TRAITEMENT DES ANGINES DIPHTERIQUES LOCALISÉES
l'injection du sérum que les fausses membranes disparaissent.
Dans ces diphtéries graves d'emblée, si Ton intervient assez tôt et avec des doses suffisantes, tous les symptômes s'amendent très rapidement, la maladie prend une allure bénigne et guérit le plus souvent sans complications.
11 peut cependant y avoir quelques rares décès ; car on a signalé des diphtéries à marche suraiguë. Ces diphtéries particulièrement graves peuvent être dues à la virulence du microbe qui donne une maladie particulièrement intense; cela se voit surtout en temps d'épidémie et l'on évitera la mort lorsque, fixé sur les symptômes prémonitoires, le médecin interviendra dès qu'ils apparaîtront.
Le malade pourra mourir parce que la diphtérie se sera localisée d'abord en un point invisible (amygdales de Luschha, naso-pharynx) et quand on interviendra ce ne sera pas au premier jour de la diphtérie mais au premier jour de l'angine. Les insuccès dus à cette cause peuvent difficilement être évités.
Enfin, il faut bien savoir que, chez les enfants de moins de deux ans, la diphtérie, même prise au début, ne guérit pas toujours ; nous verrons que c'est dans ces cas qu'il faudra user des injections préventives ; car mieux vaut prévenir une affection si difficile à guérir.
Traitement de l'angine diphtérique à la période d'état. — 11 n'est pas possible d'indiquer un traitement qui puisse servir à tous les cas ; aussi allons-nous envisager successivement :
1° Les angines diphtériques localisées, le plus souvent bénignes;
2° Les angines diphtériques normales qui, traitées par le sérum, guérissent très souvent, tandis que, avant la sérothérapie, elles se terminaient le plus ordinairement par la mort;
3° Les angines diphtériques graves, encore dénommées diphtéries malignes.
Pour chacune de ces formes la sérothérapie est variable et les résultats sont aussi très différents.
Traitement des angines diphtériques localisées. — Elles existent surtout en dehors des périodes épidémiques, se voient chez les giands enfants ou chez l'adulte. Elles sont caractérisées par des fausses membranes qui n'envahissant jamais l'isthme du gosier; les îlots de fausses membranes sont [presque toujours séparés {tardes intervalle- de muqueuse. L'état général reste bon, la température est peu ('levée, les ganglions sont peu engorgés; ces angines guérissaienl généralement avant la sérothérapie. Elles guériront encore plus sûrement et plus rapidement avec le sérum qui doit être employé aux doses que nous avons indiquées pour Les différents âges; son- l'influence du sérum on voit les fausses membranes se déterger
168 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.
et tomber en deux jours, quelques points pourront cependant persister jusqu'au troisième jour. Il n'y aura pas en général de complications tardives, toutefois dans quelque cas, particulièrement lorsque des plaques de fausses membranes existent au niveau de la luette ou des piliers, on pourra avoir des paralysies du voile du palais ; les paralysies généralisées sont très rares.
Dans ces angines il est inutile de renouveler l'injection de sérum ; cela peut être indiqué si, au commencement du troisième jour, les fausses membranes ne sont pas nettement en voie de décroissance, ou plus tard, au moment de la convalescence, si la paralysie diphtérique est étendue.
Traitement de l'angine diphtérique normale. — Nous entendons par angine diphtérique normale celle qui se rencontre le plus ordinairement et dans laquelle les membranes recouvrent entièrement les deux amygdales, parfois envahissent la luette ou une partie des piliers. A la période d'état de l'angine normale, la fausse membrane se présente avec tous les caractères classiques et il suffit d'examiner la gorge pour avoir la certitude qu'on a bien affaire à une véritable angine diphtérique; le diagnostic n'est plus hésitant comme pour les angines diphtériques traitées au début, aussi doit-on intervenir aussitôt. Si l'état général est bon, on donne les doses indiquées suivant l'âge, ou l'on double la dose si l'état général est moins bon ou franchement mauvais.
Douze à vingt heures après l'injection de sérum la fausse membrane prend une couleur blanchâtre, elle gonfle, devient plus épaisse, quelquefois même elle tombe vers la trente-sixième heure, mais alors il s'en forme une nouvelle moins étendue; le plus souvent la fausse membrane s'effrite et se détache par places. Quand cette forme de diphtérie est traitée à la période d'état, les fausses membranes disparaissent du troisième au quatrième jour.
En même temps que les symptômes locaux s'atténuent, les ganglions diminuent de volume, la fièvre cesse, en général la temperature baisse avant le pouls; enfin l'état général s'améliore rapidement, l'appétit renaît et la pâleur disparaît.
Si les fausses membranes ne prennent pas l'aspect crémeux après vingt-quatre heures, si la température et le pouls ne baissent pas, il faut renouveler l'injection de sérum.
Le plus souvent l'angine normale traitée à la période d'étal s'améliore rapidement et guérit localement sans se propager au larynx ou au voile du palais; mais malgré celte guérison locale il arrive assez fréquemment que le malade ne se renie! pas entièrement, son pouls resté fréquent, voisin de 100, 120, quelques jtiurs après la dis-