ACTE III
LES VIEILLES
L'Érèbe a moins de haine en son plus sombre abîme!
LE GOUVERNEUR
qui se rue, les bras levés.
Tu ne connais encor que la moitié du crime!
Médée s'est retournée, ravie. Le gouverneur parle aux Corinthiennes.
A travers tout le grand tumulte épouvanté,
Créon survient. Où donc Creuse, et sa beauté?
Hagard, stupide, il voit l'informe chose noire
D'où la chair coule sous l'invisible mâchoire
Du poison, comme la résine des sapins.
Il s'agenouille, il touche... Effrois jamais dépeints!
Il ne peut plus ôter ni la main ni la jambe
De la sinistre glu mouvante qui reflambe.
Palpite, se déploie, et l'entoure et le prend,
Le flagelle de feu comme un fouet fulgurant,
Lui rase tout le corps d'un brasier qui fourmille...
Il succombe, le père, à côté de la fille !
MEOEE
Vengeance très parfaite ! Orgueil de ma fureur !
LE GOUVERNEUR
Et je fuis la maison de désastre et d'horreur !
LA NOURRICE
qui revient du Palais :
Pars avec tes enfants, Médée, ou crains la Moire !
MÉDÉE impassible
Faut-il céder la place, ayant eu la victoire ?
LA NOURRICE
Appelle ceux d'Egée et montez sur les chars!
Apprends qu'aux lâches seuls plaisent les prompts départs.
LA NOURRICE
Les hommes de Créon que la colère ameute...
La lionne demeure et fait face h la meute.
LA NOURRICE
... Menacent mère et fils. Tes fils mourront !
MÉDÉB
Par eux?
Les mains sur la tête de ses fils :
Ils ne toucheront pas un seul de ces cheveux î Mes enfants sont à moi.
164 r-iÉDÉE
LA NOURRICE
Si leur salut t'importe
Conduis-les clans le temple et referme la porte. Je reste.
La nourrice obéit, emmène les enfants.
LES JETJXES FEMMES tandis que Médée, immobile, regarde obstinément le palais.
Femme atroce, et que pourtant je plains, Car c'est de tant d'amour que tes crimes sont pleins, Quitte Corinthe pour Athènes hospitalière !
LES VIEILLES
Pourquoi, comme au cyprès du sépulcre le lierre, T'attacher, criminelle à l'enlacement noir, Au décombre de ta gloire et de ton espoir ?