SUR SYDENHAM ET SES ÉCRITS
Au milieu de la multitude effrayante de Livres qui se publient chaque jour en Médecine , sans ajouter une vérité nouvelle à la science , sans donner à l’art un procédé de plus , sans faire connaître des méthodes d’enseignement meilleures , il est du moins consolant de voir reproduire les ouvrages des grands Maîtres. A Montpellier seulement , deux éditions des OEuvres de Sydenham paraissent ada-fois; le goût de la vraie Médecine, Tamour de la solide instruction ne sont donc pas éteints , puisque de semblables spéculations ont lieu. On désirerait seulement que l’esprit du siècle , ou , si l’on aime mieux, l’instruction première des lecteurs sur lesquels les éditeurs ont compté , leur eussent permis de publier les écrits de l’Hippocrate anglais , dans l’idiome qu’il a employé lui-mème. Du temps de Sydenham , le Latin était la langue unique de la Médecine , et cette langue, d’une extrémité de l’Europe à l’autre, était entendue par tous ceux qui se vouaient à l’étude de l’art salutaire. Les savans anglais n’avaient pas encore , dans ce temps là , donné l’exemple
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pernicieux de n’écrire que dans leur langue maternelle ; et comme chacun s’est empressé de les imiter , il en- est résulté que, quiconque veut suivre maintenant les progrès de la Médecine chez: Tes différé ns peuples, doit , au préalable, employer plusieurs années à étudier des langues qu’il ne connaîtra jamais qu’imparfaitement, et qu’il fait ainsi en pure perte pour l'art lui-même , le sacrifice d’une partie de sa vie.
Je suis donc loin de louer toute entreprise qui a pour but de rendre l’étude de la langue latfne moins nécessaire ; il faut cependant jusqu’à un certain point , indulgere genio sœculi ; et on ne peut pas obliger un libraire à publier un ouvrage qui restera sans acheteurs. Ce n’est point au reste en France que les ouvrages de Sydenham ont paru pour la première fois en langue vulgaire. Pechey en avait publié une traduction anglaise en 1696 ; Swan, en 1742? ajouta à cette traduction des notes que M. Jault a jointes à sa version française, et qui donnent à cette dernière un avantage que ne possède encore aucune édition latine. L’intention de ce dernier traducteur de Sydenham , était , dit-il , de mettre ses ouvrages à la portée des personnes qui n’entendent pas la langue latine. C’est rendre, à mon avis, un fort mauvais service aux Médecins, que de les placer dans une position telle qu’ils puissent se dispenser de savoir le latin ; et M. Jault , quel que soit le mérite intrinsèque d«
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son travail , mérite à cet égard le blâme déversé sur tous ceux qui s’occupent à traduire des ouvrages latins de Médecine. Je ne pense pas devenir leur complice en cherchant à^faire connaître ce que l’on sait de la vie de Fun des* plus grands Médecins modernes , et à apprécier l’influence qu’il a pu exercer sur les progrès de la Médecine.
Thomas Sydenham naquit eh 1624? àWindford- Lagle , dans le comté de Dorset. Son père Guillaume Sydenham appartenait à une des plus anciennes familles nobles de cette province , où il jouissait d’une assez grande fortune pour ce temps-là. Ce ne fut donc point par besoin que le jeune Sydenham se décida dans la suite à embrasser la profession do médecin.
Les premières années de sa vie sont peu connues ; nous savons seulement qu’il entra au collège de la Magdeleine à Oxfort , et qu’il y fut immatriculé pour le terme de la St.-Jean l’année 1642. Mais son séjour dans cet établissement ne dut pas être long ; Sydenham nous apprend luhmême qu’il fut obligé de quitter Oxford vers le commencement de la guerre ; après cela on le perd de vue , et on n’a plus que des présomptions sur la conduite qu’il tint et sur le lieu qu’il habita pendant les troubles civils. Il paraît cependant que Sydenham ayant reçu une commission pour l’armée royale , y prit parti. En quelle qualité ? pendant combien de temps ? pour quelles raisons
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abandonna-t-il cetle carrière ? C’est ce que l’on ignore complètement. Ce qu’il y a seulement de très-certain , c’est que Sydenham ne suivit pas long-temps les armes ; car en i64& il fut reçu bachelier en médecine à Oxford.
Ce degré qui se conférait alors assez difficilement en Angleterre , fut obtenu par Sydenham , sans qu’il eût été préalablement reçu maître ès arts ; ce qui semble annoncer à-la-fois et la précipitation avec laquelle il fut obligé de prendre ses degrés , et la négligence qui avait été apportée dans sa première éducation. Sydenham en revenant à Oxfort après que la garnison de cette ville se fut rendue au parlement , rentra d’abord dans le collège de la Magdeleine , dont il sortit bientôt pour être agrégé à celui des Trépassés. On a prétendu que les archives de ce dernier collège conservaient plusieurs monumens du zèle avec lequel Sydenham avait suivi ses études en Médecine ; elles ne disent pas du moins la raison qui lui fit quitter Oxford , n étant que simple bachelier , pour aller prendre le doctorat à Cambridge. L’université de cette ville avait-elle déjà, au l 'j.e siècle , la répu-* tation dont elle jouit dans le dix-neuvième pour l’enseignement des sciences physiques ? Oxford était-il alors, comme de nos jours , une école où toutes les routines, tous les préjugés des vieilles institutions avaient un refuge assuré ? Peut-être qu’alors, dans cette dernière université, on van-
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tait déjà les belles-lettres qui ne servent qu’à l’agrément de la vie , au détriment des sciences qui sont d’une utilité réelle. Peut-être qu’on disait aussi que parce que la poésie moderne s’abaisse humblement devant Homère et Horace , les sciences n’ont fait aucun progrès depuis Hippocrate et Archimède. Quoiqu’il en soit , quoiqu’il en puisse être, Bacon, Newton, Sydenham sont de grands noms dans la balance ; et quand l’université de Cambridge les présente à l’univers, on ne peut guère Songer aux marbres d’Arondel, aux éditions de Clarendon et aux arguties critiques de Bentley et consorts.
Sydenham avant son retour à Oxfort , avait eu l’occasion de connaître à Londres Thomas Coxe
célèbre médecin de ce temps. Celui-ci entrevit les dispositions heureuses de l’écolier de Magdalen- Hall ; il décida sa vocation pour la Médecine; et pour un tel service la reconnaissance de la postérité envers Coxe ne peut être trop grande.
Westminster fut la ville que Sydenham choisit ensuite pour sa résidence. Desault rapporte qu’avant de s’y établir, ce médecin était venu chercher en France une instruction qu’il ne pouvait acquérir alors en Angleterre; que Sydenham avait étudié à Montpellier, qui était dans ce temps-là l’école de médecine la plus célèbre , the most celebrated school of physic, dit Swan. Je crois cette assertion au moins très hasardée; ce fut le grand Locke,
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ami intime de Sydenham et Médecin comme lui , qui vint à Montpellier , qui y passa plusieurs années , et qui mit son compatriote en relation avec l’un des plus grands Praticiens du siècle, le célèbre Charles Barbeyrac. Le public ne sait point assez l’influence que ce dernier Médecin exerça sur Locke, conjointement avec Sydenham , pour les progrès de la Philosophie expérimentale ; les amis , les compagnons habituels de Locke durent être des Médecins observateurs , et ce serait une grande question que de décider celui des trois qui a le plus gagné dans cette communauté de services. Personne , a dit Locke, ne ressemblait à Sydenham sous autant de rapports, que Barbeyrac ; nulle part on n’aurait trouvé autant d’analogies dans le genre d’esprit, dans le caractère, dans le génie médical, que chez le Médecin anglais et le Médecin français. Barbeyrac appartenant , comme Sydenham , à une ancienne famille noble , avait de même embrassé la Médecine par goût ; Barbeyrac, élevé dans la modeste Académie de la petite ville de Die , n’avait pas dû y trouver de grandes res» sources , et Sydenham n’avait guère eu le temps de profiter de celles que lui présentait Oxfort. Le génie fut tout pour eux , et ils ne durent à l’art que bien peu de chose. Les Médecins praticiens se glorifient de compter Barbeyrac et Sydenham dans leurs rangs ; les Médecins enseignans gémissent de ce qu’ils n on t figuré ni l’un ni l’autre comme
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professeurs. Barbeyrac cependant avait concouru en i658 pour une Chaire vacante dans l’Université de Montpellier, par la mort de Ri\ière. Mais cette Université cherche en vain le nom et les traits de Barbeyrac parmi ceux des grands Professeurs qui Font illustrée. Ce n’est pas cependant qu’il ne se fût montre dans le concours avec des talens bien supérieurs à ceux qu’avaient développés ses antagonistes; mais Barbeyrac avait le malheur d’ètre né dans la religion d’Henri IV, et dans ce temps-là les Protestons n'étaientadmissibles à aucun emploi. La confiance publique dédommagea amplement Barbeyrac ; le concours ne lui procura aucune place, mais il étendit singulièrementsa réputation ; cette réputation en peu d’années lui devint à charge , en ce qu’il ne fut plus le maître de disposer d’aucun de ses insîans; et c’est ainsi que l’on n’a pu conserver de Barbeyrac , comme de plusieurs autres Praticiens célèbres, que des faits traditionnels. C’est en livrant journellement ces faits aux jeunes Médecins qui l’accompagnaient en grand nombre dans ses visites de malades, que Barbeyrac a exercé une si grande influence sur son siècle, et que cette influence s’est étendue jusque sur le nôtre. Barbeyrac, de cette façon , peut être considéré comme ayant pris une part active à l’enseignement. Cette méthode d’enseignement clinique, qui était celle des Asclépiades , vaut bien sans doute celle qui est usitée dans la plupart de nos écoles, où les élèves
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croient tout savoir dès qu’ils ont fréquenté un hôpital pendant quelques mois.
Noil's ne poursuivrons pas plus loin cette digression sur l’ami du grand Sydenham , auquel elle n’est cependant point étrangère, et nous regretterons en la terminant , que Barbeyrac n’ait laissé , aucun écrit dans lequel on puisse comparer sa méthode de voir et de traiter les maladies , à celle qu’employait l’illustre Médecin anglais. Nous ajouterons encore que c’est de Barbeyrac qu’a commencé la série des Praticiens célèbres qui ont fait •la réputation de l’Ecole de Montpellier dans le siècle passé, et chez lesquels une sorte d’inspiration-pratique a souvent remplacé les avantages d’une solide instruction.
A l’époque où Sydenham parut , trois sectes principales se partageaient l’empire de la Médecine, Le galénisme régnait presque exclusivement dans l’Europe méridionale , et continuait à ne voir dans les maladies que la prédominance de telle ou telle des qualités élémentaires des Péripatéticiens , et dans les remèdes employés pour les combattre , que des vertus analogues à ces qualités. Une vaine et oiseuse polypharmacie surchargeait la pratique des Galénistes; Barbeyrac fut le premier à en provoquer la réforme chez sa nation où cette secte prédominait alors. D’un autre côté, l’inertie des prescriptions Galéniques était proclamée avec une
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sorte de fureur par une classe de Médecins, que l’étude de la Chimie entretenait principalement en Allemagne, et qui, sans avoir égard aux causes des maladies , et à tout ce que les anciens avaient laissé sur les bons effets du régime , ne voulaient plus employer que les préparations énergiques créées par la Chimie , et construisaient leurs théories en conséquence. Enfin Sylvius de le Boë, en combinant les idées des Chimistes avec la Philosophie cartésienne, avait fondé en Hollande une troisième secte , qui devait à Descartes cette manie de tout expliquer par des hypothèses, et qui , empruntant aux Chimistes leur théorie des fermens acides , alcalins et glutineux, ne voulait plus traiter les maladies que par des sudorifiques, des alcalis, des essences et des alexipharmaques de tous les genres.
La science de la Médecine déclinait ainsi déplus en plus vers sa ruine, sous l’influence de ces deux dernières sectes , qui , s’attachant uniquement à détruire lesmaladiesdumoment où elles paraissen t , et à opérer cet effet par les remèdes les plus violens, ne faisaient aucune attention à la variété infinie de circonstances qui changent la nature, et le mode de traitement des diverses affections morbifiques. Les Chimistes, renversant la doctrine de la nature, des causes et du traitement des maladies , en ne faisant usage que de spécifiques et d’arcanes dont l’emploi est si contraire aux principes de la vraie Médecine philosophique , introduisaient un
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empirisme dangereux et aveugle à la place de Inobservation et des préceptes qu’elle avait déjà fournis. Au lieu d’une description fidèle des maladies et de l’indication des méthodes de traitement par lesquelles on pouvait les combattre efficacement , on ne trouvait dans les écrits des Chimistes que des relations ampoulées, des miracles qu’ils produisaient avec leurs remèdes , d’autant plus dangereux entre les mains des ignorans , qu’ils jouissaient en effet de vertus incontestables lorsqu’ils étaient convenablement appliqués.
Lesidées de Sylvius obtinrent une grande faveur en Angleterre, où elles eurent pour défenseur un homme célèbre , contemporain de Sydenham, et qui, au milieu des écarts d’une imagination fougueuse , posait les bases de la vraie doctrine médicale en étudiant la structure et les fonctions du système nerveux, en montrant les rapports divers qui lient tous les organes entr’eux, et en prouvant, pour la première fois, que le cerveau et les nerfs qui en dérivent sont la source de la sensibilité et de la mobilité inhérentes au corps animal. Ce fut là le beau côté de Willis; mais scs idées gratuites sur le siège et la cause des fièvres qu’il plaçait dans la fermentation vicieuse du sang, ses opinions sur l’explosion des esprits animaux qu’il comparaît à celle de la poudre à canon , et sur la dégénération de ces esprits en acrimonies de différentes espèces , sa manière de voir sur les acrimonies et
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les effervescences qui , selon lui, se produisaient dans le corps humain, entraînaient à un tel abus de la méthode échauffante et à de telles conséquences pratiques, que Charles II disait souvent en riant, qu’un Médecin aussi employé que Willis lui enlèverait plus de sujets que ne pourrait le Paire une armée entière.
IEn de semblables circonstances, il n’est pas douteux que Sydenham n’ait été admirablement servi par ce qui aurait fait le malheur de tout autre, je i^eux dire par l’ignorance presque absolue de tout ice qui avait été fait, et de tout ce qui se faisait autour de lui. L’esprit de Sydenham était, à proprement parler, la table rase dont parle Locke, et par laquelle il devenait facile de faire recevoir toutes les impressions nouvelles. Le méthaphysicien lui indiquant les avantages inappréciables de cette philosophie expérimentale dont François Bacon et Galilée avaient développé les principes , leur méthode devint aussi celle de Sydenham , qui dit •lui-mème : « Lorsque je commençai à me livrer à » la pratique de la Médecine, je vis que le meil- » leur moyen de l’apprendre était l’expérience et
» l’usage ; je m’attachai à suivre la nature; j’obser-
» vai les fièvres, et après bien des peines, je » parvins à établir la méthode générale de les » guérir , bien persuadé que l’on n’arrivait à la » connaissance des indications, que par laconnais- » sance préalable des symptômes et des mouvez
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» mens médicateurs des maladies. » Sydenham en rendant compte de sa méthode au docteur Ma pletoft auquel il adresse son livre, ajoute que cett< méthode a eu l’approbation de Locke, leur am commun Son objet était de s’en tenir à la pure e simple observation , sans s’occuper du soin de 1; réduire en principes généraux ou en théories; sor but est de donner, d’après sa propre expérience tin corps de doctrine-pratique sur les maladies le plus fréquentes ; il ne voulut point, à l’exempb de quelques observateurs , publier des histoire de maladies isolées, d’observations individuelles il compara les observations ensemble , et il sut en rédiger des histoires générales, ce qui le distingue éminemment de ses prédécesseuis Cette manière de généraliser les observations sous le rappor descriptif, forme le caractère spécial du génie de Sydenham , et c’estpar cette raison que l’étude de: ouvrages de ce grand Médecin est si justement recommandée.
Le principal de ses ouvrages est celui qui i pour titre: Observationes circa morborum acuto ru/n histoiiam et curationem. C’est au commencement de ce livre que Sydenham émet son opinion sur l’essence de la maladie considérée par lui comme le résultat des efforts de la nature pour cuire et expulser la matière morbifique ; e lorsque , pour expliquer sa pensée , on l’entenc proposer et résoudre ainsi les question suivantes:
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m est-ce que la peste , sinon une complication de ymptômes dont la nature se sert pour expulser au le hors des particules contagieuses que la respiration a reçues ? Quest ce que la goutte , sinon un 7 ojen employé par la nature pour purifier le sang les vieillards ? on peut bien croire que Sydenham vait sur ces points une doctrine analogue à elle d’Hippocrate; mais à coup sur la Médecine ui s’occupe de guérir est autre chose.
Sydenham expose dans ce même écrit, ses idées articulières sur la nature des épidémies, qu’il onsidère comme tellement différentes les unes es autres, que la méthode curative qui aura éussi une année, pourra devenir funeste l’année jivante. Il ne nous serait plus permis de répé- ?r avec l’Auteur de cette étrange assertion , que haque épidémie tire son origine d’une constiition particulière et inexplicable de l’atmoshère , et nullement des qualités sensibles de cette jernière. 11 n’est pas moins contraire à l’obserition, d’avancer , ainsi que l’a fait Sydenham, que s épidémies varient essentiellement chaque anée. En général on peut dire que ce Médecin ?st attaché bien plus aux circonstances accidenlles, qu’aux phénomènes essentiels des maladies, c’est pour cela que, sur l’apparition du moin» e symptôme, la nature d’une maladie change
!ut-à-fait pour lui. Aussi on lui voit établir une ivre dyssentérique , une fièvre pleurétique , etc.,
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et c’est ainsi qu’il s’avance à grand pas vers la Me decine symptomatique pure , qui est assurémer la plus dangereuse de toutes; d’autrefois il cara< térise une maladie par des symptômes insign fians , et de cette manière il nomme varioleu: la fièvre qui apparaît dans la petite- vérole. Cet* manière de considérer les maladies épidémique amenait nécessairement à ce résultat dont S-' denham convient lui-même ; c’est qu’à chaqi épidémie nouvelle, ilse trouvait embarrassé cornu dans la première qu’il avait vue , et que la de nière comme la première fois, il était incapat d’arriver au traitement de la maladie , autrement q: par l’expectation etdes essais toujours plus ou moi dangereux . Mais l’art du diagnostic doit à Sydenhc l’un de ces principes les plus féconds, qua il pose en règle générale que lorsque plusieu maladies régnent ensemble dans une même a née, il y en a ordinairement une qui domine £ les autres et les tient sous sa dépendance.
Sydenham a décrit dans le même ouvrage peste qui régna à Londres dans les années if et 1666; il regarde cette maladie comme prônant d’une inflammation des parties les plus s ritueuses du sang, et on ne s’étonne pas qu, partant d’une théorie aussi fausse , il conseille ; saigner à outrance. A la vérité notre Auteur n’ ; pas l’occasion d’employer lui-même un tra • ment aussi extraordinaire dans une maladie *
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ractérisée essentiellement par la prostation des forces. Dès le principe de la contagion , la crainte Favait décidé à fuir la Capitale, et à donner ainsi l’exemple d’une lâcheté dont aucun autre Médecin célèbre ne s’est sans doute rendu coupable.
Le chapitre le plus important à mon avis des observations sur les maladies aiguës , est celui qui a la petite vérole pour objet. Cette maladie y est décrite de manière à former un tableau auquel le temps n’a rien ajouté depuis lors, et auquel il faut aussi recourir toutes les fois qu’on veut s’assurer positivement du caractère de cette affection exanthématique, et ne passe hasardera en tirer des conclusions alarmantes pour la sécurité des familles. Les recommandations faites par Sydenham contre le régime incendiaire qui était adopté de son temps dans la petite-vérole , ne trouvent plus d’application aujourd’hui. Mais du temps de Sydenham , les Médedins chimistes dominaient ; ils pensaient que le sang était purifié par un procédé analogue à la fermentation et à l’épuration des liquides; la méthode sudorifique paraissait avoir obtenu de grands succès dans la suette, dont les ravages n’étaient pas encore oubliés; rien n était donc plus naturel que d’appliquer le même traitement à la petite-vérole, et des milliers de varioleux périssaient dans les étuves, lorsque Sydenham célébrait les avantages de la méthode antiphlogistique.
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On cite encore comme un modèle du genre descriptif en Médecine , le chapitre de la goutte ; notre Auteur, attaqué lui-mème de cette maladie, avait pu en saisir facilement et successivement tous les phénomènes. Cette description est loin de former un traité complet; mais nous souscrivons volontiers au jugement qui en a été porté par Cabanis , lorsqu’il a dit qu’on ne pouvait rien imaginer de plus exact et de plus ingénieux que le plan d’observations tracé dans cet écrit. On ne peut pas en dire autant de la manière dont les indications curatives y sont précisées ; Sydenham ne donne sur ce point que des préceptes trèsvagues , et dont il est impossible de tirer le moindre parti.
Si nous suivions ainsi dans chacun de ses écrits celui que les Anglais affectent de nommer un second Hippocrate , nous ferions l’extrait de ses ouvrages, et peut-être ne parviendrions-nous point à faire connaître sa doctrine. Cet objet est cependant celui qui nous importe le plus, car Sydenham a fait une révolution véritable dans la pratique de la Médecine, et cette révolution a été telle, que nous serions coupables de ne pas entrer à cet égard dans quelques détails.
Sydenham consultait rarement les ouvrages de ceux qui l’avaient précédé; il reste même douteux qu’il eût étudié convenablement Hippocrate , quoique , de meme que le Médecin Grec , il se fût
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attaché à ne point s’écarter de la route de l’observation , et qu’il pensât avec le philosophe de Cos , que c’est la nature , et non pas le Médecin, qui guérit les maladies. Toute la thérapeutique du Médecin Anglais se borne à aider cette nature quand elle est faible , et à modérer ses mouvemens lorsqu’ils sont trop violens. S’il prescrit la saignée dans la fièvre, c’est, dit* il , afin de modérer les efforts de la nature , qui sont tumultueux et irréguliers ; s’il emploie la même pratique dans la petite-vérole et dans les diverses espèces de fièvres continues, c’est dans l’intention d arrêter la trop violente fermentation ou ébullition du sang .
L’idée principale de Sydenham dans sa pratique , est que la nature n’a pas besoin de stimulus, mais de frein; aussi tout son traitement dans les maladies aiguës , consistait dans l’emploi des rafraîchissans , des acides, de l’air libre et de la saignée. Richard Morton qui fut à peu près son contemporain , lui a reproché vivement d’avoir fait abus de la méthode antiphlogistique : on a peine à concevoir en effet , que toutes les épidémies observées par Sydenham , aient éxigé un traitement débilitant , tandis que Morton qui traitait les mêmes maladies , employait avec succès une méthode toute contraire , et signalait les accidens attachés naturellement à l’exagération de la première méthode. Huxham et plusieurs autres Mé-
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decins anglais ont attaqué avec justice la pratique de Sydenham , relativement à l’emploi de la saignée. Lind a remarqué que cette manière de traiter les maladies, était purement locale , et qu’elle ne pouvait convenir , ni aux fièvres des climats entre les tropiques , ni aux fièvres automnales d’Europe; Morton rapporte, il est vrai, que Sydenham , dans un âge plus avancé , était singulièrement revenu de ses premières idées. Celui-ci nous l’annonce lui-mème avec sa candeur ordinaire : « Dans ma jeunesse, dit il , j’usais fort » libéralement de la saignée , parce que j’imaginais » qu’elle pouvait guérir un rhumatisme ; depuis » ce temps, l’expérience m’a appris qu’il vaut » mieux ne saigner dans cette maladie que deux » ou trois fois, et employer ensuite les purga- » tifs. » Ailleurs il prescrit de ne pas saigner les gens débiles, mais seulement ceux qui ont la force de supporter cette évacuation. Il remarque dans un autre endroit, qu’il y a des pleurésies épidémiques qui ne permettent pas de réitérer la saignée. Dans la fièvre de 1 684 ? il donne cet avis remarquable : « qu’il faut faire une extrême » attention dans cette sorte de fièvre , de même » que dans plusieurs autres maladies où les éva- » cuations sanguines sont nécessaires, de ne pas » pousser ces évacuations trop loin, et qu’en per- » sistant à les continuer jusqu’à la rémission ou » l’amélioration de tous les symptômes , la mort
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» seule terminerait alors la maladie. » Enfin , il proposait de modérer nomseulement les mouvemens trop violens du sang , mais encore d'aider la nature dans la coction et ï expulsion de la matière peccante ; indication dernière qu’il remplissait par des cordiaux ou des évacuans , suivant le besoin. Il était , il est vrai , singulièrement réservé sur le premier genre de ces remèdes, contre lequel il avait une prévention suffisamment excusée par les abus que l’on faisait alors de la méthode de Van-Helmont , en provocant la sueur dans toutes les espèces de fièvres. Cette prévention est telle, qu’il est impossible d’admettre sans de grandes restrictions, les propositions dans lesquelles Sydenham condamne le régime échauffant.
Ce grand Médecin raisonnait beaucoup moins l’emploi des évacuans qu’il faisait prendre par le haut et par le bas ; sa conduite à cet égard semble toute empirique. Il administrait les émétiques, de préférence aux purgatifs, dans le commencement des maladies aiguës ; il les prescrivait à la meme époque dans les fièvres bilieuses , dans l’intention d’expulser les matières nuisibles de l’estomac et des premières voies ; mais nulle part il ne précise les indications de cette sorte d’évacuans , et bien moins encore les raisons de la préférence à accorder aux émétiques ou aux purgatifs. Il paraît cependant que Sydenham se faisait une règle générale de ne jamais purger au com-
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mencement (Time maladie, sans avoir auparavant fait tirer du sang.
L’intention de Sydenham , en purgeant sur la fin d’un grand nombre de fièvres , est manifestée plus clairement. Il purgeait alors pour faire sortir les restes de la matière morbifique , dans la crainte quelle n occasionât une rechute ; et il dit expressément, qu’en négligeant la purgation après les fièvres d’automne , on produit de cette manière plus de maladies que par toute autre cause. Mais en général notre Auteur s’attachait à suivre scrupuleusement la nature, toutes les fois qu’elle traçait une route à prendre , et il s’en rapportait à l’expérience ou à des essais plus ou moins fructueux , toutes les fois qu’il n’y avait aucune apparence de crise, et que la nature n’indiquait aucune intention d’expulser la matière morbifique.
Sydenham contribua puissamment à répandre l’usage du quinquina , qui n’avait commencé à être connu en Angleterre que vers Tannée i654, et contre lequel il s’était élevé presque immédiatement de grandes réclamations. Sydenham
découvrit que le défaut de succès dans l’administration de ce puissant remède, provenait de l’époque de la maladie à laquelle on le prescrivait ; il conseilla de le donner immédiatement après la fin de l’accès , de le répéter dans les intervalles des paroxismes , jusqu’à cessation entière
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de la fièvre , et de l’administrer meme après cette époque, pour prévenir toute récidive. Ce Médecin employait le quinquina non-seulement dans les fievres intermittentes ; il paraît être le premier à l’avoir employé contre la goutte.
Tout le monde connaît l’usage qu’il a fait de l’opium, remède qui , selon lui , est le plus puissaut des cardiaques , et presque le seul que l’on trouve dans la nature. Sans ce remède , ajoute-t-il, l’ai t de guérir cesserait d’exister, et avec ce secours un Médecin habile opère des cures qu’on serait tenté de regarder comme miraculeuses. Quanta l’emploi du mercure dans les maladies vénériennes , Sydenham partageait le préjugé si funeste que ces maladies ne peuvent être guéries quç par la salivation , et que le mercure n’a pas d autre effet que de la provoquer.
Nous avons dit que Sydenham était peu savant, et tous les Médecins qui lui ressemblent à cet égard, sans avoir son génie, se justifient par son exemple. Richard Blackmore remarque à cette occasion , dans la préface de son traité de la petite-vérole , que, « un homme de bon sens quia » du feu et de l’esprit, peut parvenir au pre- » mier rang parmi les Médecins , sans le secours » d’une grande érudition et d’une vaste lecture. » Et il ajoute : « que c’était-là le cas du docteur Sy- » denham , qui devint habile et grand Médecin 5 » quoiqu’il ne se lût point destiné à cette profes-
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a» sion,dans laquelle il s’engagea sans avoir propre- » ment aucune des connaissances préliminaires » pour cela. Et ce qui montre le mépris qu’il avait » pour les livres de Médecine, c’est que lui ayant » demandé moi-même quels livres il me conseil- » lait de lire pour me former à la pratique , il » me répondit : Lisez Don Quichotte , c est un bon
» livre ; je le lis actuellement. »
Ce n’est donc pas sans raison que Sydenham est devenu le point de mire de tous les médecins qui affectent de mépriser l’érudition. Mais est-on également fondé à dire , ainsi qu’on le fait si souvent, qu'il est un médecin sans théorie , et à en faire ainsi l’un des coryphées de la secte empirique? Je ne le pense pas, car on a tort de dire que Sydenham a exclu de sa pratique toutes les théories; le fait est qu’il en a le plus souvent de mesquines et de fausses. On le voit déclamer sans cesse contre les hypothèses en médecine , qu’il compare assez ingénieusement aux châteaux en Espagne ; et dès les premières pages de son livre , on l’entend avancer que la fièvre est un mouvement irrégulier du sang , qui a pour but d'en séparer une matière hétérogène , et de donner à ce fluide une nouvelle disposition : quelques pages plus loin , il annonce que le traitement doit être réglé sur le degré du mouvement du smig , et que le mouvement du Sang doit être réglé sur les symptômes , *ce qui est Lien aussi une hypothèse et même une hypo-
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thèse inintelligible. Partout , ce Médecin parle d ébullition , d effervescence , et met en avant toutes les suppositions de Willis; presque partout il règle sa pratiqiie sur les idées aussi vagues que fausses attachées à ces mots. Quand il base une méthode curative sur l’idée où il est que dans les maladies il y a toujours altération des humeurs, assurément on peut bien lui reprocher qu’il met en avant un principe impossible à démontrer; et lorsqu’il dit que toute maladie, la peste meme, n’est qu’un effort de la nature pour expulser la matière morbifique , on voit les conséquences de cette erreur; le Médecin demeure dans l’inaction pour attendre que la matière peccante , cause de la peste, soit expulsée par les bubons. Le mercure, ajoute-t-il , chasse le virus vénérien hors du corps par la salivation , et le malheureux malade salive jusqu’à ce que toutes ses dénis soient tombées. Dans la pleurésie il compte que la saignée extraira du sang la couenne pleurétique circulant dans les vaisseaux , et cause de la maladie. Selon lui , les affections chroniques sont entretenues par la faiblesse , et tout le traitement se borne à administrer des toniques , etc. , etc. Ces exemples suffisent pour montrer combien Sydenham est peu à l’abri du reproche d’admettre ce que l’on veut appeler des théories; sur ce point il ressemble absolument à tous ceux qui réclament sans cesse contre elles, et qui sont toujours disposés à admettre la première hypothèse venue.
Notice
Sydenham s’est déclaré ouvertement pour l’empirisme , en avançant dans son traité de l’hydropisie , que , dès qu’on veut élever la Médecine au rang des sciences, on méconnaît sa nature. Gomment n’a-t-il pas vu qu’il créait une science luimême, en généralisant ses observations, ou en les rédigeant sous la forme d’histoire générale, et en rejetant toute histoire ou observation particulière ? Ici on peut même dire qu’il a abusé de la science ou de la théorie; car il n’a pas senti que la marche des maladies n’étant point uniforme, il devenait impossible de mentionner les complications , les exceptions individuelles qu’elles présentent , sans le secours des histoires particuticulières ; et l’exemple d’Hippocrate aurait dû le guider sur ce point.
Il est pénible sans doute d’entendre avancer par l’un des Médecins modernes les plus célèbres, que la Médecine n’est point une science; il est surprenant de voir un ami de Locke, s’imaginer* que la connaissance des faits médicinaux puisse être de quelque usage , s’ils n’ont été construits ou généralisés en science ou en théorie, ce qui est la même chose. Sydenham , par cette raison , ne voulait point étudier les Médecins qui avaient écrit avant lui ; et une conclusion directe du raisonnement qu’il employait contre la forme scientifique de la médecine , c’est que celle-ci doit être refaite par chaque Médecin nouveau qui l'exerce.
sur Sydenham et ses Ecrits.
Bien ne devait conduire plus sûrement à l’empirisme ou à la routine , que cette manière de voir. Sydenham , malgré tout son talent éminent pour l’observation, ne s’est point aperçu que l’infinie variété des formes maladives pouvait être réduite à un petit nombre d’affections principales, et qu’un nouveau symptôme survenant dans une épidémie , n’en change pas la nature. C’est à ce résultat que l’eût conduit une sage application de la méthode philosophique de son illustre ami ; l’emploi de cette méthode lui eût épargné bien des tâtonnemens, bien des essais dangereux à chaque maladie nouvelle qu’il observait, et dont il n’entrevoyait point la corrélation avec celles qu’il avait déjà vues.
On pourrait étendre ces remarques bien davantage ; elles frappent tous ceux qui étudient les écrits de Sydenham. Mais après cela peut-on conserver à cet illustre Médecin la place que l’orgueil national lui a décernée ? Bien des gens le demandent , et ce n’est pas moi qui oserai leur répondre. Feu M. Dumas a singulièrement éclairé cette question, dans une lettre publiée en 1790, dans le journal de Médecine de Montpellier. Cette lettre tranche toute difficulté selon moi , si la dispute de prééminence ne roule qu’entre Sydenham et Bâillon. Je publie de nouveau cet écrit a la suite de ma notice ; je n’aurais pas autrement pensé, je m’exprimerais beaucoup moins bien ;
le public gagnera donc de toute façon en retrouvant ici la lettre de M. Dumas, qui est contenue dans un ouvrage devenu maintenant très-rare.
Sydenham mourut à Londres le 29 décembre 1689, dans sa maison de Pall-Mall ; il fut enterré dans la nef de l’église de St.-James , à Westminster, tout près de la porte méridionale de ce temple. Il laissa un fils unique,, nommé Henri, qui ne s’est point fait connaître. 11 avait eu un frère aîné dont la postérité a été peu nombreuse ; ce frère joua un assez grand rôle dans l’armée et dans le parlement, pendant la durée de la république anglaise , et on trouve son nom plusieurs fois cité, soit dans l’histoire des guerres civiles du temps, soit dans celle des discussions de Cromwell avec le parti républicain.
Lettre contenant un parallèle de Sydenham et de Baillou , par feu M . Dumas , Professeur en Médecine
Mo n sieur ,
Que les Anglais mettent Sydenham au premier rang des Médecins modernes , c’est une chose qui ne doit pas nous étonner chez un peuple dont le mâle caractère a fait une vertu de l’orgueil national; mais que des Français adoptent sur ce point les préjugés de l’Angleterre, qu’ils nous parlent sans cesse de Sydenham et jamais de Baillou , c’est ce que ne conçoivent point les bons esprits qui savent lire et juger l’un et l’autre. Vous ne demandez
sur Sydenham et ses Ecrits.
pas sans doute un parallèle exact entre ces deux hommes ; il fournirait seul la matière d’un grand ouvrage. Vous ne voulez pas que nous examinions en quoi leur mérite respectif se ressemble , et en quoi il diffère. La ressemblance ou la différence de deux personnages ne déterminent pas la supériorité que l’un peut avoir sur l’autre. Dans votre question il ne s’agit donc que de savoir si Bâillon l'emporte sur Sydenham ; dans notre réponse , il nous suffira de produire les titres qu’ils ont tous deux à la prééminence , et de prononcer en faveur de celui qui en aura le plus.
Tous deux pleins de justesse, de lumière et d’attention , se montrent supérieurs dans l’artd’observer les phénomènes des maladies , tous deux en suivent la marche avec une exactitude et une précision à peu près égales ; mais Sydenham s’attache plus au nom et aux symptômes de chaque affection locale; Baillou s’applique davantage à pénétrer jusqu’aux principes qui la causent. Tous deux combattent les maladies en aidant les efforts de la nature , tous deux cherchent à détourner les obstacles qui s’opposent à son travail ; mais Sydenham raisonne beaucoup , et sur le but de la nature, et sur les obstacles qui la contrarient ; il accommode ensuite la pratique au raisonnement , et presque toujours sa théorie le conduit à diminuer la quantité du sang , à rafraîchir le malade. Baillou , pénétré des dogmes de Cos , ne va jamais au-delà des choses que l’observation lui montre ;
Notice
il ne se bâtit point de théorie sur les causes générales des maladiesou sur lesintentionsdela nature; il sait avec Hippocrate, qu’une maladie a sa cause matérielle particulière, qui doit passer par les états successifs de crudité et de coctiori pour se préparer à la crise; il sait que la Médecine a des moyens pour attaquer chacune de ces causes dans ses divers périodes , et qu’elle ne doit point embrasser line méthode exclusivement à toute autre; aussi n’a-t-on jamais reproché à Bâillon d’avoir été favorable aux méthodes rafraîchissantes plutôt qu’aux méthodes échauffantes , aux relâchantes plutôt qu’aux fortifiantes, etc., etc.
Il les a toutes essayées, adoptées, maniées avec le meme avantage, parce qu’il a toujours bien distingué les circonstances où chacune peut convenir; il ne s’est jamais décidé pour telle ou telle sans avoir bien pesé les motifs de son choix. Tous deux ont mis dans leurs écrits de l’ordre et de la méthode; mais la méthode de Sydenham est plus scholastique , plus mesquine; celle de Baillou est plus philosophique, plus grande. Sydenham , sans être diffus ni obscur, surcharge quelquefois la science d’objets étrangers et inutiles qui embarrassent ses lecteurs Baillou, sans jamais rien omettre de ce que son sujet lui présente, a le rare mérite de n’y faire entrer que les choses qui lui sont véritablement propres. Il bannit de ses ouvrages les faits et les idées qui n’appartiennent point essentiellement à la science sur laquelle il écrit.
sur Sydenham et ses Écrits.
Baillou fut supérieur à Sydenham, par une érudition vaste et choisie qu’il a eu l’art de répandre dans ses ouvrages, et de tourner au profit de ses idées. La philosophie des anciens , qu’il fait toujours marcher à côté de la sienne , rend celle-ci plus instructive, plus imposante, plus digne dêtre méditée et retenue. Les textes d’Hippocrate cpi’îl invoque sans cesse à l’appui de ses principes, inspirentau lecteur plus de vénération et de confiance que Sydenham seul ne doit en inspirer, lorsque surtout il parle d’effervescence et d’ebullition. Baillou interprète souvent les textes qu’il cite d’Hippocrate; et comme il n’a point de théorie à défendre, il n’a pas besoin de les altérer, de les contourner en mille manières pour y trouver ce qu’il a dessein d’y voir ; en sorte que ses interprétations sont toujours justes, précises , naturelles et jamais forcées : il les étaye par l’autorité d’Hippocrate lui-mème, et par celle des anciens qui ont le mieux entendu cet homme incomparable ; il les éclaircit, il les met à la portée du plus grand nombre; il en facilite la lecture, espèce de mérite dont la plupart des commentateurs ne semblent point jaloux. Aussi pouvons-nous dire avec justice, que Baillou est non-seulement celui des Médecins modernes qui a le mieux entendu Hippocrate , mais encore celui qui a le plus contribué à le bien faire entendre.
Sydenham a beaucoup observé , et la science s’est enrichie d’une foule de faits qu’il a vus et
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décrits lui-même. Ces observations, ces faits se trouvent cités dans tous les ouvrages , on les répète avec éloge, et le nom de Sydenham se répand avec eux. Baiilou, moins connu, parce qu’il y a moins d’esprits qui soient dignes de le connaître , Baiilou est peut-être aussi riche en observations que Sydenham ; mais on les cite plus rarement , et le nom de l’observateur reste caché dans un petit nombre d’écrits essentiels. Celui de Sydenham fait l’ornement et le crédit de toutes les productions éphémères qui trouvent plus de lecteurs que n’en auront jamais les ouvrages importans où le nom de Baiilou figure avec honneur. Je ne présume pas que le premier ait recueilli plus d’observations que n’en a rassemblées le second, soit dans ses épidémies et éphémérides , soit dans ses nombreuses consultations. Toutes les maladies y sont décrites telles qu’il les a vues ; c’est une vaste et précieuse collection de faits où brillent les. ressources, la finesse et le tact du génie observateur.
Mais quoique Sydenham et Baiilou se soient montrés également habiles à observer , ils n’ont point tiré de leurs observations un parti également avantageux. Baiilou , doué d’une tête plus forte, a su les ramener toutes à des principes généraux; il les embrasse et les range selon l’ordre de leurs rapports connus , unissant celles qui se correspondent, séparant celles qui se contrarient ou qui diffèrent. Sydenham , appelé à de moins vastes conceptions , rassemble beaucoup de faits ?
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sur Sydenham et ses Ecrits.
mais il néglige de les lier à des principes : il les présente désunis, isolés, incohérens, sans liaison, sans suite, et ne pouvant dèsdors servir utilement qu’aux esprits capables de les mieux distribuer. Baillou donne toujours le fait et le principe qui en est la conséquence immédiate. Sydenham ne donne presque jamais que le fait observé , et laisse le lecteur chargé de tout le reste. Ils méritent donc d’etre placés tous deux au meme niveau parmi les Médecins observateurs ; mais Baillou doit occuper un rang plus élevé parmi les Médecins philosophes. La partie brillante des écrits de Sydenham , est celle qui concerne la marche des épidémies, et l’empire qu’elles exercent sur les maladies sporadiques et les intercurrentes. Baillou est, à la vérité , moins original , moins créateur dans cette branche de l’art, mais il n’est ni moins exact ni moins sage. Il a connu tout ce qu’il est essentiel de connaître sur cet objet. Il a vérifié les observations anciennes d’Hippocrate ; et Sydenham ne lui est supérieur en ce point, que parce qu’il a su prendre une manière plus dogmatique et plus imposante.
Pour achever ce parallèle , il con tiendrait de comparer le ton et le style que ces deux Auteurs ont employés dans leurs ouvrages. Mais cette comparaison serait trop peu favorable à l’écrivain anglais. Un style mâle, nerveux, précis quelquefois élégant, toujours plein de finesse et de grâce, a mis Baillou au nombre des écrivains les plus
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piquans de son siècle. Sydenham reste confondu, avec la foule des Auteurs dont le style ne peut prêter matière ni à l’admiration ni à la censure. Lisez le troisième chapitre de Bailiou sur les maladies des filles et des femmes : il peint le caractère faible et timide de ce sexe intéressant , surtout dans sa faiblesse; il trace l’effet des grandes passions , le trouble et la brûlante ardeur qui accompagnent l’amour. Quelle énergie , quel feu dans ses tableaux ! On dirait que le Médecin s’est transformé en poète du moment qu’un sujet poétique s’est offert à sa plume. En lisant d’autres productions de cet Auteur, on voit qu’il a constamment assorti son style aux matières qu’il a traitées, et qu’il possède le talent peu commun de s’élever ou de descendre toujours au niveau de son sujet.
En voilà plus qu’il ne faut pour mettre ces deux grands hommes à leur véritable place , et pour rétablir notre Bailiou dans la possession de la prééminence que Sydenham ne devrait point avoir usurpée si long-temps. Cette décision ne sera pas goûtée par tout le monde, et je me serai attiré la colère de ceux qui ne prononcent le nom de Sydenham qu’avec enthousiasme. Je me consolerai de cette disgrace en méditant les ouvrages de Bailiou , et en songeant que j’ai peut-être déterminé quelques bons esprits à en faire l’objet de leurs méditations et de leur étude.
Signé, DUMAS.
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