‹ Médicaments microbiens (volume 2)Chapitre 97 sur 185 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Après avoir isolé le bacille de la dysenterie allemande, KrUse (1) poursuivi! à son tour la recherche d'un sérum spécifique : « Non pas, dit-il, un sérum antitoxique, car le bacille dysentérique ne produit pas de toxine particulièrement active et l'évolution clinique de la maladie ne donne guère l'impression d'une intoxication ; mais un sérum uniquement bactéricide, capable d'empêcher la reproduction rapide du microbe et de juguler l'infection ». Il immunisa divers animaux par l'inoculation sous-cutanée de cultures vivantes, et obtint ainsi un sérum préventif et curateur pour l'infection expérimentale du cobaye. Kruse applique alors le sérum à la dysenterie de l'homme : 100 cas traités donnent 8 décès, soit 8 p. 100, tandis que la mortalité habituelle des épidémies en Westphalie est de 10 à 11 ]). 100. L'écart était évidemment minime; aussi pour mettre en relief la valeur du sérum, l'auteur s'attache-t-il à faire ressortir son action bienfaisante sur les symptômes douloureux, l'amendement rapide des troubles intestinaux et l'évolution en quelque sorte abortivc de la maladie.

Shiga et Kruse immunisaient les animaux par l'inoculation souscutanée de cultures mortes, puis vivantes. Leur sérum possédait certainement des propriétés antimicrobiennes, mais son efficacité, si réelle qu'elle fût, restait encore insuffisante, car la dysenterie ne se réduit pas à l'infection intestinale; elle est aussi une maladie d'intoxication. On sait, en effet, que la toxine extraite des corps microbiens détermine chez le lapin une maladie exactement semblable à celle que provoque le virus vivant; l'intoxication joue donc un rôle dans la pathogénie des lésions et des symptômes de la dysenterie. Dès lors, il était naturel d'admettre que, pour répondre aux indications d'un traitement rationnel, le sérum devait posséder aussi la propriété antitoxique. L'obtention de cette propriété devenait un progrès nécessaire.

11 avait paru établi que le bacille dysentérique ne produisait pas de toxine soluble à la manière des bacilles diphtérique et tétanique, du moins ne se trouvait-elle pas dans les milieux de culture liquides au moment où le développement du microbe est achevé. Le seul poison connu était celui qu'abandonnent les microbes tués lorsqu'on les soumet à la macération, c'est-à-dire;, suivant le terme usité, Yendotoxine dysentérique, laquelle tue le lapin à des fractions de centimètre cube. Cependant Todd (2), puis Rosenthal (3) constataient que par la fillration des cultures prolongées pendant un mois en

Mi Kruse, Die Blutserumtherapie bel «1er Dysenterie [Deutsche med. Woch., 1903).

i-') Todd, Sur une antitoxine dysentérique [BritUh Med. Joiirii.. 19

(3) RosfNTiui.. La toxine dysentérique (Deutsche med. Woch., 1903) •

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milieu très alcalin (Todd), ou trois semaines dans un bouillon Mai1 tin faiblement alcalin (Rosenthal), on obtenait une toxine dont 0CC,1 suffit à tuer un lapin adulte. L'un et l'autre ont pensé que ce poison représentait la toxine soluble, excrétée par le bacille au cours de son développement. L'interprétation ne semble pas exacte. La végétation du microbe est rapide et courte dans le bouillon ; elle se termine du quatrième au cinquième jour et, à ce moment, la toxine n'existe pas d'une manière appréciable. Si elle apparaît par la suite, en proportion d'autant plus marquée que l'attente se prolonge, c'est que, par le fait de la macération et de ïautolyse, les cellules microbiennes abandonnent au liquide le poison retenu à leur intérieur. Uendotoxine a été simplement mise en liberté.

Quoi qu'il en soit de cette question secondaire, on pouvait donc trouver dans les cultures vieillies une toxine très active. Todd l'injecte au cheval, à l'exclusion des cultures, et recueille un sérum nettement antitoxique (t) dont l'emploi chez l'homme n'est pas mentionné. Rosenthal, à Moscou, procède de même chez le chien : le sérum de cet animal n'est pas seulement antitoxique, il préserve aussi contre la dose mortelle de virus vivant.

Dès lors, Rosenthal immunise systématiquement des chevaux par l'inoculation de toxine et de bacilles vivants, suivant une technique que Gabritchewsky (2) a fait connaître, et prépare ainsi un sérum aitlimicrobien et anlitoxique dont l'emploi chez l'homme a été l'objet d'un compte rendu détaillé. Sur 157 malades traités par ce sérum, 7 sont morts, soit 4,5 p. 100. Au même moment, la mortalité était de 10 à 11,7 p. 100 sur d'autres sujets soumis aux médications usuelles. Les effets du sérum se sont montrés particulièrement frappants au début de la maladie; presque toujours alors la maladie élail jugulée en un ou deux jours; les épreintes et les coliques s'apaisent dans les dix-huit ou vingt heures qui suivent l'injection, le sang et le ténesme disparaissent en même temps que les selles diminuent de fréquence et la guérison est complète. En résumé, dit Rosenthal, le sérum abaisse la mortalité de plus de moitié, abrège d'un tiers la durée de la maladie, prévient le passage à l'état chronique cl Les rechutes.

Le sérum de Rosenthal a été utilisé a\ce succès dans les hôpitaux de Mamlcliourie pendant la guerre russo-japonaise (Korentchewsky, Barikin).

(h Par la suite, Todd constate la même propriété antitoxique dans le sérum d*un cheval ayaul uniquement reçu dans les veines des cultures du bacille dysentérique. (2) Gabritchewsky, Congrès de- Sociétés ?-.i\.iiii<^ Moscou, 1903.

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