ACTE I
Que fait le léopard, lorsqu’au fond des forêts,
Saisi d’une terrible et rugissante joie,
D’un bond, comme la foudre, il tombe sur sa proie, Ou’il l’emporte en son antre, et que là, dépeçant Membre à membre ce corps qui ruisselle de sang...
C R Ê l' S E , avec un cri d’horreur.
Ah !
MÉDÉE, avec dédain.
Que disiez-vous donc que vous étiez jalouse ?
CREUSE, avec le plus jrrand trouble.
Pardonnez!... J’en conviens, votre fureur d’épouse, Votre voix, vos regards, tout me glace d’effroi,
Et cependant vers vous je reviens malgré moi.
Avec une sorte do terreur.
Notre conformité de destin, continue!...
Comme vous je déteste une femme inconnue !
Vous !
MEDEE
CREUSE
Par delà les mers elle a fui, je le croi,
Et pourtant son image est toujours devant moi.
MÉDÉE
Votre époux l’ainte encore?
CREUSE
Oh ! non ! il me l’assure !
MÉDÉE
Que vous importe alors?
CREUSE
Toujours je me figure
Qu'en dépit des déserts, des mers et des remparts, Elle va tout à coup paraître à mes regards !
Et que son art maudit, des philtres que j’ignore, M’arracheront vivante à celui que j adore...
MÉDÉE
Quelles terreurs d’enfant !
MfiDÊE.
CREUSE
Si vous saviez son nom !
M ÉDÉE.
Quel est ce nom fatal ? .
c RÉUSE.
Vous le dire?... Oh ! non ! non !
Parlez, vous.
MÉDÉE
J’y consens. Il est une merveille Dont le récit peut-être a frappé votre oreille :
La toison d’or!
CREUSE, avec un commencement de crainte.
Eli bien !
MÉDÉE
On vous parla souvent...