MORT APPARENTE OU ASPHYXIE
Dans ces sortes de cas, on fait généralement la faute de précipiter sans réflexion les moyens d'action, de les donner avec trop de hâte, ou avec profusion, ou de ne rien faire du tout, et cela dans la supposition que tout moyen est inutile. Dans le cas de mort apparente subite par suite d'une cause extérieure, la vie peut bien n'être que suspendue (t) ; et si l'on agit alors comme sur un cadavre qu'on veut ressusciter, parce qu'on y suppose un reste de vie, on peut réellement donner la mort.— II y a beaucoup d'états de maladie où la mort n'est certainement pas apparente, et que tout médecin expérimenté doit connaître; par contre, il y en a d'autres où la mort n'est réellement qu'une sus-* pension de la vie, notamment chez les femmes enceintes ou chez les accouchées. Il n'existe pas de signe plus certain de la mort que la décomposition du corps, qui, procédant
(1) Voy. Bouchut, Traité des signes de la mort, et des moyens de prévenir Us enterrements prématurés. Paris, 1849, in-12.
de l'intérieur à l'extérieur, se manifeste aux yeux par des taches livides. Il est des cas où il est au moins incertain que la vie soit suspendue ; cela se voit surtout si Pétat de mort est survenu subitement et sans cause appréciable, et dans lequel il n'existe pas encore un commencement de putréfaction. On devra alors s'abstenir de tout acte qui pourrait occasionner une mort réelle. Qu'on suspende donc tout préparatif d'ensevelissement au moins jusqu'au troisième jour. Ce temps est ordinairement suffisant pour déterminer dans te corps des changements qui lèvent toute incertitude. S'il n'y a pas de signe de décomposition dès lé troisième jour, on attendra encore, même une semaine s'il te fallait. Dans le cas où l'activité vitale a été suspendue par une cause extérieure violente, le corps doit être traité avec le plus grand soin, touché avec prudence et douceur : en faisant ainsi, on parvient souvent à rappeler à la vie des malheureux trouvés dans cet état de mort apparente. •— On placera le sujet dans les conditions d'une douce chaleur ; plus l'air est froid, moins on doit se hâter de le réchauffer : on ranimera graduellement la chaleur. Si la mort apparente a eu lieu par réfrigération, on devra le réchauffer encore avec beaucoup plus de ménagement, car, en général, il est nuisible de ramener trop promptement la chaleur dans les corps en apparence inanimés. 11 est également nuisible de les éprouver par des secousses électriques ou galvaniques, qui ne peuvent que déterminer la mort réelle. Il faut procéder par les frictions et le massage; on placera le corps dans un lieu où l'air soit sain et pur , et éloigné du bruit. Il ne faut rien précipiter; si la vie existe encore, elle ne s'éteindra pas si vite.
I. — Mort apparente par inanition. Les individus qui, par suite de la privation complète de nourriture, tomr bent d'inanition et semblent dans un état de mort, seront ranimés par de petits lavements de lait chaud, répétés souvent; dès que la respiration commence à se faire sentir,
qu'on leur donne goutte par goutte du lait, plus tard quelques cuillerées à café, et graduellement davantage. Ce n'est que lorsqu'ils commencent à demander eux-mêmes, et qu'ils insistent, qu'on peut leur donner quelques cuillerées de bouillie au pain, et plus tard du bouillon, ensuite quelques gouttes de vin. Avant de leur faire prendre un petit repas, il faut que le sommeil soit revenu, et que le malade y ait déjà puisé quelques forces. Il continuera encore à ne faire que de petits repas, et ce n'est que progressive* ment qu'il pourra se permettre de rentrer dans ses habitudes alimentaires. S'il mange trop vite et trop, il s'expose au danger de mourir.
II. — Mort apparente par suite d'uàe ckute dans un précipice. Le malade devra être placé avec précaution sur un lit, la tête haute, et dans un lieu tranquille; puis on lui mettra sur la langue quelques gouttes d'une solution d'arn., en attendant l'arrivée du médecin, qui aura à examiner s'il n'y a pas quelque fraoture ou s'il reste encore quelques signes de vie. Il peut Ouvrir la veine pour obéir au préjugé, mais il laissera couler quelques gouttes de sang à peine ; car si, après la saignée faite à raison d'une chute, on est rendu à la vie, ce n'est pas le sang perdu qui l'aura rappelée; elle serait revenue sans cela. Toutefois il n'est pas absolument impossible que la saignée puisse concourir au rétablissement d'un blessé.
Si elle ne suffisait pas, ou qu'on ne voulût pas y recourir, donnez de nouveau arn. par la bouche et en lavements; si le blessé Se ranime par suite de la saignée, donnez-lui d'abord chin. pour favoriser le rétablissement des forces et ensuite arn. — Si le malade avait perdu beaucoup de sang par ses blessures, il est tout au moins intempestif de le saigner; on lui donnera chin. ou quelque peu de vin, mais seulement par goutte; plus tard, arn.
HI. — Des individus étranglé», pendus, suffoqués par
manque d'air ou par compression doivent être déshabil-
lés complètement; qu'ils soient couchés dans une position convenable, la tête un peu haute, et le cou tout à fait libre et sans appui qui puisse le faire fléchir en avant ou en arrière; puis on pratiquera avec une flanelle chaude de légères frictions, qui seront continuées quelque temps; on donnera ensuite un lavement d'opium, dix à vingt globules délayés dans une suffisante quantité d'eau ; il sera administré tout à la fois et poussé avec lenteur; on le répétera tous les quarts d'heure r puis on reviendra aux frictions, qui seront exercées sur les parties internes. On présentera de temps en temps an petit miroir devant la bouche et le nez, pour Juger de l'état de la respiration. Qu'on écarte les paupières pour fr'asstirer, par la sensation* subite du jour, du degré de dilatation des pupilles et de la sensibilité des yeux. On enveloppera les pieds avec des linges dans lesquels on aura placé une tuile ou un fer à lisser chauds ; tout te corps sera entouré de la sorte : c'est ainsi qu'on le réchauffera universellement.
Si, une ou deux heures après, il ne s'est pas opéré de changement, prenez une amande amère qui, après avojr été complètement broyée, sera mise dans un verre d'eau, avec laquelle on humectera la bouche et le nez, en tâchant d'en faire tomber quelques gouttes sur la langue; le reste sera donné en lavement. — Si le lavement n'était pas gardé, qu'on en serve un second, mats avec une canule plus longue, et qu'on laissera en place quelques instants, ou bien encore on bouchera l'ouverture de l'anus avec le pouce. On pourrait aussi faire pratiquer, par une personne bien portante, des passes magnétiques, qui se feraient du sommet de la- tète à l'extrémité des pieds, comme il a été dit plus haut, à l'article Maladie» des enfant». - Qu'on ne s'arrête pas à l'opinion de ces gens qui tiennent cette pratique comme un non-sens ; leur science ne leur permet pas . de comprendre la vie autrement qu'à un point de vue étroit et vulgaire ; qu'on se hâte de les éloigner au plus tôt.
IV. — Desnoyé*. On les fera déshabiller de suite; on leur nettoiera la bouche et la gorge, et puis on inclinera légèrement le corps et la tête, afin de faciliter l'écoulement de l'eau avalée ; on les couchera ensuite dans un lit chaud, enveloppés de couvertures chaudes, ou environnés de sable ou de cendres chaudes. En été, on peut exposer le noyé à Faction de la chaleur solaire, toujours enveloppé d'une couverture, la face exposée au soleil, et la tête légèrement couverte; on lui donnera ensuite un la vendent, et l'on commencera à faire, avec des flanelles chaudes, des frictions qu'on continuera pendant deux heures entières. On peut également essayer des passes magnétiques. La saignée est un non-sens. — Si les frictions ou les lavements ne produisent aucun effet, on administrera quelques globules de loch, en lavement, et l'on reprendra les frictions, que l'on fera durer longtemps. On a vu des personnes qui avaient passé une demi-journée dans l'eau, et qui sont revenues à la vie par des soins longs et infatigables. Celui qui tombe dans l'eau ne meurt pas de suite ; ce n'est que longtemps après que la vie s'éteint, et ce n'est, généralement, que le troisième jour. Ce qui nous manque le plus ordinairement, dans ce cas, c'est la science ou la patience.
V. — De la suffocation dans un air Yicié. Les meilleurs remèdes, dans cette circonstance, sont l'air frais et l'eau froide; recourir à la saignée, c'est faire acte d'ignorance. Op. et acon. répondent souvent très-bien aux souffrances consécutives, et qui précèdent le rétablissement de l'activité vitale.
VI. — De la congélation. Des personnes qu'on a trouvées gelées ont pu être rappelées à la vie après plusieurs jours. — Il faut enlever le corps avec la plus grande précaution, parce que la moindre violence pourrait déterminer la fracture de quelque membre. Ou exposera le sujet dans une chambre froide, inhabitée, ou dans une grange, oourvu qu'il n'y ait pas de courant d'air : il ne fout pas ou-
blier, dans ce cas, que la chaleur, même modérée, est une cause de mort. — Qu'on le couvre entièrement de neige de quatre travers de doigt d'épaisseur, même le visage, en ne laissant que la bouche et les narines libres. On placera le gelé de manière à ce que Peau qui se fondra puisse s'écouler promptement, et l'on renouvellera la neige là où elle sera fondue. S'il n'y a pas de neige, on le mettra dans un bain froid, qu'on aura refroidi avec la glace. — Si la glace s'est prise au corps ou aux vêtements, il faut l'en détacher. — C'est ainsi qu'on réussit à dégeler les corps ; on voit, on acquiert la conviction qu'on y est parvenu, lorsqu'ils deviennent mous et flexibles. On commencera ensuite par ôter les habits ; on les coupera plutôt que de les enlever de force et de risquer de rompre quelque organe. Dès que les membres deviennent souples, on fera des frictions avec de la neige sur les parties ramollies, et l'on continuera jusqu'à ce qu'elles deviennent rouges ; après les frictions on mettra le malade sur un lit sec, et on les reprendra avec des flanelles froides, etc. — Si après ce traitement on n'aperçoit aucun signe de vie, qu'on prenne un morceau de camphre ou quelques gouttes del1 et fier camphré ; on les délaiera dans l'eau pour en faire un lavement. On répétera ce lavement tous les quarts d'heure. Si la vie se ranime sous l'empire des frictions ou du camphre, administrez alors des lavements tièdes de café noir; et dès que la déglutition sera rétablie, donnez du café par petites cuillerées.
À mesure que les signes de la vie augmentent, éloignez tout ce qui est humide, et frottez le corps jusqu'à ce qu'il soit sec, mais jamais au point de produire la chaleur. Il faut que le malade se réchauffe de lui-même dans le lit; on ne l'entourera donc pas d'une chaleur d'emprunt, à l'exception toutefois des petits enfants, que l'on mettra au lit avec une personne saine.
On devra n'épargner ni peines ni soins pour ramener quelqu'un à la vie ; il s'agit quelquefois d'employer plu-
sieurs heures pour obtenir ce résultat. — Il survient souvent alors des douleurs très-violentes. Dans ce cas, donnez carb. veg. qu'on répétera aussi souvent qu'il le faudra ; s'il ne suffit pas, donnez an. alb. Si les douleurs sont lancinantes avec chaleur à la tête, administrez aem. en dilution. Si le malade a envie de prendre du vin ou de l'eaude-vie, il faut lui en donner, mais tout au plus par gouttes et de temps à autre, tant que cette envie peut durer.
Les personnes rappelées ainsi à la vie doivent pendant longtemps se méfier de la chaleur du poêle et du feu, parce qu'il peut en résulter des maladies des os, qui ne se manifestent que Tété suivant.
VIL Accident* occasionnée par la fondre (1). Les foudroyés seront placés, étendus à demi, en face du soleil, dans un trou fait dans la terre fraîchement remuée ; ils en seront entièrement couverts, à l'exception de la figure. . — Aussitôt qu'ils remueront les yeux, on devra faire de l'ombre sur leur tête. On leur mettra quelques globules de nux vom. sur la langue. Si après une demi-heure il n'y a pas signe de vie, on répétera ce remède. Un quart d'heure après on leur frottera la nuque avec une solution de nux vom. ; après un autre quart d'heure, après avoir dégagé le derrière du dos, on administrera un lavement avec une nouvelle solution de dix à vingt globules de nux vom. On bouchera alors l'anus avec du coton, afin d'empêcher la sortie du lavement, et l'on recouvrira le malade de terre ; on le laissera dans cette position jusqu'à ce qu'il commence à respirer; après quoi on lui dégagera la poitrine, et on le mettra dans une chambre bien exposée à la lumière. Contre les souffrances consécutives, donnez nux vom. et sulph.