‹ Médecine homoeopathique domestique (volume 4)Chapitre 33 sur 53 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Toute espèce de collyres, de baumes et de Iiniments nuisent essentiellement aux yeux , parce que presque tous contiennent des substances toxiques; et si par hasard , ce qui arrive très rarement, ils donnent quelque soulagement, dans le plus grand nombre ils provoquent tôt ou lard une maladie plus grave et pire que la première. Celui qui lient à la con-

(1) l'oy. Jahr, Du traitement homœopalhique des maladies de la peau. Paris, 1850, p. 222 et suiv.

servation de ses yeux doit se garantir de remploi de remèdes venimeux, dangereux ou pour le moins tout à fait inutiles, parce qu'il y a des moyens internes très simples qui peuvent toujours faire beaucoup plus de bien , surtout quand on n'a pas tourmenté l'organisme par de méchants remèdes.

L'eau pure et fraîche est le seul collyre qui convienne comme moyen externe; la plupart du temps, elle suffit dans les cas où les yeux sont douloureux, rouges et brûlants, et qu'il s'y joint la complication d'un état catarrhal et de toux; elle convient pareillement dans les souffrances chroniques des yeux, caractérisées par l'aversion pour la lumière, qui ne fait que les accroître, surtout par un temps froid et humide. On peut, dans celle circonstance, appliquer dessus une tranche de pain blanc mouillé.

Toutes les fois que le malade ne peut supporter l'eau froide, ou quil n'en éprouve aucun soulagement; ou s'il ressent non seulement une sensation de brûlement et comme s'il avait du sable dans les yeux, avec aversion pour la lumière; mais si, outre des douleure violentes, il se joint des larmes abondantes et acres, alors préférez l'eau tiède, dont on fera usage au moyen de compresses ou de tranches de pain blanc, et répétez cette pratique tant que les douleurs s'aggravent.

Si les yeux sont très secs , et que les paupières se ferment par l'effet d'une contraction spasmodique , employez l'huile fraîche d'olive.

Lorsque les yeux sont affectés d'une inflammation érysipélateuse , qui s'élend à toute leur circonférence , n'appliquez rien d'humide; contentez-vous d'user de petits sachets remplis de son chaud. Si les yeux étaient souffrants par suite de contact avec le sumac vénéneux, ne faiteslbcune application externe, et bornez-vous \ l'emploi des moyens internes qui ont été indiqués plus haut, à l'arlicle empoisonnement.

Mais celui qui veut absolument faire usage d'un moyen externe, devra prendre un blanc d'œuf frais, il y ajoutera une cuillerée à café de sucre raffiné et un peu de camphre; le tout sera bien battu jusqu'à l'état d'écume; on applique alors celte écume sur les yeux.

La guérison la plus prompte s'obtient toutefois au moyen des remèdes suivants, pendant l'usagedesquelsilfaut renoncer tout à fait à la préparation précédente.

Les paupières peuvent être enflammées* rouges et enflées, sans que le globe de l'œil soit affecté. — Dans le gonflement rouge, avec brûlement et sécheresse, donnez acon. ; s'il soulage, mais momentanément, répétez-le. Si les paupières sont pâles, d'un rouge jaunâtre et enflées, d'un luisant presque transparent, qu'on y ressente une sensation de brûlement avec tension ; quand il s'amasse beaucoup de mucosités non seulement dans les yeux, mais aussi dans le nez, accompagnées môme de la fièvre, donnez encore acon,, comme remède principal et le meilleur ; et s'il ne guérit pas complètement, donnez, quelques jours après, hep. sulph., surtout s'il y a une douleur pressive avec une sensation d'écrasement et de meurtrissures des paupières. Lorsque l'engorgement est 1res mauvais, etqu'aa»?. n'a produit qu'une faible amélioration, ou que les paupières sont très enflammées et rouges, avec sécrétion abondante de mucosités ou de pus brûlants, ici sulph. sera préférable a hep. sulph. , surtout si le malade ouvre difficilement les yeux le matin , que les paupières soient agglutinées cl qu'il ne puisse supporter la lumière. S'il ne se déclare pas une-amélioration immédiate, répétez acon., qui agit alors avec plus de succ^ Si hep. sulph. n'a produit aucun effet, alors et surtout que les paupières sont brûlantes et pruritcuses, avec gonflement et rougeur des bords libres, qui se collent et saignent en les ouvrant, et qu'ils tendent à se ren-

verser ou se relèvent difficilement et semblent être paralysés, donnez belL

Si les paupières sont enflammées dans leurs faces internes, surtout injectées de sang , douloureuses et très brûlantes , et qu'on puisse à peine ouvrir les yeux, donnez ars. alb. ; mais s'il semble qu'on ne les ferme qu'avec peine, si elles sont enflées, s'ouvrant difficilement; si la douleur est plus aiguë, s'il y a des ulcérations sur les bords, avec épaississement de tissus, et adhérence croûteuse des cils, administrez merc. viv.; et si ce remède ne réussit pas à votre satisfaction, donnez quelques jours après hep. sulph.

Lorsque la face interne des paupières est enflammée, comme cela se voit souvent chez les> nouveaux-nés et chez les enfants plus avancés en âge, et s'ils éprouvent de la difficulté à ouvrir les yeux, contractés spasmodiquement, quand il y a tuméfaction rouge avec écoulement abondant de matière muqueuse, donnez rhustoxic. en dilution.

Vous emploierez euphr. dans les maladies chroniques et longues des paupières, qui, le jour, sont le siège d'une démangeaison incommode, qui se collent la nuit, qui sont rouges et un peu enflées, avec les bords ulcérés, humides et légèrement suppurants, lorsqu'il y a clignotement fréquent des yeux, îiversion de la lumière, catarrhe continuel, maux de têle intenses , avec chaleur à la tôle. — Si les bords sont brûlants et démangent, et si, en y touchant, ils sont plus douloureux et comme meurtris, surtout le matin; quand, le matin, ils se collent par l'effet de la suppuration, donnez aux vom., qui convient souvent lorsque euphr. ne suffit pas ; dans le cas où l'un et l'autre ne réussiraient pas , servez-vous de puis. — Dans l'inflanigHtion qui renverse les paupières, avec élancement brûlant et démangeaison , ou même sans douleur, donnez merc. viv. ,-pIus lard , s'il y a

nécessité , hep. sulph. ; quelquefois , il y a lieu à donner belL

Si ces remèdes ne réussissent pas, et que les bords des paupières soient tout a fait rouges , avec sécrétion d'un mucus épais dans l'angle des yeux , toujours sensibles à la lumière, et avec élancements douloureux, donnez ant. cruel. Si la douleur est brûlante et incisive , en lisant surtout , après avoir donné sulph. , qui a dû amener un peu de soulagement, administrez cale, carb., qui agira avec le plus grand succès. Lorsqu'on ressent un grand picotement dans l'intérieur des paupières, qui s'aggrave le soir, avec écoulement de larmes, donnez chin. Dans les démangeaisons cuisantes, avec roideur des paupières comme si elles étaient paralysées, donnez rhustoxic. S'il y a contraction spasmodique et occlusion, hyosc; s'il y a pesanteur et lourdeur de la paupière supérieure, donnez chamom. ; s'il y a une grande sécheresse, malgré le larmoiement; s'il y a difficulté dans la motion et chaleur, donnez verat. alb.

L'orgeolet se guérit avec facilité par puis. ; quelquefois on peut le dissiper en le touchant avec une clef froide. L'eau froide est nuisible; il vaut mieux faire un cataplasme de pain et de lait qu'on appliquera chaud pour le laisser toute la nuit. Si les orgeolets se reproduisent souvent et qu'ils laissent sur la paupière des duretés, ou qu'ils n'aboutissent pas, mais deviennent indurés, surtout lorsque les yeux sont aptes à se fermer et suppurent, sont cuisants et brûlants dans les angles, où se ramasse toujours un pus concret , donnez staph. ; s'il reste sur la paupière des indurations, donnez, après une quinzaine de jours ou même trois semaines, cale. carb. une fois, ou sep. *§

Thuya guérira les kystes qui durent depuis longtemps, qui reviennent avec opiniâtreté, surtout si l'on sent de la chaleur

ei de la sécheresse dans les angles, avec larmoiement des yeux à l'air extérieur.

Lorsque, dans l'inflammation des yeux (ophthalmie), les paupières et l'œil sont malades en même temps , ou que le globe de l'œil l'est seul , le meilleur remède, sans contredit, est acon. , surtout si le mai s'est déclaré subitement et qu'il ait fait des progrès rapides; que le globe oculaire est rouge ou couvert de veines injectées de sang; qu'il y a larmoiement et vive douleur.

Acon, dans tous les cas affaiblit la douleur, et fait disparaître principalement les symptômes inflammatoires les plus' intenses; il produit un bien meilleur effet que celui qui aurait pu résulter des sangsues. Mais si le malade se plaint de démangeaisons, de pression, de brûlement, de sensation d'excoriation dans les yeux et les paupières ; si les yeux cuisent beaucoup, surtout en les fermant, quoiqu'il y ait nécessité de les fermer souvent et de clignoter ; qu'il faille les essuyer souvent, qu'il semble que les yeux sont enflés, comme après avoir beaucoup pleuré, avec sensation de sécheresse; quand les paupières s'agglutinent la nuit, et que, pendant le jour, on y éprouve des picotements et des mouvements spasmodiques fréquents; dans ce cas, le meilleur remède alors est cocc.

Quand les yeux sont malades par suite d'un refroidisse-, ment, et qu'il y a catarrhe, mal de tête, toux, enrouement, etc., les remèdes qui suivent doivent être employés :

Nux vom. convient lorsque les angles des paupières sont plus rouges que le globe de l'œil, ou que celui-ci est taché de sang et qu'on y éprouve une cuisson, comme par du sel ; lorsqu'il y a une sensation de brûlement et de pression , comme s'il y avait du sable; quand il y a larmoiement abondant, horreur de la lumière, surtout le matin, avcc4tvre, et aggravation le matin et le soir.

Chamom. convient surtout aux enfants lorsqu'ils éprouvent dans les yeux du picotement , pression , brûlement , comme si la chaleur rayonnait ; s'il y a le malin gonflement et agglutination des yeux, ou s'ils sont secs, et que le malade ne supporte ses douleurs qu'avec impatience.

Bell, convient lorsque le blanc de l'œil est tout à fait rouge, ou qu'il s'y est fait un engorgement considérable des vaisseaux sanguins, avec chaleur intense, avec larmes corrosives cl brûlantes, ou que les yeux sont tout à fait secs , très douloureux à l'impression de la lumière ; que les douleurs sont presque spasmodiques et se portent profondément en arrière; que le coryza est tellement prononcé que le nez en est excorié, et qu'il sort des boutons autour de la bouche et du nez ; que la toux est courte, sèche, pénible et spasmodique, et se manifeste par accès qui durent assez longtemps.

Euphr. convient lorsqu'on ressent dans les yeux une forte pression, avec perte de mucus et de larmes corrosives; lorsque les paupières se contractent; que tout l'œil est rouge, avec grand mal de tète et catarrhe , et aggravation le soir.

Jgn. convient lorsque la douleur est plus intense, et que la rougeur l'est moins; qu'il y a forte pression, écoulement abondant de larmes, grande aversion pour toute clarté , catarrhe nasal intense. On répète ce remède, s'il y a lieu, toutes les douze et vingt-quatre heures.

Puis., dont on parlera en détail plus bas , s'emploie aussi quelquefois dans celle espèce de maladie des yeux. Si l'on n'a pas donné déjà nux vom., on l'administrera après les autres remèdes pour détruire la grande sensibilité qui reste ordinairement sur les yeux.

Brll. convient pareillement lorsque la vue a souffert, ou qu'on voit des étincelles /qu'on éprouve des éblouissements, ou même des obscurcissements.

Lorsque les yeux sont malades par suilc de rhumatisme. et que l'intérieur est tout à fait rouge, qu'ils ne peuvent supporter la clarté; quand il en sort des larmes abondantes corrosives; quand les douleurs sont lancinantes et déchirantes, non seulement à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur, et qu'il y a aggravation par la chaleur, voici les remèdes qui conviennent :

Lorsque l'inflammation a été amendée par l'action (Vacon. , donnez puis, s'il reste encore des douleurs lancinantes, perforantes et tranchantes, si Ton ne peut supporter la lumière, qu'il y ait aggravation de tous ces symptômes malin et soir; s'il y a eu plusieurs récidives qui ont chagriné le malade, et l'ont laissé disposé aux larmes, et qu'après avoir pleuré, il a éprouvé de l'aggravation.

Quand les douleurs ont été améliorées par puls.> donnez bry. s'il reste encore de la rougeur aux yeux ; s'il y a une cuisson brillante dans l'intérieur, ou sensation de sable entre les paupières; qu'il y ait aggravation le soir et la nuit; si les bords des paupières sont engorgés, et si en les ouvrant on sent une douleur dans la tôle.

Quand , après bry. , qui a réussi à demi, il reste une sensation de cuisson , de pression et des élancements; quand on larmoie beaucoup, que les paupières se-<bollent la nuit ou sont enflées; que tout autour ou dans le voisinage il y a une sorte d'inflammation érysîpélaleuse, donnez rhus toxic.

Donnez verat. alb. quand les douleurs sont déchirantes et empêchent le sommeil de la nuit, s'accompagnent d'une céphalalgie intolérable et d'une grande chaleur des yeux , avec sensation d'une sécheresse excessive.

Dans les inflammations rhumatismales , nux vom. , ign. , chamom. conviennent quelquefois, ainsi qu'on le verra plus bas ; mais on aura aussi à se servir plus souvent de rnerc. viv. ,

sulph., comme il sera dit plus loin. Fuphr. trouve quelquefois son emploi, et principalement quand il se forme dans les yeux des vésicules remplies d'eau ; quand , l'action delà lumière devenue moins fatigante , les douleurs sont plus fortes, et la rougeur des yeux assez considérable pour occasionner l'injection des vaisseaux.

Si quelqu'un , sujet à la goutte, en ressent une attaque qui se porte sur les yeux, donnez d'abord acon. ; plus tard, ant. a~ud. ou sulph.y comme il a été indiqué au traitement des affections des paupières, ou également cocc, dont on parlera plus loin. Bell, est souvent d'un bon effet , administré selon les symptômes énoncés à l'article bell., surtout si la douleur est fortement pressive autour des yeux, au-dessus ou à côté; s'il y a des élancements violents au-dessus, avec sensation d'arrachement ou comme si l'œil était refoulé ; si les douleurs paraissent et disparaissent ; si l'on a devant la vue des éclairs ou des étincelles, ou un cercle lumineux tacheté de noir, ou que tout semble être dans un brouillard, ou comme à travers une gaze , en même temps vertige et mal de tête si intense qu'il peut faire perdre connaissance. Dans d'autres espèces de maladies d'yeux, donnez coloc. si les douleurs sont violentes, brûlantes et tranchantes, si elles pénètrent dans la tète, surtout dans le front, ou dans un côté du cerveau, avec une sensation de pression , de tiraillement et de déchirement , ou si elles se portent au nez, ou s'étendent à tout le corps, avec une grande agitation et faiblesse.

La plupart des maladies chroniques des yeux proviennent des scrofules : on les reconnaîtra à la description des symptômes signalés dans les détails fournis par chaque médicament, soit chez les enfants qui en sont atteints, soit sur les adultes qui en étaient porteurs dans leur enfance. Si les yeux sont tombés dans une sorte de faiblesse par suite de

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scrofules, ils seront, plus sujets à des récidives a l'occasion du froid ou de toute autre cause, et contracteront plus facilement des obscurcissements de la vue ou des ulcérations de la cornée. Qu'on emploie dans ce cas les remèdes ci- dessous indiqués ; mais si les souffrances se reproduisent trop souvent, le mieux est de traiter le malade comme atteint de scrofules, et pour cela il faut s'adresser à un médecin homœopalhe. Cependant on peut essayer avec succès les moyens suivants :

Puis, convient souvent au début quand les bords des paupières commencent à devenir rouges, brûlent, s'agglutinent et jettent beaucoup; lorsque les larmes sont corrosives et brûlent les joues; qu'il se forme comme un gonflement œdémateux; que les yeux ne supportent pas la lumière, ou selon que l'indiquent les symptômes détaillés plus haut, à l'article puis. Si ce remède a agi favorablement, mais non complètement, donnez huit jours après ferr. acet.

Bell, lorsqu'il y a pression intense; qu'elle s'aggrave en ouvrant les yeux; que les vaisseaux sont injectés; qu'il se forme des pustules et de petites ulcérations sur les yeux; s'il y a coïncidence de l'affection catarrhale et des symptômes rapportés au paragraphe bell.; si, indépendamment, ces souffrances sont la suite d'un refroidissement, de l'humidité ou de l'influence des vents froids et humides.

Merc. viv. convient aux enfants qui n'en ont pas encore fait un usage allopathique; quand les douleurs sont tranchantes, surtout si les yeux sont fatigués; qu'il y a aggravation la nuit et à la chaleur du lit; si les yeux brûlent et pleurent à l'air frais; qu'ils ne peuvent supporter la lumière; qu'ils se troublent, s'obscurcissent; s'il se forme des petites pustules sur la conjonctive, et quand, à la suite d'un refroidissement, ces souffr&&es reparaissent. Merc. vio. est surtout, convenable après que beîl. a agi de huit à quinze jours, jf

Hep. sulp/i. convient après belL ou mcrc. viv.y lorsque les enfanls ont déjà pris du calomel ; quand les bords des paupières et les yeux sont rouges et douloureux; lorsqu'on les touchant on y ressent une sensation d'excoriation ; qu'ils se ferment avec spasmes ; qu'ils se meuvent avec douleur et difficulté, et ne peuvent, le soir, supporter les effets de la lumière aux bougies, et qu'ils sont alternativement obscurcis ou clairs, ou qu'on y ressent pression comme si l'œil voulait sortir ; quand il y a sur la cornée des ulcérations ou des taies, et autour de l'œil de petites pustules. On en donnera une dose tous les jours, c'est-à-dire un globule de la seconde trituration, et cela pendant plusieurs jours.

Administrez sulp/i., au lieu d'hep. sulpk., lorsque bell. et merc. viv. ont été donnés avant, mais non après hep. sulph.; et sera dans les cas suivants: lorsque les paupières sont contractées dès le malin; que le malade peut à peine supporter la clarté du jour ; qu'il n'y voit môme pas du tout, mais seulement dans un demi-jour; lorsqu'il lui apparaît comme un brouillard devant la vue ; que la prunelle est trouble et comme couverte de poussière, ou lorsque les paupières sont particulièrement affectées, comme il a été dit plus haut. Il conviendra également quand le blanc de l'œil (cornée opaque) est rouge et comme si le sang allait s'épancher; s'il est semé de petites véhicules, avec larmes abondantes, avec aversion de la lumière et une sensation de pression sur le globule , qui augmente au soleil. Il sera administré dans ce cas deux globules, une fois par jour ou tous les deux jours, selon les circonstances.

Dulc. est très efficace quand l'affection des yeux est la suite d'un refroidissement; quand en lisant il y a une sensation de pression, et quand tout paraît trouble et couvert d'un vpile ; quelquefois il semble que des étincelles et des flammes

sortent des yeux, avec une douleur sus-orbilaire. Si le malade se sent mieux dans le repos et pire par le mouvement, et qu'il aime à rester assis, au lieu de dulc, donnez bell. Mais si son état s'aggrave dans le repos , el qu'il préfère le mouvement , donnez dulc.y et attendez que son action se développe.

Cale. carb. est quelquefois convenable après dulc. , ou lorsqu'il se forme sur les yeux des ulcérations el des taies, avec sensation d'une forte pression , avec démangeaison et élancements; ou lorsqu'on ressent du brûlement et une douleur incisive, le soir, en lisant; lorsqu'il y a obscurcissement, et comme si des plumes voltigeaient devant les yeux, surtout après avoir mangé, ou en lisant, cousant , etc., et aussi lorsqu'on éprouve du froid à l'intérieur de la partie affectée.

Chin. convient lorsque les douleurs augmentent le soir, comme s'il y avait du sable dans les paupières , ou si l'on y introduisait quelque chose avec force; lorsque la cornée transparente a perdu son brillant, ou que, lorsqu'on y regarde attentivement , on y aperçoit comme une sorte de fumée ou de brouillard.

Ars. s'emploieqùelquefois lorsque les douleurs ressemblent à celles que produirait un charbon ardent, et lorsqu'il s'est formé des taches sur l'œil.

Dans les derniers cas que nous venons d'indiquer on donne quelquefois aussi , parmi les remèdes indiqués plus haut , iyn. et nux vom. ; et quand il y a des taches , avant tout , cuphr.

Quelquefois les maladies des yeux tiennent a ce que de petits insectes s'y sont introduits. Dans ce cas, on fera usage d'un peu de camphre râpé sur un morceau de linge que Ton appliquera , ou bien on emploiera le baume camphré dont il a déjà été question. L'origine de beaucoup d'ophthalmies dépend de la suppression de maladies de la peau , d'ulcères , ou de

certaines autres souffrances : dans ce cas, appelez un médecin homœopathe. Si elles sont la suite de la petite vérole , de la rougeole, de la scarlatine, etc., voyez les articles consacrés à ces maladies.

Les taches ou taies des yeux ne doivent jamais être traitées par des remèdes violents et corrosifs : des milliers de personnes leur doivent la perte de la vue. Ne faites plutôt rien; et si vous ne pouvez consulter un médecin , employez les moyens dont il vient d'être parlé , et laissez passer une ou deux semaines pour qu'ils aient le temps de développer leur action. Seront efficaces dans ce cas, principalement, euphr. ou puis.; bell., et plus tard, hep. sulph. ou sulph., et après, cale. carb. et silic. Si le malade n'a pas assez de patience pour attendre, il fera usage d'huile de noix, fraîche de l'année ; on l'exprimera à une température douce ; on en introduira une ou deux gouttes chaque soir dans les deux yeux. Dans les cas où les taies sont très épaisses, gonflées et blanches, employez sur l'œil, à l'aide d'un petit pinceau, un atome de sel sec et porphyrisé. S'il se forme de ces taies qui envahissent tout l'œil, en commençant par les angles, mettez-y chaque jour une pincée de sucre blanc pulvérisé, et donnez spigeL Lorsque la cornée transparente ressemble à un morceau de verre dépoli, prenez de la graisse de serpent, faites-la fondre à une douce chaleur, et appliquez- en un peu tous les matins. Le fiel de poisson est également bon , mais seulement alors que la taie, très épaisse, occupe toute la surface de l'œil , comme chez ïobie. Ceci est pour les malades qui ne savent pas avoir de la patience.

Faiblesse de la vue. Ce nom est donné improprement à toutes les affections de la vue. Il est plus exact d'attribuer ce nom à cet état des yeux qui résulte de la moindre fatigue , dans lequel ou ils se refusent "a leurs fonctions, ou font mal

sans que l'on puisse y reconnaître dercause. La tue courte n'est pas une faiblesse, car elle existe avec les yeux les mieux organisés, comme cela se voit chez les jeunes personnes dont les occupations exigent que les objets soient portés très près de leur vue; c'est une impuissance qui lie permet pas de distinguer clairement les objets éloignés ; plus ils sont loin , plus ils nous paraissent confus, et ce n'est qu'en les fixant longtemps qu'ils nous paraissent tels qu'ils sont; à proximité, tout est beaucoup plus clair et les moindres détails paraissent. La vue longue n'est pas non plus une faiblesse; elle se rencontre avec des yeux les mieux organisés, principalement chez les vieillards, et surtout chez les individus qui, par état, sont obligés de porter leur vue à de longues distances. Plus un objet est près, et moins ils le distinguent.

Lorsque les yeux sont réellement faibles, c'est une mauvaise habitude que de se servir de lunettes. Il n'y a que les vues courtes et longues qui peuvent en user utilement. Comme l'abus des lunettes a fait déjà beaucoup de mal , il n'est pas inutile que les personnes qui tiennent à leur vue soient averties des erreurs grossières où elles pourraient tomber.

Que l'on ne se laisse jamais persuader qu'il est bon de se servir constamment de lunettes, ou seulement quelquefois, lorsqu'on n'a pas la vue courte ou longue. Si Ton a réellement l'une ou l'autre de ces imperfections organiques, et que l'on ait en outre les yeux faibles , il ne faut recourir aux lunettes que fort rarement; car les yeux ne peuvent que perdre de leur faculté par l'usage que l'on en ferait, de quelque espèce qu'elles soient , si même on ne s'expose pas à perdre complètement la vue.

Les lunettes vertes, presque sans exception, sont extrêmement nuisibles, et c'est une faute impardonnablede la part des médecins que d'en recommander indistinctement l'usage.

Chacun peut se convaincre par lui-même de leurs fâcheux effets : si, après avoir regardé quelque lemps, à travers un morceau de verre vert, du papier blanc exposé au soleil, ou le soustrait subitement, on verra alors une tache rouge sur le papier. Cela prouve que l'oeil est forcé de produire une image rouge en opposition du vert; il en résulte évidemment une excitation anormale de l'oeil qui lui enlève de sa puissance visuelle. Il existe mille exemples des mauvais effets de l'usage des lunettes vertes.. Elles sont pour les yeux ce que l'eau-de-vie est pour les nerfs. Elles ne conviennent que dans un très petit nombre de circonstances, et seulement lorsqu'il est utile de provoquer une légère excitation de la vue, ou bien dans les cas de cécité où il est nécessaire de garantir les yeux du trop grand éclat de la lumière du soleil ; et même dans ces deux cas, elles ne sont pas sans de graves inconvénients , si l'usage en est fait sans discernement.

Les personnes myopes se serviront de lunettes a verres concaves, qui font que les objets paraissent plus éloignés, plus petits et plus distincts. Celles qui ont la vue longue (les presbytes) doivent se servir de verres convexes , qui font que les objets sont plus près, plus grands et plus clairs. Comme chaque paire de verres est calculée pour voir à une certaine distance , on ne peut s'en servir que pour celle distance ; conséquemment , il ne faut donc pas employer indistinctement toutes sortes de verres. On choisira donc les lunettes appropriées à la distance dans laquelle la vue s'exerce habituellement. Les myopes prendront des lunettes dont les verres amoindriront les objets dans une certaine mesure, et le moins ne sera que le mieux ; car, s'ils amoindrissent trop, ils peuvent nuire. Les presbytes choisiront les lunettes appropriées à leur vue et dans les conditions de la dislance voulue pour lire, mais toujours avec le soin de ne pas prendre des verres d'un

trop fort grossissement ; car moins ils grossiront, meilleurs ils seront , et ceux qui augmentent trop le grossissement sont également nuisibles. Il arrive quelquefois que Ton a besoin .d'un verre différent pour chaque œil ; celui qui est bon pour l'œil gauche peut nuire à l'œil droit : généralement, l'œil droit est plus fort ; aussi , pour le choix des verres , qu'on les essaie alternativement avec chaque œil. On ne doit pas faire son choix tout de suite après avoir dîné, et encore moins après avoir bu ; on ne doit pas non plus essayer beaucoup de verres à la foi9 , car la vue varie , et Ton peut se tromper facilement; mais qu'on essaie chaque jour un nouveau numéro , jusqu'à ce qu'on ait rencontré les verres les plus convenables.

Les verres ne doivent pas fatiguer les yeux ; si cela était, ce serait un signe qu'ils sont trop forts, et qu'ils sont mauvais; ou , dans quelques cas, que les yeux ont trop de faiblesse pour supporter les lunettes. Il est rare que les lunettes trop faibles nuisent aux yeux. On doit en changer les verres jusqu'à ce qu'on ait trouvé le numéro convenable , ou, si on ne le trouve pas, renoncer tout à fait aux lunettes. On devra les abandonner lorsque l'usage qu'on en fait cause un malaise , une pression sur les yeux et dans la lOtc; lorsqu'il en résulte une propension au sommeil, de la rougeur et de la chaleur aux yeux, lorsqu'on sent le besorn de reposer ses yeux , ou lorsque, après avoir quitté les lunettes, on éprouve pendant quelques minutes une sorte d'éblouissement. Dans le cas où les objets viendraient a paraître ou plus gros ou plus petits qu'ils n'étaient avant de se servir des lunettes, il est temps de changer de verre, si l'on ne veut pas se nuire aux yeux. C'est ainsi que , par un changement éludié et convenable de numéros, on peut souvent améliorer sa vue.

La monture des lunettes doit être aussi légère que possible,

et cependant faite de manière à ce qu'elle occupe invariablement la racine du nez. Plus les verres seront grands, meilleurs ils seront ; ils seront tenus avec une extrême propreté; ils seront clairs et limpides, sans la moindre nuance • de rouge ou de vert, sans défaut, sans raie , sans fente , sans nœuds; enfin parfaitement unis et polis. Les verres divisés en deux sections sont très nuisibles, on se gardera donc d'en faire usage, et Ton est à concevoir comment on a pu avoir la pensée de ce genre de verres. Les opticiens prendrout un soin tout minutieux pour conserver les verres propres et clairs. Jamais on ne les essuiera qu'avec une peau fine , et jamais avec autre chose; on n'oubliera pas de les poser sur le travers de la monture, lorsque l'on quitte les lunettes.

On peut espérer remédier 5 la faiblesse des yeux et autres défauts de la vue en se lavant la tête ft l'eau froide tous les jours ; on peut également se baigner les yeux avec de l'eau fraîche animée avec quelques gouttes de vieille eau-de-vie de Cognac ; ce moyen est souvent utile, quoiqu'il ne le soit pas toujours.

Contre la faiblesse de la vue , dans laquelle tout paraît trouble et enveloppé d'un nuage qui empêche de distinguer clairement au loin, et qui est la suite de longues lectures, d'un long travail à l'aiguille et d'autres occupations analogues, quelquefois avec coïncidence d'un mouvement spasmodique des paupières, donnez rut. ; contre la faiblesse de la vue, avec trouble et apparence devant les yeux de taches brunes, et dans laquelle on ressent des frémissements dans la paupière et des mouvements spasmodiques dans les yeux, agaric,

La vue courte qui est récente se guérit principalement par /m/s. , si elle provient d'une inflammation des yeux ; par carb, veg. si elle est la suite de l'abus du mercure; par

phosph. acid. si elle a son origine dans des causes débilitantes et une fièvre nerveuse.

La vue longue qui provient de l'abus des boissons spiritueuses se .guérit pzrnux. vom. ; si en lisant la vue se. perd, si les lettres se confondent et qu'au grand jour les yeux éprouvent des éblouissemenis, donnez drosy ; si cela ne suffit pas, dojïfhez sulpk. , et plus tard, si c'est nécessaire, silic. aux personnes maigres, cale. carb. aux personnes corpulentes. Cependant, dans ces circonstances, il vaut encore mieux consulter un médecin.

Dans les cas dé cécité momentanée et subite, donnez

acon., si elle revient souvent, merc. viv. ; si c'est à la suite du calomel, silic. Lorsque la vue se perd la nuit (nyctalopie), à la chute du jour, donnez bell., et particulièrement lorsqu'il y a des apparences de couleurs rouges et flamboyantes, ou qu'il y a une auréole autour de la chandelle ; si ces apparences sont plutôt des taches noires et des étincelles, donnez verat. alb. ; s'il ne réussit pas, hy'osc Dans la cécité dû-jour, c'est-à-dire lorsque le malade ne peut voir que la nuit, donnez sulph., et plus lard silic, si cela est nécessaire.

A la photophobie (aversion de la lumière), il se joint ordinairement d'autres souffrances; il faut, dans ce cas, choisir des remèdes appropriés. Dans la photophobie simple, donnez deux matins de suite aconi, le soir nux. vom. Si cela ne suffit pas, donnez trois jours après bell. , huit jours après merc viv., et encore après huit jours hep. sulph. ; quelquefois aussi cale carb. troisième puissance s'est montré très efficace. — Dans le cas où les yeux recherchent avec avidité la lumière, donnez d'abord acon. , ensuite^//., et plus tard sulph.

Dans la photophobie avec mal de tête , où la lumière de la chandelle semble sombre et vacillante, donnez euphr.

Lorsqu'on la voit entourée d'un cercle de feu, ou que la vue est trouble et qu'on a besoin de s'essuyer à tout moment, quand tous les objets paraissent doubles, ou que tout paraît totalement obscur, donnez puis. ; lorsqu'autour de la chandelle on voit une auréole colorée, avec taches rouges, quand les objets paraissent doubles et renversés, avec un commencement de cécité, belL; contre les visions de taches noires, avec étincelles et vue double, verat. alb. S'il arrive que la vue soit trouble et qu'il apparaisse des reflets noirs comme des étincelles pendant le jour, et la nuit des météores ignés ou un cercle autour de la lumière, donnez, dans ce cas, staplf.

Le strabisme, chez les enfants qui ont la tête très chaude, est souvent guéri par bail. Si cela dépend des vers,* donnez hyosc.; si cette affection provient de ce qu'on a placé la lumière toujours du môme côté du lit de l'enfant, il suffira quelquefois de changer la lumière de place, afin d'accoutumer l'enfant à voir du côté opposé; et puis, lorsque l'équilibre des yeux sera rétabli, qu'on n'oublie pas de coucher l'enfant d'une manière convenable, soit en mettant la lumière vis-à-vis, ou en plaçant un abat-jour sur la chandelle. — Ensuite il conviendra de soustraire l'œil sain à la lumière, et cela au moyen d'un bandeau, qu'on laissera d'abord en place quelques heures, et plus lard toute la journée; c'est ainsi que l'on parviendra à habituer l'œil qui louche à voir régulièrement.

Si le strabisme existe dans les deux yeux et en dehors, qu'on fixe sur le nez un morceau de taffetas noir ; s'il est en dedans, qu'on applique des deux côtés des tempes un petit appareil de taffetas luisant, qui se porte en avant. Si ces moyens ne réussissent pas, cela doit dépendre d'un état spasmodique des yeux ;' consultez alors un médecin.

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