NEUTRALISATION DU VENIN PAR L'ANTITOXINE
que, si Ton chauffait seulement vingt ou trente minutes plus tard, la toxicité du venin ne reparaissait plus.
.[. Morgenroth a jeté sur la question une vive lumière en indiquant que lorsqu'on ajoute une petite quantité d'acide chlorhydrique au composé atoxique venin -h antitoxine, le venin récupère la propriété d'entrer en combinaison avec la lécithine pour former un lécithide hémolysant (P. Kyes), tandis qu'en présence du sérum antitoxique seul, sans addition d'acide, la combinaison lécithine -+- venin =. lécithide, ne peut pas s'effectuer. Dans un autre mémoire,,!. Morgenroth a démontré que le composé venin -h antitoxine, chauffé à 100 degrés, pendant trente minutes, en présence d'une faible acidité chlorhydrique, pouvait restituer la moitié de sa neurotoxine.
J'ai repris récemment avec L. Massol (1) l'étude de ces phénomènes et aussi celle des différentes propriétés du composé atoxique sérum -h venin. Comme il est vraisemblable que les autres toxines microbiennes, végétales ou animales, ne se comportent pas autrement que les venins à l'égard de leurs antitoxines spécifiques, on peut espérer qu'une connaissance plus approfondie des combinaisons formées par l'une d'entre elles permettra d'aborder plus facilement la recherche des lois qui président à leurs relations.
Nous avons constaté tout d'abord que la substance toxique du venin de Cobra est soluble dans l'alcool à 50 et même à 80° (Gay-Lussac). Par contre, l'antitoxine est insoluble dans l'alcool et, après un faible temps de contact, elle est même détruite par ce réactif.
Mais si l'on opère préalablement le mélange du venin avec l'antitoxine, on voit que celle-ci devient résistante à l'alcool à 80 p. 100. Le chauffage agit d'une manière analogue: tandis que l'antitoxine seule est détruite à 68°, si on la mélange préalablement au venin, lequel présente une grande thermostabilité, on trouve que ce mélange reste thermostabiïe jusqu'à 75°. A cette température, du moins pour le sérum que nous avons étudié, le composé atoxique sérum H- venin est dissocié partiellement, et le venin, en partie libéré, passe en solution. On peut le mettre en évidence par l'inoculation aux animaux.
Inversement, en présence de la plupart des acides minéraux ou organiques libres et sous l'influence du chauffage à 72°, l'antitoxine des composés atoxiques sérum H- venin redevient thermolabile et le venin est libéré. Celui-ci n'est pas détruit par L'antitoxine et on peut le récupérer presque complètement.
On doit donc admettre que Le composé atoxique sérum+venin pos-
(1) Annales de Vimlitut Pruleur, décembre 1907,
382 A. CALMETTE.— SÉROTHÉRAPIE ANTIVENIMEUSE.
sède des propriétés nettement différentes de celles de ses composants et que la combinaison du venin avec l'antitoxine est dissociable.
Influence des doses de sérum antivenimeux injectées et du temps écoulé depuis la morsure venimeuse.
J'ai indiqué précédemment que le sérum anlivenimeux possède un pouvoir préventif et un pouvoir curatif tellement intenses qu'il est capable de communiquer en quelques minutes, aux animaux auxquels on l'injecte, une insensibilité absolue à regard, des venins les plus fortement neurotoxiques comme ceux de Naja ou de Bungarus.
J'ai constaté d'autre part que, plus les animaux sont sensibles à l'intoxication par le venin, plus grande est la quantité de sérum antivenimeux nécessaire pour les immuniser passivement ou pour les guérir.
Quand on expérimente sur des souris, des cobayes et des lapins, on voit que, pour préserver une souris de 25 grammes, par exemple, contre l'inoculation de 0msr,05 de venin, dose dix fois mortelle pour' ce petit animal, il faut lui injecter préventivement 0CC,75 de sérum, alors que 0CC,025 de ce même sérum suffit à rendre inoffensive la dose de 0mer,05 de venin lorque le venin et le sérum sont préalablement mélangés in vitro avant l'injection.
Pour le cobaye, on trouve également que la dose de sérum à injecter préventivement pour empêcher l'intoxication par une dose dix fois mortelle de venin est environ deux fois plus considérable que la quantité de ce même sérum qu'il suffit de mélanger in vitro au venin pour rendre cette dose dix fois mortelle de venin inoffensive.
Si l'on injecte aux animaux le venin d'abord, aux doses calculées pour tuer les témoins de même poids en deux ou trois heures, e[ le sérum trente minutes après, on constate que la quantité de sérum qu'on doit injecter pour empêcher la mort est environ dix (ois plus (jrun le que celle qui neutralise invitro la dose de venin inoculée.
On constate en outre que la proportion de sérum curatif que doit ricevoir un animal intoxiqué par le venin est inversement proportionnelle à son poids.
Les expériences sur les chiens, faites à l'Institut Pasteur de Lille par mon collaborateur C. Guérin, sont très démonstratives à ce1 égard.
Un chien de 12 kilogrammes, inoculé avec 9 milligrammes de venin (dose mortelle en cinq à sept heures pour les témoins de même poids), est parfaitement guéri si on lui injecte sous la peau, dtux heures après C inoculation venimeuse, 10 centimètres cubes de sérumi