PRÉPARATION DES VACCINS. CULTURES ATTÉNUÉES
Terni et Bandi font valoir la supériorité de leur vaccin en ce que l'immunité qu'il confère s'établit plus rapidement qu'avec les vaccins précédents. Les animaux vaccinés, inoculés quatre jours après, résistent à l'infection expérimentale, alors qu'avec les cultures chauffées l'immunité n'est manifeste qu'après dix à douze jours.
Or on sait aujourd'hui, à la suite des expériences de Bail, que les exsudats péritonéaux et pleuraux d'animaux ayant reçu dans ces séreuses des cultures, contiennent une substance toxique et vaccinante provenant des corps microbiens injectés et que l'on désigne sous le nom à'agressine; les résultats encourageants de Terni et îandi s'expliquent par la présence de cette substance dans leur accin.
HueppeetKikuchi (1), répétant les expériences de Bail, ont recherché si l'agressine pesteuse seule pouvait être employée comme vaccin. Les résultats chez les animaux sont médiocres et aucune vaccination n'a été faite chez l'homme, d'après ce procédé.
Organes d'animaux. — Klein (2) prélève chez les cobayes morts de peste, les bubons, rate, poumons et foie, les coupe en tranches minces qu'il fait dessécher en présence d'acide sulfurique à la température de 46°-47° pendant trois jours. Ainsi traités, les bacilles pesteux sont tués. Puis ces organes desséchés sont broyés, pulvéet soumis à une nouvelle dessiccation pendant deux à trois jours à .37°.
Pour l'emploi, il émulsionne dans l'eau physiologique et, d'après Ie< expériences sur les animaux, il évalue à 5 à 7 milligrammes la jlose à injecter chez l'homme.
Mallanah (3) utilise de même les organes de lapins, non pas morts de peste, mais, au contraire, solidement immunisés par des injections répétées de cultures chauffées, puis vivantes. Les animaux sont sacrifiés; les ganglions, rate, foie et capsules surrénales sont broyés el desséchés à 47° pendant trois à six jours. Les résultats expérimentaux ont été peu satisfaisants.
Cultures vivantes atténuées. — Songeant à l'emploi, pour la prophylaxie fie la peste, d'un procédé applicable à la façon de la vaccinal ion jennérienne, Versin (4), en collaboration avec Carré, rechercha dans les anciennes cultures sur gélose des colonies microbiennes atténuées. Il obtint ainsi une race dénommée (1, tuant 20 p. 100 des rats inoculés et vaccinant ces animaux dans la propor-
(l) Hoeppb el Kikuchi, Centralbl. /'. Bakt., Orig., 1905, p. GIO.
Ki. H*, Brit.med. Journal, L906, p. 155. (3) Maiaàrah, Centralbl. f. Bakt., 1906, p. 471.
ers» et Carré, Congrès Int. méd., Pari», sou«-sect. coloniale, 1900, p. 54.
Médic. microbiens. 22
tion de 90 p. 100. Yersin a d'ailleurs essayé sur lui-même Faction de ce bacille atténué, en s'inoculant à la lancette. Il n'a eu ni nodule local, ni bubon correspondant. Un peu de courbature et de fièvre le deuxième jour ont été les seuls symptômes généraux observés.
Yersin a aussi souvent remarqué, dans le cours de ses recherches, qu'une culture virulente ne tue plus, si elle est impure, mais vaccine alors parfaitement contre une nouvelle inoculation du bacille virulent en culture pure. Ce procédé de vaccination consisterait donc à associer au bacille de la peste un bacille non pathogène convenablement choisi.
Kolle et Otto (1) proposèrent aussi de vacciner avec des cultures atténuées. Prenant comme point de départ une race peu virulente, qu'ils atténuent en la cultivant soit à 41°- 4-3°, soit dans du bouillon auquel on ajoute des doses croissantes d'alcool (0,5 à 5 p. 100) d'après le procédé de Hetsch (2), ils obtiennent ainsi une culture dénuée de toute virulence puisqu'on peut l'injecter impunément dans le péritoine du cobaye. Les animaux ainsi vaccinés résistèrent à une inoculation de virus actif dans une proportion beaucoup plus considérable que si l'on avait fait usage de cultures chauffées.
Strong (3), se basantsurles expériences précédentes et considérant que l'immunité conférée est en rapport avec le degré de virulence du vaccin, estime que toute culture de peste suffisamment atténuée pour ne plus tuer un cobaye de 250 grammes en injection souscutanée à la dose de un tube de gélose, peut être considérée comme inoffensive et employée chez l'homme; c'est d'ailleurs la dose qu'il recommande dans la vaccination humaine.
Méthode mixte ou séro-vaccination. — Le reproche, que l'on peut faire aux vaccins précédemment décrits, est la lenteur avec laquelle s'établit l'immunité. L'expérimentation montre que ce n'est qu'après un intervalle variant de quatre à douze jours, selon les méthodes employées, que l'animal peut être considéré comme vacciné. En outre, pendant les premiers jours qui suivent l'injection vaccinale, l'organisme se trouve momentanément sensibilisé à l'égard d'une infection, même légère, comme le démontrent les expériences de Calmetteet Salimbeni. Aussi ces auteurs conseillentils de mélanger une petite quantité de sérum antipesteux aux cultures tuées; de cette façon, l'immunité conférée par le sérum
(1) Kolle et Otto, Zeits. f. Hyg.t B. XI. V, 1903, p. 507.
(2) Kolle, Hetsch et Otto, Zeits. f. ttyg., B. XLV11I, 1904, p. :'is-
(3) Koi.i.e et Sthono, Deutsch. med. W'och.. 190.6, p. H3. — Strokg, Philippine Journal of Science, 1007, i». 155.
SÉRO-VACCINATION. 339
mot le vacciné pendant cette période dangereuse à l'abri d'une atteinte de [teste possible.
Kolle et Otto, en pratiquant le même procédé avec des cultures atténuées, ont obtenu chez les animaux des résultats très satisfaisants.
11 y a lieu de faire remarquer que le mélange de microbes et de sérum doit toujours être fait au moment de l'injection; sans quoi, on obtient, par suite de macération prolongée, ou la neutralisation de l'endotoxine pesteuse par le sérum spécifique ou, si le sérum est en quantité insuffisante, la production de toxine soluble dont les propriétés vaccinantes se manifestent dans le même laps de temps qu'avec les cultures chauffées ordinaires.
D'autres auteurs ont recommandé d'injecter simultanément, mais séparément, corps microbiens et sérum. Shiga (1) adopte pour la vaccination humaine la technique suivante : La masse bactérienne provenant de cultures sur gélose de trois jours est mélangée à une solution saline physiologique dans la proportion de trois anses pour 3 centimètres cubes de liquide. Cette émulsion est chauffée à 60° pendant une demi-heure, puis additionnée d'acide phénique à 1/2 p. 100. Pour l'emploi, on mélange à parties égales, sérum et émulsion, et on injecte ce séro-vaccin à la dose de 0CC,6 à 1 centimètre cube. Cette première inoculation est suivie d'une nouvelle injection d'émulsion microbienne non additionnée de sérum.
En tout cas, il est très important en matière de séro-vaccination que la quantité de sérum soit minime et ne dépasse pas 1 à 2 centimètres cubes. On s'exposerait, en augmentant la dose de sérum spécifique, de masquer complètement l'effet du vaccin. R. Pfeiffer et Friedberger, dans leur étude sur le vibrion cholérique, ont démontré combien l'influence du sérum était nuisible dans la production de l'immunité.
Aussi [ïesredka (2), se basant sur les travaux d'Ehrlich et de Moi genroth, se proposa de fixer sur les corps microbiens la quantité d'anticorps qu'ils peuvent retenir et de rejeter le reste du sérum.
Voici la technique qu'il a adoptée : Il se serf de cultures sur gélose de quarante-huit heures. Les microbes sont émulsionnés dan- un peu d'eau physiologique et chauffés à 60" pendant une heure. Cette émulsion épaisse est versée sur les parois d'un vase cylindrique contenant du sérum très agglutinant et n'ayant par conséquent subi aucun chauffage. La couche microbienne qui se maintient au-dessus du sérum, se désagrège peu à peu et loin lie en
(1) Shiga, Ber. liber die l'est in Kobe und Osaka, Tokyo, 1900. isrkdka, Ann. InsU Pasteur, 1902, t. XVI, p. 918.
flocons au fond du vase. Après décantation du sérum surnageant, le dépôt bactérien est soigneusement lavé à plusieurs reprises jusqu'à disparition des dernières traces de sérum. Ce vaccin, réparti en tubes, subit, en vue d'éviter toute contamination, un nouveau chauffage à 54°-56° pendant une heure.
La dose pour la vaccination humaine correspond à environ 5 milligrammes de corps microbiens desséchés, c'est-à-dire à une dose deux fois supérieure au vaccin ordinaire.
Mode <1 inl l'oducl ion des vaccins antipesteux. — La voie sous-cutanée est le mode d'introduction le plus souvent mis à contribution pour les injections de vaccin antipesteux. Dans l'Inde, la lymphe d'Haffkine est injectée sous la peau du bras, au niveau de l'insertion du deltoïde, région à tissu cellulaire peu extensible et où l'inoculation et la réaction sont toujours douloureuses. Aussi dans tous les autres pays où se pratique en grand la vaccination antipesteuse, choisit-on la région abdominale, lieu d'élection des injections hypodermiques. Cependant, à Rio-de-Janeiro, de nombreux inoculateurs ont fait choix de la région dorsale, au niveau de l'omoplate. La douleur consécutive à l'inoculation serait beaucoup mieux tolérée que lorsque l'injection est pratiquée au flanc et cette méthode, par suite de ces avantages, tend à se généraliser au Brésil.
Strong préfère l'injection intramusculaire. Il injecte en effet ses cultures atténuées dans les muscles du bras, au niveau du deltoïde; d'après lui, la réaction est peu intense et la résorption se fait plus rapidement que par la voie sous-cutanée. Haffkine avait de môme noté une grande atténuation des symptômes vaccinaux à la suite d'injection intramusculaire.
Il convient de mentionner aussi les essais faits par Mercatelli (1) pour vacciner les cobayes par ingestion de cultures chauffées. Récemment G. Fornario (2) a réussi à immuniser les animaux par le tube digestif (voie gastrique et voie rectale). C'est avec le lapin qu'il a obtenu les résultats les plus intéressants, en faisant ingérer des cultures atténuées par un chauffage à 53° pendant quatre-vingtdix minutes.
La réaction qui suit les vaccinations antipesteuses est surtout inUmse quand il s'agit de cultures en bouillon. Au niveau de l'injection, la peau est tendue, rouge; la région esl douloureuse, les ganglions sont tuméfiés, et lorsque l'inoculation a été pratiquée au bras, la gène du membre est marquée. Tous ces symptômes
(!) Mehcàtelli, Sulla vaccinazione antipestosa per via gastrica [Riforma //w/i'-<r. 1902). (2) Fornario C. R. Soc. de Biologie, Il janv. L908