HÉMORRHAGIE DES POUMONS OU CRACHEMENT DE SANG
Lorsqu'en toussant on crache un peu de sang, cela ne constitue pas, dans la plupart des cas, un état dangereux, comme on le croit généralement; car, le sang peut venir du nez, ou de quelque dent gâtée , ou de la gorge. Lorsqu'il provient réellement de la poitrine, il est presque toujours accompagné d'une sensation comme s'il sortait d'une grande profondeur; il est chaud, et a un goût douceâtre ; on ressent même cette douceur quelque temps avant, ou bien on éprouve de la douleur et un peu de brûlement. — Dans cette circonstance, on doit éviter tout ce qui provoque la toux, comme de parler haut et longtemps , d'appeler quelqu'un , de crier, de chanter ou de jouer des instruments à vent; on évitera de se fatiguer les bras par des mouvements violents; on se retiendra de courir, de monter, surtout les escaliers, qu'on grimpe quelquefois vile et deux par deux. — Cet accident (le crachement de sang) peut être déterminé aussi par l'inspiration des choses fortes qui tombent en poussière ou s'évaporent, comme la chaux, Je plâtre, les débris de laine, le tabac, l'acide sulfurique, l'acide hydrochlorique, etc.
Si le crachement de sang est peu de chose , mais qu'il soit accompagné d'une toux de nature à réclamer l'emploi d'un remède analogue à ses symptômes, qu'on en choisisse un qui soit approprié à cette toux et au crachement de sang : tels sont , dans le nombre, belladonna, mercurius, carbo vegetabilis, pulsatilla, bryonia , china, arnica, dulcamara, slaphysagria, silicea, lacliesis.
Mais si le mal existe déjà depuis quelque temps, cl que le sang sorte avec abondance , ou qu'il débute par une hémor-
rhagie violente, voilà ce qui constitue un certain danger; toutefois le malade aurait tort de s'en alarmer; ses craintes ne feraient qu'empirer son état. Il est rare qu'il soif aussi redoutable qu'il en a l'air; cependant il ne faut pas s'endormir dans une fausse sécurité. En effet, lorsqu'il yen a plusieurs récidives, ou que cette hémorrhagie est la suite de maladies antécédentes, il est à craindre alors que la mort n'ait lieu, surtout quand le sang vient en grande abondance et est d'une couleur noirâtre. Dans les cas les plus ordinaires, l'hémorrhagie cesse spontanément; le principal est de commencer immédiatement un traitement, car le mal peut devenir très-dangereux d'un moment à l'autre, soit que l'hémorrhagie se reproduise, soit qu'il se forme etseGxe dans les poumons une maladie incurable.
On se tiendra donc sur ses gardes, et l'on ne se laissera pas aller à la manie des saignées après un crachement de sang. Cette méthode est nécessairement mauvaise, car elle augmente toujours et sans exception le danger qu'on veut prévenir.
Ceux qui sont pour ainsi dire sujets aux crachements de sang , et qui ont éprouvé du soulagement après chaque saignée, voient leur état s'aggraver infailliblement ; clans ce cas chaque saignée a donné, en effet , plus de prise au principe du mal, soit en facilitant les récidives, qui reviennent alors avec plus d'intensité, soit en diminuant la force de la constitution , qui ne permet plus aux autres remèdes d*a°ïr efficacement. Dans cette circonstance, il est urgent de se mettre dans les mains d'un médecin homœopathe, pour suivre un traitement long et régulier : il en est encore temps peut-être
La saignée dans l'hémorrhagie des poumons est surtout dangereuse pour celui qui est sujet aux hémorrhoides , parce qu alors le sang peut prendre un cours opposé; - elle l'est aussi chez la femme qui a encore ses menstrues. - Or, dans ces deux cas, il n'y a rien à craindre : cet état se dissipe de
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mal lui-même ,et c est un grand malheur que de croire qu'il n y a rien de mieux à faire. - Dans l'hémorrhagie après une
chute, donnez arnica et prescrivez la diète; si quelques jours après il survient de la fièvre ou une douleur dans la poitrine, donnez aconitum, et si l'état s'aggrave, donnez alternativement les deux remèdes.
La première chose à faire en présence d'une hémorrhagie violente , c'est d'entourer fortement le bras gauche d'un mouchoir dans sa partie supérieure, et de faire la même ligature autour de la cuisse droite. Si cela ne suffit pas pour arrêter le sang, on en fera autant aux deux autres membres. — Dès que l'hémorrhagie a cessé, il faut avoir la précaution de ne sortir les ligatures que l'une après l'autre. Durant cette opération, le malade se tiendra tranquille dans son lit, ou étendu, ou à moitié assis, la tète et le tronc soutenus par des coussins. Bien que l'hémorrhagie ait cessé, il sera prudent de l'obliger à rester longtemps tranquille; il s'abstiendra de. parler, et l'on renouvellera l'air de sa chambre, pour que la température en soit toujours fraîche ; qu'elle ne soit ni chaude, ni froide. — Durant dix jours, il ne boira rien de chaud et encore moins des boissons fortes, mais seulement une tisane rafraîchissante et tempérante, telle que l'eau d'orge ou de riz. On devra écarter de lui toutes les émotions morales fortes. Qu'il dorme quelquefois pendant le jour, et qu'il choisisse le temps qui précède son repas.
Si les ligatures n'ont pas suffi pour faire cesser l'hémorrhagie, ou que le malade n'ait pas eu la patience de les supporter, on procédera à l'application de quelques ventouses sèches à la base de la poitrine, sur les côtés et au creux de l'estomac. On peut suppléer à la ventouse réelle en prenant un verre dans lequel on brûlera du colon qu'on appliquera immédiatement sur la partie. — Plus la ventouse tient, mieux cela vaut : cela prouve que le sang a afflué avec plus de promptitude et d'abondance.
Ce qu'il convient de faire encore , c'est de mettre sur le basventre des compresses d'eau froide. Cependant, s'il devait en résulter une aggravation dans la toux , on devra cesser toute application froide, de même que les boissons froides; elles nuiraient plutôt qu'elles ne pourraient soulager. On donne aussi, dans ces circonstances, un peu de sel de cuisine en poudre, qui ne laisse pas de soulager; mais si la toux persistait, il est bien entendu qu'on n'insisterait pas.
Lorsque la toux continue, et qu'elle occasionne un crachement de sang, donnez alors du blanc d'œufel du sucre, une
cuillerée à café ; ou bien une goutte d'acide sulfurique étendue dans un verre d'eau pour gargarisme; on en prendra aussi une cuillerée à thé toutes les cinq ou dix minutes.
Si cela ne suffît pas, il faudra passer tout de suite aux remèdes appropriés; choisissez non-seulement celui qui guérit, mais aussi celui qui prévient les récidives.
Dans les cas qui paraissent les plus graves , on donne la préférence, ou à aconitum , ipecacuanha, arnica, china, ou à opium.
Aconitum, si l'hémorrhagie se déclare à la suite de petites quintes de toux, si le malade a déjà senti un bouillonnement de sang dans la poitrine, ou que la poitrine lui semble trop pleine, avec sensation de brûlement, battement de cœur, anxiété, inquiétude, et que ces divers symptômes empirent dans la position couchée, avec anxiété et pâleur du visage, si le sang vient par gorgées et toujours beaucoup à la fois.
Ipecacuanha suivra aconitum, si, avec un arrière-goût de sang, il reste une petite toux avec crachats muqueux striés de sang, nausées et faiblesse.
Arsenicum, si aconitum n'a pas suffi, qu'il y ait aggravation avec palpitation de cœur et anxiété, que le sommeil en soit empêché, que le repos au lit en soit impossible, avec chaleur sèche et brûlante. Il faut l'administrer avant la nuit et lui laisser le temps d'agir. Si cet état s'aggrave encore, on emploiera utilement ipecacuanha ou nux vomica (qui s'appliquent aussi à d'autres symptômes), ou sulphur, ou arnica. Si, après l'emploi de ces remèdes, l'état du malade empire, revenez à arsenicum.
Par l'emploi de ces divers moyens, la maladie peut être arrêtée dans son cours, et même cesser entièrement.
China, si le sang ne vient pas par l'effet d'une petite toux courte et sèche, mais bien à la suite d'une toux violente, d'abord sèche et puis rauque et douloureuse, avec un goût de sang; si le malade éprouve des frissons, avec des bouffées de chaleur; s'il est très-faible, qu'il veuille rester cou-
Mb DES MALADIES LES PLUS COMMUNES.
ché; s'il a une transpiration de quelques instants; s'il éprouve des tremblements, que sa vue s'obscurcisse, ou que ses idées deviennent confuses, ou qu'il ait perdu assez de sang pour tomber en défaillance ; s'il est froid et pâle, et s'il se déclare des mouvements convulsifs dans les bras et le visage. Après avoir donné le remède, attendez le résultat, quand bien même il y aurait eu un peu d'aggravation. Plus tard, donnez ferrum s'il y a lieu, ou arnica, et quelquefois arsenicum; ils sont bien indiqués après china.
Ferrum si le sang arrive presque naturellement, sans effort de vomissement et en petite quantité , s'il est entièrement pur et vermeil; si le malade ressent des douleurs entre les épaules, s'il a des accès d'asthme, principalement la nuit; s'il ne peut rester assis, et se trouve mieux en se promenant tout doucement, mais avec le besoin de se coucher de temps en temps; s'il est très-faible, surtout après avoir parlé, et que le moindre mouvement le porte à tousser ; donnez-le principalement aux personnes minces et maigres, qui ont la figure blême et qui ne peuvent dormir la nuit.
Arnica, lorsque le sang sort caillé, coagulé, noirâtre, et qu'il vient sans difficulté avec des symptômes d'asthme, et des élancements dans la poitrine, avec brûlement, contraction, palpitation de cœur, chaleur forte dans tout le corps, faiblesse jusqu'à la syncope; et lorsque le sang est craché après une petite toux, qu'il est rouge, écumeux, mêlé à des crachats muqueux en grumeaux, accompagné quelquefois de chatouillement sous les os de la poitrine, toux provoquant des douleurs lancinantes dans la tête, et que toutes les côtes sont comme brisées.
Pulsatilla, si la maladie dure déjà depuis quelque temps, si le sang est noir et coagulé ; si le malade est anxieux la nuit; se sent froid, se plaint de faiblesse, de douleurs à la base de la poitrine ; s'il a l'estomac alangui, s'il est craintif, triste et porté aux larmes, comme aussi s'il est peu disposé à faire des efforts sur lui-même. Et après pul-
satilla, selon les circonstances secale peut être très-utile.
Mus dans les cas semblables au dernier remède, mais lorsque le sang est plus rouge, que l'esprit est trouble et et mal à l'aise, si ces symptômes s'aggravent par une légère contrariété, et qu'il y ait plus de chatouillement dans la poitrine.
Nux vomica, si le mal a été occasionné par l'usage des boissons spiritueuses ou par la suppression des hémorrhoïdes; spécialement chez les personnes passionnées, et si ce mal est accompagné de chatouillement dans la poitrine, que la toux retentisse douloureusement dans la tête, avec aggravation le matin.
Si Thémorrhagie provient des règles supprimées, donnez pulsatilla ou bryonia, quelquefois cocculus ou veratrum.
Opium est convenable lorsque le sang rendu par le crachement est épais et écumeux, qu'il est mêlé à des phlegmes ou glaires , particulièrement chez les personnes adonnées à la boisson, ou lorsque la toux s'aggrave pendant la déglutition, s'accompagne d'asthme, avec agitation et brûlement à la région précordiale, et tremblement des bras, quelquefois avec faiblesse extrême de la voix ; s'il y a assoupissement, tressaillement subit, refroidissement des extrémités surtout, ou chaleur, principalement de la poitrine, ainsi que chaleur du corps, mais sans transpiration. On peut le répéter après quelque temps, ou même plus tôt s'il le faut. — Si après opium, il se déclare de la transpiration sur la poitrine,- avec ou sans insomnie, donnez mercurius.
Hyosajamus convient si le crachement a lieu avec une toux sèche, principalement la nuit, et qui oblige le malade à sortir du lit; lorsqu'il s'éveille en sursaut et avec effroi, etc. Il convient aussi chez ceux qui sont accoutumés aux boissons spiritueuses, lorsque opium et nux vomica n'ont pas suffi; et plus tard arsenicum, lorsque ceux-ci n'ont pas apporté de soulagement.
Belladonna, lorsque par suite d'un chatouillement au gosier on est provoqué à tousser, aggravation dans l'hémorrhagie, souffrance avec une sensation, comme si la poitrine était trop chargée de sang, avec douleurs lancinantes qui s'augmentent par le mouvement.
Dulcamara, si le malade souffre davantage étant couché, et s'il éprouve le même état que dans la belladonna, principalement si le sang est d'un rouge clair, lorsque ce crachement provient d'un refroidissement, et d'une petite toux qui dure déjà depuis longtemps.
Carbovegetabilis, lorsqu'il y a dans la poitrine une sensation de brûlement violent, même après la cessation de l'hémorrhagie, surtout chez les individus qui souffrent du changement de temps et qui ont abusé du mercure.
A l'égard de la faiblesse consécutive/qu'on ne se presse pas de donner des remèdes ; un bon régime est la meilleure chose ; qu'on mange souvent et peu à la fois ; peu de viande, beaucoup de lait, des œufs frais, des aliments féculents et farineux, et un exercice modéré pendant le beau temps. Si, malgré cela, le malade reste faible et impressionnable, donnez china et fermm alternés. Si à la faiblesse se joint une certaine vivacité, coffea, ou ignatia ; si l'on a un motif de chagrin ou d'inquiétude, et avec une grande dépression de forces, donnez phosphoric. acid.