DU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS
glorifiant dans le cœur très-saint de votre Fils bienaimé les principaux bienfaits de sa charité envers nous, de nous réjouir aussi de ces bienfaits d'une manière efficace et par les fruits que nous en retirerons, par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.
ÉPITRE (1 Pierre, V, 6-11).
Humiliez-vous donc sous la puissante main de4)ieu, afin qu'il vous élève au temps de sa visite, jetant en lui toute votre sollicitude, parce que lui-même a soin de vous. Soyez sobres et veillez ; car le démon, votre adversaire, tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. Résistez-lui donc en demeurant fermes dans la foi, sachant que vos frères, qui sont répandus dans le monde, souffrent les mêmes afflictions que vous. Le Dieu de toute grâce, qui vous a appelés en Jésus-Christ à son éternelle gloire, vous perfectionnera , vous fortifiera et vous affermira, quand vous aurez souffert un peu de temps. A lui la gloire et Tempire dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
Dans les peines qui nous arrivent, dans les tentations auxquelles nous sommes exposés, et dans
m* DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE. 387
les tribulations qu'elles amènent, si nous y cédons, nous sommes portés naturellement à nous apitoyer sur notre sort, qui nous semble pire que celui des autres, et comme si nous étions les pri* vilégiés du malheur, nous pensons, on du moins nous disons à qui veut l'entendre, que ces cboses-Ik sent faites pour nous, et que nous sommes plus à plaindre que personne. De là des sentiments on des paroles contre la justice de la Providence, des mouTements d'envie contre les autres, de dépit de leurs av»Eitages, et le découragement en ce qui Dous concerne. L'apôtre veut ici nous préserver de cette mauvaise disposition en nous montrant que nous sommes dans les mêmes conditions que tons nos semblables , exposés aux mêmes dangers et secourus aussi par la même protection. Ces dangers nous viennent du dedans et du dehors : du dedans, par les misères de notre âme, de notre esprit et de notre corps. L'homme est toujours prêt à s'exalter par l'orgueil, à se troubler par les inquiétudes de l'esprit, et les nécessités et les malades du corps amènent bien des douleurs. An dehors nous sommes plus on moins en lutte avec les personnes et les choses qui nous entourent. Toutes sortes d'excitations nous arrivent par l'action des objets sensibles sur la concupiscence, d'où sortent des désirs sans cesse renaissants, des passions désordonnées; et par derrière tout cela,
l'apôtre nous montre l'ennemi de Dieu e\ de l'homme, celui qu'il appelle notre adversaire, qui tourne autour de nous comme im lion rugissant, cherchant qui dévorer. Mais, ajoute-t-il, tous jouissent aussi des mêmes secours au milieu des périls communs. Car Dieu a soin de toutes ses créatures, et Jésus-Christ nous assure que tous les cheveux de notre tête sont comptés. (Luc, XII, 7.) Jetons donc toute notre sollicitude en la bonne Providence, et ne nous inquiétons point tant de nous-mêmes et de notre avenir. A chaque jour suffit sa peine, et chaque jour aussi apporte son secours. (Matth., VI, 34.) Quand dans une situation donnée nous avons fait tout ce que le devoir et la prudence demandent, remettons le reste entre les mains du Père céleste, qui sait mieux que nous ce dont nous avons besoin et ce qui nous sera vraiment utile. Mais aussi pendant ce temps sachons maintenir notre imagination, nos désirs, notre volonté propre ; ne nous laissons point entraîner par l'orgueil ni par la concupiscence, afin de ne point donner prise aux atteintes de l'ennemi. Opposons constamment à ses attaques le bouclier de notre foi, contre lequel, dit saint' Paul (Éphés.^ VI, 16), s'éteindront ses traits enflammés; et rappelonsnous toujours, ce qui nous sera une force et une consolation dans nos souffrances, que nos tribulations, si elles ne sont pas un châtiment mérité,
APRÈS LA PENTECOTE. 389
nne juste expiation de nos fautes et ainsi un effet de la justice de Dieu, sont une épreuve de sa miséricorde, qui nous prépare par l'humilité, la patience, la résignation et l'abandon entre ses mains à l'éternelle gloire, où nous- ne pouvons être établis et fixés qu'après avoir souffert un peu de temps en union avec Jésus-Christ pour la mortification du vieil homme et la formation du nouveau.
Les publicains et les<pécheurs s'approchant de Jésus pour l'écouter, les pharisiens et les scribes en murmuraient, disant : Quoi, cet homme reçoit les pécheurs et mange avec eux. Alors il leur proposa cette parabole : Qui d'entre Yous, s'il a cent brebis et s'il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour courir après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve î Et quand il Ta retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules, et de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins et leur dit : Félicitez-moi, parce que j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. Ainsi, je vous le dis, il y aura plus de joie au ciel pour
396 TROISÏÈMB DIMÀNCHB
un seul piécheur qui fkit pénitence cpiejoar quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'en ont pas besoin. Ou qui est la femme qui, ayant dix drachmes et en ayant perdu une, n'allume sa lampe, ne balaye sa maison, et ne cherche avec soin jusqu'à ce qu'elle la trouve î Et après l'avoir trouvée, elle réunit ses amies et ses voisines^ leur dit : Félicitez-moi, parce que j'ai retrouvé la drachme que j'avais perdue. Ainsi, je vous le déclare, il y aura une grande joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait pénitence.
Cet évangile nous offre à la fois une leçon frappante et une douce consolation. Il met en regard la rigueur de la justice pharisienne et la misé*» ricorde de celle de Jésus-Christ. Les pharisiaQ;» s'indignent de le voir accueillir des publicains, des pécheurs; il se laisse approcher et entourer par eux, il mange même avec eux! Ils disent dans leur cœur ce que murmurait Simon, voyant Madeleine qui lui baisait les pieds, les arrosait de ses larmes,, et les essuyait de ses cheveux : Si cet homme était prophète, il saurait que cette femme est une pécheresse.... (Lue, Vn, 39.) L'exttoaple du Maître nous apprend donc ici à distingue!? le pécbé du
péclieitr. Détestons le péché qui offense la justioe divise, aimons le pécheur^ parce qu'il est un en^ fant de Dieu» paroe qu'il est notre frère selon la nature et en Jésus-Ghrist, et enfin à cause de sa fsôbiesse et de sa misère ; car quel malheur plus déplorable que de vivre en l'opposition avec Dieu? Jésus-Christ l'aime, non parce qu'il est pécheur, mais quoiqu'il le soit et parle désir qu'il cesse de l'être. Il Taime comme le médecin aime son malade^- pour le guérir, et c'est pourquoi il a dit : ■ Le méfkein ne vient point pour ceux qui se portent bien, mais pour ceux qui souffrent. » (Luc, V, 12.) Il l'aime comme le bon pasteur aime la brebis perdue et malgré sa perdition. Il court donc après elle, la cherche par monts et par vaux, lais^ sant pour eUe celles qui sont à la bergerie. II n'a pemt de repos qu'il ne Tait retrouvée , et alors conune elle s'est épuisée par son égarement et ne peut plus se soutenir seule, il la prend sur se» épaules et larapporte joyeux au bercail. Quelle le^ çon pour nous, qui la plupart du temps sommes port^ à juger les autres si sévèrement, et cela^ héfas t bien plus par un retogr égoïste sur nous-^ luémes, et afin de nous élever en rabaissant le prodiain, que par une peine sincère de voir l'esté méconnue ou violée? €'est donc une jus^i^fr phamssaque, qui vient de notre orgueil plus qu& de no^re ccmsdwice, et dans ces cas, à coup sûr.
nous avons plus de plaisir de pouvoir blâmer les autres, que nous ne ressentons de peine de leurs fautes. Soyons donc, à l'exemple de Jésus-Christ, plus indulgents pour la faiblesse de nos semblables, même y eût-il du scandale, conmie certainement la conduite de Madeleine avait dû en causer. Rappelons-nous que ces hommes dédaignés par les pharisiens sont devenus les plus fidèles amis du Sauveur, et que Madeleine, la pécheresse, la femme décriée, a réparé ses hontes par sa pénitence, et qu'il lui a été beaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé (Luc, VU, 4). N'oublions pas la parole de saint Paul , que nous devons être disposés à regarder tous les autres comme meilleurs que nous ; et en efTet, qui connaît ce qu'il y a au fond des cœurs et ce que la grâce de Dieu peut en tirer, malgré les pensées des hommes? La consolation, jointe à la leçon, c'est de pouvoir espérer cette grande miséricorde pour nousmêmes, quels que soient nos fautes et notre égarement. La brebis perdue s'était bien éloignée du bercail , puisque le bon pasteur a eu tant de peine k la rejoindre, et cependant il ne Ta point abandonnée à elle-même, comme elle le méritait; il l'a rapportée sur ses épaules. Ainsi a fait le Pasteur des pasteurs, qui a porté sur la croix les iniquités de tous les hommes. Ainsi les pasteurs qu'il a envoyés, et qu'il enverra jusqu'à la fin des
APRÈS LÀ PENTECOTE. 393
siècles, doivent faire pour les ouailles qu'il leur confie. La sonrce de la miséricorde coule toujours intarissable, et nous n'avons qu*à en approcher les lèvres de notre âme pour en être rafraîchis, pénétrés, réconfortés. Allons donc au Sauveur avec confiance, même quand nous sommes coupables on malades. Allons à lui , comme autrefois ces hombles publicains, ces pauvres pécheurs, attirés par sa douceur, par le charme divin de sa parole et qui y cherchaient instinctivement leur salut, pendant que les pharisiens s'indignaient de la tolérance du Maître et de leur audace. Pécheurs ou non, sa parole sera toujours pour nous la parole de vie, et nous serons heureux, si après avoir bien vonlu nous instruire des choses éternelles par renseignement de son Église, il daigne aussi nous admettre à sa table et nous nourrir du pain du ciel.
PRATIQUE
Ayons autant d'indulgence pour le pécheur que d'horreur pour le péché. Cherchons à excuser le prochain plutôt qu'à l'accuser, môme quand il est coupable, et si l'un de ceux qui dépendent de nous s'égare dans le désordre, faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour le ramener au bien, même par des
PRIERE
0 Dieu, le protecteur de ceux qui espèrent en vous,
394 m* DIMANCHE APRÈS LA PBUTECOTE.
sans lequel il n'j a dans rhomme ni force ni sëotetô, multipliez sur nous votre miséricorde, afin que, TOUS ayant pour pasteur et pour guide, nous passions à travers les biens de ce monde de manière à ne point perdre ceux de Téternité. Par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.
lE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS U PENTECOTE.
fiPITRE (aux Rom., VIII, 18-23)*
Je suis persuadé que les souffrances de la vie présente n'ont aucune proportion avec la gloire qui sera un jour révélée en nous. Aussi les créatures attendent avec désir la manifestation des enfants de Dieu; car elles sont assujetties à la vanité, non pas volontairement, mais à cause de celui qui les y a assujetties, et elles ont l'espérance d'être délivrées de la servitude de la corruption, pour participer à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu. Car nous savons que jusqu'à cette heure toute créature gémit et est comme dans les douleurs de l'enfantement. Et non-seulement les créatures, mais aussi nousmêmes, qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons au dedans de nous, attendant l'adoption des enfants de Dieu et la délivrance de notre corps«
L'Apôtre par ces paroles anime l'ardeur des chrétiens à poursuivre la gloire immense qui leur est promise , dont ils ont déjà reçu les prémices ici-bas par la grâce , et qui ne sera pleine et immuable en eux que dans l'éternité , alors que leur âme sera unie indissolublement à Dieu par Jésus- Christ. C'est à celte fin bienheureuse que noi sommes appelés, et toutes les créatures avec noi car, comme elles ont été solidaires de notre dej née dans le malheur et par notre faute, puis( ayant été faites pour nous, elles devaient parti notre sort, ainsi dans le bonheur et par notre . habilitation elles auront aussi part à notre dtivrance et à la restauration de l'humanité. Tel est l'avenir après lequel tous les êtres créés souph^ût f ici-bas ; et comme avant la venue du Christ tout | présageait, prophétisait et coopérait à amener le 1 Messie, depuis qu'il est venu et qu'il a implanté j dans rhumanité le germe de la vie étemelle, toutes y les créatures soupirent après le développement de ce germe divin, toutes attendent son plein épa- ' nouissement, afin qu'il produise ses fruits d'affran- I chissement, de renouvellement, et de gloire. Le ! monde entier, suivant la parole énergique de saint Paul, est dans l'enfantement d'un monde nouveau où régneront sans partage la vérité, la justice etle bien ;-oii l'homme délivré du joug de son corps n'obéira plus qu'à sa raison, laquelle sera éclairée
APRÈS LA RENTECOTE.
et dirigée uniquement pai la lumière divine, pendant que sa volonté^j^^me avec celle de Dieu. Âperiatur terra et^hninet ScUvatorem^ que la ouvre et ij^Re produise le Sauveur, disait iprit-Saint annonçant le Mes- ) Il dit maintenant par la voix nis crealura ingemiscit et parturit \ adoptionem fiUorum Dei expec- VIII, 22.) Et le grand gémissement I , cet enfantement d*un monde noul'homme plus que tous les autres que c*est lui qui a reçu les prémices dation céleste et de ce glorieux afiranles autres ne participeront que ^[flH^^^^H|fatt^i*é en lui et par lui. Quand Mi adopuRN^^Bt de Dieu sera complète pB sa libératioi^^Ba servitude du corps et desHéments do|^^r dépend dans son état naturel ^^ors lej^Rveliement de son être entraînera cIBMB^tres créatures de ce monde; et, suivant la parole de l'Apocalypse , il y aura uu nouveau ciel et une nouvelle terre, comme il y aura une humanité nouvelle, unie au Verbe en la personne adorable de Jésus-Christ, assise avec lui à la droite du Père, dont elle partagera dans le Fils et à jamais le bonheur, la puissance et la gloire. Là, et là uniquement, se trouvent donc le principe vivant et la cause efficace du vrai pro-
39« QUATRIÈME DÏMANCHB
grès du genre humain, et même de la création tout entière. Car, en eontinuant à nous servir de l'image employée par TApôtre, cemme le progrès pour une femme enceinte consiste à avancer insenr siblemeiit et avec sûreté, bien qu'au mi'lieu de» douleurs, vers le terme de sa gestation , qui est l'enfantement d*un nouvel homme qu'elle doit mettre au jour; ainsi l'humanité, fécondée par la vertu de la vie éternelle que Jésus-Christ lui a transmise, a conçu en elle par l'opération du Sainl*Esprit une créature nouvelle, l'homme céteste , la parfaite image de son créateur, et sod progrès consiste aussi à amener heureusement S terme ce produit du ciel, qui mûrit incessamment dans son sein, et qu'elle doit à son tour, quand son temps sera venu et avec laide des anges, mettre au jour de l'éternité. Il en est sous le rapport de chaque homme comme de l'huma^ nité entière. Chaque chrétien régénéré par le baptême porte en lui l'homme parfait, le véritable enfant de Dieu, le vrai frère de Jésus-Christ, qu'il doit former en lui pendant son existence ici-bas, afin de l'enfanter heureusement en sortant de ice monde et quand il comparaîtra devant Dieu. Cette longue parturition ne se fait point sans douleur; car le nouvel homme ne peut vivre et s'accroître qu'aux^dépens de l'ancien qui ne veut pas mourir; et pour l'en dégager entièrement, il faut rompre
APRÈS LA PENTECOTE. 399
tous les Hens de la vie naturelle qui Vj attachent, ce qui ne s^opère point sans déchirement ni sang souffrance par le trayail de la mortification. Mais, dit saint Paul (i?om., VII, 17), noos ne pouvons être glcmfiés Avec Jésus-Christ que si nous souffrons avec lui, et pour ressusciter avec lui, il faut mourir avec lui. Mais il n'y a point de proportion entre les tribulations de la vie présente et la ^oire future qui sera révélée en no as. Car, sans même les comparer dans leur intensité, et il n'y a point de comparaison possible entre des choses finies et des choses infinies, il y a au moins cela qui les différencie profondément, dit saint Augustin, que les douleurs d*ici-bas, si cruelles qu'elles soient, même celles de la croix de Jésus-Christ, sont passagères et se détruisent avec le temps; tandis que les joies de Téternité sont impérissables comme elle, et ainsi s'ajoute à leurs délices , qui surpassent tout ce que nous pouvons sentir et imaginer, la conscience de leur immutabilité et Tassurance de ne jamais les perdre, ce qui met le comble au bonheur.
Il arriva un jour que Jésus étant sur le bbrd du lac de Génésareth, et se trouvant accablé par
la foule du peuple qui se pressait pour entendre la parole de Dieu, il vit deux barques arrêtées au bord du lac, dont les pécheurs étaient des^ cendus et lavaient leurs filets. Il monta donc dans Tune de ces barques, qui était à Simon, et le pria de s'éloigner un peu du rivage. Et s'étant assis, il enseignait la multitude du haut de la barque. Dès qu'il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avancez en pleine eau et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; néanmoins sur votre parole je jetterai le filet. L'ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que le filet se rompait. Ils firent signe à leurs compagnons, qui étaient dans une autre barque, de venir les aider. Ils vinrent et remplirent tellement les deux barques, qu'elles étaient près d'être submergées. A cette vue Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant : Retirez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur. Car la pêche qu'il venait de faire l'avait stupéfait, lui et tous ceux qui étaient avec lui, aussi bien que Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui
APRÈS LA PENTECOTE. 401
étaient les compagnons de Simon. Alors Jésus dit à Simon : Ne craignez point ; désormais ce sont des hommes que vous prendrez. Et ayant ramené leur barque au rivage, ils quittèrent tout et le salvirent.
Tout est symbolique dans ce fait de la pêche miraculeuse, qui désigne la pêche évangélique que rÉglise fait au milieu de la mer du monde, et qu^elle continuera, sur la parole de Jésus-Christ, jusqu'à la fin des siècles par la prédication et la propagation de la foi. Il n'y a pas un mot de cette histoire qui ne soit une préfiguration et comme une prophétie de la conversion des nations. Jésus, pour parler à la foule qui remplissait le rivage, monte sur la barque de Pierre; et aujourd'hui encore, c'est du haut de la barque de saint Pierre portée et ballottée, mais jamais submergée par les flots du monde, que le Fils de Dieu enseigne à la multitude de toutes les parties de la terre, à toutes les nations, à toutes les conditions par la voix de Pierre, qui est encore le patron de la barque, mais qui de pêcheur de poissons est devenu pêcheur d'hommes, et que le Maître a fait son représentant ou son vicaire en ce monde. Pierre, assis au gouvernail de la barque, ou préposé au. gouvernement de l'Église, explique au genre humain
tout ce que Jésus a enseigné à ses apôtres : Itt it docete omnes gentes quxcumque mandavi vobis, allez et enseignez à toutes les nationà tout ce que je vous ai recommandé. (Matth., XVm, 20.) De là renseignement universel ou catholique ^ qui part toujours de la barque de saint Pierve va peu éloignée de la terre, c'est-à-dire plus rapprochée du ciel. Enseignement universel à double titre , d'abord parce qu'il révèle les vérités infinies au-dessus de l'espace et du temps , et ensuite parce qu'il les annonce à tous les hommes, auxquels elles conviennent toutes, parce qu'elles sont les paroles de l'éternité. Puis le Seigneur dit à Pierre : Dtic in altum^ avance en pleine mer, ce qui peut se prendre moralement en deax sens, le premier se rapportant, comme dit saint Ambroise {lib, IV, in Zifcc, cap. v), à la profondeur des questions traitées par l'Église et qui sont comme une mer sans fond , à savoir : les dogmes de la génération divine , de rincamation, de la rédemption, etc., vérités que la raison humaine ne pent comprendre par elle-même, et qu'elle ne saisit que par la foi. Le second sens fait allusion à la multitude des nations, auxquelles l'Église a été chargée de porter l'Évangile jusqu'aux extrémit& de la terre. La barque de saint Pierre, par la prédication universelle de ses missionnaires, s'est lancée hardiment, sur la parole de Jésus-Ghrist dans
APBÈS LA PENTECOTE. 408
la pleine mer de rhomanité , répétant partout lefi pjttoles dn lac de Génésareth, et jetant son filet avec confiance pour prendre des âmes et non plus des poissons. Aussi a-t-elle fait à travers les siècles (Uie pêche merveilleuse, tellen^nt abondante , ^'elle a failli être submergée par ce qu'elle portait; ou autrement Timmensitë du gouvernement de l'Église, établi sur toute la terre et chez tous ks peuples, lui a causé dans tous les temps beaucoup d'embarras, lui a attiré de nombreuses ^ntradictions, et parfois des tourmentes qui auitieut fait sombrer la barque de Pierre, si Jésus a'y était toujours présent pour la maintenir, soit qu'il semble y dormir au milieu de l'anxiété de ^Qs disciples, soit que, réveillé par leurs prières, il se lève et commande aux vents et à la tempête : ce qui rétablit aussitôt le calme. Et pour que rien ne manque à cette admirable similitude, l'impuissance de la raison réduite à elle-même est encore signifiée ici par la réponse de Pierre : Maître^ nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Ainsi, les pêcheurs d'hommes ne les prendront pas non plus par les arguments de la science Immaine, ni par la pompe ou les artifices de son floquence. Ce n'est point la raison de l'homme qui changera la face du monde et convertira les nations à la justice et au bien ; ce sera la parole de Jésus-Christ qui pousse la barque de Pierre ,
et lui fait jeter son filet en pleine mer, malgré les objections de là raison qui n'avait rien pris jusque-là et contre son expérience. Mais Pierre croit à la parole de Jésus plus qu'à sa raison propre, et il y croit à cause de ce qu'il a vu et entendu de son divin maître. Son enseignement et ses œuvres ont excité la foi dans son âme, et cette foi au Fils du Dieu vivant, fait homme pour le rachat et le salut des hommes, anime et remplit le cœur de Pierre, comme elle vivifie et soutient rÉglise dont il est le fondenient. Tu es Petrus, et super hanc petram œdificabo Ecclesiam meam, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. (Matth., XVI, 18.)
PRATIQÛB.
N'entreprenons jamais rien sans invoquer le nom et le secours de .Jésus. Dé nous-mêmes nous n'avons pas même une bonne pensée, et à plus forte raison, si nous Pavons, sommes-nous impuissants à la réaliser. Ne poussons notre barque dans les af- ^faires de ce monde, et n'y jetons notre filet que sur la parole du divin Maître. Mais avec cette parole ne craignons ni la profondeur de la mer ni l'agitation des flots, ni les tempêtes.
APRÈS LA PENTECOTE. 405
PRIÈRE
Nous vous prions, Seigneur, de régler par Tordre de votre providence le cours des choses humaines de telle sorte que nous jouissions de la paix, et que votre Église recueille avec joie les fruits d'une douce piété, par notre Seigneur Jésus-Christ, ete.
ÉPITRE (1 Pierre, III, 8-13).
Qu'il y ait entre vous unanimité de sentiments, de sympathie, l'amour de la fraternité. Soyez miséricordieux, modestes, humbles, ne rendant point le mal pour le mal, ni l'outrage pour l'outrage ; mais bénissant , au contraire, parce que vous avez été appelés à devenir héritiers de la bénédiction. Car si quelqu'un aime la vie et désire des jours heureux, qu'il préserve sa langue de la médisance et que ses lèvres ne prononcent point des paroles trompeuses I qu'il se détourne du mal et fasse le bien. Qu'il recherche la paix et la poursuive; car les yeux du Seigneur sont fixés sur les justes et ses oreilles ouvertes à leurs prières; mais il regarde avec colère ceux qui font le mal. Qui pourrait vous nuire, si vous ne voulez que le bien ? Que 'si néanmoins vous souffrez pour la justice, vous serez heureux. Ne craignez donc point les maux dont ils veulent vous faire peur et n'en
soyez point troublés ; mais ayez soin de sanctifier dans vos cœurs le Seigneur Jésus-Gbrist.
L'Apôtre nous indique le moyen le plus efficace d'exercer la charité et de conserver la paix du cœur, ce qui tourne à la fois au bien des autres et au nôtre, c'est de nous attacher à ne point rendre le mal pour le mal, outrage pour outrage, à ne point maudire ceux qui nous maudissent ; mais au contraire à les bénir et à leur faire du bien, autant qu'il dépend de nous. Cette vertu, qui est propre au christianisme, ne peut être comprise et pratiquée qu'au moyen de la grâce de Jésus- Clirist, qui, élevant Thomme au-dessus de luimême par la force surnaturelle qu'elle lui communique, le rend capable non-seulement de retenir l'instinct de la défense naturelle et le ressentiment spontané de l'injure, mais d'arrêter encore le sentiment de la justice, qui tend k infliger au mal le diâtiment mérité et en proportion du tort qu'il a Wi&é. La loi du talicm est l'expression de la stricte équité, œil pour œil, dent pour dent, sang pour sang. C'est pourquoi saint Paul dit que la loi de justice ne peut pas sauver et ne mène rien à la perfection. (Feô., VIT, 19.) Car si Dieu dans sa colère bien légitime l'avait appliquée à l'humanité coupable après sa chute, elle périssait à jamais sans pouvtjir retrouver par elle-même la vie perdue.
Aussi la miséricorde Fa emporte sur la justiee (Osée, yi, 6,)y bienqu^ la justice ait été accompEe par rimmolation de la victime divine, qui s'est volontairement substituée en notre place et a souffert pour nous. Mais son immense amour pour les hommes, sa charité a porté le Fils de Dieu à se dépouiller pour ainsi dire de sa gloire en revêtant la nature et la forme de Fhomme, à vivre parmi nous pour nous instruire et nc^us guérir, et enfin à y mourir sur la croix pour nous racheter. Il nous a donc rendu le bien pour le mal, puisque nous avions été rebelles et ingrats, et qu'au lieu de nous punir, comme nous l'avions mérité, ou i^eulemeat de nous abandonner aux suites fatales du péché originel, ce qui était conforme à Téquité, il s'est chargé de la faute et de son expiation, et a absorbé le mal dans son divin sacrifice comme l'Apôtre l'enseigne par ces paroles : « Vous devez vaincre le mal dans le bien. » {Rom,, XII, 21.) C'est, en effet, la semle manière de le détruire avec toutes ses conséquences. Le chrétien doit donc faire comme son maître; il doit à son exemple absorber le mal dans le bien, et, pour cela, non-seulement ne jamais se laisser aller à commettre le mal feu paroles ou en actes, mais encore supporter patiemment ceux qui lui en font, même injustement; car alors il est heureux de souffrir pour la justice en union avec Jésus-Christ. Alors, en eff^et, s'il n'a
APRÈS LA PENTECOTE. 409
point mérité ce qu'il souffre, si ses tribulations ne sont point un châtiment légitime de ses fautes, c'est véritablement pour le bien et le bien seul qu'il les subit, c'estrènlire pour Dieu, qui est le bien parfait, le souverain bien, et pour le salut du prochain auquel il se dévoue ou s'immole suivant ses forces, comme la victime qui a porté les péchés du im>nde.
Jésus dit à ses disciples : Je vous déclare que j si votre justice n'est pas plu^ abondante que ' celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Vous I savez qu'il a été dit aux anciens : Vous ne tuerez point, et quiconque tuera, méritera d'être I condamné par le jugement. Mais moi je vous I dis : Celui qui se mettra en colère contre son : frère méritera d'être condamné par le jugement ; celui qui dira à son frère raca, vous êtes un fou, méritera d'être condamné au feu de Tenfer. Si donc en présentant votre offrande à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre of-
410 CINQUIÈME DaiANGHE
fraude devaat TauteU et allez auparavsu^t vous réconcilier avec v^re frère, et vo«» revienduei ensuite offlrir votre don.
Jésus-Christ en eommençaiit la prédication d» rËyangile pose les fondements de la doctrine chié* i tienne, et annonce aux hommes la perfection à Ji^ quelle il les appelle. Il leur recommande une ju&tice plus abondante que celle des scribes et d« pharisiens, qui ne fait pas entrer dans le royaniaè du ciel. C'était la justice de Tancienne loi, M est* core mal interprétée et mal pratiquée par igno^ rance ou par hypocrisie. En elle-même elle étal bonne à son degré , mais insuffisante pour ju^ fier l'homme pleinement et le réconcilier avfiO Dieu. C est pourquoi Jésus dit qu'il est venu ponr la perfectionner et non pour la détruire. Là là mosaïque, en effet, proclamée au milieu du toat nerr» et des éclairs et sanctionnée par les pins terribles châtiments, est une loi de terreur. SUft arrête l'homme dans son penchant au mal, dans son activité désordonnée , par des barrières extérieures et par la crainte. Elle maintient le rapport avec Dieu en empêchant l'idolâtrie. Elle foififc la famille par le respect envers les parents et h défense de l'adultère. Elle garantit la sodété €0 interdisant le soeurtre,. le vol, le faux témoignage et les mauvaises convoitises. En un mot, ellecom-
APRÈS Lk PENTECOTE. k\l
fàsûe le mal, le combat, Tempéche de s'effectuer, kpoiiit quand il a été coizunis; mais elle ne Tatteint point an dedans, à sa source, dans le cœur de l'henune, et surtout elle ne le guérit pas, elle j M le détruit pas. Nettoyant seulement les dehors ■àiiase, elle laisse l'impureté dansTintérieur. Elle [ kfaochit au dehors les sépulcres remplis de coriQption, au moins chez les scribes et les phari- «ns^ comme le Sauveur le leur reproche. Il fallait donc une justice plus parfaite pour rendre de nouveau l'homme agréable à Dieu. U fallait pu*
■ nfier rintérieur, afin que celui qui est la pureté néme pût derechef faire ses délices d'y habiter.
j II fallait, en un mot, que non-seulement l'homme Be commît plus de mal par ses actions , mais encore qu'il le rejetât de son âme et n'en eût plus
.-en lui. Car, a dit le Seigneur, ce n'est point par ce qui entre dans son corps que l'homme
■ ^ souillé , mais par ce qui sort de son cœur, ies mauvaises pensées et les mauvais désirs. {Matth., XV, 18.) De là, les nouveaux préceptes ilonnés par l'Évangile , et qui sont le développe^ Bient, le perfectionnement de la vraie justice, h celle qui peut seule remettre en grâce auprès de Dieu. Il ne suffit pas de ne point tuer son prochain, ni de ne point lui faire viol«[ice. U ne faut pas même lui fuîre le moindre mal par la pacole, pas même le vouloir par la pensée. L'adultère du