III. — PROPRIÉTÉS DE LA TOXINE DIPHTÉRIQUE
Action sur les animaux. — Dans tous les laboratoires, on essaie l’activité d’une toxine en l’inoculant sous la peau des cobayes; dans les pays où les cobayes sont difficiles à élever, on peut se servir de pigeons. Comme il est important de tenir compte dans cette détermination du poids du cobaye, on accepte généralement la définition donnée par Ehriich, etl’on ditquel’unité toxique, qu’on désigne par (t), est la quantité de toxine qui tue en quatre-vingt-seize heures un cobaye du poids de 300grammes. 11 est certain qu’il serait préférable de déterminer l’unité toxique pour un kilogramme d’animal ; mais on voit dans la pratique que les cobayes âgés sont plus résistants que les cobayes jeunes l’unité varierait donc avec l’âge des animaux ; aussi vaut-il mieux, pour bien s’entendre, prendre des cobayes de même poids, ce qui revient à prendre des cobayes de même âge.
Lorsqu’on inocule à un cobaye une dose de toxine plus grande que (Q,les animaux meurenten moinsde quatre-vingt-seize heures; mais il y a toujours, môme avec de fortes doses, entre le moment de l’injection de la toxine et le moment de la mort, un intervalle de vingt heures au moins, et on peut augmenter la dose de toxine injectée sans arriver à tuer plus rapidement les cobayes.
Avec des doses de toxine inférieures à ( t ), on remarque que les cobayes meurent en cinq jours, dix jours, trente jours, parfois môme ne meurent pas; toutefois, il y a toujours une lésion locale qui va de l’escarre au simple œdème. Même chez les cobayes qui ne
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meurent pas, il est rare d’observer des paralysies; on les rencontre surtout chez les lapins et chez les chiens.
Un cobaye, qui a reçu sous la peau une dose mortelle de toxine diphtérique, présente une légère inflammation au point d'inoculation; sa température augmente d’abord, puis baisse quelques heures avant la mort qui survient en hypothermie.
Quand on pratique l’autopsie des cobayes tués par la toxine diphtérique injectée sous la peau, on trouve les mêmes lésions que chez les cobayes qui reçoivent des bacilles diphtériques. Au point d’inoculation, il y a de l’œdème, de la dilatation vasculaire, de l’accumulation de iibrine et de leucocytes qui simule une véritable fausse membrane. Les ganglions correspondants sonL engorgés, les intestins sont souvent injectés. Mais les lésions caractéristiques sont, d’une part, la pleurésie avec ou sans congestion pulmonaire et. en second lieu, la lésion très constante des capsules surrénales, qui sont tuméfiées, rouges et même hémorragiques à leur centre.
Telle est l’action de la toxine diphtérique chez les cobayes. La toxine à haute dose tue le lapin en vingt à vingt-quatre heures. L’intestin est injecté et les lésions sont surtout très marquées dans le foie; à faibles doses, on a souvent des paralysies du train postérieur. Babonneix aétudiésur ces animaux les paralysies en inoculant de la toxine le long des trajets nerveux.
Le chien est très sensible à l’action du poison diphtérique ; il présente des paralysies, lorsque la mort n’est pas très rapide.
Parmi les animaux de laboratoire, on peut employer pour étudier la toxine diphtérique les pigeons et les poules. Mais on doit bien savoir que les rats et les souris sont réfractaires à la toxine, comme ils sont réfractaires au bacille.
Tous les grands animaux sont sensibles à la toxine diphtérique. Un cheval de 400 kilogrammes peut être tué avec un dixième de centimètre cube d’une toxine dont le 1/200 fait périr un cobaye de 300 grammes. Les vaches, les moutons et les chèvres sont très sensibles au poison diphtérique; aussi est-il très difficile de les immuniser.
L’inoculation intraveineuse paraît un peu plus activeque l'inoculation sous-cutanée; il en est de même de l’injection intrapéritonéale, mais les différences ne sont pas importantes.
Bayeux et Boger ont montré que la toxine diphtérique mise en contact avec la muqueuse de l’œil ou de la trachée du lapin amène localement la production de fausses membranes.
Lorsqu’on inocule la toxine diphtérique dans un nerf, on obtient la paralysie de ce nerf (Babonneix).
L’inoculation de la toxine dans le cerveau permet de constater