ces sortes de remèdes aura, s'il m'en croit, la précaution d'en prendre avant une cuillerée tous les matins, afin de juger de leurs effets.

Il en est de même des agents destructeurs qu'on emploie contre les poux et toute espèce de vermine : ils contiennent tous des poisons. Voilà pourquoi il ne faut faire usage que de ceux qui ne nuisent pas à l'homme. Le meilleur moyen contre les poux, c'est la propreté et le peigne ; si cela ne suffit pas, frottez la tête avec de l'huile, et, au besoin, avec du tabac en poudre mouillé. — Contre les puces, la propreté *est encore un bon moyen; ayez recours toutefois au jus de citron ou au fort vinaigre, avec lequel on asperge le plancher et le bois du lit. On peut également se servir d'un vase rempli de poils de chien, que l'on met sous le lit. Le lendemain on l'échaude; on le sèche ensuite pour le replacer sous le lit. La laine de brebis peut rendre le même service. — On emploiera contre les punaises le procédé suivant : il consiste à laver avec une forte lessive la chambre à coucher et les jointures du lit, que Ton oint ensuite avec un corps gras ou du savon noir. On peut en empêcher la reproduction en remplissant toutes les fentes du mur avec du plâtre ; comme aussi on peut les détruire en leur donnant un abri dans une claie que l'on place sous les couches. Le lendemain on secoue violemment la claie, et l'on écrase les insectes incommodes. De temps en temps on échaudera les claies. De cette façon, on se dispense d'employer contre les punaises des moyens toxiques, qui contiennent généralement du sublimé corrosif, ou quelque chose de pareil, dangereux déjà par leur facile évaporation. C'est ainsi que, par une soigneuse propreté, on parvient peu à peu à détruire celte vermine.

On emploie souvent, contre les mites qui s'attachent aux vêtements de laine ou à la pelleterie, le camphre et même

le musc. Ces odeurs sont nuisibles dans une chambre à coucher. — Le camphre nuit aux couleurs, et le musc produit un genre d'altération après lequel l'odeur persiste, même après l'évaporation du musc. Il vaut mieux se servir du cuir de Russie, de l'essence de térébenthine, du serpolet sauvage et de la lavande. Les feuilles de tabac étalées entre les vêtements empêchent la production de ces mites.

Le blé y on le préservera mieux des insectes en l'entourant de plantes aromatiques et en le remuant souvent, qu'avec des matières dangereuses. La molène vulgaire, cueillie pendant la floraison, étendue sur le blé, suffira pour cela. — Il n'y a pas de meilleure garantie contre l'invasion des rats que de garnir les trous avec de la suie, ou de les boucher avec de la paille enduite de goudron, que l'on recouvre ensuite avec du plâtre ou d'un mortier composé de chaux et de verre pilé. Un autre moyen consistera à leur servir un gâteau composé de farine, de lard et de verre pilé ; ils ne supporteront pas longtemps ce régime. On peut également leur donner un mélange de farine, de plâtre et de sirop. Dans les maisons ou dans les caves où ces animaux pullulent, le moyen de les détruire est de placer un baquet peu profond qu'on remplira d'un mélange de cidre, de bière douce, de chaux et d'eau-de-vie. S'ils y goûtent, ils s'enivrent, et c'est le moment de les livrer aux chiens et aux chats. L'époque la plus opportune pour cette chasse, c'est le mois de juin, de juillet et d'août, époque où ils sont encore jeunes. Ces divers moyens sont beaucoup plus raisonnables que de leur jeter du poison ; car il n'est pas sans exemple qu'avec la meilleure volonté et malgré toutes les précautions, on ait empoisonné des hommes au lieu de rats. En outre, c'est que là où l'empoisonnement a réussi à souhait, il vous reste à souffrir encore d'une mauvaise odeur de rat mort.

Remèdes secret». De toutes les substances vénéneuses,

il n'en est pas de pires que ces remèdes qui se débitent sous les noms les plus attrayants. Aucun médecin ne peut nier qu'on n'en obtienne des guérisons, mais il sait aussi que ces guérisons sont rares. Tout médicament est bon à sa place; mais, employé mal à propos, il doit encore nuire, quoique préparé selon les formules adoptées. Les annonces et les réclames dont on se sert pour les mettre en vogue prouvent suffisamment, pour tout le monde, qu'il s'agit bien plutôt de la vente d'une marchandise que de l'intérêt de l'humanité.

Le nombre considérable des remèdes secrets qui sont vantés comme spécifiques dans une maladie donnée sont, sans doute, une grande honte pour les citoyens d'une nation civilisée ; ils dénotent de l'ignorance et de la crédulité de l'acheteur.

Celui qui achète et se sert de ces moyens peut être comparé à cette dupe qui met à la loterie où le vendeur est toujours le gagnant. Les guérisons sont aussi rares que les lots gagnants; ceux que le hasard favorise en font grand bruit, mais on n'entend plus parler de ceux qui ont perdu leur argent. Il n'est pas un homme raisonnable et réfléchi qui puisse mettre à la loterie ; il faudrait pour cela qu'il eût trop d'argent, et que celui qu'il expose gratuitement lui fût à charge. Mais le malade qui met à la loterie des remèdes secrets ne perd pas seulement son argent, il perd encore sa santé, il aggrave son état, et rend sa maladie incurable s'il tombe sur un mauvais numéro. — S'il reçoit le médicament de la main d'un médecin, il sait au moins quel est ce médicament; et s'il nuit, il est facile d'en neutraliser les effets par un antidote ; si les doses prises n'étaient pas trop fortes, et qu'il n'y eût pas beaucoup de temps de cela, il serait encore possible de réparer le mal. Mais on n'a pas cette ressource avec les médicaments secrets, puisqu'on ne sait pas ce k quoi on a affaire; et celui qui croit aux promesses qu'ils ne contiennent rien

de nuisible n'est pas un homme sensé. Nous avons déjà mentionné plus haut que le règne végétal contient des poisons plus subtils que ceux du règne animal.

La plupart de ces remèdes sont composés de poisons métalliques. Les gouttes antifébriles renferment de l'arsenic; les pilules impériales sont composées de mercure; ainsi de suite. Le plus grand nombre est vendu à un prix très-élevé, tandis que les mêmes, préparées dans une pharmacie, ne coûteraient pas le dixième. Par exemple, l'huile de Harlem, qui n'est autre chose qu'une combinaison de soufre et d'huile, ne revient à ceux qui la préparent qu'à quelques décimes. Il en est de même pour tous les remèdes secrets.

Il n'est pas une seule de ces drogues qui ne puisse être promptement reconnue et dénoncée à l'opinion publique par un médecin d'une expérience éprouvée ; et s'il voulait, il pourrait encore en faire un emploi convenable. Quant au charlatan, il lui suffit de vendre ses drogues, il se soucie peu du résultat.

§ 2. — de la conduite a tenir en cas d'empoisonnement.

La principale indication à remplir est d'éliminer le poison, d'empêcher son absorption et de neutraliser, par les moyens convenables, ce qu'on n'a pu évacuer. Le succès, dans cette circonstance, dépend presque toujours de la promptitude avec laquelle on porte secours. La promptitude a ses dangers, surtout pour les ignorants, car dans un cas pressé on procède trop souvent sans réflexion.

La première règle est de conserver le calme et la présence d'esprit. Celui quisaitse posséder doit seul se charger du traitement, et coordonner dans sa pensée les dispositions qu'il doit prendre à l'égard des choses dont il a besoin et du choix des personnes qui peuvent servir à son entour.

Si l'empoisonnement s'est fait par la voie de l'estomac, Tindication à remplir immédiatement est de provoquer le vomissement, lorsqu'il y a prédisposition, et de l'entretenir s'il y a lieu. Le meilleur moyen de le provoquer est de faire boire de l'eau tiède et de titiller le gosier avec la barbe d'une plume. Si Ton avait sous la main une [plume de paon, on s'en servirait préférablement, parce que, outre sa souplesse, sa longueur permet d'atteindre jusqu'à l'estomac. On peut l'enduire d'huile ou de graisse; mais, si le temps presse, qu'on se dispense de cette précaution, il suffira de la nettoyer. On fera tenir la bouche ouverte, et, en pinçant le nez, on glisse la plume par-dessus la langue, jusqu'à i'arrière-gorge, et on la pousse dans l'œsophage. Si l'on se butte dans le fond du pharynx, on soulève légèrement la main, et, faisant pivoter la plume dans les doigts, on la pousse sans discontinuer jusqu'à ce que les vomissements se déclarent. Par ce moyen, on fait rarement du mal; voilà pourquoi il faut toujours commencer par là. Pendant ce temps, on se procure ce dont on peut avoir besoin : de l'eau tiède, des blancs d'œufs battus, une solution légère de savon blanc, du sucre, du vinaigre, du lait, du beurre; en même temps, on fait préparer du café fort et des boissons mucilagineuses, de gruau, de lin, d'avoine ou de toute autre farine.

Il en est de même des autres moyens que nous allons faire connaître et qui se trouvent généralement sous la main dans chaque ménage.

Pendant que l'on provoque le vomissement et qu'on dispose tout ce qui est nécessaire, il faut s'informer de la nature et de l'espèce du poison ingéré. Quelquefois, dans les maladies qui éclatent subitement, on suppose trop facilement l'existence d'un empoisonnement. Il est bien de délibérer sur ce que l'on croit le plus vraisemblable; mais s'il y a incertitude, qu'on ne se presse pas trop d'agir. Employez d'abord les moyens qui ne peuvent nuire en rien,

et continuez-les jusqu'à ce que vous soyez certain que vous avez affaire à un empoisonnement.

On peut le présumer avec quelque probabilité, lorsque les accidents que nous décrirons plus bas se déclarent subitement et avec danger, et surtout immédiatement ou peu après avoir bu ou mangé. On sera d'autant plus fondé dans son idée que ce qui a été ingéré est plus étrange et hors des habitudes du patient.

Voilà pourquoi on recherchera avec soin, par des questions adressées au malade et aux assistants, les circonstances relatives aux personnes et aux endroits qu'il a fréquentés, etc. On recueillera avec attention tout ce qu'il a vomi, ainsi que ce qui reste de la nourriture et des boissons prises ; ces substances, fussent-elles même dans un état de putréfaction, il faut les ramasser. Dans cet état, on y découvre encore le poison par des recherches minutieuses ; cela n'est pas sans utilité et pour le malade et pour ceux qui l'entourent; on les conservera en les mettant dans un vase avec de l'eau-de-vie ou de l'alcool ; elles pourront ainsi être soumises, selon les circonstances, à l'examen analytique d'un homme de l'art.

Quant au traitement, il n'y a pas un seul moment à perdre. On doit se hâter à l'instant de porter secours pendant que d'autres seront à la recherche de la cause véritable de ce grave accident.

Il ne faut pas perdre de vue que l'on peut occasionner la mort, si Ton emploie coup sur coup divers moyens, et si l'on procède brusquement. Qu'on les applique l'un après l'autre et avec tout le calme nécessaire pour ne pas nuire au malade.

Quand on est arrivé à connaître avec certitude le genre de poison, ou que toutes les vraisemblances sont en faveur de cette certitude, employez les moyens qui sont formellement indiqués, et gardez-vous bien de faire usage de ceux qui seraient nuisibles.

Si Ton n'a pas encore acquis cette certitude, il faudra se borner aux moyens généraux dont il va être question ; mais on procédera de manière à commencer par les plus faibles, et pour arriver progressivement aux plus forts, au cas que les premiers ne suffisent pas. — Dans un danger imminent, il faut employer le moyen le plus à portée.

Provoquez le vomissement quand il y a des nausées ou queFaccident a lieu après le repas. Mais donner un vomitif est souvent très-dangereux; le mieux est d'employer l'eau tiède, mais sans huile, ni graisse, ni beurre. Laissez-en boire autant que le malade pourra en supporter; il en prendra un demi-verre toutes les minutes et même davantage. — On engagera les enfants à s'y soumettre, d'abord avec bonté, par les promesses et des cadeaux, et si cela ne suffit pas, par des menaces et enfin par la violence. — On écartera avec force la mâchoire en portant le doigt jusque dans l'articulation maxillaire, et l'on saisira ce moment pour verser l'eau tiède dans la bouche ; ou bien encore, on obligera le petit malade à ouvrir la bouche en lui pressant le nez après l'inspiration ; on évitera de faire ainsi après l'expiration ou pendant que l'inspiration se fait.

En même temps, introduisez dans l'arrière-gorge le doigt ou une plume que vous ferez pénétrer en la tournoyant jusqu'à ce que le vomissement s'ensuive. Inclinez le malade en avant, appliquez la main sur le ventre, qu'on soutienne la tête, et tapotez-le avec l'autre main entre les épaules. Aussitôt après le vomissement, faites-lui rincer la bouche, qu'il se gargarise et accordez-lui ensuite quelques minutes de repos. Mais du moment que la douleur ou d'autres accidents reparaissent, tels que nouveaux efforts pour vomir, renvois, agitations, faites-le boire derechef jusqu'à ce que tout soit rejeté.

Si le vomissement n'a pas lieu, ou si le malade ne peut avaler de l'eau tiède, ou s'il n'en avale pas assez, ou s'il fait des efforts inutiles pour vomir, et qu'il rejetle en moindre

quantité que ce qu'il a bu, ou s'il s'obstine à ne pas boire, ou si ce qu'il avale revient par régurgitation/ alors prenez un morceau de mie de pain, et après l'avoir humecté, pétrissez-le en y ajoutant une demi-cuillerée de tabac à priser, et mettez cette boulette sur la langue du malade jusqu'à ce qu'il vomisse, et puis faites-le boire. Ce procédé réussit rarement sur les personnes habituées au tabac ; donnez-leur, dans ce cas, une cuillerée à café de farine de moutarde avec autant de sel de cuisine, mêlés dans un verre d'eau qui sera bu en une seule fois. Plus tard, on reviendra à l'eau tiède. Ces moyens sont toujours suffisants; et l'on doit bien se garder d'en employer d'autres. Quant aux patients auxquels on ne peut rien faire avaler, ou à ceux qui sont dans un état complet d'engourdissement, et dont les mâchoires sont fortement serrées, insufflez de la fumée de tabac dans le rectum. Pour cela, on charge une pipe de tabac, on l'allume, et puis on en introduit la queue enduite de graisse ou d'huile dans le fondement avec précaution et ménagement, jusqu'à la profondeur d'un pouce; ensuite abouchez à la première pipe une seconde vide, et soufflez dans le tuyau de celle-ci pour chasser la fumée de l'autre dans l'intestin. Après avoir poussé trois ou quatre insufflations, arrêtez-vous pour recommencer ensuite.

Si ce moyen ne suffit pas, il en est un second très-important, c'est l'eau battue avec plusieurs blancs d'œufs. Cette eau albumineuse ne pourra jamais nuire; on l'emploie avec succès dans les empoisonnements métalliques, surtout lorsqu'il y a des douleurs violentes de l'estomac et du ventre, suivies de grands efforts pour les selles avec diarrhée, principalement dans l'empoisonnement par le sublimé corrosif, le vert-de-gris, les préparations d'étain, de plomb, d'alun et de vitriol. Dans ces circonstances, donnez l'eau albumineuse en grande quantité et répétée souvent, surtout si les matières vomies sont d'une couleur rouge ou verte, et quand le malade éprouve à la bouche un goût salé

et métallique. Si, après l'emploi répété du blanc d'œuf, le malade ressent du soulagement, sachez vous en tenir à ce moyen. Si la diarrhée a lieu avec des douleurs à Fanus, donnez des lavements avec la même substance.

Dans le cas où Feau albumineuse ne produirait aucun soulagement, il est un autre moyen non moins important dans le plus grand nombre d'empoisonnements, c'est Veau de savon. Pour cela il faudrait faire exclusivement usage du meilleur savon blanc, et, dans l'extrême nécessité, on pourra prendre du savon poisseux ordinaire. Les autres savons, tels que le noir, et surtout le rouge, nuiraient plutôt que de servir, puisqu'ils contiennent souvent un principe toxique. — On en fait une solution dans quatre parties d'eau chaude, dont on fait boire une bonne tasse toutes les trois à quatre minutes.

Le savon n'est nuisible que dans le cas où le poison est alcalin, c'est-à-dire s'il contient de l'eau de lessive, de la pierre caustique, de la potasse, de la soude, de l'ammoniaque liquide, du sel d'ammoniaque, du sel de corne de cerf, de la chaux éteinte, de la chaux vive, de la baryte (qui se vend souvent pour une poudre conlre les rats avec l'assurance qu'elle ne peut nuire à l'homme, puisqu'elle ne contient pas de l'arsenic), du sel de tartre (qui peut quelquefois être confondu avec le tartre tartarisé). Si les matières vomies ne sont pas acides, mais bien plutôt alcalines et non effervescentes; qnand le papier de tournesol que l'on rougit préalablement avec le vinaigre revient au bleu; quand .elles font efïervescence par l'addition des acides sulfurique, nitrique ou muriatique; dans ces divers cas, il ne faut pas employer l'eau savonneuse, mais bien le vinaigre.

L'eau de savon est le moyen principal dans les empoisonnements par l'arsenic, le plomb, l'huile de vitriol, l'eau-forte et tous les acides concentrés, ainsi que conlre les solutions métalliques. On doit supposer l'existence de

l'empoisonnement par les acides, lorsque la bouche est comme brûlée, et que les matières vomies rougissent promptement le papier de tournesol. L'eau de savon est pareillement utile lorsqu'on aura avalé de l'alun; il en est de même pour les substances végétales acres qui ont une saveur brûlante et qui contiennent un suc laiteux, caustique. Dans les accidents produits par l'huile de ricin, on emploie également avec avantage l'eau de savon.

Le vinaigre, ainsi que nous l'avons dit, est un excellent moyen contre les poisons alcalins. Aussitôt qu'on a acquis la certitude que l'empoisonnement est dû à l'ingestion d'une substance alcaline, empoisonnement qui se prouve par le caractère des souffrances éprouvées, il faut administrer immédiatement cet antidote en grande quantité par la bouche et en lavements ; dans l'intervalle, on donnera des boissons mucilagineuses et l'on provoquera le vomissement. Il ne saurait convenir aux empoisonnements dus aux substances végétales acres, à certains sels, aux acides minéraux et à l'arsenic, surtout si l'estomac est douloureux au toucher. Par contre, il sera d'un grand avantage dans l'empoisonnement par le datura stramonium, l'aconit, l'opium, les champignons vénéneux, les vapeurs de charbon, ainsi que par le foie de soufre. Dans ces divers cas, alternez le vinaigre et les boissons mucilagineuses, et provoquez en même temps les vomissements; et quand le malade a assez vomi, revenez au vinaigre pour apaiser les envies de rejeter. Il aura la même utilité contre les effets de coquillages et les poissons malsains, et surtout contre la graisse dégénérée et gâtée. Hâtez-vous de l'employer, lorsque, après l'usage du jambon et des saucissons vieux et gâtés, il se manifeste une sécheresse incommode augosier et des envies de vomir, tout en ne perdant pas de vue les autres moyens que nous avons recommandés.

L'huile est employée généralement dans les empoisonnements, mais c'est à tort qu'on la regarde comme moyen

principal. Il en est de même de la graisse, du beurre et du babeurre. Si Ton vient à en faire usage, il faut bien s'assurer de sa qualité. L'huile rance, l'huile de poisson et l'huile dite purifiée, doivent être rejetées. Il est alors préférable de se servir d'une eau mucilagineuse qui enveloppe mieux le poison, du sucre qui calme plus vite l'estomac, ou de tel autre moyen qui rende le poison moins actif. Quand on est certain que l'empoisonnement est alcalin et que le vinaigre a produit un bon résultat, on peut donner aussi dans les intervalles quelques prises d'huile ou de crème de lait, surtout lorsque le malade éprouve du brûlement dans la bouche, le gosier et l'estomac. On emploie avec un égal avantage l'huile lorsque des acides concentrés, tels que l'acide nitrique, sulfurique, etc., ont atteint l'œil, la bouche, l'arrière-gorge ou l'estomac. Elle sera utile dans les empoisonnements par les champignons vénéneux . — Elle sera contraire lorsqu'il faudra agir contre les effets de l'arsenic, et inutile dans la majorité des cas des intoxications métalliques ; très-nuisible lorsque l'œil ou l'estomac ont été mis en contact avec les cantharides. Il est vrai de dire alors que l'on verse l'huile sur le feu. Il en est de même à l'égard des insectes morts, ainsi qu'à l'égard des scarabées venimeux, des punaises, etc. Elle est au contraire très-bonne pour agir contre tous les animaux qui viennent à s'introduire dans les oreilles.

Le lait réussit moins bien que les boissons mucilagineuses; mais, comme on Ta presque toujours sous la main, il vaut mieux l'employer que d'attendre que les autres moyens soient à votre disposition. La crème est bonne là où l'huile convient; elle est nuisible là où elle ne convient pas. Le lait aigri est bon là où le vinaigre est bon, et nuisible où il est nuisible. Si la bonne huile vous manque, remplacez-la par la crème même aigrie et dans le cas où le malade ne peut supporter l'huile. Le lait aigri est préférable au mauvais vinaigre et employé même après l'usage du

vinaigre. Le lait est surtout utile plus tard, quand l'orage est passé et qu'il en reste quelques souffrances. Mais pour cela il faut que le malade en boive volontiers et qu'il en éprouve du soulagement. — Si Ton n'est pas arrivé à la connaissance de la nature du poison pour y remédier par l'antidote le plus convenable, et que dans le premier moment on ait fait boire du lait, qui a produit une amélioration, restez-en là, pourvu toutefois que le malade ait eu assez de vomissements pour vous faire croire à l'élimination du poison.

Le sucre et l'eau sucrée sont l'un et l'autre d'excellents moyens dans le plus grand nombre de cas. Cependant, dans les cas d'empoisonnement par les acides minéraux ou par les alcalis concentrés, on leur préférera les antidotes dont il a été question. Mais si Ton en usait sans nécessité, ils ne pourraient nuire dans aucune circonstance. — Si le malade en a un grand désir, donnez-lui-en autant qu'il en voudra. Dans les empoisonnements métalliques, provenant des couleurs minérales, du vert-de-gris, du cuivre, del'étain, du vitriol, de l'alun, etc., le sucre aura ici la préférence, et tenez-vous-y si le patient s'en trouve bien ; dans le cas contraire, alternez avec le blanc d'œuf ou l'eau de savon. — Il est employé comme principal moyen contre l'arsenic, ainsi que contre les empoisonnements par les substances végétales acres et caustiques, qui provoquent des brùlements ou du gonflement dans la bouche et l'arrière-gorge. — On peut l'administrer à l'état sec ou aqueux.

Le café est un antidote indispensable dans plusieurs empoisonnemeuts. Il faut préférer le café légèrement torréfié à celui qui l'est trop, lequel agit mal, indépendamment de ce qu'il a mauvais goût. On commencera par une forte infusion et progressivement on descendra à une plus faible. Durant son emploi, il ne faudra pas perdre de vue l'avantage du vomissement, si le patient en éprouve l'envie ; on le favorisera, plus lard on le laissera agir seul. Quand le

poison n'est pas connu, le café sera toujours le meilleur moyen dans le cas où le malade est dans un état de torpeur, de somnolence, ou qu'il est privé de connaissance, ou s'il chancelle comme dans un état d'ivresse; s'il a la figure rouge, bouffie ou pâle, froide et affaissée , ou s'il est dans un état de fureur et d'emportement ; s'il se débat, veut s'enfuir, ou s'il fait des plaisanteries. Dans ces diverses circonstances, donnez beaucoup de café pur, excitez les vomissements, administrez même le café en lavement, jusqu'à ce qu'il se déclare une amélioration. Quand l'estomac s'est débarrassé de ce qu'il contenait, continuez toujours le café pur sucré.

Dans tout empoisonnement, donnez le café, si le malade en témoigne le désir.

Quand le poison est connu, et que ce poison contient de l'acide prussique, ce qu'on reconnaît à une odeur d'amandes amères, ou de noyaux d'abricot, donnez tout de suite, après les premiers vomissements, de l'eau tiède, titillez la luette pour en provoquer d'autres et administrez en grande abondance l'infusion de café. Agissez de la même manière contre l'empoisonnement par l'opium, la pomme épineuse, les champignons vénéneux, qui jettent les forces dans la torpeur; il convient aussi contre les effets toxiques des semences vénéneuses et autres ; contre ceux de la belladone, de la coloquinte, de la valériane, de la ciguë et de la camomille. Le café est d'une importance égale dans les empoisonnements par les préparations d'antimoine, de phosphore et de l'acide phosphorique. Mais son action antidotaire la plus éminente éclate dans l'empoisonnement par la noix vomique.

Le camphre est le principal agent contre la plupart des empoisonnements par les plantes vénéneuses qui ont une action caustique et corrosiveet donnent lieu à un état inflam matoire. Dans les cas où le malade éprouve des vomissements et du dévoiement immédiatement après avoir mangé, qu'il

est pâle et d'un froid glacial, et qu'il perd presque connaissance, ne craignez pas d'employer le camphre dans cette circonstance, quand bien même la nature du poison ne vous serait pas connue. Il suffira de le faire flairer ou d'en frotter la peau ; ces frictions se font avec un Uniment d'huile camphrée, ou avec un peu de camphre dissous dans de l'eau-de-vie chaude.

On trouve aussi dans cette substance un moyen capital contre les accidents occasionnés par les insectes, et notamment contre l'effet toxique des cantharides, soit qu'on en ait introduit dans l'estomac, dans les yeux ou sur la peau sous forme de vésicatoire; soit encore contre les accidents provenant de divers insectes ingérés, ainsi que contre les gonflements et empoisonnements que produisent les chenilles velues, le miel vénéneux, les aliments contenant accidentellement des vers et d'autres insectes venimeux, et aussi contre les piqûres de ces petits animaux.

Si, indépendamment des symptômes qui leur sont propres, il se déclare des souffrances du côté des voies urinaires, telles que strangurie, suppression complète des urines, ou hématurie, on peut avec certitude attribuer cet accident aux cantharides et à d'autres insectes. On se servira dans ce cas du camphre avec confiance ; c'est là un excellent moyen.

Le camphre convient également pour corriger les suites fâcheuses de certains médicaments; il conviendra, par exemple, aux enfants que l'on tourmente par des doses répétées de vermifuges; aux personnes qui ont fait des abus du tabac, ou qui ont mangé par habitude et avec excès des amandes amères, d'autres noyaux analogues, et même des noix.

Il sera employé avec un égal succès contre les suites de l'empoisonnement par le phosphore, par les métaux ou les acides, et surtout s'ils sont occasionnés par les divers sels. Ce n'est qu'après que l'estomac se sera complètement dé-

barrasse par les effets du vomissement que Ton donnera le camphre; on le fera sentir de temps en temps. On se conduira de la même manière à Fégard des accidents produits par les champignons vénéneux et par la vapeur du charbon.

Il est d'autres moyens encore qui peuvent devenir nécessaires dans les empoisonnements : ce sont tout d'abord ceux qui se trouvent sous la main, dans tous les ménages, tels que charbon de bois, lessive, sel de cuisine, amidon, thé vert et tabac; et ensuite quelques autres substances qu'il serait toujours utile d'avoir en réserve, parce qu'elles peuvent convenir non-seulement contre les empoisonnements, mais aussi dans plusieurs cas de maladies : ce sont la magnésie, l'esprit de nitre et l'ammoniaque liquide. On ne doit en faire usage que lorsque le poison est bien connu ; il en sera question en temps et lieu.

En résumé, il résulte de ce que nous venons de dire que les indications capitales à remplir dans les souffrances causées par les empoisonnements sont :

1° De provoquer le vomissement ;

2° D'affaiblir l'action du poison.

On satisfera à ces deux indications alternativement d'abord, et puis on s'en tiendra à la dernière.

Comme les vomitifs ordinaires sont eux-mêmes des poisons, et par conséquent souvent nuisibles, on aura recours: 1° à la boisson d'eau tiède autant que le malade en pourra supporter; 2° à la titillation de la luette, si l'eau tiède ne suffit pas ; 3° à l'application sur la langue de tabac à priser; 4° à l'emploi de la farine de moutarde et du sel délayés dans l'eau, chez les individus habitués au tabac ; enfin, quand on n'obtient aucun résultat par la bouche, TS° aux lavements de fumée de tabac.

Les agents principaux pour affaiblir les effets du poison, quand on ne connaît pas sa nature, sont : l'eau albumineuse, s'il y a douleur; le café, s'il y a engourdissement et privation des sens.

Dès qu'on est parvenu à déterminer le genre de poison, qu'il soit acide, métallique ou alcalin, donnez : contre les acides et les métaux, l'eau de savon ; contre les alcalis, le vinaigre. — Les divers autres antidotes ne seront administrés que lorsqu'on sera fixé sur l'espèce du poison.

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