‹ Médicaments microbiensChapitre 10 sur 163 · BASES DE LA BACTERIOTHIÎRAPIE INTESTINALE · texte numérisé non relu

BASES DE LA BACTERIOTHIÎRAPIE INTESTINALE

Nous avons déjà cité dans le précédent chapiti'e l'ui.inion des pédiatres sur le rôle empêchant de certains microbes contre le h-oteiis. Des expériences plus approfondies ont été entreprises dans la même direction par d'autres chercheurs; mais ce sont surtout les travaux du D-" Bienstock ( 1), exécutés au commencement du siècle (lui ont, à juste titre, attiré sur eux l'attention générale.

Depuis longtemps, on se demandait pour quelle raison le lait s oppose à la putréfaction. On en chercliait la cause tantôt dans la caserne, tantôt dans le sucre du lait ou bien encore dans lesacides qui se développent abondamment dans le lait après la traite On envisageait donc le problème exclusivement au point de vue chimique, et on ne faisait pas attention au monde des infiniment petits qui peuplent le lait cru. C'est le mérite du D- Bienstock d'avoir tenu compte de ces organismes. Après des e.xpériences multiples, il est arrive a ce résultat que le lait lui-même avec tout son arsenal de substances chimiques n'empêche pas les putréfactions. Aussi le lait stérilise ou même pasteurisé est non seulement incapable de remplir cerô e, mais il pourrit lui-même avec la plus grande facilité. Bienstock en conclut que ce n'est pas le lait qui empêche la putréfaction, mais quelque chose qui lui est étranger, c'est-à-dire les microbes qui pénètrent dans le lait pendant et après la traite rip'nn'r ^"7?""'"' l''"^^"'^"^^ d'une quantité d'espèces bactébac Iles e le BacUlus lactis aeroyenes qui empêchent la putréfaction

' doivenfê^' ''P''^' niicrobiennes

doivent être considérées comme la première et la véritable cause

ns r;:i:"!;^"r ^^'^ ^^-^ t de ces microbes

ans le lait stérilise, auquel on ajoute des bactéries putréfiante telles que BacUlus putrificus, bacille du charbon symplomatiqu et le vibnon sep tique) empêche la putréfaction de la caséîne. 1 our se rendre compte du mécanisme de cette action anla-onisle

tels que le Bacdlus prodrrjiosus et le Proteus. Mais, malgré l'acide

uZrZ nnf ^^°''T"^ '^"^ P- ^

lai t mi ' > n r"'' anacrobies. Bien que l'acidité

. c, il doil y avoM', d apivs Bienstock, d'autres fadeurs qui contr l uent au même résultat et qui sont propres à deux ë pè " , u' 1 a P ncipalement étudiées. Puisque ces microbes - colira H e

" - «-t des hôtes habituels du tube ig sti

'■c/iiv fiir nyyicne, 19U1, vol. XX.\i.\, p. 3<J0.

22 METCHNIKOFF. - BACTÊRIOTIIÉIl^PIE INTESTINALE.

CL „uisuue les putréfactions intestinales sont beaucoup '"0;"^ FO" nn r^os eue les putréfactions en dehors de l'intestin vivant, Biensrren crndut que ces deux espèces constituent une dé -se natu- ■oUe Je 1 or^^anisme humain contre la pourriture in est.nale, c esl l-dire contrela puUulation dans notre corps des anaerobies pufelianis IqIs Que le BacilliLS puln ficus. '^L s ex é.iences qui ont servi à cette théorie ^^^^^^^^^ ïissier et Martelly (1). Après -oi. ensemence du ol bacm^^^ mpma temns nue du Baci//us putri/ïcus, dans un milieu mineia Torhin ky^r^nkel) conlenant de la fibrine et du sucre, ils ont vu

c ue, dans ces conditions, ces bactéries (colibacille) ««"^ ^«^/^^^^^^ em. èchantes (p. 898). Seulement, ils pensent que la cause de ce eZèc lent réside exclusivement dans l'acidité du ^^"^^^^^ ^'^^^l dTîa fermentation du sucre. Ainsi, lorsqu'ils supprimaient ce lui-c d leur mi ieu de culture, la putréfaction se faisait sans arret^ La br ne subissait également la protéolyse dans le cas - Tissiei e Martelly ajoutaient à leur milieu sucré du carbonate de chaux qui ne'trallaR l'acidité au fur et à mesure de sa production

L'antagonisme établi par toutes ces «^P-"'-^^ ' ^^^^'^ A le bacille de la putréfaction, antagonisme deja ple^u pai J.s

eZl ce™ ,™ plpinière du colibacille, doit .U. co„»le.. partanl

peut-être aussi dans d'autres cas ou il s agit d empêcher la puir approfondi des faits bien établ. ne j..-met pas

cependant d'accepter cette thèse si ^^-^f^^";'^^^^^^ dé àrappeléque Malvozaasouvent isole e colib^^^^^^^

en voie de putréfaction. Eux-mêmes lont Iiounc aan

examens de viande putréfiée. ,«„ci,tni( louiours

Dans les cxpé.icnces de Bienstock, ce savant constatait loujouis

BASES DE h\ nAGTriUlOTJliiUAPIE INTESTINALE. 03

l antagonisme réel du colibacille contre le IhicUlus puliificua. Or d'après ses propres recherclies, Bienstock (1) insisie sur l'absence constante de ce microbe dans les putréfactions intestinales. Le rôle enipcchant du colibacille ne peut donc s'étendre à celte cause des maladies du tul)e difcestlf. Dans l'étiologie de ces dernières c'est l.lutot le bacille de Welch (IWUlus pnfringens de Veillon et Zuber) (lui a une importance capitale. On l'a li'ouvé, ainsi que nous l'avons résume plus haut, dans des cas d'entéi'itc des nourrissons et chez les adulles. C'est lui qui attaque les albuminoïdes dans la putréfaction cadavérique de l'homme. Kh bien, lissier et Martelly ont dcmonlré l'impuissance du colibacille pour arrêter la pullulation du Bncillus MHchu. (lotte espèce, élant elle-même un ferment très actil du sucre, ne craint pas l'acidité produite par le colibacille Aussi les deux microbes vivent tr'èsbien en symbiose et on les voit concourn^ ensemble à la putréfaction de la pa.^oi intestinale du cadavre humain. Bien qu'incapable d'attaquer les substances albuminoïdes propres, le colibacille détruit avidement lespeptones e , devenant une source de production de phénols, de mercaptan d hydrogène sulfuré, il occupe une place marquée dans l'ensemble des phénomènes de putréfaction. Parent proche du bacille typhique et des bacilles paralyphiques, le colibacille est certainement capable de donner naissance ix des toxines. Bien que celles qui lui ont é(é attribuées jusqu'à présent dérivent en majeure partie du bacille de la dysenterie (toxines de Cellil, il n'en est pas moins vrai que le colibacille authentique est un microbe toxique

Ouoique plusieurs des maladies, attribuées par plusieurs savants au colibacille, se soient montrées d'origine étrangère (dysenterie u-vre paralyphoïde. etc.), il resie encore des cas nombreux d'afTec: tions de toutes sortes, parfois morlels, où le rôle étiologique du colibacille a pu être démoniré avec les movens les plus .erfectmnnes de la technique moderne. D'un autre côté sa pr.pri té pathogène resuite des expériences sur des animaux. Lorsqu'on nocule une suspension de matières fécales d'homme dans le péritoine de cobayes, ceux-ci meurent infectés exclusivement par le col.bacil e. De toute la llore intestinale si riche il s'accuse donc '•-'-nn.e le plus virulent dans les conditions données

Pil.tlants et impuissant contre les anaérobies delà nuiréfaclion

nt r^"'"î;'7f p-o^-teur de poisons et im

"Hciobc patbogene. 11 est ,lonc bien temps de le délrônerde la place

(I) Annales ,k llnslilul Pasteur, 1900.

.„ MET-CHN/KOFF^ - BACTÊEIOTIlERAPIE INTESTINALE. U,,uL avec le colibacille, .lonl nous /«^ ^ lu

a déjà vu <,„e son «ac.«» », ^^J^toUX du nlxisson au

,u'à condition de -ulral.ser le n. .eu o d > a ul^ ^ P ^^^^

hienfaisanle dans les ^^^--^''^''f'^ZZ^^^^^^ nales d'une façon plus Ib.te que le col.ba 1 e L

parliculièrement abondant dans ^ f Au contraire,

amais pu être accusé comme cause d ^'^^ -,^,3 eonslalé

ion absence ou son développement l"'^.^"^ ,";^^;';^;^renfants. La

iinsi que le démontre une expenence d p^^^^^

Lorsqu'on ensemence dans du t ^ - u P ^^^^^.^.^^^^ fécales d'homme et qu on les laisse euui c. j. ^

Inaérobies, il se développe plus,eu.. m, obe. coaguler le lail en formant ""/^'^^'^.^^^^^'^ e.^^fen ac de lactique dans du petit-nrH blanc laiteux ^^^^f ^"^^^^ f on et répand une odeur de ait aigri «.^l"^; f^^^ l,,eilles, :^S;=-.K"S::r=eà,-™,.eel

U .W,/K<te <k iInslUHl Paslcu: mi, p. 898.

BASES DE LA BACTÉRIOTIIÉRAPIl!: INTESTINALE.

les gros bâlonnels du H. Wclchii ne se l'tMirond'eiil ([u'ii LiLro excej)linniiel e(. en ([iianlilé minime.

.Mais, loi'siiue rensemcncemenL du lait stérilisé de même |)i"ovenance a été lait avec la même quantité des mêmes matières l'écales préalablement bouillies, la l'ei^menlation prend une tout autre allure. Au bout de vingt-quatre heures le lait se coagule en formant un caillot spongieux et l'ei-me, réduit, surnageant sur un liquide presque Iransparent. A l'ouverture du tube il se produit une explosion des gaz et il se répand une forte odeur d'acide butyrique. Au microscope on constate une culture pure du /{. Welchii, entouré de halos très larges et très marqués. Ce procédé est le meilleur pour obtenir en très peu de temps une culture pure du B. Welchii.

L'expérience que je viens de lelater démontre que, dans le lait avec des matières fécales non chaullées, le développement du B. Welchii., cet anaérobie malfaisant et protéolytique, a été empêché par les microbes lactiques de la flore intestinale. Parmi eux, ce sont particulièrement les diplocoques lactiques qui se sont monti'és doués d"une grande force anlagonisle. Il a suffi d'éliminer ces microbes empêchants par le chaufl'age des matières fécales, auquel ont résisté les .spores du B. Welchii, pour donner une culture abondante de ce dernier.

Le mécanisme d'action antagoniste des microbes lactiques vis-àvis du B. Welchii n'a pas encore été étudié d'une façon suffisante. Puisque cet anaérobie putréfiant est lui-même un grand producteur d'acide, il n'est pas probable que ce soit l'acide lactique ou cet acide seul qui l'empêche de se développer. 11 doit y avoir autre chose qui le gêne dans le lait, aussi bien que dans les intestins où il ne se i-encontre généralement qu'en petit nombre d'individus. Peut-être s'agit-il ici de quelques pi-oduits thermolabiles, comme ceux décrits par Conradi et Kurpjuweit (1) qui interviennent dans celte lutte entre les microbes du tube digestif. Cette éventualité n'empêche pourtant d'aucune façon que la production d'acide lacti([ue joue un nMe imporlanl clans l'empêchement des putréfactions intestinales. Dans tous les cas, le fait que les microbes lactiques vi'ais exercent celle action d'une manière plusef[icacc que le colibacille (ne produisant relativement (|ue peu d'acide), suflit pour justifier l'emploi des l>remiers comme antagonistes des putréfactions inlisstinales.

Dans cet ordre d'idées il a été tout naturel de s'adresser à des 'nicrobes lactiques les plus puissants. Parmi tous les représentants connus, c'est le liacillc bulyare qui produit le plus fort rench-menl

{!) Miinc/teiifi- mi;(liMni,cke Wuchciisc/irift, l'm, p. a 101, t3'2V

MKTCHNIKOFF. - BACTÉRIOTHÉRAPIE INTESTINALE.

d'acHle lacLique. Isolé presque en môme temps à Genève par Massol et à l'Institut Pasteur parCohcndy et Michelson, il a fait le sujet de plusieurs recherches intéressantes. G. Bertrand et Weiswe.lcr (1) ont étudié les modifications que ce hacillc produit dans le lait et ont étahli qu'il fournit 25 grammes d'acide lactique par htre. Les autres acides, tels que l'acide succinique etl'acide acétique, ne sont produits qu'en très petite quantité, pas plus de !iO centigrammes par li re. L'acide Ibrmique n'est produit que sous forme de traces. Par contre, le bacille bulgare ne donne ni alcool, ni acétone et n'attaque presque pas les substances albuminoïdes. De plus, c'est un microbe denue de tout pouvoir pathogène. Par toutes ses (lualif-s il présente un intérêt particulier au point de vue qui nous intéresse.

Le bacille bulgare s'est révélé non seulement comme un microbe capable d'arrêter la putréfaction des albuminoïdes, mois aussi comme un puissant antagoniste du colibacille, ainsi qu'il resuite du travail du Bélonowsky (2), exécuté dans le laboratoire duproles-

seur Salkowsky à Berlin. rKn,.;ila Le bacille bulgare n'entrave pas le développement du colibau le dans un bouillon de veau peptoné, additionné de lactose, mais empêche fortement l'attaque des matières azotées et la production des substances de la série aromatique. Cultivé seul, le colibacille produit e phénol en quantité faible, mais appréciable par la réaction de l'eau bromurée. Développé en symbiose avec le bacille bulgare, la production de phénol est nulle. La quantité de l'mdol produite par le colibacille diminue sous l'infiuence dubacille bulgare, quelquelois jusqu'aux traces difficiles à révéler. La destruction des substances azotées est aussi diminuée en assez forte proportion dans les mêmes

conditions de culture.

Le développement du colibacille et du bacille bulgare en symbiose

ne change pas beaucoup la production des acides volatils, mais

augmente très notablement celle des acides fixes et notamment

d'acide lactique.

Le BaciUusaddi kcftci, étudié également par Bélonowslo, exeice aussi une action antagoniste vis-à-vis du colibacille, quoique beaucoup moins prononcée que celle manifestée par le bacille bulgare. Le mécanisme inUme de l'action antagoniste des microbes lactiques vis-à-vis du colibacille reste encore à élucider.

Les phénomènes qui se passent dans le tube digestif étant beaucoup plus complexes que ceux que l'on observe dans des vases à fermentation, il a été nécessaire d'étudier la lutte entre les

(1) Annales de fliistitiil Pasteur, m6, p. 977. (1) Uiocliemisc/ie Xcitsclivifi, vol. VI, 1907, p. -loi.

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microbes do la lluro inteslinalo dans l'organisme vivant. C-ellc lâche a élé poursuivie par Bélonowsky (1) dans un travail exécuté dans notre laboratoire. Ce chercheur a étudié rinducnce des cultures pures du bacille bulgare sur des souris. 11 ajoutait à leur nourriture, après l'avoir stérilisée, des quantités de ce microbe lactique, développé dans du lait. Parallèlement il nourrissait d'autres souris avec de la même nourriture (graines de froment) à laquelle il ajoutait du lait coagulé par l'action de l'acide lactique, en quantité égale à celle du lait qui se trouvait dans la culture du bacille bulgare, ou bien il ajoutait des microbes non lactiques (Bacillm prodigiosm ou fi. pyocianique). Un lot de souris était conservé à titre de témoins et ne recevait que la nourriture ordinaire sans microbes ni acide lactique.

De toutes les souris ainsi traitées, celles qui avaient reçu du bacille bulgare se développaient le mieux et donnaient la progéniture la plus nombreuse. Leurs déjections se distinguaient en même temps par la moindre quantité de microbes et surtout par la rareté des microbes de putréfaction.

Après avoir établi ces faits, Bélonowsky a soumis un cei'lain nombre de souris à un régime dans lequel les cultures du bacille bulgare vivant étaient remplacées par les mêmes microbes préalablement tués à 56-60». Dans ces conditions les souris vivaient presqu'aussi bien qu'avec des cultures vivantes et notablement mieux qu'avec l'acide lactique. Il existe donc quelque autre produit du bacille bulgare qui empêche les putréfactions intestinales et qui agit favorablement sur les fonctions vitales des souris.

Nous avons observé deux lots de vieilles souris, dont les unes mangeaient des graines de froment additionnées de sucre, tandis que les autres mangeaient en plus du bacille bulgare. Ces dei'nières souris ont de plusieurs mois survécu aux premières, bien que le lot des témoins fût choisi parmi les souris ayant l'aspect plus vigoureux.

L'organisme des souris étant bien différent de celui de l'homme, il a été important d'établir, si les ferments lactiques sont capables d'exercer leur rôle bienfaisant dans notre tube digestif. La première expérience dans ce sens a été faite par le D' iM. Cohendy (2) sur luimême. Après avoir fait déterminer la quantité des éthers sulfocon- .lugues dans son urine pour se rendre compte de l'intensilé des putréfactions intestinales, pendant une période de vingt-cin(| jours lorsque Cohendy suivait le régime normal, il s'est mis à absorber des

(I) An>iri/i:s (le. l' hisUliil Pasteur, l!)07, p. <)91

{i!) Com,,tos rcmlus ,/e la Socié/é de Mohgie, 17 iimrs lOOC.

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cultures pures du bacille bulgare dans le lait. Pendant une période de T4. jours, il en prenait des quantités variant de 280 à 350 grammes. L'analyse de l'urine, pendant toute la durée de l'e.xpérience, a démontré que les putréfactions intestinales, autant qu'on peut en juger d'après le taux des éthers sulfoconjugués, avaient très notablement diminué dans la période de la consommation du bacille bulgare. Cette diminution a même persisté pendant sept semaines après la cessation des prises de ce microbe. En dehors de cela, Cohen dy s'est aperçu que les matières fécales étaient devenues acides et que leur odeur avait sensiblement diminué. Le bacille a mis plusieurs jours pour s'accUmater, mais il a fini par s'implanter à la flore intestinale et a pu être retrouvé dans les déjections encore trois mois après la cessation de son absorption par la bouche. Profitant de ce que le bacille bulgare pousse dans du lait acidifié au point qui ne permet plus le développement d'autres microbes, Cohendy s'en est servi pour l'isoler de ses matières fécales. Parmi les bactéries lactiques le bacille bulgare est un de ceux qui poussent bien a la température du corps humain. Lorsqu'on le cultive en symbiose avec le bacille paralactique à 33°-37», c'est le bacille bulgare qui se montre le plus fort et qui devient prédominant, tandis qu'à des températures plus basses 18°-2o°, il se laisse facilement envahir par son concurrent. Les résultats obtenus sur lui-même ont été vérifiés par M. Cohendv sur une trentaine de personnes bien portantes.

Ces données"suflisent déjà pour justifier la tentative d'implanter \e bacille bulgare dans notre flore intestinale, à titre de microbe cultivé bienfaisant. Ceci d'autant plus que plusieurs faits que nous venons de résumer ont été déjà confirmés. Ainsi le D'- Pochon (l), interne du professeur Combe à Lausanne, qui s'est chargé d'expérimenter sur lui-même, avec des cultures de bacilles lactiques, a obtenu des résultats certains au point de vue de l'auto-inloxication intestinale. Seulement le D^' Pochon absorbait des cultures du bacille bulgare en symbiose avec le bacille lactique ordinaire.

Il est vrai que l'on a objecté que le taux des éthers sulfoconjugués e.xcrétés par l'urine est incapable de mesurer l'intensité des putréfactions intestinales. Dans ces derniers temps, ce sont surtout Labbé et Vitry (2) qui s'efforcent de démontrer l'absence de relation causale entre les deux ordres de faits : quantité des éthers sulfoconjugués de l'urine et intensité des putréfactions intestinales. Plusieurs de leurs arguments, comme l'excrétion de ces éthers par des animaux en état de jeûne, ont été souvent mis en valeur contre la

(1) Voy. CoMiiK, L'aulo-inluxicntioii inlcstiiuile. l'iiris, 1907, p. 135. (ii) Comptes rendus de La Société de biologie, 1900-1907.

BASES DE LA BACTÉRIOTHERAPIE INTKSTINALK. 29

thèse deUaumann cl ses élèves, devenue classirnie. lia é(é répondu que chez ces animaux, il se produit une forte putivlaction des sucs digestifs et du sans- déversé dans les intestins, (|ui deviennent la source des substances entrant en coml)inaison avec l'acide sulfurique. Mais, sans insister sur les points de délail, un grand nom]),'e de laits bien établis prouvent que le (aux des sulfoconjugués urinaires constitue le meilleur moyen, bien que loin d'être idéal de l'intensité des putréfactions dans le sein de l'organisme. Nous pouvons d'autant plus ne pas entrer ici dans la discussion de celle question, qu'elle ne présente qu'un côté accessoire du problème général qui nous intéresse.

Dernièrement on a fait valoir d'autres objections contre le rôle des ferments lactiques comme antagonistes des putréfactions intestinales. Dans un travail exécuté sous la direction du professeur H. I leifler a Kœnigsberg, Luerssen et Kûhn (1) relatent de leurs expériences avecles diverses cultures lactiques. Ils ont voulu contrôler les essais d'acclimatation des microbes lactiques, essaisentrepns parCohendy. Dans une expérience avec le bacille bulgare, dont Ils prenaient un tiers de litre par jour, les matières fécales, après deux semaines de ce régime, gardèrent leur réaction alcaline, et ne donnaient sur culture que des faibles quantités de microbe ingéré Ceux-ci poussèrent encore trois jours après la cessation des prises de bacilles, mais disparurent des matières fécales deux jours plus les ule' recherches des élhers sulfoconjugués dans

Dans une autre expérience avec du yahourth complet, qui renferma IJ. s espèces de microbes lactiques, les matières fécales donnaient toujours une réaction fortement alcaline. Leur ensemence

jours a"nrèÎlf''T '^'^ ''^""'^ '''''''''' disparurent cinq tatemt . ' '"'"'■^"^ ^^'^^'"^ expérimen-

tateu s a ete analysée pendant la période de l'absorption du Yahourll, présenta une diminution d'un quart des sulfoconjugués!! e taux .se releva six à dix jours après la fin de l'expérience Les autours reconnaissent eux-mêmes l'insuftisance des fails

. Se'iLT' "r'^ ""f "^"^ ""^^""^«'"^ 'i-'''^^'^^

née 1 -, f r"'' '"^"^''"^'^ absolument erro-

î ba l e^ leur critique sur les arguments suivants.

climalerdln 1 ^ k ?^^"éral, ne peuvent pas .s'ac-

cl.mate. dans le tube digestif, car ils n'y trouvent pas les conditions

(I) Ce„o-a,U„nf. nalCoHolooir, elc. M Al„l,eil„„g, vol. XX, lOOS, ,.. o;„ .

30 MKTCHNIKOFF. - BACTÉRIOTHÉRAPIE INTESTINALE.

favorables pour leur développer en L. D'un autre côlé Luerssen el Sirne voient aucune raison pour laquelle les gens Inen portan devraient s'introduire dos Imcilles du yal.ourlh lorsqu .Is on » deja assez de pfoducteurs dacidc lactique dans Baclercur. lacUs aer.- ^yencs, le colibacille et les streptocoques intestinaux ».

Le pointpssentiel dans cette controverse se redu.t a la non con (irma ion par Luerssen et Kùbn des résultats obtenus par Cohendy Or il est bien lacilc d'expliquer la dillerence de leurs résultats Tandis que Cohendy, pendant la période de son «^^P^-^"^^' P^^,' peu de viande (150 gr.), beaucoup de téculents (.00 g..), et de rtun.es verts (400 gr.), et mangeait encore 300 gr. de frml^ et d':::;eLts (1) les s\vtnts de I^œnigsberg continuaient eurreg^^^^^^ mixte ordinaire, qui devait certainement contenu- P "^ji;-^^ et moins de féculents, de légumes verts,

sucrées. Nous connaissons une personne qui P7^,.^«"\l^^Vdont un pot de lait caillé préparé avec deux microbes l-^^"!"-' f les matières fécales restent faiblement alcalmes, majs dont la nou H u™ est en grande partie animale et dans laquelle les végétaux n'entrent que faiblement dans le menu. 11 est de toute évidence que pour acclimater le bacille bulgare ou un autre microbe lactique i ?aut leur donner le moyen de vivre dans notre tube d.gest f, ce qu a été sùfli amment démontré par Cohendy, dont les faits restent

absolument exacts. r„„(,.;rio fin roli-

11 faut d'autant moins compter sur le rôle antiputiide du col bacille ainsi que le font les élèves de Pfeiiïer, que ce microbe es lui mêm un ort agent de destruction des matières azotées. Le tai que Tervraismicrobes lactiques exercent une action antagon . e vLà-vis du colibacille, doit encourager encore plus es en atues nour les acclimater dans notre flore intestinale. Quant a l.dee que Sue ques autres microbes peuvent s'acclimater plus facilement que ?e bacille bulgare, il n'y alà rien d'impossible; seulement cette pro li doit être bien démontrée par des constatations directes L Lcille bulgare présente ce grand avantage .;i^^ "-^^ f

n'attaquant pas les substances albuminoides, il est le plus lo.t p.o

ducleur d'acide lactique. ,

Luerssen etKûhn ont parfaitement raison, lorsqu '1^/^'^'^"'^^"; f rôle des putréfactionsintestinales dans la vieillesse précoce et 1 eMcl ;t.?^é des microbes lactiques, pour prolonger la .e .< ne son^

!ncore suflisamment assurés Us s'expriment ^}-^^\^^^^J^^ très modérée à ce sujet. Seulement, personne n'a jaanais donne cette

Comptes Hndui de lo ÂncJc-.'d de biologie, 1906; 17 hmi-S;

n.'yTTÉ KIOTHÉRAPIE AVEC DES CULTURES DANS DU LAIT. 31

hypothèse, qui est capahle (te suggérci- (tes roclu'rcluîs fVuolueuses pour un fait certain et délinitivement étubU à l'heure actuelle.

L'insul'lisancedes ai'gumenis de nos critiques ne fait (iu(! renCoirer la thèse ,y:('nérale sui' l'utilité de l'emploi des uiici'obcslacti(iues dans la lullo contrit le mal (|ui vient de nos intestins.

V. — Bactériothérapie intestinale avec des cultures de- microbes lactiques dans du lait.

Les recherches bactériologiques sur les lails ayant subi la fermentation lactique, ne sont -venues que bien après la constatation de leur rôle bienfaisant pour l'organisme. Le traitement avec le koumiss le kéfir, le babeurre et le lait caillé a fait ses preuves à un moment où on ne se doutait pas encore de la présence du petit ferment organisé, découvert paj' Pasteur en i837 dans la fermentation lactique.

Pour ce qui nous concerne personnellement, nous avons été très vivement impressionné par la cure merveilleuse d'une anasarque énorme, obtenue exclusivement par le lait aigri. Le fait date d'une trentame d'années. Lorsque, atteint de troubles gênants du côté du cœur et des organes uropoétiques, nous nous sommes adressé k des spécialistes des plus compétents, l'application rigoureuse de leurs médications n'amena aucun soulagement. Après avoir vainement essaye de la thérapeutique française et allemande, nous nous sommes demande, si un facteur important des troubles ressentis ne résiderait pas dans la flore intestinale de notre gros intestin, ce récipient inutile qui est devenu une fabrique permanente de virus et de poisons La tentative pour çhasser les mauvais microbes à l'aide de pur-ations salines n'a amené qu'un résultat momentané. Il restait assez de germes dans l'intestin pour fournir des nouvelles cultures, aussi abondantes que par le passé. La privation de tout aliment cru a fait tarir la source de nouvelles contaminations, mais il fallait trouver moyen pour empêcher la llore une fois établie d'exercer son action nalta,.san e. Cette idée, poursuivie depuis plus de dix ans, non fait franchir les étapes de fromages avec leur flore complexe et variable, de ait caillé spontanément, de lait préparé avec un evain acide et, hnalement, nous a fixé .sur l'emploi de lait ai>i avec des eu - . res pures de microbes lactiques. Pui.sque ce sont ces mic be.s ,i exercent une action favorable, tandis que les autres qui leur son

t dans tant de aits aigris, sont inutiles ou même nuisibles il a été tout a lad nalubel.d'élihiinér tous les levains .d de réduire là p épi

32 MBTCHNIKOFF. - TiACTÉRIOTHERAPIK INTESTINALE.

ration du lail aigri à l onsemencemenL des meilleurs ^^^^^^ lieues en culture pure. Nous nous sommes arrête sur une symbiose duTacme bulgarcfavec un streptobacilie du lail ai,r>, ensemences dans du lail bouilli pendant qnekiues minutes.

L'eflel de noire régime sur l'organisme nous a prou ve le b.c . lo t de notre supposition sur le rôle néfaste de la flore in esl.nale d i^ s aireclionf variées, et c'est ainsi ,ue nous -ons ele a«^^^^ à nelil à approfondir l'élude de ce problème imporlaj^l. Ne i ou^ant Ls iïre croLervations cliniques, nous nous sommes borne a suivre Te M du régime lactique sur «luelques-uns de nos amis et nous avon

amené I parler publiquement dans l'inlenlion vendre s^^^^^^^^^ aux autres. D'autres que nous se sont mis a étudier 1 action de la Is a gris avec des cultures pures de microbes lactiques ^-^^f^ et dans l'espace de peu d'années il s'est accumule tout un doss.e. sur la baclériolhérapie des maladies inleslmales.

Le travail le plus complet sur ^-^-'^'^^^'f^l'lX^^^ dins les maladies des intestins a été publie par le Giekoll (1) qui a ia t scVr^ ervations dans le service clinique du professeur Ssiroli-

à Sa^nl-Pétersbourg. Le lail administré aux paré d'après noire formule avec des cultures pures du 1^;^"^. « ^'^^Sa. e et d'un slreptobacilledu lail aigri. Après avoir lait bouillir le laU nendant cinq à dix minutes, on attendait qu'il refroidisse a 40 - A ors on ensemençait les deux microbes lactiques et on maintenait le m l 1' luve à 370-380. Cinq à huit heures après l'ensemencement e aît devenait épais. On arrêtait alors la fermentation en exposan e la adlé à la température de 4-6o. Le lail ainsi prépare accusa, 8 à 10 grammes par litre. Chaque malade en recevait tous les iours une dose de 700 grammes.

Grekoff donne l'histoire détaillée de seize malades, traites pa, ce lait a g Onze d'entre eux en ont proli.é d'une açon plus ou mon d initive. C'étaient des malades alteinls « de diarrhées suba gu ou d oniques, résultant de l'affection du tube inteslina P-P""^; Z,Ls Lon apparente des grands ^PP-oils gl— ni des reins Dans cette catégorie sont entres six ^^^^^'^^^ avec de la diarrhée qui a commencé depuis ""«^P^^^^^/,^^; : dix ans « Dans ces cas il a été obtenu un résultat lout a ta.l la o Ible Unchs que le traitement pharmaceutique, entrepris aupa aan dans plusieurs cas, n'a pas produit d'effet. >. «-s un au U- c.s il s'est agi d'une colite datant de plus d'un an, avec 1 '•■'l^ caecum et l'alternance de la diarrhée avec la constipation. A la ^u.le

„ , O.,s...v.tion. c,i„i.,ues rCVel du Uil ai,, de MelchnlUolT ..ans .os .«alames in.esl. nales. Siiinl-l'élei-sbourb', 1007 (m russe).

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