ACTE I
De grâce! laisse-moi rester jusqu'à demain.
Je ne sais pas encore où j'irai. Je redoute
Le hasard mal choisi de la mauvaise route.
Et puis, tu me l'as dit toi-même, on ne sait pas
Si mes enfants devront ou non suivre mes pas.
Je veux les embrasser si je ne les emporte :
Je veux surtout leur bien dire qu'il leur importe
D'aimer, — car, je le pense, hélas! eux, resteront
Jason, Creuse, et les frères qui leur naîtront !
Laisse-moi demeurer là, jusques à l'aurore !
CREON
Quel étrange forfait veux-tu tenter encore?
Hélas ! je suis sans force et seule en ce pays. Puis, vous êtes de ceux que je n'ai point haïs.
CREON
Je veux montrer combien j'ai l'âme débonnaire. Reste donc jusqu'au jour prochain.
44 »iiîni':e
Mcdée veut le suivre dans le palais.
Je t'exonère D'assister au fcslin. Rentre, et ne bouge point Du temple. INIais sors-en dès l'heure où le jour point. Sinon, — vois ceux-ci — crains que leur fer ne meurtrisse Les reins de la menteuse et de l'imprécatrice.
MlîDEE
Oh! quel roi fut jamais meilleur entre les rois !
Les bontés de ses mains tombent au lieu d'effrois.
Je l'avais outragé, je réclamai (folie !)
Mes enfants, mon mari que m'a pris, plus jolie,
Sa fille ; il ne m'a rien rendu, mais il veut bien
Me laisser seule, dans ce lieu sombre, avec rien!
Dieux ! pour cette bonté que nulle autre n'égale,
Bénissez le marteau de la porte royale,
Et faites, justes dieux, qu'il n'éveille jamais
De son bonheur l'époux avec qui je dormais !
Créon est rentré dans le palais avec les hommes armés. Médée, que sa nourrice observe craintivement, garde son attitude de reconnaissance et d'hmmiTité.
AClii »
LES JEUNES FEMMES
A voix bassL
Comme clic doit souffrir, de s'être humiliée,
LES VIEILLES
Qu'eu t-cllc fait ?
Les rois sont grands
LES VIEILLES
Elle est liée Por le destin...
LES JEUNES FEMMES
Captive en l'exil sans retour.