ACTION THÉRAPEUTIQUE DU SÉRUM ANTIPESTEUX
pour disparaître complètement. Le calme succède au délire. Le myocarde, si souvent touché dans l'intoxication pesteuse, reprend son énergie primitive. La tension artérielle augmente : le pouls se régularise et ce signe est des plus favorables dans le pronostic de la maladie.
La température, jusque-là élevée, atteignant et même dépassant 40°, s'abaisse de deux degrés et peut revenir à la normale, surtout après l'emploi des injections intraveineuses. Cependant cet abaissement thermique n'est que passager et la fièvre réapparaît si les injections ne sont pas renouvelées.
Mais c'est surtout à la suite des injections intraveineuses à doses massives que les symptômes s'amendent brusquement dans une véritable crise.
Le malade, après l'injection, présente une agitation extrême, le pouls s'accélère et devient filiforme, un nystagmus intense altère sa physionomie, la cyanose se généralise, le patient délirant fait des efforts pour se lever. Il est baigné de sueurs profuses et secoué de frissons \iolents accompagnés de mouvements incoordonnés. Dans certains cas, surtout chez les traités ayant déjà reçu précédemment des injections préventives, la réaction augmente d'intensité, la respiration devient stertoreuse. Puis le calme revient; le pestiféré éprouve une sensation de bien-être indéfinissable et la chute de la température annonce la guérison prochaine.
L'action sur les bubons se manifeste par la disparition des douleurs spontanées si vives au niveau de ces engorgements ganglionnaires.
Enfin, en moins de vingt-quatre heures, les germes pesteux disparaissent de la circulation sanguine et l'examen du suc ganglionnaire permet de constater l'englobement des cocco-bacilles par les cellules polynucléaires.
Il est bon d'ajouter que, tant que l'hypertrophie ganglionnaire persiste, l'emploi des injections sous-cutanées doit être continué pour éviter une rechute possible au cours de la convalescence.
Quantaux accidents sériques, ils se bornentaux œdèmes, érythèmes et artbralgies que Ton observe couramment après l'emploi des sérums thérapeutiques. Leur intensité n'a aucun rapport avec les doses injectées et la voie d'introduction utilisée, et ces inconvénients de hi sérothérapie qui ne sont imputables qu'aux produits toxiques contenus normalement dans le sérum sanguin du cheval, comptenl pour peu de chose lorsqu'on leur oppose la valeur incontestable du remède.
En résumé, dans l'état actuel de nos connaissances, le seul trai-
tcment véritablement efficace de la peste est la sérothérapie appliquée par voie intraveineuse.
Toutes les autres médications employées, telles que levure de bière, collargol, sels arsenicaux, injections antiseptiques n'ont été qu'illusoires et n'ont pas réussi à faire fléchir le taux élevé de la mortalité.