‹ Médicaments microbiensChapitre 109 sur 216 · I. — Historique · texte numérisé non relu

I. — Historique

Dès le début de nos connaissances sur la nature microbienne d'une maladie parfois si redoutable, les efforts se sont orientés vers la recherche de son traitement spécifique au moyen du sérum des animaux immunisés contre le virus.

Shiga (1), le premier, dès 1898, immunisa de grands animaux (chèvre, âne, cheval), par l’inoculation sous-cutanée des cultures mortes, puis vivantes, du bacille qu’il avait décrit dans la dysenterie épidémique du Japon. Le sérum des animaux ainsi traités avait la propriété de prévenir et de guérir l’infection expérimentale. Injecté vingt-quatre heures avant le virus, il préserve la souris et le cobaye contre une dose cinq fois mortelle introduite dans le péritoine. Intervenant de cinq à quinze heures après l’infection par la dose mortelle, ce sérum assure la survie des cobayes traités; mais, s’il est retardé jusqu’à la vingtième heure, tous les animaux succombent. Encouragé par ces résultats, Shiga appliqua ce sérum à la maladie de l’homme : 298 dysentériques furent exclusivement traités par le sérum à la dose de 20 à 50 centimètres cubes; 31 succombaient, soit 10.8 p. 1 00. Or, 2599 dvsentériques soumis aux médications usuelles avaient donné 957 morts, soit 35,4 p. 100. La mortalité était donc diminuée de plus des deux tiers. Shiga résumait ainsi les effets du sérum chez l’homme : diminution immédiate et rapidement progressive du nombre des selles et du sang qu’elles contiennent, apaisement brusque de tous les symptômes douloureux, cessation de la fièvre, amélioration de l’état général, rapidité de la guérison.

(l'est donc à Shiga que revient le mérite d’avoir établi les bases de la sérothérapie antidysenlérique.

leurs caractères fermeiilalifs il l'égard de la mannile, tous cependant doivent être rangés en un groupe unique (Institut pour les maladies infectieuses, Tokyo, 1906).

(I) Shiga, Etudes sur la dysenterie épidémique au Japon [Deutsche med. Il och.. tout i .

HISTORIQUE

Après avoir isolé le bacille de la dysenterie allemande, Kruse(l) poursuivit à son tour la recherche d'un sérum spécifique : « Non pas, dit-il, un sérum antitoxique, car le bacille dysentérique ne produit pas de toxine particulièrement active et l’évolution clinique de la maladie ne donne guère l’impression d'une intoxication; mais un sérum uniquement bactéricide, capable d’empècher la reproduction rapide du microbe et de juguler l’infection. » Il immunisa divers animaux par l’inoculation sous-cutanée de cultures vivantes, et obtint ainsi un sérum préventif et curateur pour l’infection expérimentale du cobaye. Kruse applique alors le sérum à la dysenterie de l’homme : 100 cas traités donnent 8 décès, soit 8 p. 100, tandis que la mortalité habituelle des épidémies en Westphalie est de 10 à 11 p. 100. L’écart était évidemment minime; aussi, pour mettre en relief la valeur du sérum, l’auteur s’altache-t-il à faire ressortir son action bienfaisante sur les symptômes douloureux, l’amendement rapide des troubles intestinaux et l’évolution en quelque sorte abortive de la maladie.

Shiga et Ivruse immunisaient les animaux par l’inoculation sousculance de cultures mortes, puis vivantes. Leur sérum possédait certainement des propriétés antimicrobiennes, mais son efficacité, si réelle qu’elle fût, restait encore insuffisante, car la dysenterie ne se réduit pas à l’infection intestinale; elle est aussi une maladie d’intoxication. On sait, en effet, que la toxine extraite des corps microbiens détermine chez le lapin une maladie exactement semblable à celle que provoque le virus vivant; l’intoxication joue donc un rôle dans la pathogénic des lésions et des symptômes delà dysenterie. Dès lors, il était naturel d’admettre que, pour répondre aux indications d’un traitement rationnel, le sérum devait posséder aussi la propriété antitoxique. L’obtention de celle propriété devenait un progrès nécessaire.

Il avait paru établi que le bacille dysentérique ne produisait pas de toxine soluble à la manière des bacilles diphtérique et tétanique, du moins ne se trouvait-elle pas dans les milieux de culture liquides au momcnloùle développement du microbe est achevé. Le seul poison connu était celui qu’abandonnent les microbes tués lorsqu’on les soumet à la macération, c’est-à-dire, suivant le terme usité, Vendotoxine dysentérique, laquelle tue le lapin à des fractions de centimètre cube. Cependant Todd (2), puis Hosenlhal (3) constataient (pie, par la filtration des cultures prolongées pendant un mois en

(1) Krusk, Die Illutscrumlherapie bei (1er Dysenterie ( Deutsche med. Work . , 1003).

(2) Todd, Sur une antitoxine dysentérique ( liritish Med. Juurn., 1903).

(3) Rosektual, La toxine dysentérique ( Deutsche med. Woch . , 1903).

248 V AILLARD ET D OPTER. - SÉROTHÉRAPIE ANTIDYSENTÉRIQUE.

milieu très alcalin (Todd), ou trois semaines dans un bouillon Martin faiblement alcalin (Rosenthal), on obtenait une toxine dont 0CO,1 suffit à tuer un lapin adulte. I/un et l’autre ont pensé que ce poison représentait la toxine soluble, excrétée par le bacille au cours de son développement. L’interprétation ne semble pas exacte. La végétation du microbe est rapide et courte dan^ le bouillon; elle se termine du quatrième au cinquième jour et, à ce moment, la toxine n’existe pas d’une manière appréciable. Si elle apparaît par la suite, en proportion d autant plus marquée que l'attente se prolonge, c’est que, par le fait de la macération et de I’omlolyse, les cellules microbiennes abandonnent au liquide le poison retenu à leur intérieur. L'endotoxine a été simplement mise en liberté.

Quoi qu’il en soit de cette question secondaire, on pouvait donc trouver dans les cultures vieillies une toxine très active. Todd l'injecte au cheval, à l’exclusion des cultures, et recueille un sérum nettement antitoxique (1) dont l’emploi chez l'homme n'est pas mentionné. Rosenthal, à Moscou, procède de même chez le chien : le sérum de cet animal n’est pas seulement antitoxique; il préserve aussi contre la dose mortelle de virus vivant.

Dès lors, Rosenthal immunise systématiquement des chevaux par l’inoculaLion de toxine et de bacilles vivants, suivant une technique que Gabritchewsky (2) a fait connaître, et prépare ainsi un sérum antimicrobien et antitoxique dont l’emploi chez l’homme a été l’objet d’un compte rendu détaillé. Sur 157 malades traités par ce sérum, 7 sont morts, soit 4,5 p. 100. Au même moment, la mortalité était de 10 à 11,7 p. 100 sur d’autres sujets soumis aux médications usuelles. Les effets du sérum se sont montrés particulièrement frappants au début de la maladie : presque toujours alors la maladie était jugulée en un ou deuxjours ; les épreintes et les coliques s'apaisent dans les dix-huit ou vingt heures qui suivent l’injection ; le sang et le ténesme disparaissent en même temps que les selles diminuent de fréquence et la guérison est complète. En résumé, dit Rosenthal, le sérum abaisse la mortalité de plus de moitié, abrège d'un tiers la durée de la maladie, prévient le passage à l’état chronique et les rechutes.

Le sérum de Rosenthal a été utilisé avec succès dans les hôpitaux de Mandchourie pendant la guerre russo-japonaise (Korentchewskv, Rarikin).

(1) Par la suite, Todd constate la même propriété antitoxique dans le sérum d'un cheval ayant uniquement reçu dons tes veines des cultures du bacille dysentérique.

(2) Gmihitchewsky, Congres des Sociétés savantes, Moscou. 1903.

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