‹ Médecine pratiqueChapitre 7 sur 115 · Ce ne sont pas là les seules choses tju’il · texte numérisé non relu

Ce ne sont pas là les seules choses tju’il

faut observer en écrivant l’Histoire des malad leS , maladies pour mais ce sont du moins les principales. L’utiliîé d’une semblable Histoire pour la pratique de la Médecine , est au-dessus de tout ce qu’on peut dire , et les spéculations curieuses et les subtilités dont les livres des modernes se trouvent remplis à l’excès , ne sont rien en comparai-

core plus important. On peut rapporter aux mouvemens obscurs qui arrivent dans les maladies , les jours critiques , les changemens secrets des maladies , leur transport sur une partie , plutôt que sur une autre , la sympatliie cacliéc et réciproque des parties, les périodes des maladies , leur augmentation à des heures marquées , comme il arrive dans certaines douleurs , dans certaines fièvres , et dans plusieurs autres maladies. Ba^lwi Opeia , p* 67.

Ponrquoi.

nous n’avons pas une Histoire exacte {les maladies.

xxvj PRÉFACE

son (i). En effet, par quel moyen plus court, et même par quel autre moyen pourrait-on découvrir les causes morbifiques qu’il s’agit de combattre, ou trouver les indications curatives , que par une connaissance claire et distincte des symptômes particuliers ? Il n’y a pas la moindre petite circon tance qui ne serve à ces deux fins. Car , quoique le tempérament des personnes et la manière de traiter puissent y causer quelque variété , cependant la Nature est si uniforme et si semblable par-tout à elle-même dans la production des maladies, que les mêmes symptômes de la même maladie se voient le plus souvent dans les différents sujets, et que ceux qu’on aura observés dans un sujet particulier , sont applicables à tous les sujets qui ont la même maladie. C’est ainsi que les caractères génériques des plantes conviennent à chaque espèce particulière renfermée sous un genre. Celui qui aura, par exemple, exactement décrit la violette, quant à sa couleur, son goût , son odeur , sa figure et autres particularités semblables, trouvera que cette description conviendra presque en tout à quelque espèce de violette que ce soit.

i3. La principale raison, à mon avis, pour laquelle nous n’avons pas eu jusqu’à présent

(i) On ne peut rien faire de grand dans le pronostic, et spécialement dans la partie curative de la Médecine , sans une Histoire exacte et bien circonstanciée des maladies. Car , comment prédire ce qui arrivera dans une maladie , et procéder d’une façon convenable dans le traitement , si l’on ignore les symptômes essentiels et accidentels qui l’accompagnent , et son progrès général dès le commencement jusqu’à la fin , lorsqu’il ne survient rien qui interrompe son cours ordinaire , soit par une mauvaise conduite , soit par accident ^ ou autrement ?

DE L’AUTEUR

xxvij

une Histoire plus exacte des maladies , c’est que la plupart des Auteurs ne les ont regardées que comme des productions confuses et irrégulières d’une nature affaiblie et déconcertée ; et qu’ainsi on aurait cru perdre son temps et sa peine , de travailler à les décrire exactement (t^

lA. Mais pour revenir à notre suiet, je dis que infîicatîons

^ A. . curatives doi-

les plus petites circonstances dune maladie vent être tipeuvent fournir aussi sûrement au Médecin des !,7tae^ ^drindications curatives, qu’elles lui fournissent un constances, diagnostic (2). C’est pourquoi j’ai pensé plusieurs

(1) Une reclierche soigneuse du commencement , du progrès et de la fin des maladies , montrera clairement le contraire ; car la Nature agit d’une manière très-constantç et très-uniforme en produisant , en entretenant et en terminant les maladies , pourvu qu’elle ne soit pas dérangée par quelqu’accident , ou par quelque mauvaise manœuvre ; en sorte que , si l’application et le jugement ne manquent pas , il n’est pas impossible de donner un détail juste et méthodique de tous les symptômes et phénomènes d’une maladie , sans omettre la plus petite particularité.

Quant aux causes qui ont empêché jusqu’à présent d’avoir une Histoire complète et détaillée des maladies , et aux règles qu’il faut observer en l’écrivant , nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le Lecteur au second ou troisième Chapitre du second Livre de la Pratique médicinale de l’industrieux et judicieux Baglivi , où il trouvera ces matières traitées avec beaucoup de netteté , d’exactitude et de jugement.

(2) Les indications curatives dans les maladies ne peuvent se tirer plus sûrement que des symptômes les plus considérables et les plus redoutables qui manifestent mieux la nature et la violence d’une maladie. Si donc , faute de remarquer et d’examiner suffisamment toutes les circonstances , et spécialement de faire attention aux effets de tout ce qu’on, donne ou qu’on applique au malade , nous nous trompons dans les indications curatives , nous aurons nécessairement un mauvais succès.

Comme il est donc de la dernière importance de former

Ce qui a rendu Hippocrate lin si excellent Médecin.

xxviij

PRÉFACE

fois que, si je connaissais parfaitement l’Histoire de chaque maladie, je serais toujours en état de la guérir, parce que ces différons phénomènes me montreraient la véritable route que je devrais tenir, et qu’étant soigneusement compares ensemble , ils me conduiraient comme par la main aux indications les plus véritables qui se tirent du fond de la l'fature , et non pas des erreurs de Timagination.

i5. C’est par de tels moyens que l’incomparable Hippoe.rate est arrivé à un si haut point de réputation : c’est ce qui lui a mérité le glorieux titre àe Prince de a Médecine. Ce Grand Homme, après avoir établi , comme un solide fondement de son Art , cet axiome incontestable , savoir que la Nature guérit les maladies., a composé clairement les symptômes de chaque maladie sans le secours d'aucune hypothèse, ni d’aucun système, comme on voit dans ses livres des Maladies , des Affections .,etc. Il a aussi donné des règles fondées sur la méthode que suit la Nature dans la production et la guérison des maladies. Tels sont les

des indications justes , on doit employer tous les moyens qui peuvent y contribuer , en faisant attention à tout ce qui tombe sous le sens , aux. routes qu’a tenues la Nature depuis le commencement de la maladie jusqu’au temps où nous sommes appelés , aux forces du malade en ce tempslà , à la cause de la maladie , à la saison de l’année , aux maladies qui régnent alors , au sexe , à l’àge , au tempérament du sujet , etc. Toutes ces particularités , mûrement considérées et comparées ensemble , conduiront certainement le Médecin aux véritables indications curatives , et par conséquent lui donneront lieu de se promettre un beureux succès 5 ou du moins de mettre sa réputation à couvert , en faisant connaître le danger , et annonçant les suites funestes de la maladie.

DE L’AUTEUR

pronostics de Cos , les aphorismes , et autres Ouvrages semblables.

Voilà à peu près en quoi consiste la théorie du grand Hippocrate; elle n’est pas le fruit d’une imagination déréglée et féconde en chimères; mais elle représente au juste les opérations que la nature exerce dans les maladies du genre humain. Une pareille théorie n’étant donc autre chose qu’une exacte description de la nature , il était raisonnable qu’Hippocrate cherchât uniquement dans sa pratique à aider cette nature par tous les moyens possibles. Aussi ne demande-t-il autre chos3 d’un Médecin, sinon de secourir la nature lorsqu elle est abattue , de la réprimer dans ses saillies , et de la mettre à la raison ; tout cela en se servant des moyens qu’elle emploie elle-même pour guérir les maladie : car cet excellent génie avait bien vu que la nature seule les termine , et peut opérer toutes choses. Pour cet effet, elle n’a besoin que d’etre aidée d’un petit nombre de remedes très simples , et quelquefois même elle n’en a besoin d’aucun (i).

(i) Quiconque se donnera la peine de lire avec attention les écrits dMippocrate , trouvera qu’il mérite justement la haute réputation dont il jouit depuis tant de siècles, et dont il jouira vraisemblablement dans tous les âges. On, voit clairement , par ses écrits , qu’il possédait dans un degré extraordinaire, les deux qualités les plus essentielles à un Médecin ; savoir, une attention singulière à observer tous les divers phénomènes des maladies , et un jugement exquis pour appliquer de la manière la plus convenable cette connaissance à la pratique.

Il remarqua avec une exactitude surprenante , tout ce qui précédait les maladies , les symptômes dont elles étaient accompagnées , et ce qui était utile ou nuisible en toute occasion. Aussi l’application constante qu’il donna à acquérir cette partie si utile de la Médecine , ne lui laissa ni le tempes ,

PREFACE

ne je crois propre à l’avan- 3 , est d’avoir une méthode e de traiter les maladies, fondée sur un assez grand nombre d’expériences , et avec laquelle on soit en état de les guérir : car il ne suffit pas , selon moi de décrire les succès particuliers d’une méthode ou d’un remède , si cette méthode ou ce remède ne réussit pas universellement, et dans tous les cas, du moins en supposant telles ou telles circonstances. Or, je prétends que nous devons être aussi sûrs de guérir une maladie , en remplissant telle ou telle intention, que nous sommes sûrs de pouvoir remplir telle ou telle intention par tel ou tel genre de remède : et quoique la chose ne réussisse pas toujours , elle réussit néanmoins le plus souvent. C’est ainsi , par exemple, qu’avec les feuilles de séné nous lâchons le ventre , et qu’avec le pavot nous faisons dormir.

Méthode eu- L’autre moyen qi

rative com- -, , n/r ^ i

piète est un ccment de la JMedecim fixe , sûre et complet Médecine. J’etitends une méthode

ni le goût de s’appliquer à des recherches moins importantes , avec assez de soin pour y faire quelque progrès considérable. Il perfectionna beaucoup l’Art de guérir » en se donnant la peine de recueillir quantité d’observations , afin de découvrir l’issue des maladies, par rapport à la vie ou à la mort , et de pouvoir prédire ce qui arriverait dans toutes les maladies qu’il conduisait ; et il poussa si loin cette partie de l’Art , que ses écrits contiennent les meilleurs pronostics que l’on puisse trouver dans aucun Auteur jusqu’à présent. Je crains meme qu’en examinant les choses de près, on ne trouve que la plupart des Auteurs l’ont copié en ce point , et que peu ont ajouté quelque choses à ses découvertes.

On convient universellement qu’il trouva la Médecine fort imparfaite et dans une grande confusion , et qu’il la laissa beaucoup ])lus méthodique et plus sûre. C’est pourquoi il a toujours été regardé comme le Restaurateur , et meme le Fondateur de cet Art.

Page 1