CHAPITRE II
Toute espèce de collyres, de baumes et de linimenls musent essentiellement aux yeux, parce que presque tous contiennent des substances toxiques; et si par hasard, ce qui arrive trèsrarement, ils donnent quelque soulagement, dans le plus grand
(\) Jahr, Du traitement homœopaihique des maladies de la peau et des lésions extérieures en général. Paris, 1850, p. 222 et suiv.
nombre de cas. ils provoquent tôt ou tard une maladie très-grave et quelquefois pire que la première. Celui qui tient à la conservation de ses yeux doit donc s'abstenir de l'emploi de remèdes venimeux, dangereux ou pour le moins tout à fait inutiles, par une bonne raison, c'est qu'il existe des moyens internes trèssimples qui peuvent toujours faire beaucoup plus de bien, surtout quand on n'a pas tourmenté l'organisme par de méchanls remèdes.
L'eau pure et fraîche est le seul collyre qui convienne comme moyen externe; la plupart du temps, elle suffit dans les cas où les yeux sont douloureux, rouges et brûlants, et qu'il s'y joint la complication d'un coryza et de la toux; elle convient pareillement dans les souffrances chroniques des yeux, avec sensibilité douloureuse à la lumière, et qu'aggrave un temps froid et humide. On peut, dans cette circonstance, appliquer dessus une tranche de pain blanc mouillé.
Dans le cas où le malade ne peut supporter l'eau fraîche ou froide, ou qu'il n'en éprouve aucun soulagement; ou s'il ressent non-seulement une sensation de brûlement et comme s'il avait du sable dans les yeux, avec aversion pour la lumière, mais , si outre des douleurs violentes, il se joint des larmes abondantes ou acres, alors préférez Veau tiède, dont on fera usage au moyen de compresses ou de tranches de pain blanc; on répète cette pratique tant que les douleurs subsistent et s'aggravent.
Si les yeux sont très-secs, et que les paupières se ferment par l'effet d'une contraction spasmodique, employez Y huile fraîche d'olive.
Lorsque les yeux sont affectés comme dans une inflammation érysipé lateuse, qui se reconnaît à la rougeur qui s'étend à toute Ja circonférence, n'appliquez rien d'humide : contentez-vous d'user de petits sachets remplis de son chaud ou de coton écru.
Mais celui qui veut absolument faire usage d'un moyen externe, devra prendre un blanc d'œuf frais, il y ajoutera une cuillerée à café de sucre raffiné et un peu de camphre; le tout sera bien battu jusqu'à l'état d'écume; on applique alors celle écume sur les yeux.
Mais une guérison plus prompte s'obtient au moyen des remèdes suivants, pendant l'usage desquels il faut renoncer tout a tait a la précédente médication.
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INFLAMMATION ET GONFLEMENT DES PAUPIÈRES. Les paupières peuvent être enflammées, rouges et
enflées, sans que le globe de l'œil soit affecté. — Dans le gonflement rouge, avec brûlement et sécheresse, donnez aconitum; s'il soulage, mais momentanément, répétez-le. Si les paupières sont pâles, enflées, d'un rouge jaunâtre et d'un luisant presque transparent, qu'on y ressente une sensation de brûlement avec tension; quand il s'amasse beaucoup de mucosités, non-seulement dans les yeux, mais aussi dans le nez, si en même temps il y a fièvre, donnez encore aconitum comme remède principal et le meilleur; et s'il n'y a pas de soulagement prompt et durable, après deux jours, donnez apium virus, particulièrement approprié à tout engorgement œdémateux des yeux , un peu semblable à l'érysipèle; si les paupières sont gonflées et collées ensemble, avec accumulation de matière sur les yeux; avec sensation de démangeaison, de brûlement et d'élancement; — mais dans le cas d'une douleur pressive et pénible, donnez hepar.
Lorsque l'engorgement est très-mauvais, et qu'aconitum n'a produit qu'une faible amélioration, ou que les paupières sont très-enflammées et rouges, avec sécrétion abondante de mucosités ou d'un pus brûlant, ici sulphur sera préférable à hepar, surtout si le malade ouvre difficilement les yeux le matin, que les paupières soient agglutinées et que la lumière ne puisse être supportée.
S'il ne se déclare pas une amélioration immédiate, répétez aconitum, qui agit alors avec plus de succès. Si hepar n'a produit aucun effet, alors et surtout que les paupières sont brûlantes et pruriteuses, avec gonflement et rougeur des bords libres, qui se collent et saignent en les ouvrant, et qu'elles tendent h se renverser ou se relèvent difficilementetsemblent être paralysées,donnez belladonna.
Si les paupières sont enflammées à leur face interne, si
elles sont injectées de sang, douloureuses et très-brûlantes,, et qu'on puisse à peine ouvrir les yeux, donnez arsenicum; mais s'il semble qu'on ne les ferme qu'avec peine , si elles sont enflées et s'ouvrent difficilement; si la douleur est plus aiguë, s'il y a des ulcérations sur les bords, avec épaississement de tissus et adhérences croûteuses des cils (chassie), administrez mercurius; et si ce remède ne réussit pas à votre satisfaction, donnez , quelques jours après, hepar.
Lorsque la face interne des paupières est enflammée, comme cela se voit souvent chez les nouveau-nés et chez les enfants plus avancés en âge, et s'ils éprouvent de la difficulté à ouvrir les yeux, spasmocliquement contractés; si elles sont gonflées, rouges et épaisses, avec sécrétion d'une matière muqueuse d'une couleur jaune, ressemblant à du pus, donnez rhus.
Employez euphrasia dans les maladies chroniques et longues des paupières si, le jour, elles sont le siège d'une démangeaison incommode, si elles se collent la nuit, si elles sont rouges et un peu enflées, avec ulcération, suintement et légère suppuration des bords, lorsqu'il y a clignotement fréquent des yeux, aversion de la lumière, coryza continuel, maux de tête intenses, avec chaleur à la tête.
Si les bords sont brûlants et démangent en y touchant, s'ils sont plus douloureux et comme meurtris, surtout le matin; quand, le matin, ils se trouvent collés par l'effet de la suppuration, donnez nux vorriica, qui convient souvent lorsque euphfasià ne suffît pas; dans le cas où l'un et l'autre ne réussiraient pas, servez-vous de pulsatilla. — Dans l'inflammation, avec renversement des paupières, avec élancement brûlant et démangeaison, ou même sans douleur, donnez mercurius; plus tard, s'il y a nécessité, hepar; quelquefois, il y a lieu à donner belladonna.
Si ces remèdes ne réussissent pas, et que les bords des
paupières soient tout à fait rouges, avec sécrétion d'un mucus épais dans l'angle des yeux, toujours sensibles à la lumière et avec élancements douloureux, donnez antimonium crudum. Si la douleur est brûlante et incisive, surtout à la suite de la lecture, après avoir donné sulphur, qui a dû amener un peu de soulagement, administrez calcarea, qui agira avec le plus grand succès. Lorsqu'on ressent un grand picotement dans l'intérieur des paupières, qui s'aggrave le soir, avec écoulement de larmes, donnez china.
Dans les démangeaisons cuisantes, avec roideur des paupières comme si elles étaient paralysées, donnez rhus. S'il y a contraction spasmodique et occlusion, hyoscyamus ; — s'il y a pesanteur et lourdeur de la paupière supérieure , donnez chamomilla; — s'il y a une grande sécheresse, malgré le larmoiement; s'il y a difficulté dans le mouvement des yeux et chaleur en même temps, donnez veratrum.