ACTE II
De qui j'ai caressé la paternelle idée.
Et croire que Creuse effacerait Médée !
— Enfant neuve aux baisers, frêle à fléchir d'un seul,
Elle a de quoi ravir un époux presqu'aïeul
Qui s'attendrit à des innocences d'inceste. . .
Je suis le fier amant qui t'arracha ton ceste !
Sourire à peine fleur, avec son rose effroi
De matin, elle est douce à voir. . . Mais toi ! Mais toi!
Fille du clair mystère et du mystère sombre,
Par ta beauté de jour et par ton charme d'ombre
Tu fais de la caresse un gouffre horrible et cher
Où Cypris rôde avec une torche d'enfer !
Rappelle-toi les nuits de nos hymens farouches,
Les combats de nos flancs et les duels de nos bouches.
Et nos bras qui faisaient, rudes et doux, le tour.
En l'étreinte de nos deux corps, de tout l'amour,
Et de nos yeux mourants les lassitudes closes...
MBDEB
Fallacieuse voix, si forte !
JASON
Quoi ! tu n'oses Te souvenir ?
Bonheurs qu'on ne peut délier !
JASON
Puisque tu t'en souviens, les pouvais-je oublier? Je t'aime comme aux jours effrayants où nous primes Dans nos premiers baisers le prix des premiers crimes, Et le goût d'en oser d'autres, au môme prix !
Oh ! combien pour mon cœur mon cœur a de mépris !
JASON
Retrouve à m'écouter l'aveu des jeunes songes.
O honte de m'y plaire après tant de mensonges!