FONCTIONNEMENT D'UN INSTITUT ANTIRABIQUE
malades qui ont à subir deux inoculations pendant les premiers jours n’en reçoivent bientôt plus, sauf exceptions, qu’une seule, alternativement du côté droit et du côté gauche. On se sert dune seringue — de préférence d’une seringue de Straus-Collin — stérilisée par ébullition prolongée dans unesolution de borate de soude à 40 p. 1000. Le même instrument peut servir pour tous les malades, puisqu ils sont inoculés par ordre de virulence croissante. Une même aiguille stérilisée une fois pour toutes peut servir également pour toutes les inoculations, à condition d’être trempée après chaque injection dans de l’huile chaude, qui a également pour avantage de rendre la piqûre moins douloureuse. Pendant les premiers jours du traitement, les mordus graves, particulièrement les mordus à la face, sont convoqués à nouveau l’après-midi pour une nouvelle série d’inoculations. En cas de morsure de loup, il est indiqué de multiplier davantage encore les injections et, par conséquent, de conserver les mordus à l’Institut pendant toute la journée. Les mordus graves doivent être interrogés de temps en temps au point de vue des sensations subjectives (élancements, fourmillements, démangeaisons) éprouvées du côté de leur cicatrice ou du membre mordu, ainsi que des modifications objectives (rougeur, turgescence), dontla cicatrice pourrait être le siège. Ces phénomènes sont des symptômes prémonitoires de la rage d’une importance très grande. S’ils viennent à se produire au cours des vaccinations, il est indiqué d’inoculer rapidement au malade des doses massives d’émulsions vaccinantes. On a vu parfois (E. Roux) ces symptômes disparaître sous l’influence d’un traitement intensif rapidement institué et les malades échapper à la rage.
11 va de soi que, dans un Institut antirabique, les lapins doivent être l’objet d’une attention très minutieuse au point de vue de leur poids (2 kilogrammes environ), de leur alimentation, des symptômes qu’ils présentent, des maladies infectieuses contre lesquelles il importe de les protéger, des infections agoniques et cadavériques dont il faut préserver leur cerveau et leur moelle.... L’asepsie et l’antisepsie doivent également être l’objet d’une surveillance toute particulière, spécialement au cours de l’ablation des moelles et de la préparation des émulsions. Ces opérations doivent être effectuées en silence, alin d’éviter la projection de gouttelettes de Flügge. La marche de l’atténuation du virus dans les flacons de potasse mis à l’étuve à 23° doit être contrôlée fréquemment à l’aide d’inoculations appropriées... U nous suffira de mentionner ces divers points dont la description détaillée nous entraînerait trop loin.
102 P. RE MLINGER. — VACCINATION ANTIRABIQUE.
V. — VACCINATION PAR LA MÉTHODE DES DILUTIONS VIRULENTES OU PROCÉDÉ D’HÔGYES
La méthode pastorienne classique que nous venons d exposer présente cet inconvénient que la virulence des moelles desséché* n’est pas toujours rigoureusement conforme à leur âge. Les variations sont surtout frappantes lorsqu’on utilise de petits lapins tq lorsque tous les animaux inoculés ne sont pas du même poids. Les moelles inégalement épaisses se dessèchent aussi inégalement et la virulence ne décroît plus régulièrement suivant 1 âge de la moelle. Pasteur ayant émis l’opinion que la dessiccation diminuait la virulence en changeant non la qualité du virus, mais sa quantité, Hogyes entreprit de parer à ces inconvénients en remplaçant les moelles desséchées par du virus fixe dilué. On prélève au niveau du bulbe d’un lapin qui vient de succomber au virus fixe un gramme de substance nerveuse. On l’émulsionne très finement et très aseptiquementdans 100 grammes de solution physiologique et on passe à travers une toile. L’émulsion ainsi obtenue sert à faire les dilutions plus étendues, nécessaires au traitement des malades. Hogyes a vu que la dilution à 1 /10 000 inoculée sous la dure-mère du lapin à la dose d’un quart de centimètre cube ne lui donnait pas la rage; la dilution à t/5 000 ne la lui donne pas sûrement et l’incubation est très longue; enfin les dilutions plus faibles donnent des incubations de plus en plus courtes; celles à 1 /200 et à 1/100 sont aussi actives que les dilutions les plus concentrées. On admet que les dilutions depuis 1/10 000 jusqu’à 1/6 000 correspondent à la série des moelles du quatorzième au huitième jour; la dilution à I/o 000 équivaut à une moelle du septième jour; les dilutions à 1/1 000, à 1/500, à 1/200 correspondent aux moelles des sixième, cinquième, quatrième jours. Le traitement est donc commencé par l'injection sous la peau du flanc de 3 centimètres cubes d’une dilution de virus fixe frais à 1/10 000; il est poursuivi par l’injection de 1-3 centimètres cubes de dilutions graduellement plus concentrées et se termine par l'inoculation d'un centimètre cube d’une dilution à 1/100. La méthode d’Hôgyes donne des résultats identiques à ceux de la méthode pastorienne classique et il est bien difficile de se prononcer en faveur de l'une ou de l’autre. Elle est usitée non seulement à Buda-Peslh, mais encore à Madrid et à Sophia. Les formules du traitement employé sont les suivantes :