NOTIONS GÉNÉRALES SUR LA RAGE
Pas plus chez les animaux que chez l’homme, il n’existe de rage spontanée. Tout cas de rage dérive nécessairement d’une atteinte antérieure. La contamination ne s’est pas forcément faite par morsure, bien que ce soit de beaucoup le cas le plus fréquent; elle a pu être réalisée par lèchement sur des plaies superficielles ou encore par coup de grille. Chez les animaux, la porte d’entrée passe facilement inaperçue, d’où la croyance (très difficile à déraciner) à la possibilité de la rage spontanée. Les poils peuvent dérober au regard une plaie même importante. Tel chien de luxe qui ne sort jamais qu'accompagné de ses maîtres et n’a pu — affirment ceux-ci — être contaminé par un autre chien, aura été contaminé par un chat, une souris, un rat, etc.
Si l’on excepte les animaux en incubation et ceux guéris depuis peu, un animal sain est incapable de donner la maladie. Pour conférer la i’age, il faut que lui-même en soit atteint. On demande souvent au médecin comment, dans ces conditions, le premier cas de rage a pu faire son apparition. Ce n’est pas le lieu de discuter ici les théories émises à ce sujet. Nous ferons simplement remarquer que la même question se pose pour toutes les maladies infectieuses.
Toutes les personnes contaminées par un animal enragé ne contractent pas la rage. On estime à 15 p. 100 seulement le chiffre de celles qui, mordues par un chien dûment enragé et non soignées, prennent la maladie. Ce pourcentage s’élève à 60 p. (00 en cas de morsure de loup, à 90 p. 100 en cas de morsure par un loup et à la tête. Les expériences de Pasteur et d’Hijgyes ont démontré que, contaminés par un animal enragé, les chiens prenaient la maladie dans des proportions très analogues.
L’incubation de la rage est loin d’avoir la fixité qu’on observe dans la plupart des maladies infectieuses. Elle est très variable et sous la dépendance de plusieurs facteurs. D’une façon générale, la maladie éclate lorsque le virus, s’étant cultivé de proche en proche dans les cordons nerveux, atteint les centres. L’incubation sera donc très courte en cas de morsure à la face, un peu plus longue en cas de morsure aux membres supérieurs, beaucoup plus longue si les morsures siègent aux membres inférieurs. Le nombre des morsures, leurs dimensions, leur profondeur ont également leur influence. Enfin l’incubation de la rage du loup est beaucoup plus courte que celle du chien. On peut donner comme chiffres extrêmes quinze jours d’une part, et de l’autre deux à trois années. Des incubations I>lus longues encore ont été signalées, mais elles sont sujettes à caution. Dans l’immense majorité des cas, c’est au cours du deuxième
P. REMLINGER. — VACCINATION ANTIRABIQUE.
mois, soit du trentième au soixantième jour après la morsure, que la rage fait son apparition.
Chez l’homme et chez l'animal, la rage déclarée existe sous deux formes principales, la forme furieuse et la forme paralytique, entre lesquelles existent de nombreux intermédiaires. La maladie e^t moins caractéristique et d'un diagnostic souvent plus délicat qu'on ne se l’imagine. La difficulté est au maximum chez le chien, 0:1 l’aspect clinique est essentiellement protéiforme (Rages cachectique, tétanique, épileptique, etc.). La rage étant due à un microbe invisible, on ne peut en aucune façon compter sur le microscope pour aider au diagnostic, et des travaux récents ont montré que la méthode de fixaLion du complément n’était pas davantage susceptible de rendre des services.
L’autopsie n’est susceptible de fournir à peu près aucune donnée capable de confirmer ou d’infirmer le diagnostic. Chez l’homme, on ne consLate que des lésions agoniques sans valeur aucune. Chez l’animal, l’importance attribuée à la présence dans l’estomac des corps étrangers est très exagérée. Ils manquent dans 60 p. 100 des cas de rage et se rencontrent fréquemment en dehors de la maladie. L’examen microscopique du bulbe rachidien au point de vue des nodules de Babès (accumulation autour des cellules nerveuses de cellules néoformées), des ganglions spinaux au point de vue de la lésion de van Gehuchlen (pullulation des cellules de la capsule endothéliale et destruction des cellules nerveuses), de la corne d'Ammon et de l’écorce du cervelet au point de vue de l'existence des corpuscules de Négri (incapsulation du microbe de la rage de la part de cellules très résistantes à son action) a une valeur beaucoup plus grande. Néanmoins, si des constatations positives constituent une forte présomption en faveur de la rage, des constatations négatives sont à peu près sans importance. Il n’existe, en réalité, qu'une façon certaine de faire le diagnostic de rage ; c’est de prélever un peu du bulbe.de l’animal suspect et de l’inoculer par voie sous-dure-mérienne ou intraoculaire de préférence, à un lapin ou à un cobaye. La maladie éclate, dans l’immense majorité des cas, du quinzième au vingtième jour après l’inoculation, mais on peut observer des incubations beaucoup plus prolongées. On n’est jamais autorisé à attendre pour soumettre un mordu au traitement pastorien le résultat des inoculations expérimentales.
Mentionnons aussi, pour répondre à une question souvent posée, qu’une morsure par un animal dûment enragé ne se distingue par aucun caractère d’une morsure par un animal sain. Le retard de la cicatrisation n’a aucune valeur diagnostique. Ce que nous avons dit