‹ Médicaments microbiens (volume 2)Chapitre 42 sur 185 · MÉTHODE DE CALMETTE A LA GLYCÉRINE · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE CALMETTE A LA GLYCÉRINE

M. Houx a découvert en 1887 que la glycérine neutre à 30° Baume permet de conserver intacte, de fixer en quelque sorte la virulence du virus rabique. Non seulement, le cerveau d'un lapin qui vient de succomber au virus fixe conserve après un mois et plus de séjour dans la glycérine le pouvoir de tuer d'autres lapins dans le minimum de temps, mais encore si on immerge dans de la glycérine des moelles desséchées à l'étuve à 23° pendant six, cinq, quatre, trois jours, chacune de ces moelles conserve dans ces conditions pendant un laps de temps qui n'est guère inférieur à un mois la virulence qui lui est propre. M. Gai mette a tiré de là une méthode de vaccination contre la rage qui, extrêmement précieuse dans les Instituts fréquentés par un petit nombre de mordus, rend également de grands services dans les autres. Un certain nombre de lapins sont inoculés avec du virus fixe dans le cerveau ou sous la dure-mère. A leur mort, les moelles enlevées avec une parfaite asepsie sont suspendues dans les flacons à deux tubulures et mises à l'étuve à 23°, absolument comme dans la méthode paslorienne classique. A partir du deuxième ou du troisième jour de la dessiccation et jusqu'au dixième ou au quatorzième, suivant la formule adoptée

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par l'institut, on retire des flacons un ou plusieurs segments de moelle et on les immerge dans des tubes à essai remplis de glycérine et stérilisés au préalable. Chaque tube reçoit une étiquette indiquant le nombre de jours de dessiccation de la moelle qu'il contient et la date de la mise en glycérine. On conçoit que cette opération étant répétée tous les jours pendant dix à quatorze jours, on possède au bout de ce laps de temps la collection complète des moelles atténuées du deuxième-troisième au dixième-quatorzième jour, c'est-à-dire la série intégrale des vaccins utilisables pour le traitement antirabique. Lorsqu'un mordu se présente, au lieu de« couper à sec», c'est-à-dire dans le flacon de potasse, un demi-centimètre de moelle du quatorzième ou du dixième jour, on coupera englycérineune quantité équivalente de la même moelle. Le traitement sera continué par des moelles de neuf, de huit, de sept, de six jours, absolument comme dans la méthode pastorienne classique. Comme il ne faut pas exagérer le pouvoir fixateur de la glycérine à l'égard du virus rabique et qu'à la longue le virus s'atténue en réalité un peu, il est recommandé de couper un peu plus long en glycérine qu'à sec et de ne pas faire usage de moelles immergées depuis plusd'unmois. Dansles petits laboratoires, fréquentés seulement par un petit nombre de mordus, la méthode de Calmette permet de réaliser une économie de temps et d'argent considérable. Pour entretenir la série des moelles, on n'a besoin en effet de faire de passages que tous les dix jours. Neuf à dix jours après leur trépanation, les animaux meurent à quelques heures d'intervalle. Leurs moelles sont enlevées et mises dans les flacons. Un cerveau sert à faire de nouveaux passages. Al'Institut, ce jourlà, le travail est assez considérable. Par contre, dans l'intervalle de dix jours qui sépare la mort de deux séries d'animaux, on est complètement délivré du souci des trépanations et de celui de l'ablation des moelles. De plus, celles-ci peuvent être utilisées intégralement ou à peu près, ce qui est souvent une économie appréciable. La méthode à la glycérine a été adoptée pour ces diverses raisons par presque tous les laboratoires des colonies et des pays exotiques. Dans Les grands Instituts, il est indiqué de posséder concurremment avec les moelles sèrhes, la collection complète des moelles gtyoérinées. Si des lapins viennent à succomber accidentellement ou si le nombre des mordus s'accroît subitement, on est sûr ainsi de ne jamais manquer de vaccins. Les résultats de la méthode de C.almetle sont tout aussi bons qtie ceux de la méthode pastorienne classique.

Installation.

L'installation d'un Institut antirabique est fort simple et ne comporte guère de difficultés. Les pièces indispensables sont :

1° Une salle d'attente pour les mordus.

2° Une petite pièce pour la réception des entrants, leur interrogatoire et leur inscription.

3° Une autre petite pièce destinée au pansement des plaies. Elle sera située à proximitédela salle d'inoculations et munie de quelques chaises longues sur lesquelles pourront s'étendre les personnes prises de lipothymies ou de syncopes (le fait se voit parfois lors des premières inoculations. Il ne s'observe ultérieurement qu'à titre tout à fait exceptionnel et presque toujours par contagion).

4° Une salle d'inoculations.

o" Lue chambre pour la trépanation des lapins et l'ablation des moelles.

G" l'ne petite pièce aseptique pour la préparation des émulsions.

7° Une chambre-étuve pour la dessiccation.

8° Un local pour les stérilisations.

0° Un local spécial pour les lapins.

La pièce où se pratique l'ablation des moelles et surtout celle où se préparent les émulsions doivent être aussi aseptiques que possible. Elles seront faciles à laver et à désinfecter au besoin. Leur ameublement sera réduit au strict minimum.

La chambre-étuve destinée à l'atténuation des moelles doit être plongée dans une obscurité rigoureuse. Elle sera maintenue à une température de 22 ou 23°, au moyen d'un poêle à gaz muni d'un régulateur «h; Roux. Il est préférable qu'elle soit située au nord car il Bsi plus facile d'élever la température que de l'abaisser. Des étagères fixées au mur sont destinées à recevoir les flacons contenant les moelles. La chambre sera protégée eonlre IVnlrée de l'air au moment de l'ouverture des portes à l'aide d'un paravent on d'un tambour.

La pièce des stérilisations ae se prête h aucune considération particulière. Un four Pasteur, un ou plusieurs autoclaves, plusieurs fourneaux à gaz en constituent leséléments essentiels.

Par contre, le local où seront maintenus les lapins doit être; l'objet de soins particuliers d'installation. On doil pouvoir le laver

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avec la plus grande facilité à l'eau et au crésyl. Les cages doivent être entièrement métalliques. Une disposition spéciale permet de changer les litières et de les maintenir propres pendant toute la période de survie des lapins et particulièrement lorsqu'ils sont paralytiques, sans qu'il soit nécessaire d'ouvrir les portes. Une gouttière à parois de verre placée au-dessous des cages et parcourue par un courant d'eau sert à enlever les urines et les immondices qui passent au travers du plancher troué. Enfin le local doit pouvoir être maintenu à une température à peu près constante.

Fonctionnement.

Les inoculations doivent se pratiquer le matin et même de hon matin afin de ne pas exposer les travailleurs à perdre du fait du traitement la plus grande partie de leur journée. De bon matin donc, on coupe dans des verres stérilisés préparés dès la veille conformément à la liste du jour le nombre de morceaux de moelle du quatorzième, du treizième, du douzième..., du cinquième, du quatrième, du troisième jour nécessaires aux vaccinations de la matinée. L'opération doit se faire naturellement avec des instruments flambés et rapidement afin d'éviter toute contamination par les poussières atmosphériques. La quantité de moelle à couper pour les mordus est susceptible de varier avec l'âge de la moelle (on coupera davantage de moelle non virulente que de moelle virulente), son épaisseur, la température à laquelle a été faite la dessiccation (on coupera plus long l'été que l'hiver), la gravité des cas, etc. D'une façon générale, la longueur de chaque bout de moelle variera entre5 et 10 millimètres. En glycérine, il est indiqué de couper environ une fois et demie plus long qu'à sec, surtout si l'immersion remonte à plus de huit jours. Les fragments sont asséchés au moyen de papier filtre stérilisé et débarrassés àl'aidede pinces ilambées des méninges adhérentes. Les émulsions sont ensuite préparées très finement et très aseptiquement à raison de 3 centimètres cubes de liquide (solution de peptone, eau physiologique, eau stérilisée simple par morceau de moelle, c'est-à-dire par malade.

11 est procédé entre temps à l'interrogatoire des entrants. C'est une opération très importante qui ne doit jamais être accomplie à la légère. Beaucoup de personnes sont adressées aux Instituts antirabiques qui n'ont nul besoin d'être traitées, soit que leurs vêtements n'aient pas été déchirés, soit que l'animal mordeursoit encore en vie. D'autres au contraire viennent consulter pour un cas qu'elles jugent insignifiant et doivent être inoculées d'urgence.

Lorsque les mordus apportent à l'Institut la tète ou le bulbe de ranimai mordeur, il peut être indiqué de procéder le jour même à la recherche des corpuscules de Négri et de différer jusqu'à cette épreuve le commencement du traitement. Toutefois si une constatation positive est une indication formelle du traitement antirabique, l'absence de ces formations constitue en faveur de la non-existence de la rage une simple présomption et n'implique nullement que la vaccination peut être évitée. Le nom des personnes admises à suivre le traitement, ainsi que les renseignements fournis par leur interrogatoire, par le vétérinaire ou le médecin qui a examiné l'animal mordeur, par les recherches qui ont pu être faites à l'institut antirabique même, sont inscrits au registre spécial. Le tableau cicontre reproduit le modèle adopté par la grande majorité des Instituts antirabiques.

Mûdic. microbiens.

P. REMLINGER. — VACCINATION ANTIRABIQUE.

Nom et Prénoms

Age et profession

Adresse

Espèce de l'animal mordeur. . . .

Date de la morsure

Siège des morsures

Nombre des morsures

État des morsures

Vêtements déchirés, elc

Cautérisation au fer rouge

Cautérisation par agents chimiques

Date des cautérisations

Renseignements vétérinaires.

Nom et adresse du vétérinaire:.

Certificat

Résultat del'examen de l'animal.

— avant sa mort

— après sa mort

Renseignements particuliers.

A qui appartient l'animal ?

Qu'est-il devenu ?

Modifications de la voix

Modifications du caractère

D'autres personnes ont-elles été

mordues?

D'autres animaux?

Renseignements du laboratoire.

Animal amené le

Examen nécroscopique

Constatations histologiques

Résultat des inoculations

Elat du mordu au départ de L'institut

Eli possession de loulou partit» de ces renseignements, le médecin doit éviter d'inscrire banalemenl le mordu dans une des trois catégories de traitement (intensif, moyen, bénin), en usage dans la

plupart des Instituts. Il doit « individualiser » chaque cas et, après mûre réflexion, faire choix de la formule à appliquer qui pourra fort bien sortir des moules habituellement adoptés. Il peut enfin renouveler de vive voix au mordu quelques-unes des recommandations que celui-ci a déjà pu trouver affichées dans la salle d'attente (1), mais qu'il peut être bon de faire entrer plus profondément dans son esprit.

L'interrogatoire des entrants étant terminé, on prépare les émulsions qui leur sont destinées et les inoculations commencent. Les mordus sont inscrits par ordre d'arrivée sur la liste du jour conforme au modèle suivant :

Liste des inoculations du 190.

Nom!

c de joui de

traitement.

Nom

et

Prénoms.

Numéro

des

inoculations.

Age de la moelle.

Observations.

Elle comprend, on le voit, quatre colonnes ; la première indique le nombre de jours de traitement que le malade doit subir, la deuxième donne ses nom et prénoms ; la troisième le numéro de l'inoculation subie ; la quatrième l'âge de la moelle à injecter. Il existe enfin une colonne d'observations.

L'appel se fait en commençant par les malades nouveaux ; il se poursuit par les mordus qui reçoivent les mômes moelles V, IV, M, Il ; l'ordre des inoculations n'est donc bientôt plus conforme à ['ordre d'arrivée. La peau de l'abdomen est frottée avec un tampon d'ouate hydrophile imbibée d'une solution antiseptique et les

(1) Nous nous sommes arrêté à Constantinople à la rédaction suivante : Les personnes qui suivent le traitement antirabique doivent prendre un grand bain le jour (!»■ leur arrivée à L'Institut, et deux ou trois fois au cours du traitement, lilles se nettoieront n ii peau du ventre. Il leur est recommandé de venir se faire inoculer avec' la plus grande régularité, d'éviter la fatigue; les refroidissements, et de s'abstenir le plus possible boissons alcooliques. A part cela, elles n'ont rien ;"i changer ni à leur vie, ni à leur régime timentaire.

Le traitement pastorien est inoffensif et incapable en particulier de donner la rage. Il L'immunité seulement une quinzaine de jouis après qu'il est terminé. Les cas de rage qui, tout à fait exceptionnellement, se produisent au cours du traitement, ne sont donc dus ni à La méthode pastorienne, ni au médecin qui L'applique. Ils sont le résultat de la gravité ric^ morsures ou du retard apporté h venir se faire soigner.

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injections pratiquées dans la région de l'hypocondre ou du flanc. Les malades qui ont à subir deux inoculations pendant les premiers jours n'en reçoivent bientôt plus, sauf exceptions, qu'une seule, alternativement du côté droit et du côté gauche. On se sert d'une seringue — de préférence d'une seringue de Straus-Collin — stérilisée par ébullition prolongée dans une solution de borate de soude à 40 p. 1000. Le même instrument peut servir pour tous les malades puisqu'ils sont inoculés par ordre de virulence croissante. Une même aiguille stérilisée une fois pour toutes peut servir également pour toutes les inoculations, à condition d'être trempée après chaque injection dans de l'huile chaude qui a également pour avantage de rendre la piqûre moins douloureuse. Pendant les premiers jours du traitement, les mordus graves, particulièrement les mordus à la face sont convoqués à nouveau l'après-midi pour une nouvelle série d'inoculations. En cas de morsure de loup, il est indiqué de multiplier davantage encore les injections et par conséquent de conserver les mordus à l'Institut pendant toute la journée. Les mordus graves doivent être interrogés de temps en temps au point de vue des sensations subjectives (élancements, fourmillements, démangeaisons) éprouvées du côté de leur cicatrice ou du membre mordu ainsi que des modifications objectives (rougeur, turgescence) dont la cicatrice pourrait être le siège. Ces phénomènes sont des symptômes prémonitoires de la rage d'une importance très grande. S'ils viennent à se produire au cours des vaccinations, il est indiqué d'inoculer rapidement au malade des doses massives d'émulsions vaccinantes. On a vu parfois (E. Roux) ces symptômes disparaître sous l'influence d'un traitement intensif rapidement institué et les malades échapper à la rage.

Il va de soi que dans un Institut antirabique les lapins doivent être l'objet d'une attention très minutieuse au point de vue de leur poids (2 kilogrammes environ), de leur alimentation, des symptômes qu'ils présentent, des maladies infectieuses contre lesquelles il importe de les protéger, des infections agoniques et cadavériques dont il faut préserver leur cerveau et leur moelle... L'asepsie et l'antisepsie doivent également être l'objet d'une surveillance toute particulière, spécialement au cours de l'ablation des moelles et de la préparation des émulsions... La marche de L'atténuation du virus dans les flacons dépotasse misa Tétine à 23° doit être contrôlée fréquemment à laide d'inoculations appropriées.... Il nous suffira de mentionner ces divers points dont la description détaillée nous entraînerait trop loin.

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