LEÇON TIRÉE DE L'APOCALYPSE, VÎI
Et je vis un autre ange qui montait du côté de Torient, ayant à la main le sceau du Dieu vivant, et il cria d*une voix forte aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de frayer de plaies la terre et la mer, disant : Ne frappez ni la terre, ni la mer, ni ks arbres Jusqu'à ce que nous ayions marqué au front les servitairs de Dieu. Et j'entendis que le nombre de ceux qui avaient été marqués était de cent quarantequatre mille de toutes les tribus des enfants d'Israël. Il y en avait douze mille de marqués de la tribu de Juda ; douze mille de la tribu de Ruben ; douze mille de la tribu de Gad; douze * mille de la tribu d'Azer; douze mille ae la tribu de Nephthali ; douze mille de la tribu de Manassé; douze mille de la tribu de Siméon; douze mille de -la tribu de Lévi; douze mille
de la tribu d'Issachar; douze mille de la tribu de Zabulon ; douze mille de la tribu de Joseph ; douze mille de la tribu de Benjamin. Je vis ensuite une grande multitude, que personne ne pouYS^it compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue. Ils étaient debout devant le trône et devant l'Agneau , vêtus de robes blanches , avec des palmes à la main, et ils disaient à haute voii : Gloire à notre Dieu, qui est assis sur le trône, et à l'Agneau. Et tous les anges se tenaient debout autour du trône, des vieillards et des quatre animaux, et s'étant prosternés devant le trône ils adorèrent Dieu en disant : Ainsi soit-il : bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à noire Dieu dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.
L'Église nous présente en ce jour le tableau du bonheur des saints dans le ciel, pour nous porter à rendre grâces à Dieu des biens dont il a comblé ses élus; puis à invoquer le secours des bienheureux, unis intimement au Père céleste, et qui ainsi peuvent beaucoup pour nous par leur intercession auprès de lui. Gomme la prière des hommes a plus
de force quand elle est réonie, ainsi Tinterventioxi des saints doit être plus puissante quand elle se fait par tous d'un seul jet, pour ainsi dire^ comme nous le demandons dans l'office de ce jour. Enfin rÉglise a encore et surtout pour but dans la célébration de la fête de tous les saints, d'eMter notre espérance par la vue de leur gloire et de leur félicité, et avec notre espérance notre émulation et notre courage. Elle nous rappelle que nous sommes appelés par la grâce de Jésus-Christ à jouir des mêmes avantages, et que pour les acquérir, même en ce monde, nous pouvons déjà y faire, quoiqu'à un moindre degré, ce que les saints font au ciel. En efiTet, TÂpocalypse nous dit que les saints sont debout devant le trêne de Dieu, en présence de TAgneau, comme des ministres fidèles toujours prêts à recevoir et à exécuter les ordres de leur maître. Or, le trône de Dieu est aussi parmi nous, ecce tabernaculum Dei cum hominibus, (Apoc, XXI, 3.) L'Agneau daigne y habiter, s'y immoler, et sa présence y est perpétuelle. Qui nous empêche de nous tenir toujours en face de lui, au moins par l'esprit, prêts à entendre et à exécuter sa parole, ne pensant rien, ne faisant rien qu'en présence de Dieu, avec le désir de loi être agréables et n'ayant que sa gloire en vue. Voilà ce que font les saints. Malheureusement c'est notre propre service, et non celui de Dieu,
qui nous prëoccupe le plus. A peine si nous lui donnons quelques moments chaque jour dans la prière ou la méditation, et même dans les jours qui y sont consacrés on a hâte trop souvent d'en finir. avec le culte divin, faisant tout juste ce qui est exigé pour vaquer à ses plaisirs ou s'adonner au repos, mus devrions avoir Toreille toujours ouverte à la parole de Jésus-Christ pour Taccomplir aussitôt, et il se trouve que, si par malheur elle nous gène ou nous contrarie, nous ne voulons pas l'entendre , nous ne l'écoutons pas , ou nous tâchons de l'éluder d'une manière ou de l'autre.
Les saints sont vêtus de robes blanches. N'avonsnous pas aussi reçu une robe blanche au baptême, et qu'en avons-nous fait ? Elle a été tachée, souillée par le péché. Mais qui nous empêche de la laver aussi dans le sang de l'Agneau, à la piscine de la pénitence, et alors, comme les bienheureux, nous pourrons prendre part au banquet céleste revêtus de la robe nuptiale et sans craindre d'être chassés du festin par le Roi du ciel, et jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Les bienheureux ont dans leurs mains des palmes qu'ils agitent en signe de triomphe; car, par la grâce de Dieu et le sang de Jésus-Christ, ils ont triomphé du prince du mal, du mensonge et de la mort. Bs sont entrés dans la vie divine par Jésus-
Christ, dont ils sont devenus les zoembres, et rien ne peut plus les en séparer. Us sont heureux pmer rétemité du bonheu? même de Dieu. Mais nous, qui appartenons à l'église militante et qui com* battons encore ici-bas pour remporter la vio toirOi ce sont des armes que nous portons, les armes spirituelles dont l'Église nous revêt c(»ame d'une armure céleste et que décrit saint Paul (Éphis.y YI, 11), à savoir.: le casque) du sabt qui repousse de notre tête et de notre esprit les mauvaises pensées ; le bouclier de la foi où viranent s'éteiiûire les traits enflammés de Satan ; la cuirasse de justice qui nous défend des atteintes des passions ; la ceinture de la vérité qui, en serrant nos reins dans sa sévère étreinte,, nous préserve des illusions de la sensualité , et enfin le glaive de Tesprit, qui est la parole de Dieu, anne k la fois de défense et d attaque: de défense, contre les tentations et les paroles perfides de Yennemi, que Jésus-Christ au désert a dissipées par les textes de la parole sacrée; d'attaque, pour exposer simplement la vérité, ou la défendre contre l'erreur.
Les saints chantent au ciel les louanges de Dieu, qui nous empêche d'en faire autant sur la terre? L'Église, qui est une image du ciel nous y iufite par ses belles cérémonies, symboles des choses éternelles, et où les âmes pieuses, qui y partici-
peut avec foi, avec amour, éprouvent déjà les press^timents des joies de rëternité. Et, si nos oeeupations ne nous permettent pas de vaquer sans cesse au service de Dieu, ne pouvons-nous pas toujours lui rendre hommage par notre obéissance et notre dévouement? Quoi que vous fassiez, dit saint Paul, que vous mangiez ou que vous buviez, que ee soit pour la gloire de Dieu. (1 Cor., X, 31.) Nous pouvons donc faire mir la terre tout ce que les saints font au ciel, et ainsi jouir jusqu'à un certain point de leur bonheur. Et, en effet, n'avons nons pas déjà le ciel dans le cœur, quand nous nous tenons en la présence de Dieu avec une conscience pure, les armes du salut dans la main, et rendant grâces et louanges à Celui qui est sur le trône et à l'Agneau. Il y a seulement cette différence, et elle est grande, qu'ils sont dans la gloire et nous dans les périls du combat ; ils ont remporté le prix, et nous courons encore pour le saisir. Mais, comme d'un côté ils sont entièrement unis à Dieu par leur existence glorifiée , et de Tautre intimement unis à leurs semblables par les liens de l'humanité et surtout par le corps de Jésus- Christ ou rÉglise dont tous les chrétiens sont les membres au ciel, sur la terre, et dans les lieux inférieurs, nous pouvons invoquer leur secours avec confiance pour obtenir ce qui nous manque par leurs prières en cette bdUie solennité, qui est
une image de Téternelle fête célébrée par IMen Im-méme an ciel avec tous les saints. Unissons donc nos cœnrs et nos voix aux cœurs et aux voix des bienheureux , aux chants des anges, des vingt-quatre vieillards et des quatre animaux qui se prosternent devant Dieu et l'adorent en s'écriant : Ainsi soit«il , bénédiction, gloire, sagesse, ' action de grâces , honneur, puissance et force à notre Dieu dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
Jésus voyant la foule du peuple qui le suivait, monta sur une montagne, et lorsqu'il se fut assis, ses disciples se placèrent auprès de lui. Prenant alors la parole, il les instruisait en disant : Heureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. Heureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre. Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés. Heureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde. Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. Heureux les pacifiques, parce qu'ils seront ap-
pelés enfants de Dieu. Heureux œux qui souffrent la persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Vous serez heureux, quand les hommes vous maudiront, vous persécuteront, vous accableront de calomnies à cause de moi. Réjouissez-vous alQrs* et faites éclater votre joie, parce qu'une grande récompense vous est réservée au ciel.
Cet évangile renferme la substance de la doctrine chrétienne, en ce qui concerne les moyens de parvenir au bonheur éternel ou à la béatitude dont IfApocalypse nous fait le tableau ; et ses moyens ont été appelés les béatitudes^ à cause de l'expression beati et du nom de la fin où ils tendent. Il y aurait un traité à faire sur chacun; mais nous ne pouvons ici qu'indiquer en quelques mots leur sens et leur portée.
La pauvreté d'esprit, ou par l'esprit, ou selon l'esprit, qui procure le royaume du ciel, n'est point la sottise, ni l'ignorance, comme on affecte de le dire dans le monde léger ou incroyant. Suivant les interprétations des saints Pères, elle signifie l'humilité de la foi , qui se vide de son esprit propre ou renonce à sa pensée pour croire à la parole divine, recevant avec elle et en elle la lumière et la charité d'en haut qui ^éclairent son intelligence
et échauffeBt son ftme, ce qui la rend heureuse. On bien elle désigne la résignation chrétienne du pauvre , qui accepte sa misère en union avec Jésus-Christ et par sa grâce : ce qui lui donne l'espoir d'un dédommagement au ciel. Ou encore elle signifie la privation volontaire du riche, qui se fait pauvre par charité à l'exemple du Fils de Dieu en se dépouillant des biens de ee monde par l'aumône.
Beati mites! C'est la douceur qui sort de Thumilité et de la connaissance de sa faiblesse. Elle porte à se résigner aux peines inévitables de cette vie, {dutôt que de regimber contre la souffrance et la mauvaise fortune. Les doux posséderont la terre, c'est-à-dire en retireront par leur patience tout le bien qu'elle peut procurer. Oi encore, avec d'autres Pères, on peut entendre par la douceur la force morale opposée à la force physique^ et qui est essentiellement douce, parce qu'elle n'agit sur les hommes que par les moyens spirituels de la parole, qui, en convaincant leur esprit ou touchant leur cœur, les amène à ce qu'elle pense et veut, donc les possède par leur conviction ou leur affection, et possède aussi avec leur volonté tout ce qu'ils ont, ou la terre et ses biens.
Beati qui lugent! Autre scandale pourlenHmde, qui ne voit dans les pleurs que les signes de la peine ou les efiîets de la douleur, tandis que Jésus-
CShnst en fait ici nne souree da- joie et de bëatitude. Geiiz qui pleurât seront consolés, dit-il. C'est donc qu'ils auront fait en pleurant quelque . diose pour Dieu qui leur en tiendra compte, et cela n'arrive que dan& les larmes versées pour la justice ou par le chagrin d'avoir commis le mal, à savoir, les larmes du repentir de ses fautes, de la résignation dans la souffrance, ou de la compassion pour les peines des autres» Les pleurs de dépit, de ressentiment, d'envie^ de colère sont amers comme leur principe^ et ne servent -de rien poui le bonheur ni de la terre, ni du ciel. Celuilà seul qui souffre et pleure pour la justice mérite d'être consolé.
Heureux ceux qui ont £aim et soif de la justice ! Pleurer ses fautes montre que le sentiment de la justice est réveillé dans le cœur, qui la recherche dès lors pour satisfaire sa conscience et soutenir sa vie monde, dont la justice est l'aliment. Elle devient donc un besoin pour l'homme qui veut sortir du mal ou l'éviter avant tout. Ce besoin le pousse à combattre le mal en lui et hors de lui, et à l'expier pour lui-même ou porur lôs autres, afin de le diminuer oude le détruire par le châtiment mérité. De Ih. le désir ardent ou la soif de la réparation chezles grands pécheursconvertisouchezlessaints, et cette soif s'apaise par les rigueurs de la mortification qui doit éteindre le péché et ses suites, à
Texemple de rimmolation de Jésus-Christ pour le rachat et le salut des hommes. Ceux qui ont faim et soif de la justice auront le bonheur d'être rassassiés , parce que ne faisant que ce qui est conforme à Téquité, à la loi divine, à la volonté de Dieu, leur âme s'unissant toujours plus à Dieu qui est la justice souveraine, y trouvera de quoi apaiser sa faim dévorante, ou le désir infini du bonheur qui Fagite.
Heureux les miséricordieux ! La miséricorde est au-des^s de la justice, qui dans sa rigueur rend le bien pour le bien, mais aussi le mal pour le mal. La miséricorde est une émanation de la charité ou de Famour divin, qui rend au contraire le bien pour le mal, et vainc le mal par le bien ou Tabsorbe dans le bien. De là ces paroles du Sauveur : Faites du bien à ceux qui vous font du mal et priez pour ceux qui vous maudissent, ou vous persécutent. C'est ce qu'il a fait toute sa vie et même sur la croix en priant pour ses bourreaux. L'homme se rapproche donc davantage de Dieu en exerçant la miséricorde. H devient Timage plus ressemblante du Dieu d'amour, et s'il a été miséricordieux pour les autres, Dieu le sera pour lui un jour; car il sera donné à chacun selon ses œuvres, et la mesure qu'il aura employée envers ses semblables lui sera appliquée.
A mesure que l'homme est plus miséricordieux,
il devient meilleur; car il se détache davantage de lui-même, de son égoïsme naturel, de ses penchants terrestres , et des choses qui y correspondent. Son cœur s'épure et s'élève en se tournant vers Dieu dont il reçoit plus abondamment la lumière et la grâce , et alors il voit Dieu dans cette lumière céleste qui illumine à ses yeux toute la création physique et morale. Le sens du divin a été ouvert en lui, et déjà en ce monde, par l'exercice plus ou moins intense de ce sens supérieur excité sans cesse par les rayons de la puissance divine qui y pénètrent de toutes parts par les voies naturelles et surnaturelles, par les œuvres magnifiques de la nature ou par les clartés de la parole sacrée , le cœur pur aperçoit Dieu partout, en lui et hors de lui. Il commence donc à jouir ici-bas , bien qu'à un degré inférieur, de cette vue de Dieu, qui lui procure sur la terre ses joies les plus vives, et qui sera consommée un jour au ciel par la pléniljide de la vision béatifique, où il connaîtra Dieu comme il en est connu.
La pureté du cœur procure la paix de l'âme ; la véritable paix que le monde ne connaît pas et ne peut donner, celle que le Sauveur a apportée sur la terre en réconciliant Thomme avec Dieu par le prix de son sang , avec ses semblables par le dévouement de la charité, avec lui-même par le repentir et l'absolution de ses fautes. Et alors ceux
qui jottissent de cette paix da ciel, réhabilités auprès de Dieu par Jésus-Christ, et rivant en lui de sa vie, seront appelés à juste titre les enfants de Dieu; car ils ont été rajeunis par le Yerhe, qui les a fait renaître dans l'eau et par l'esprit ; et, comme dit saint Jean, ceux qui reçoivent en eux le Verbe descendu du ciel, ont le pouvoir de devenir les fils adoptifs du Père, par conséquent, les frères et les cohéritiers du Fils, et ceux-là ne sont nés ni du sang ni de la volonté de la chair mais de Dieu même. (Jean, I, 13.)
Enfin àPhomme ainsi régénéré en Dieu, derenu une nouvelle créature, ce qui peut arriver de plus heureux au point de vue du salut , c'est de soiàfrir la persécution pour la justice, ou pour rétablissement du royaume de Dieu sur la terre. Ceux qui Eurent sacrifié kur sang et leur vie pour la cause de Dieu, en accomplissant sa loi et sa parole au milieu des contradictions humaines, recevront la récompense qu'ils ont ambitionnée, jusqu'à mourir pour le gagner. Ils sont morts pour Jésus-Christ, comme Jésus-Christ est mort pour eux,;et ils lui sont unis à jamais par riinmolation d'eux-mêmes dans sa justice et son amour et aussi dans sa gk»re et j5on bonheur. Car ceux-là seuls jouiront avec lui, qui auront souffert comme lui, {Rom. , VIII, 17.) C'est pourquoi à Jean, qui demande au vieillard : Qui sont ces hommes? le vieillard répond : Ce sont
ceux qui viennent de la grande tribulation et qui ont lavé leur robe dans le sang de l'Agneau. {Apoc, VII, 14.)
PRATIQUE
Qui nous empêche de faire sur la terre ce que les bienheureux font au ciel? Nous tenir en la présence de Dieu, toujours prêts à exécirter ses ordres, ou ne vouloir que ce que Dieu veut; éviter tout ce qui peut souiller la robe blanche reçue au baptême, ou la laver dans la piscine sainte, nous servir utilement des armes du salut, dont FÉglise nous a revêtus, et chanter les louanges de Dieu , au moins en ne faisant rien que pour sa gloire et par l'expression de notre reconnaissance : voilà ce que tout chrétien peut faire chaque jour, à chaque instant, en union avec les habitants du del.
PRXiRE.
Dieu tout-puissant et éternel, qui nous accordez la grice d'honorer dans une même solennité les mérite* de toits vos saints, faites que, en multipliant nos intercessions auprès de vous, nous éprouvions de plus en plus la multitude de vos miséricordes, par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.
9 aofreailire.
ÉPITRE (1 aux Cor., XV, 51-57).
Voici un mystère que je vais vous dire : Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés. En un moment, en un clin d'œil, au son de la dernière trompette, car la trompette sonnera, les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. Car il faut que ce corps corruptible soit revêtu d'incorruptibilité, et que ce corps mortel soit revêtu d'immortalité. Et quand ce corps mortel aura été revêtu d'immortalité, alors cette parole de rÉcriture sera accomplie : La. mort a été absorbée par la victoire, 0 mort, où est ta victoire? 0 mort, oi)^ est ton aiguillon? Or le péché est Taiguillon de la mort, et la loi est la force du péché. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous a donné la victoire par notre Seigneur Jésus- Christ.
La vérité que l'Apôtre annonce ici est un véritable mystère^ que la raison réduite à ses seules forces ne peut ni découvrir ni expliquer^ et qui a été révélé à saint Paul par la lumière surnaturelle, qui éclaire les choses de Tétemité. La raison peut comprendre l'immortalité de l^me, à cause de sa nature spii^ituelle, simple et indivisible, qui Tempéche de se corrompre et de se dissoudre. Puis elle a par l'exercice même de sa pensée, qui domine les faits matériels par l'idée, le sentiment, ht comme la conscience de sa persistance après la niort. Mais elle n'a aucun motif pour croire à la permanence ou à la résurrection des corps. Elle voit au contraire les cadavres se décomposant chaque jour retourner à la terre dont ils ont été formés, et rien ne peut lui donner à penser que la poussière humaine, confondue dans la poussière universelle du monde, s'en sépare un jour pour s'organiser de nouveau et se réunir à l'âme qui l'a vivifiée dans son existence terrestre. Aussi la philosophie spiritualiste ne sait 'que faire de la chair après la mort, et tout en admettant la permanence de la personne humaine, qui doit être jugée alors en raison du bien ou du mal commis ici-bas, elle ne s'inquiète nullement de la destinée du corps, qui est cependant une partie intégrante de l'humanit^ montrant par là qu'elle ne sait pas plus ce qu'elle est dans son état présent que ce. qu'elle
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détiendra dans son état futur. L'homme îmanortel des philosophes ressemble singulièrement aux ombres des champs Élysées^ ou aux mânes ^rrant8*8ur les bords du Styx.
Or, la doctrine chrétienne, expression de la parole divine /affirme que les morts ressusciteront en àme et en corps; ou autrement, et o'est le sens propre du mot ressusciter, que I*âme au grand jour du jugement universel reprendra le même corps auquel elle a été unie sur la terre et dont la mort Ta séparée. Elle a déjà été jugée dans le jugement particulier à sa sortie de ce monde ; mais à la fin du temps où la justice doH être pleinement réparée et k restauration umverselle, chaque homme doit reparaître au tribunal divin dans l'intégrité de sa personne, afin d'être récompensé ou puni dans son âme et dans son corps, puisque Tune et l'autre ont contribué à ce qu'il a fait. C'est ici tjue se trouve le mystère dont parle saint Paul, à savoir, que le temps étant détruit et Tétèrnité s'emparant de tcmtes choses, tous les êtres seront immobilisés ilans cette crise définitive par l'arrêt du souverain Juge, qui les mettra tous à leur place. Tous les hommes ressusciteront donc pour le jugement avec tous les éléments de leur humanité, mais tous ne seront point changés. Les justes seuls le seront, parce que, unis à Jéais-Christ par leur foi et leur amour,
COMMÉMORATION DES MOHTS. 743
ils seront transformés en son image dans lenr chair purifiée comme dans leur âme sanctifiée, et ainsi ils seront des membres sains et valides du corps mystique de Jésus-Christ ou de TÉgli^. Ils reparaîtront dotoc plus purs, plus I>rillants , plus beaux dans leur âme, et leur corps, sera spiritualise ; il deviendra le corps spirituel dont parle saint Paul. (1 Cor. y XV, 44.) SemincUur corpus animale^ surget corpus spiricaîe. Mais 1^ méchants, morts dans Timpénitence finale ou sans s'être réconciliés avec Dieu, tous ceux qui/ repoussant le bienfait de la rédemption par Jésus-Clhrist sont sortis de ce monde avec une âme corrompue par le mal et un corps dégradé qui en a été Tinslrument, ceux-là ne seront pas chants. Us reparaîtront devant Dieu couverts des honteux stigmates du vice dans leur âme et dans leur corps. Gomme pétiifiés dans leur ignominie, ils revêtiront l'immortalité de lenfer pour un supplice sans fin, comme les justes seront revêtus de celle du ciel pour leur bonheur éternel ; car il n'y aura plus de raison de mourir, parce qtie l'éternité aura tout absorbé. Il n'ya ura plus de deoenir, puisque tout sera consommé, et que le rèigne de Dieu par sa justice sur les méchants et par sa miséricorde et son amour sur les bons aura tout réglé ei remis en ordre. C'est pourquoi TApôtre s'écrie : La mort a été absorbée dans la victoire, dans le triomphe de Je-
8U8-Ghri8t, qui a délivre les justes par sa grâce et. enchaîné à toujours le mal et ses satellites par sa puissance. C'est le péché de la volonté pervertie de la créature qui a produit la mort dans la création^ et la loi par son opposition irritait le péché et le rendait plus grave par la connaissance qu'elle en donnait. Jésus-Ghrist, en détruisant le péché par Texpiation de son sang et par les mérites de son sacrifice, a aboli la mort qu'il avait engendrée. Il a rendu la loi inutile en lui fttant son objet, ou autrement il a absorbé la justice dans la charité.
Demeurons donc avec TApôtre inébranlables dans la foi à notre résurrection future ; et puisqu'alors nous recevrons infailliblement la récompense ou la punition du bien et du mal commis ici-bas par notre âme et dans notre corps, parties essentielles et solidaires de notre humanité, préparons-nous une résurrection heureuse en faisant servir les membres de notre corps d'instruments à la justice et à la charité, les préservant de l'impureté et de la corruption, afin que notre corps semé dans l'ignominie, se lève dans la gloire, semé dans la faiblesse, ressuscite dans la puissance, et de corps animal qu'il est aujourd'hui, devienne un corps spirituel, conforme à la gloire de celui de Jésus-Christ et ainsi participant avec l'âmç à la lumière, à la puissance, à l'amour, et à la béatitude de l'éternité.
Jésus dit aux juifs : En vérité , en vérité, je vous le di§, Theure vient et elle est déjà venue où les morts entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l'entendront vivront. Car, comme le Père a la vie en lui-même, il a aussi donné au Fils d'avoir la vie en lui, et il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu'il est le Fils de THomme. Ne vous étonnez point de ceci, car l'heure vient où tous ceux qui sont dans le tombeau entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie éternelle ; mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour la condamnation.
En ce jour consacré à la Commémoration des morts et qu'on appelle aussi la fête des âmes, deux pensées doivent nous préoccuper : la pensée des personnes chères que nous avons perdues, et celle de notre propre mort. On oublie aisément les amis disparus, dès que leur présence ne vient plus ranimer leur souvenir, et parce que de nouvelles impressions, au milieu des affaires
ou des plaisirs da monde, effacent promptement les anciennes. Mais TÉgtise, qni n'oi]^lie rien, nous les rappelle par cette solennité funèbre, ou bien elle en ravive la mémoire; car il y a des morts qu'on n'oublie jamais. Une mère n'oublie point ses enfants perdus , et les 4mes qui ont été unies en Di«a ici-bas par la foi et la charité ne sont jamais entièrement séparées. .
Où sont-ils à cette heure ceux que nous avons aimés et que nous aimons encore ? La raison et la foi s*accordent à nous dire qu'ils vivent dans nn autre monde, où ils sont traités en raison de leurs œuvres en celui-ci, récompensés s'ils ont fait le bien, punis s'ils ont fait le mal, oonfonaément à Timprescriptibie justice, s'appliqiiant au ciel comme sur la terre, et qui consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Us ont donc été jugés au tribunal divin et envoyés chacun en son lieu.
Pouvons-nous être en rapport avec eux? Notre âme peut-elle communiquer avec la leur? Oui, et de deux manières ; naturellement, par le souvenir, par rimagînalîon, par Taffeclion qui nous est restée au cœur, par l'espérance de leur bien-être. Mais tout cela est bien vague, et quoique nous puissions en retirer quelques consolations personnelles, nous n'y trouvons pas les moyens de leur être utiles et de leur faire sentir notre amour. Sumaturellemenl, par la foi, qui nous ouvre Tac-
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ces de Tautre moi^de oii la raLSon ne peut péoétper,, et nous faurnit par l'Église, ses sacrements •t ses. prières, des moyens sûrs de communiquer avec les morts, et d'être en sympathie vivante avec eux. L'Église, en effet, est le corps mystique de. Jésus-Christ, dont tous les chrétiens sont devenus les memJbires par le baptême. Or, entre toutes les parties d'un corps vivant il y a le lien et la solidarité de la vie. Us gravitent autour d'un même centre et sont animés par un même sang. Ils sont donc membres les uns des autres, et ainsi ils peuvent s'aider mutuellenient. Dans le corps die l'Église, comme en tout corps vivant, il y a trois régions, la supérieure ou le ciel, qu'on appelle l'Église triomphante, l'inférieure ou le purgatoire, qui est l'Église souffrante, et la moyenne, «elle de k terre ou l'Église militante. Il y a une communication incessante entre les trois parties de l'Église comme entre les trois régions d'un organisme, la tête, la poitrine et Tabdomen, et cette communication s'opère par le centre même du corps, qui est le principe de la vie de Jésus-Christ, et par le sang, qui émane de son cœur sacré et vivifie rensenoUe. C'est donc en Jésus-Christ et par son sang divin que nous pouvons être en rapport avec les âmes de l'autre monde, qu'elles appartiennent h l'ÉgUse triomphante ou à l'Église souffrante. Nos âmes^ peuvent se réunir dans le
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saint sacrifice où ce sang expiateur et régénérateur est offert, et là^ dans la sainte communion et par la prière, expression du désir du cœur, offrant à Dieu les mérites du Sauveur et nos vœux pour ceux que nous aimons avec les bonnes œuvres et les mortifications faites à leur intention, nous pouvons les secourir efficacement dans leur voie d'expiation et de purification , et ainsi contribuer à abréger ou à atténuer les souffrances si vives du feu épurateur, qui doit dévorer en elles tout ce qui les empêchait de voir Bien, qui est la pureté même.
Le purgatoire est donc une conséquence nécessaire de notre fin dernière, qui est la vfsion de Dieu , et de la faiblesse humaine qui ne peut y atteindre que par une purification radicale et complète. Or, si cette purification n*a pu s'accomplir sur la terre, il faut bien qu'elle s'achève ailleurs, avant que l'âme puisse entrer au ciel, où rien d'impur ne pénètre. En vérité, je vous le dis, vous ne sortirez point de là, que vous n'ayez tout payé. (Matth., V, 26.) C'est pourquoi il est de dogme que les âmes sortant de ce monde sans être entièrementpures, doivent achever leur épuration dans un lieu appelé à cause de cela purgatoire; que là elles seront pénétrées par le feu (1 Cor., III, 14, 15), qui dévorera ce que la lumière ici-bas n*aura pu détruire, et avec des souffrances mille fois plus
vives que celles de ce monde , parce que n'ayant plus de corps, et atteintes par, l'action directe du feu, elles n'auront aucun moyen de s'y soustraire ni d'adoucir leur situation. Leur liberté sera suspendue par l'achèvement de l'épreuve et le prononcé du jugement, et elles ne pourront plus participer aux grâces de l'Église que par l'affection pieuse de ceux qui prient pour elles sur la terre, et appliquent l'intention de leurs communions et de leurs bonnes œuvres au soulagement et à la délivrance des âmes du purgatoire.
Voilà ce que l'Église nous invile k faire en ce jour, en faveur de tous les défunts dont elle célèbre la commémoration, et c'est la seule manière de leur être utiles en leur prouvant efficacement notre amour. Prions donc pour nos chers morts, communions en union avec eux, en leur appliquant les mérites du saint sacrifice offert pour eux. Faisons en ce jour une bonne œuvre à leur intention, et imposons-nous quelques mortifications qui leur profite par notre bonne volonté à leur égard et la solidarité de notre âme avec la leur. Tout le reste est la démonstration d une douleur impuissante ou de la vanité humaine. Ce sont des pensées terrestres, qui ne s'élèvent point au-dessus de la terre, dont elles recherchent les louanges ou l'admiration, et quel que soit l'éclat avec lequel elles se manifestent, elles ne servent
de rien au défunt qui en est l'ob^et^ smon le prétexte.
La seconde pensive, qui doit nous occuper en ce jour, est celle de notre propre mort ; certaine,pii&qu'il est décrété que tout homme mourra;, mais incertaine^ quant à l'époque où elle arrivera et à la manière dont elle se fera. Ce sera peut-être demain, aujourd'hui, tout à l'heure, au moment où nous y penserons le moins. Elle Tiendra pendant la nuit comme un voleur et avec surprise. Pensons-y donc d'avance , et tâchons de nous tenir prêts, comme les vierges sages qui avaient rempli leurs lampes pour attendre l'Époux. La niort est la crise finale de la vie actuelle ; elle en termine l'épreuve, et par cela même décide de notre éternité. EUe est ce qu'il y a de plus^ important dans notre existence ici-bas; car nous^ne vivons que pour bien mourir. Implorons donc par une prière fervente la grâce d'une bonne mort,^ i|urtout par l'intercession de la sainte Vierge, k laquelle nous demandons chaque jour son assistance à ce^ fin ; sainte Marie , priez pour nous maintenant et h, l'heure de notre mort. Demandons d'être préservés d'une mort soudaine, imprévue, qui nous Jette dans l'éternité malgré nous ou sans une préparation suffisante. C'est sur la croix qu'un chrétien doit mourir avec son divin maître, et pour cela il faut qu'à son exemple il offre k Dieu en
expiation du péché le sacrifice de sa vie, et remette son esprit entre ses mains dans toute la plénitude de sa liberté. Voilà la mort éternellement glorieuse et véritablement profitable; car elle procvre use gloire et une félicité qui ne finiront jamais.
PRATIQUE
Prions, communions et faisons des bonnes œuvres et des mortifications à Tintention des chères âmes que nous pleurons. C^est le seuh moyen de leur faire sentir efficacement notre affection, et de leur être vraiment utiles en abrégeant ou adoucissant les douleurs de leur purification.
PRIÉlUt.
Mon Dieu, j'unis de tout mon cœur ma prière aux vœux et aux désirs de votre Église en faveur des âmes du purgatoire, et je vous ofifi-eles mérites infinis de mon Sauveur, vous demandant en son nom et par rintercession de tous les anges et des saints la délivrance des âme$ justes, qui, hors de cette vie, soupirent après le moment de vous posséder dans Téternité. Ayez pitié, Seigneur, de ceux, pour lesquels je dois plus spécialement supplier votre infinie bonté, et réunissez -nous tous par la vertu de votre grâce dans le séjour de la gloire. Ainsi soit-il.