CHAPITRE VI
DES EFFETS DES REMÈDES GÉNÉRALEMENT EMPLOYÉS ET DES MOYENS DE LES COMBATTRE.
Lorsque, par suite de l'usage qu'on a fait de ce qui a été appelé jusqu'à ce jour remèdes, il survient un effet promptement nuisible, il faut voir là un empoisonnement, pour lequel nous renvoyons plus bas à l'article des « poisons » . C'est qu'effectivement il n'existe pas de poison sur la terre qui n'ait élé employé dans l'ancenne médecine comme salutaire et qui n'ait été essaye contre les malades. Et l'on voit encore des médecins qui vous déclarent, avec assurance et hypocrisie, qu'ils guérissent sans danger toutes les maladies avec les simples plantes; mais
cela ne se conçoit pas, car ils n'ignorent pas que certains végétaux, soit l'acide prùssiqué, sont beaucoup plus violents que les minéraux, le mercure, par exemple; or il n'est pas de médecin raisonnable et de naturaliste qui ne sache parfaitement cela. Le venin ou le poison d'un animal, à son tour, est bien plus dangereux que celui qui vient d'un végétal; citons pour exemple le venin du serpent ou du crapaud; la prétendue innocuité des médicaments végétaux n'est donc, pour l'ordinaire, qu'une déception et un mensonge.
Il est reconnu cependant qu'il existe des simples qui n ont aucune action dangereuse, et des médicaments dont l'effet pernicieux n'est point toujours sensible : dans ce cas même il convient de les administrer avec prudence, et d'avoir égard au temps et à la dose. Car il est prouvé que si l'on emploie un remède réellement salutaire, une petite quantité doit suffire, tandis qu'une substance inefficace peut devenir dangereuse en raison de la quantité employée. D'où il suit que tout remède peut à la longue agir comme poison, à plus forte raison, s il a
une action prompte. .
L'usage de l'infusion de camomille a fait mourir beaucoup d'enfants de la fièvre scarlatine, et la quinine beaucoup nlus de monde que la fièvre intermittente. Mais comme on ne savait pas apprécier la cause réelle de la mort, on se payait de mots Sur cent individus morts d'hydropisic, il y en a certainement quatre-vingts qui sont devenus hydropiques par suited une médicamentation irrationnelle. Que l'on demande a ces malades combien de sang ils ont perdu ou combien de drogues ils ont avalées, soit en purgatifs, mercure, quinine, soufre ou sel de nitre • digitale, opium ou autres remèdes narcotiques, et vous connaîtrez alors la véritable cause de leur état d'hydropisie.
Celui qui par ignorance a fait usage de ces mauvaises droeues ou les a données à ses enfants, conseillé par son docteur, ou par son pharmacien qui n'en savait pas davantage, peut encore en conjurer les mauvais effets, s'il veut suivre le conseil que nous allons lui donner.