‹ Médicaments microbiensChapitre 48 sur 163 · IX. - TRAITEMENT DE LA RAGE DÉCLARÉE · texte numérisé non relu

IX. - TRAITEMENT DE LA RAGE DÉCLARÉE

11 n'existe pas de maladie contre laquelle le médecin soit plus impmssant que contre la rage et il n'y a nulle exagération à dire que son traitement curatif n'existe pas. linons paraît inutile d'énumérer ICI tous les prétendus spécifiques de la rage, vantés tour à tour, d'âge en âge, les uns plus ou moins rationnels, la plupart simplement bizarres ; ils ont tous joui d'une vogue plus ou moins éphémère et tous aussi se sont montrés à l'usage radicalement insuffisants. Nous n'en citerons que deux exemples.

En 1824, le médecin français Cuisson voulant mettre un terme aux souffrances d'une personne qu'il croyait atteinte de rage, la plaça dans un bain russe à 42° Réaumur: elle en sortit, paraît-il guérie. Ce fut le point de départ d'une « méthode » (bains de vapeur a .38-48" Réaumur) quelque temps en usage pour le traitement préventif et curatif de la rage. Ayant trouvé dans un pamphlet

120 1: HKMLlNdHU. — VACCINATION ANTlHAJîIQUE.

LoiiL l'éciMil. c.oiiLii! la môlhodo ])asU)ii(îmu; (lOOÎi) ccl,L« mcHIuide préconisée coiiiinc cluiiiiaiil une sécui-ilé absoluo el dovaiil, dans Ldiis les cas, élre prél'éréu aux injections, il nous a [)ai'u intéressant de reriierclier (|uelle éiait tu vivo l'action de la chaleur sur le virus ral)ique. Des lapins et des cobayes, inoculés sous ladure-nière, sous la peau et dans les muscles, étaient enfermés les uns tous les jours depuis l'inoculationjusqu'à l'apparition des phénomènes paralyti(iues, les auti'es à dater seulement du déi)ut de la paralysie, dans une éluve de Schribaux réglée à 50-52". Les séances étaient de trois quarts d'hpiu'e, ce qgi permettait de maintenir à 43" pendant quinze à vingt minutes la température des animaux en expérience. Tous sans exception ont succombé avant les témoins.

Dans une deuxième série de recherches, des lapins ont été trépanés avec du virus fixe, puis au quatrième jour (nous avons démontré que le cerveau était virulent dès le deuxième), nous avons mis ces animaux à l'étuve sèche réglée à 58-60". La température rectale n"a pas tardé à atteindre 45-46". La mort suivit rapidement. Le bulbe de ces lapins a servi à faire des passages sous la dure-mère d'auti'es lapins. Ceux-ci ont tous succombé dans le délai classique de dix jours. Du fait d'une température sûrement mortelle pour les animaux en expérience, le virus i-abique n'avait donc pas subi la moindre atténuation. Les résultats plus ou moins favorables obtenus par Buisson dans le traitement préventif de la rage s'expliquent par d'heureuses coïncidences, les résultats obtenus dans le traitement curatif par des erreurs de diagnostic.

Dans ces derniers temps, le radium a fait naître de nouvelles espérances, bientôt déçues également. ïizzoni et Bongiovanni ont avancé que si on inoculait des animaux, des lapins ou des chiens en particuliei', avec du virus rabique sous la dure-mère et si on dirigeait ensuite des rayons de radium dans l'œil de l'animal, il échappait à la rage. Le traitement réussissait alors même que la paralysie du train postérieur avait déjà commencé. La paraplégie rétrocédait et les animaux guérissaient alors que tous les témoins si^ccomhaient. On était dès lors en droit de se demander si le traitement prophylactique de la rage n'avait pas vécu et si désormais on n'attendrait pas l'éclosion de la maladie pour la traiter par le radium au même tilre qu'un lupus ou un épithélioma. Cet espoir, hélas! fut do courte durée. Aucun des auteurs qui cherchèrent à reproduire les expériences de Tizzoni ne put y parvenir. 11 fut démontré, par contre, que l'application du radium au niveau de l'œil était loin d'être inoffensive et qu'elle était susceptible de produire du côté des paupières et delà cornée les lésions les plus graves.

TIIAITEMKNT 1)K LA RAGE DI^JGLARl'JK

Kiilrc lii inélliodt) de lUiisson ol cellii de Tizzoïii, il y a place pouiune (luantilé do (ciitatives loules plus iiirruclii(îiis(i.s les unes (|ue les autres : inoculation sous-cutanée de substance cérébrale nor male à doses massives ; inoculations intraveineuses de moelles virulentes; ponction lombaire suivie d'injection de virus (ixe dans le canal racbidien; injections sous-cutanées de pilocarpine, et(;. Le résultat a toujours été nul.

Il semble donc ([ue le traitement de la rage déclarée doive être uniquement palliatif. On s'ellbrccra de diminuer toutes les excitations scnsitives et sensorielles, si péniblement ressenties par les malades et qui sont la cause habituelle des spasmes et des accès convulsils. On maintiendra le patient dans une chambre chaude, à lahri de la lumière, du bruit, des courants d'air, des odeurs même légères, de tout ce qui pourrait hlesser ses sens exaltés. L'emploi des narcoti([ues et des hypnotiques semble également indiqué, et comme la voie huccale est rendue impossible par les spasmes du pharynx, c'est surtout à la morphine en injections sous-cutanées et au chloral en lavements qu'il faudra recourir... Nous devons noter cependant l'opinion de J. Courmont et Lesieur pour qui certaines Ibi-mes de paralysies ascendantes aiguës (que nous considérons pour notre part comme des accidents du traitement pastorien attribuables à la toxine rabique renfermée dans les émulsions vaccinantes), seraient en réalité une rage d'origine canine atténuée par le traitement et susceptible de guérison. La rage humaine pouvant guérir, disent Courmont et Lesieur, il ne faut pas faire de traitement anesthésiant dirigé contre la douleur; il faut au contraire aider le système nerveux dans la lutte et tenter de faire fonctionner aussi longtemps que possible les centres bulbaires (injections souscutanées de strychnine, décaféiné; inhalations d'oxygène). La guérison sei-ait quelquefois possible, si on prolongeait la vie du rabique en luttant contre les symptômes bulbaires... Nousavons déjà vu, hélas! bien des cas de rage; jamais pour ainsi dii'c nous n'avons eu recours aux narcotiques et aux hypnotiques et jamais nous n'avons observé de guérison. Nous sommes bien sceptiques d'autre part sur l'origine canine des paralysies qu'on observe au cours du traitement antirabique et que tout concorde à faiie considérer comme des accidents de ce traitement. Nous éprouvons toutefois quelque scrupule h terminer ce paragi-aphe pai' la piu-ase qm Dante inscrivait à la porte de l'Enfer. Laissons aux infortunés malades un semblant d'espérance....

SÉROTHÉRAPIE ANTIDIPHTÉRIQUE

Page 1