II. — Immunisation des animaux. — Propriétés de leur
sérum.
Les chevaux sont immunisés par l'inoculation hebdomadaire de doses alternées et progressivement croissantes de bacilles vivants et de toxine. Os inoculations sont faites, non par la voie sous-cutanée, mais dans les veines et cette méthode est essentielle pour assurer au sérum son maximum d'activité.
L'introduction directe des corps microbiens dans la circulation générale est, en effet, comme l'a montré Besredka (1), le procédé d'immunisation qui donne les sérums les plus actifs avec les microbes à endotoxine; la propriété anti-endotoxique ne serait pas obtenue au moyen des inoculations sous-cutanées.
Les cultures et la toxine ont toujours été fournies par un même bacille dysentérique du type Shiga; ce microbe, très pathogène pour le lapin, conserve depuis longtemps un degré de virulence sensiblement égal et donne, en milieu approprié, une toxine très active. La toxine s'obtient par filtration sur porcelaine d'une culture en bouillon Martin qui a été maintenue pendant vingt jouis à la température de 37°; 0,;c,l de ce filtrat introduit dans la veine de l'oreille tue en vingt-quatre heures un lapin de 1 kilogramme.
En raison de la grande sensibilité du cheval à l'action du bacille dysentérique et de sa toxine, les premières inoculations doivent être t'ai les à doses faibles, 1/4 de centimètre cube d'une culture de vingtquatre heures, puis 1/2, 1,2,3 centimètres cubes, etc. ; il en sera.de
(ii Besredka, De l'anti-endotoxîne typhique, et des anti endo toxines en général i \nn. /us!. Pasteur, février 1906).
Médic. microbiens. 16
242 VAILLARDETDOPTER.— SÉROTHÉRAPIE ANTIDYSENTÉRIQUE.
même pour la toxine. Encore ces doses déterminent-elles une vive réaction qui se traduit par un frisson violent, une élévation thermique pouvant dépasser 40° et des symptômes généraux accusés. La quantité maxima de cultures et de toxine injectée n'a jamais excédé 50 centimètres cubes. La progression des doses doit être lente et très ménagée, car l'accoutumance n'est, pour ainsi dire, jamais acquise et chaque inoculation nouvelle provoque une ascension de la température (40 ou 41°) qui persiste pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, s'accompagnant d'abattement, parfois même d'une parésie transitoire du train postérieur. Il n'est point rare de voir survenir une période d'amaigrissement progressif avec inappétence qui conduirait à des accidents plus sérieux si les inoculations n'étaient momentanément suspendues. Les saignées destinées à recueillir le sérum sont pratiquées deux à trois semaines après la dernière inoculation.
Propriétés du sérum. — Le sérum de ces chevaux possède des propriétés préventives et curatives qui se manifestent également bien contre le bacille dysentérique et sa toxine. La souris, le rat, le lapin surtout sont les animaux de choix pour les vérifier. Chez le lapin, l'inoculation sous-cutanée des cultures vivantes détermine une maladie mortelle en trois, quatre ou cinq jours et dont les lésions reproduisent assez fidèlement celles de la dysenterie humaine. L'injection de la toxine peut, suivant la dose et la voie de pénétration, produire soit la mort en quelques heures, soit une maladie de courte durée (trois ou quatre jours), exactement semblable à celle que provoque le virus vivant. Le cobaye utilisé par Shiga et Kruse dans leurs essais se montre, au contraire, assez résistant à l'action du bacille injecté ailleurs que dans le péritoine et presque réfrac taire à la toxine.
1° Effets préventifs. — Des lapins du poids de 1 800 à 2000 grammes reçoivent sous la peau 0CC,5 à 0ec,25 de sérum spécifique ; soit au même moment, soit plusieurs heures ou même deux jours après, on leur inocule dans le tissu sous-cutané une dose de culture sûrement mortelle en quatre jours. Tons ces animaux résistait, tandis que les témoins meurent du troisième au quatrième jour.
Les lapins qui ont reçu le sérum présentent, au point infecté, un œdème d'étendue variable et riche en polynucléaires contenant à leur intérieur une grande quantité de microbes. Chez les témoins, l'œdème est peu marqué, presque pauvre en leucocytes et la phagocytose y fait à peu près complètement défaut. La comparaison des deux états indique bien le mécanisme de la préservation.
Lee résultats sont identiques avec la toxine, mais alors la dose de