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CHAPITRE III

MORT APPAREME

Mort apparente. — On commet souvent, en cas de mort apparentera faute que j'aisignalée à propos de l'évanouissement et des empoisonnements : on veut trop se presser, et alors on agit sans règle et sans méthode, aussi ne fait-on rien de bon.

Il faut savoir que toute personne qui meurt subitement à la suite d'un accident, peut n'être qu'en mort apparente; il y a aussi des maladies dans lesquelles un pareil état peut se produire, surtout chez les femmes enceintes et les nouvelles accou.'hées. Il n'y a en définitive qu'un signe certain de la mort, c'est la décomposition cadavérique; tant qu'elle ne se montre pas, tant qu'on ne voit pas de taches vertes se former sur le ven tre ou sur quelque autre partie du corps, il ne faut pas inhumer. En un

mot, quand la décompositioD n'a pas commencé au troisième jour après la mort, il faut attendre encore.

Quand on soupçonne la léthargie, il faut d'abord essayer de réchauffer le corps, mais on ne doit y arriver que graduellement, et aller même d'autant plus lentement que le froid était plus complet. On causerait, au contraire, de graves accidents si l'on voulait se hâter, et surtout si l'on employait dans ce but l'électricité ; aucun agent n'est plus propre, en effet, à transformer la mort apparente en mort rée'.le.

Le second moyen consiste à exercer des frictions sur le corps, tandis qu'on maintient dans la pièce un air sec et pur. Il faut agir dans tout cela avec persévérance, en se rappelant que si la vie existe encore, elle persistera assez longtemps pour permettre le succès.

Mort apparente par asphyxie. — Dans Ces sortes de

cas, on fait généralement, comme dans la syncope, la faute de précipiter sans réflexion les moyens d'action, de les donner avec trop de hâte, ou avec profusion, ou de ne rien faire du tout, et cela dans la supposition que tout moyen est inutile. Dans le cas de mort apparente survenue par suite d'une cause extérieure, la vie peut bien n'être que suspendue (1) ; et si l'on agit alors comme sur un cadavre qu'on veut ressusciter, parce qu'on y suppose un reste de vie, on peut réellement donner la mort. — Il y a beaucoup d'états de maladie où la mort n'est certainement pas apparente, et que tout médecin expérimenté doit connaître; par contre, il y en a d'autres où la mort n'est réellement qu'une suspension de la vie, notamment chez les femmes enceintes ou chez les accouchées. — Il n'existe pas de signe plus certain de la mort par asphyxie que la décomposition ducorps,qui, procédant de l'intérieur à l'extérieur, se manifeste aux yeux par des taches livides. Il est

(I) Voy. Bouchut, Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurés. Paris, 1849, in- 18.

des cas où il est au moins incertain quela vie soit suspendue ; cela se voit surtout si l'état de mort est survenu subitement par viciation de l'air, quand il n'existe pas encore de commencement de putréfaction. On devra s'abstenir de tout acte qui pourrait occasionner une mort réelle. Qu'on suspende donc tout préparatif d'ensevelissement, au moins jusqu'au troisième jour. Ce temps est ordinairement suffisant pour déterminer dans le corps des changements qui lèvent toute incertitude. S'il n'y a pas de signe de décomposition dès le troisième jour, on attendra encore, même une semaine, s'il le fallait.

Dans le cas où l'activité vitale a été suspendue par une cause asphyxiante , le corps doit être traité avec le plus grand soin, touché avec prudence : en agissant ainsi, on parvient souvent à rappeler à la vie des malheureux trouvés dans un état désespéré. — On placera le sujet exposé à une douce chaleur ; plus l'air est froid, moins on doit se hâter de le réchauffer; on cherchera à ramener graduellement la chaleur vitale. Si la mort apparente a eu lieu par réfrigération, on devra réchauffer encore avec beaucoup plus de ménagement, car, en général, il est nuisible de rétablir trop promptement la chaleur dans les corps en apparence inanimés. Il est également nuisible de les éprouver par des secousses électriques ou galvaniques, qui ne peuvent que déterminer la mort réelle. Il faut procéder par les frictions et le massage, placer le corps dans un lieu où l'air soit sain et pur, et éloigné du bruit. Il ne faut rien précipiter; si la vie existe encore, elle ne s'éteindra pas si vile.

Mort apparente par inanition. — Les individus qui,

par suite de la privation complète de nourriture, tombent d'inanition et semblent dans un état de mort, seront ranimés par de petits lavements de lait chaud, répétés souvent. Dès que la respiration commence à se faire sentir, on leur donne du lait goutte à goutte, plus tard quelques

cuillerées à café, et graduellemeDt davantage. Ce n'est que lorsqu'ils commencent à demander eux-mêmes, et qu'ils insistent, qu'on peut leur permettre quelques cuillerées de soupe au pain, et plus tard du bouillon, ensuite quelques gouttes de vin. Avant de leur faire prendre un petit repas, il faut que le sommeil soit revenu, et que le malade y ait déjà puisé quelque force. Il continuera1 encore à ne faire que de petits repas, et ce n'est que progressivement qu'il pourra se permettre de rentrer dans ses habitudes alimentaires. S'il mange trop vite et trop, il s'expose au danger de mourir.

Mort apparente par suite d'une chute d'un lieu

élevé. — Le malade devra être placé avec précaution sur un lit, la tête haute et dans un lieu tranquille ; puis on lui mettra sur la langue quelques gouttes d'une solution d'Arnica, en attendant l'arrivée du médecin, qui aura à examiner s'il n'y a pas quelque fracture ou s'il reste encore quelques signes de vie. On peut quelquefois ouvrir la veine pour obéir au préjugé, mais on ne laissera couler que quelque peu de sang ; car si, après la saignée faite en raison d'une chute, on est rendu à la vie, ce n'est pas le sang perdu qui l'aura rappelée; elle serait revenue sans cela. Toutefois, il n'est pas absolument impossible que la saignée puisse concourir au rétablissement d'un blessé. Si on a jugé convenable de ne pas y recourir, on donne de nouveau Arnica, à l'intérieur et en lavements; si le blessé se ranime par suite du sang perdu, on donne d'abord China pour favoriser le rétablissement des forces, et ensuite Arnica. — Si le malade avait perdu beaucoup de sang par ses blessures, il est tout au moins intempestif de le saigner; on lui donnera China ou quelque peu de vin, mais seulement par gouttes ; plus tard, Arnica.

Étranglement, pendaison, suffocation par manque

d'air ou par compression. — Dans ces divers cas, le malade doit être déshabillé complètement; couché dans

une position convenable, la tête un peu haute, et le cou tout à fait libre sans appui qui puisse le faire fléchir en avant ou en arrière ; puis on pratique avec une flanelle chaude de légères frictions, qui sont continuées quelque temps; on donne ensuite un lavement & Opium, 10 à 20 globules délayés dans une suffisante quantité d'eau ; il sera administré tout à la fois et poussé avec lenteur; on le répétera tous les quarts d'heure, puis on reviendra aux frictions, qui seront exercées sur les parties internes. On présentera de temps en temps un petit miroir devant la bouche et sous le nez, pour juger de l'état de la respiration ; on écartera les paupières pour s'assurer, par la sensation subite du jour, du degré de dilatation des pupilles et de la sensibilité des yeux. On enveloppera les pieds avec des linges dans lesquels on aura placé une brique ou un fer à repasser chauds ; tout le corps sera entouré de la sorte : c'est ainsi qu'on le réchauffera promptement. Si, 1 ou 2 heures après, il ne s'est pas opéré de changement, on prend une amande amère qui, après avoir été complètement broyée, est mise dans un verre d'eau, et on humecte la bouche et le nez avec celle-ci, en tâchant d'en faire tomber quelques gouttes sur la langue ; le reste sera donné en lavement. — Si le lavement n'était pas gardé, on en donnerait un second, mais avec une canule plus longue, et qu'on laisserait en place quelques instants, ou bien encore on fermerait l'ouverture de l'anus avec le pouce. On peut également, dans la plupart des cas, faire pratiquer, par une personne bien portante, des passes magnétiques, dirigées du sommet de la tête à l'extrémité des pieds, comme il a été dit plus haut (1). Qu'on ne s'arrête pas à l'opinion de ces gens qui tiennent cette pratique pour un non-sens; leur science ne leur permet pas de comprendre la vie autrement qu'à un point de vue

(1) Voy. Maladifs des enfants.

mort atpaheiste. 701

étroit et vulgaire; qu'on se hâte de les éloigner au plus tôt.

Noyés. — On les déshabillera de suite; on leur nettoiera la bouche et la gorge, puis on inclinera légèrement le corps et la tête, aûn de faciliter l'écoulement de l'eau avalée; on les couchera ensuite dans un lit chaud, enve-/ loppés de couvertures chaudes, ou environnés de sable ou de cendres chaudes. En été, on peut exposer le noyé à l'action de la chaleur solaire, toujours enveloppé d'une couverture, la face exposée au soleil, et la tête légèrement couverte; on lui donnera ensuite un lavement, et l'on commencera à faire, avec des flanelles chaudes, -des frictions qu'on continuera pendant 2 heures entières. On peut également essayer ici des passes magnétiques. La saignée est un non- sens. — Si les frictions ou les lavements ne produisent aucun effet, on administrera Tartarus emeiicus sur la langue, et le même remède en lavement, une dose de la 3* trituration dans 1 demi-litre d'eau, ce que la pointe d'un canif peut en prendre, et l'on reviendra aux frictions, que l'on fera durer longtemps. On a vu des personnes qui avaient passé une demi-journée dans l'eau, et qui sont revenues à la vie par des soins longs et infatigables. Celui qui tombe dans l'eau ne meurt pas de suite; ce n'est que longtemps après que la vie s'éteint. Ce qui nous manque le plus ordinairement, dans ce cas, c'est la science ou la patience.

Congélation. — Des personnes qu'on a trouvées gelées ont pu être rappelées à la vie après plusieurs jours. — Il faut enlever le corps avec la plus grande précaution, parce que la moindre violence pourrait déterminer la fracture de quelque membre. On exposera le sujet dans une chambre froide, inhabitée, ou dans une grange, pourvu qu'il n'y ait pas de courant d'air ; il ne faut pas oublier, dans ce cas, que la chaleur, môme modérée, est une cause de mort. — On couvre entièrement le corps de neige de 4 travers de doigt

d'épaisseur, même le visage, en ne laissant que la bouche et les narines libres. On place le gelé de manière à ce que l'eau qui se fondra puisse s'écouler promptement, et l'on renouvelle la neige là où elle fond. S'il n'y a pas de neige, on met le malade dans un bain froid, qu'on aura refroidi avec de la glace. — Si la glace s'est prise au corps ou aux vêtements, il faut l'en détacher. — C'est ainsi qu'on réussit à dégeler les corps; on acquiert la convielion qu'on y est parvenu lorsqu'ils deviennent mous et flexibles. On commence alors à ôter les habits; on le? coupe plutôt que de les enlever de force et de risquer de rompre quelque organe. Dès que les membres deviennent souples, on fait des frictiorts avec la neige sur les parties ramollies, et l'on continue jusqu'à ce qu'elles deviennent rouges ; après les frictions, on met le malade sur un lit sec, et on le frotte avec des flanelles froides, etc. — Si après ce traitement on n'aperçoit aucun signe de vie, on prend un morceau de camphre ou quelques gouttes di'Éther camphré; on les délaye dans l'eau pour en faire un lavement. On répète ce lavement tous les quarts d'heure. Si la vie se ranime sous l'empire des frictions ou du camphre, on administre des lavements tièdes de café noir ; et dès que la déglutition est rétablie, on donne du café par petites cuillerées.

À mesure que les signes de la vie augmentent, on éloigne tout ce qui est humide, on frotte le corps jusqu'à ce qu'il soit sec, mais jamais au point de produire la chaleur. Il faut que le malade se réchauffe de lui-môme dans le lit ; on ne l'entourera donc pas d'une chaleur d'emprunt, à l'exception toutefois des petits enfants noyés, que l'on mettra au lit avec une personne saine.

On devra n'épargner ni peines ni soins pour ramener une personne gelée àla vie ; il s'agitquelquefois d'employer plusieurs heures pour obtenir ce résultat. — Il survient souventalorsdes douleurs très- violentes. Dans ce cas, on donne

Carbo vegetabilis, qu'on répète aussi souvent qu'il sera nécessaire ; s'il ne suffit pas, on administre Arsenicum album. Si les douleurs sont lancinantes avec chaleur à la tête, Aconitum en dilution est utile. Si le malade a envie de goûter du vin ou de l'eau-de-vie, il faut lui en donner, mais tout au plus par gouttes, et de temps à autre, tant que cette envie peut durer.

Les personnes rappelées ainsi à la vie doivent, pendant longtemps, se méfier de la chaleur du poêle et du feu, parce qu'il en résulterait peut-être des maladies des os.

Accidents occasionnés par la foudre (1). — Les personnes foudroyées seront placées, étendues à demi, en face du soleil, dansun trou fait dans la terre fraîchement remuée; elles en seront entièrement couvertes, à l'exception de la figure. — Aussitôt qu'elles remueront les yeux, on devra faire de l'ombre sur leur tête. On leur mettra quelques globules de TVkryomzca sur la langue. Si, après une demi^heure, il n'y a pas signe dévie, on répétera ce remède. Un quart d'heure après, on frottera la nuque avec une solution de Nux vomica; après un autre quart d'heure, ayant dégagé le derrière du dos de la terre qui l'entoure, on administrera 1 lavement avec une nouvelle solution de 10 à 20 globules de Nux vomica. On bouchera dès lors l'anus avec du coton, afin d'empêcher la sortie du lavement, et l'on recouvrira le malade de terre; on le laissera dans cette position jusqu'à ce qu'il commence à respirer, après quoi on lui dégagera la poitrine et on le mettra dans une chambre bien exposée à la lumière. — Si le malade ne pouvait être placé dans la terre fraîche, on le tiendrait à un courant d'air frais, lui donnant de l'eau fraîche à

fl) Consultez sur ce sujet les importantes Recherches de M. le docteur Boudin {Annales d hygiène, Paris, 1854 et 1855, t. 11, p. 395, t. 111, p. '241, et t. IV). — Traité de Géographie médicale, Paris, 1857, t. 1, pag. 455 et suiv., et Seslier, De la foudre, Paris, IN 06.

boire, et administrant Nvx vomica, comme il est dit plus haut.

Contre les souffrances consécutives, on donne Nux vomica et Sulphur ; contre la cécité, Phosphorus.

Mort apparente, par suite d'émotions diverses : — d'une grande mortification, Chamomilla; — après un vif chagrin, /r/na^a; — après une grande colère et une frayeur, Aconitum ; — après une peine d'amour avec désappointement et douleur au cœur, Lachesis.

Dans les cas d'une mort apparente soudaine après de vives émotions, outre les remèdes indiqués, Apis ou Gtonoin., si le visage est pale. Apis, lorsque la syncope débute par une faiblesse qui entraîne le malade à terre et le fait tomber; quelquefois avec vomissements, particulièrement après une peine morale et une fatigue corporelle; — Glonoin., quand le malade porte subitement sa main sur son cœur ou à la tête ; après une sueur froide.

Opium est préférable, si le visage est bleuâtre.

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