AVANT-PROPOS
Depuis Pasteur, la Thérapeutique s'est enrichie d'admirables médicaments qui laissent loin derrière eux les remèdes empiriques de l'ancienne Pharmacopée. Ils ont sur eux l'avantage d'être issus de méthodes scientifiques précises, qui permettent de les perfectionner, de les généraliser et d'en prévoir, pour l'avenir, l'extension féconde.
Les principales méthodes thérapeutiques issues de la Microbiologie, sont la Bactériothérapie, la Toxinothèrapie, les Vaccinations, la Sérothérapie, méthodes distinctes, mais qui sont reliées entre elles par de nombreux intermédiaires, et qui peuvent, d'ailleurs, être combinées l'une à l'autre.
1° La Bactériothérapie emploie, comme médicaments, les microorganismes eux-mêmes, dont elle utilise les effets antagonistes ou empêchants.
Si beaucoup d'essais thérapeutiques ont déjà été tentés (bactériothérapie du lupus, du cancer par le streptocoque ; bactériothérapie du furoncle, de la pneumonie par la levure de bière, etc.), bien peu sont, actuellement, assis sur une base scientifique solide ou ont donné des résultats pratiques incontestables.
Aussi ne sera-t-il parlé, dans ce volume, que de la Bactériothérapie des Maladies Intestinales, scientifiquement la mieux étudiée et pratiquement la plus employée.
Médic. microbiens. 1
2 BACTÉRIOTHÉRAPIE. VACCINATIONS. SÉROTHÉRAPIE.
2° La Toxino thérapie constitue, elle aussi, une méthode thérapeutique générale à qui l'on doit faire une place parmi les Médicaments d'origine microbienne. Cette méthode a été principalement appliquée au traitement de la Tuberculose par les diverses Tuberculines : ce traitement, trop vanté d abord, trop abandonné peut-être ensuite, sera étudié avec les traitements de la Tuberculose, dans un autre volume de la Bibliothèque de Thérapeutique. Il en sera de même pour le traitement de la Lèpre par la Léproline, qui semble donner quelques résultats.
3° Les Vaccination?, ont pour but de conférer une immunité active en déterminant une maladie bénigne par l'inoculation d'un virus atténué.
On avait, fort anciennement, remarqué le peu de récidive d'un grand nombre de maladies infectieuses, même après une atteinte légère.
Un pas de plus avait été franchi lorsque, pour préserver de la Variole, on l'inocula à des sujets sains, en choisissant dans ce but les formes les plus légères; mais il s'agissait là d'un virus peu iixe, qui récupérait parfois brusquement une grande virulence et provoquait alors de terribles accidents.
Aussi la méthode de la Variolisation fut-elle entièrement abandonnée après la découverte de Jenner, et céda-t-elle le pas à la méthode, pratiquement plus constante et mieux réglée, mais scientifiquement plus obscure, de la Vaccination Jennérienne. L'immunité contre la Variole est alors obtenue par le développement d'une autre infection, le Cow-pox, dont on ignore encore les relations avec la Variole elle-même.
Mais la méthode des vaccinations ne devait prendre toute son ampleur scientifique que beaucoup plus tard, avec Toussaint et Pasteur.
Toussaint prépara des vaccins anticharbonneux par atténuation au moyen de la chaleur : une grande part lui revient donc dans la méthode des vaccinations.
\\i'c Pasteur enfin, naissaient les admirables méthodes qui conduisirent à la constitution de vaccins lixes et gradués dans leur virulence. Ces méthodes furent appliquées (on sait avec quel succès!) d'abord à la vaccination de diverses épi/.ooties, du Rouget des poi"CS, du Choléra des poules, du Charbon, et bientôt, à la vaccination humaine de la liage.
Les vaccinations constituent des méthodes thérapeutiques e.xirèmenienl puissantes.. L'immunité active, ainsi provoquée, dure bien
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davantage que l'immunité passive; mais elle exige, pour se constituer, un certain temps et, par là même, ne peut être utilisée qu'à titre préventif (comme vis-à-vis de la Variole, de la Peste, de la Fièvre typhoïde, etc.), ou à titre curatif dans les maladies à très lente incubation (comme vis-à-vis de la Rage).
Pratiquement, les Vaccinations (et principalement les vaccinations jennériennes et antirabiques) représentent des méthodes thérapeutiques d'une importance capitale.
4° La Sérothérapie confère, non plus une immunité active, mais une immunité passive. Le principe de cette admirable méthode consiste à provoquer artificiellement, chez l'aninal, par inoculation de microorganismes, de toxines, etc., une réaction défensive, caractérisée par la production d'anticorps, et à fournir ensuite, thérapeutiquement, à l'organisme malade, les anticorps ainsi provoqués.
Dérivée des recherches de Gh. Richet et Héricourt, la Sérothérapie fut surtout développée par Behring et Kitasato; elle est entrée triomphalement dans la Pratique thérapeutique, avec la Sérothérapie antidiphtérique de Roux et Martin.
Actuellement, la Sérothérapie a complètement modifié la pro phylaxie et le traitement de la Diphtérie, du Tétanos, de la Dysenterie ; elle a déjà sauvé beaucoup de vies humaines.
5°. Les Méthodes mixtes, que l'on commence seulement à utiliser, sont principalement applicables aux infections pour lesquelles ni les vaccinations, ni la sérothérapie n'ont donné de résultats définitifs
On peut, notamment, chercher à provoquer, chez l'animal ou chez l'homme, une immunité active particulièrement intense et rapide, en Je protégeant, tout d'abord, par une immunité passive antérieure : on peut avoir ainsi d'excellents résultats en combinant la Sérothérapie préventive à la Vaccination.
On peut, dans une autre méthode mixte, provoquer la formation d'anticorps à la fois bactéricides et antitoxiques, en combinant l'inoculation de microorganismes vivants, de microorganismes morts et de toxines microbiennes.
Dans beaucoup d'infections, dans le Choléra, la Peste, la Fièvre typhoïde, la Méningite cérébro-spinale, les Streptococcies, etc., où les méthodes thérapeutiques d'immunisation active ou passive n'ont pas entièrement réussi, les méthodes mixtes donneront probablement de meilleurs résultats. En tout cas, de nouveaux perfectionnements devront intervenir pour donner à ces traitements la sécurité de la Vaccination jennérienne ou de la Sérothérapie antidiphtérique.
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Enfin, en dehors même des Maladies Microbiennes proprement dites, la Sérothérapie a été brillamment appliquée à certaines intoxications; elle a notamment donné, avec Calmette, dans le traitement antivenimeux des Morsures de Serpents de très beaux résultats ; bien qu'il s'agisse ici d'une intoxication non microbienne, il nous a paru impossible de séparer la Sérothérapie antivenimeuse des autres Sérothérapies dont elle applique la méthode.
Si, dans ce volume concernant les Médicaments Microbiens, il n'a été parlé que de ceux qui ont, d'ores et déjà, acquis droit de cité en Thérapeutique, on ne doit pas perdre de vue le grand nombre de théories intéressantes, d'expériences suggestives, de résultats cliniques encourageants qui en sont encore à la phase de gestation, et qui, demain peut-être, aboutiront à la découverte de nouveaux Médicaments Microbiens et à la guérison d'autres Maladies.
BACTÉRIOTHÉRAPIE INTESTINALE