TRAITEMENT DE L’ANGINE DIPHTÉRIQUE AU DÉBUT
diphtérie oculaire, la diphtérie vulvaire, on fixera les doses suivant l’âge du malade.
Cependant il faudra toujours tenir grand compte de l’état général du malade et donner des doses doubles ou triples, si la diphtérie survient chez un malade infecté ou dans la convalescence d’une maladie générale ou après un accouchement. Tous ces facteurs rendent, en effet, la diphtérie plus grave, et la seule chance de vivre qui reste au malade est de recevoir de fortes doses de sérum.
Pour la rhinite chronique diphtérique, on peut se contenter des doses que nous avons indiquées pour chaque âge; si les fausses membranes se renouvellent, on refait une injection.
Pour les rhinites aiguës qui, chez les jeunes enfants, précèdent ou accompagnent le croup, on suivra les règles que nous fixerons pour la sérothérapie des laryngites diphtériques.
Angine diphtérique. — - C’est certainement la localisation qu’on ale plus souvent l’occasion de traiter, et, comme nous ne pouvons pas indiquer un traitement spécial pour toutes les formes, dans le but de simplifier, nous envisagerons le traitement de l’angine au début et le traitement à la période d’état.
Traitement de l’angine diphtérique prise au début. — A cette période, l’angine diphtérique esL difficile à diagnostiquer; aussi faut-il savoir prendre une décision et injecter immédiatement toute angine qui paraît suspecte. Lorsqu’on redoute la diphtérie, il ne faut pas attendrel’examen bactériologique, il faut faire une injectionde sérum.
Chez les enfants de moins de cinq ans, il faut toujours se méfier des enduits blancs qui recouvrent les amygdales ou des petits points blancs qui se montrent sur les deux' amygdales ; car chez eux la maladie évolue vite. Nous conseillons donc d’injecter du sérum même pour un diagnostic qui pencherait vers la négative, même si les plus grandes probabilités sont contre la diphtérie; car, à cet âge, les accidents sériques sont rares et de peu d’importance et, nous le répétons, la diphtérie marche vite, il ne faut pas attendre.
De cinq à quinze ans, on peut examiner plus facilement la gorge du malade, mieux étudier les caractères de la fausse membrane, sa localisation, sa progression, et injecter du sérum lorsque l’angine devient réellement suspecte.
Chez l’adulte, qui présente une diphtérie localisée à son début, si l’on trouve seulement quelques points blancs, si les fausses membranes ne sont pas nettement diphtériques, nous comprenons très bien qu’on demande à l’examen bactériologique un diagnostic avant de faire une injection de sérum, car les troubles sériques sont fréquents et sérieux ; mais encore faut-il surveiller attentivement son
172 LOUIS MARTIN. — SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE.
malade et l’injecter si la fausse membrane s’étend, si la diphtérie devient envahissante.
Toutes les réserves que nous venons de formuler ne doivent être observées que pour les cas sporadiques à fausses membranes nettement localisées, sans tendance envahissante.
Il n’y a plus d’exception à la règle de l’intervention hâtive lorsqu'on se trouve dans un milieu contaminé : par exemple, dans une famille où il y a plusieurs cas de diphtérie, dans une pension, en un mot dans toute agglomération où il y a eu de la diphtérie; au moindre point blanc, il faut injecter enfants et adultes.
L’intervention hâtive doit être, à plus forte raison, pratiquée s'il existe une épidémie véritable. 11 faut même savoir que souvent dans les épidémies l’angine diphtérique débute par une rougeur intense de la gorge, qu’elle peut s'accompagner de fièvre, de vomissements, de douleurs de l’abdomen, et que ces symptômes précèdent de quelques heures l’apparition des fausses membranes. Dans ces cas, si l’on veut sûrement sauver les malades, il faut les injecter avant l’apparition des fausses membranes et doubler les doses que nous avons indiquées pour chaque âge.
Lorsqu’une diphtérie localisée est traitée au début, elle guérit toujours ; les fausses membranes cessent de s’étendre dès la douzième heure ; elles deviennent blanches, friables et disparaissent vers la trente-sixième ou la quarante-huitième heure.
En même temps que les symptômes locaux diminuent, les autres symptômes s’amendent et la maladie, évoluant rapidement vers la guérison, se termine sans complications ; il peut cependant y avoir quelques accidents sériques que nous étudierons séparément.
Lorsque la diphtérie prend d’emblée les allures d'une diphtérie grave, le sérum ne modifie pas immédiatement les symptômes locaux : quelquefois les fausses membranes, qui étaient à peine visibles au moment de l’injection, deviennent très nettes douze heures après : dans d’autres cas, la fausse membrane paraît s'étendre.
Seveslre et René Petit signalent le même fait et l’expliquent par le gonflement, et le blanchiment des fausses membranes, ce qui fait qu'une fausse membrane peu visible devient par suite très nette: ce serait pour eux une réaction due au sérum. Quelle que soit 1 explication, le fait existe, et les médecins doivent savoir que, dans les douze à vingt-quatre heures qui suivent l’injection, les fausses membranes dans quelques cas paraissent s’étendre. Après vingt-quatre heures, dans les diphtéries prises au début, elles diminuent, blanchissent, s'effritent et tombent ; dans la forme grave d emblée, prise au début, c’est seulement vers le troisième jour qui suit