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PROSPECTUS DU GRAND THOMAS

(' Collection de l’auteur')

SÉBASTIEN MERCIER

a l’air de l’espérance; il distribue des paroles consolantes, part, plaisante encore sur l’escalier; et, dans la nuit même, la mort emporte son malade. Quand un médecin tue dix mercenaires par ignorance ou par indifférence, il ne s’en afflige pas; mais si un homme en place meurt entre ses mains, il en devient inconsolable et pendant quinze jours, il a l’air de demander grâce à tous ceux qu’il rencontre. »

La solidarité confraternelle n’est pas un vain mot, toujours à entendre notre sévère critique.

« Un certain nombre de médecins se sont partagé, pour ainsi dire, les malades de la capitale. Quand l’un d’eux a commis une faute grave dans le traitement, comme son confrère tombera dans le même cas, la faute homicide est passée sous silence, palliée, justifiée même; aucun n’ose contredire les ordonnances du confrère et le malade meurt au milieu de dix médecins, qui voient très bien ce qu’il faudrait faire pour le sauver, mais qui, par esprit de corps, laissent le premier appelé achever dans toutes les règles son méthodique assassinat. »

Pourquoi s’obstinent-ils dans leur routine meurtrière; pourquoi « ne changent-ils point leur détestable pratique, lorsque leur propre expérience leur en a démontré l’insuffisance et le danger? » Mercier répond, sans plus d’aménité :

« C’est qu’ils veulent traiter la médecine d’une

manière tout à la fois obscure et lucrative, faire des visites nombreuses, ne rendre compte de rien, ne point communiquer avec tout profane et s’envelopper dans leurs thèses barbares, ouvrages des siècles les plus opposés à la saine physique.

« La séparation qu’ils ont établie entre celui qui écrit l’ordonnance et celui qui compose le remède, est déjà un préjugé bien défavorable pour la guérison; ils se refusent de même à l’analyse chimique des médicaments et n’ayant aucune idée nette sur l’étrange composition et décomposition de toutes ces drogues, ils n’en mettent pas moins en usage ces poisons terribles, qui sortent de la boutique des apothicaires : de sorte que le malade a deux fléaux à combattre, l’ordonnateur audacieux et le manipulateur infidèle. La médecine est donc, de nos jours, un charlatanisme hardi et accrédité, dont ceux qui l’exercent sentent le vide, l’incertitude et la confusion, mais qu’ils n’abandonnent pas pour cela, parce que ce charlatanisme produit de l’argent. » Lorsque Molière vint, flagellant de ses sarcasmes les suppôts d’Hippocrate, il les contraignit à renoncer « à la coutume de saigner vingt-cinq fois, comme ils faisaient encore il y a trente ans »

Parlez-nous des empiriques, dont « les remèdes, en guérissant, déconcertent la vaine érudition des Facultés ». Mercier a un faible pour ces braconniers de la profession. Mesmer et son baquet, le gros

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