‹ Médicaments microbiensChapitre 7 sur 163 · I. — Rôle étiologique des microbes dans les maladies · texte numérisé non relu

I. — Rôle étiologique des microbes dans les maladies

intestinales.

Tandis que lascience microbiologique a éclairé le problème de tant de maladies infectieuses des plus diverses, elle s'est trouvée impuissante à répondre aux questions touchant la plupart des affections du tube digeslif. A côté du charbon, de la diphtérie, de la tuberculose, pneumonies, érysipèle, tétanos, et de toute une grande série d'autres infections dont l'étiologie est définitivement établie, en fait des maladies intestinales nous ne voyons que le choléra asiatique et la dysenterie bacillaire dont on connaît assez suffisamment la cause. La fièvre typhoïde, étant une septicémie avec localisation intestinale, ne peut pas être rangée dans la catégorie des maladies du tube digestif proprement dites. Mais au sujet du choléra nostras, des choléras infantiles et de tant d'auti'es maladies algues ou chroniques des organes de la digestion (entérites, appendicites, colites), nos connaissances restent dans un état étonnant d'imperfection. Et cependant ces afl'ections présentent une importance très grande, car l'état du tube digestif se répercute sur l'organisme entier et influence la peau, les appareils de la circulation et de l'excrétion et même exerce une action manifeste sur le système nerveux et sur la vie psychique.

La principale cause de notre ignorance réside dans ce fait que le tube digestif est rempli d'une quantité de microbes qui masquent la recherche de ceux d'entre eux qui engendrent les infcclions inleslinalcs.

Aussitôt après la découverte du vibrion cholérique par Koch, le pédiatre bien connu, Escherich s'efl'onja d'appliquer les méthodes bactériologi(|ues les plus perfectionnées de son époque à la recherche de la cause de la diarrhée infantile, celte maladie qui tient le premier rang comme facteur de la mortalilé humaine. Ces l'echerches l'on conduit à la découverte du colibacille et du liacilliis laclis aevo-

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gènes dans les inalières féealcs des nourrissons, mais il lui a éLé im])ossible de révéler la nature du microbe supposé comme agent étiologique de l'athrepsie.

Depuis, un nombre infini de chercheurs ont continué dans la même voie, sans jamais aboutir à des résultats précis et bi(!n démontrés. On s'est mis à incriminer le colibacille auquel on attribuait une quantité de maladies intestinales et autres. IMais après une période de vogue, le rôle de ce microbe est descendu à un niveau très bas et aujourd'hui on ne lui attribue qu'une importance secondaire.

La découverte du principal microbe de la flore intestinale des nourrissons, Bacillus hifidus, découverte faite par Tissier, a paru pendant un certain temps faciliter d'une façon toute particulière la solution du problème de l'étiologie des diarrhées infantiles; mais jusqu'à présent cette espérance n'a pas été réalisée. 11 a été établi que, dans ces maladies, l'aspect de la flore intestinale change d'une ■façon plus ou moins complète. Le Bacillus bifidus manifeste dans ces cas des formes anormales, dégénérées et souvent il disparaît même complètement, pour ne réapparaître qu'au moment de la convalés- . cence. Mais on n'a pas réussi à déterminer lesquels parmi les microbes de cette flore modiflée jouent un rôle étiologique dans les diarrhées. On a bien décrit des entérites des enfants et des adultes que l'on attribue à l'invasion des streptocoques et des staphylocoques pathogènes, se basant sur la fréquence de ces microbes dans les matières fécales des maladies en question. Mais on est lom d'avoir prouvé le rôle pathogène de ces microbes. Escherich, qui s'est beaucoup occupé de la microbiologie des maladies intestinales des nourrissons distingue une forme particulière de diarrhée qu'il désigne sous le'nom de « bacillose bleue à cause de la grande fréquence dans les matières fécales d'un bacille prenantla coloration bleue par la méthode de Gram. Mais il manque encore la preuve du rôle étiologique de ce microbe.

Soumettant à sa critique les affirmations nombreuses sur le pouvoir pathogène des colibacilles, Escheinch (1) s'est arrêté sur une forme de colite infantile particulière qu'il désigne sous le nom de « cohcolitc », pensant que cette diarrhée est la seule dans laquelle le colibacille joue le rôle d'agent infeetieux. Mais il est bien certain que cette afl'ectioh n'est qu'une variété de la dysenterie bacillaire avec le bacille de la dysenterie comme cause.

Nous pouvons eiicol'e citer le bacille de la diarrhée verte des

(1) Ihiitxrhi- mcdic. Wochemchrift, 1S9S, ii" 10.

ROLE fiTIOLOGIQUE DES MICROBES.

l'iifiinls, édulit! par Lesnge (1), les cas nombreux où c'est le ProUuts vulgaris qui esl cousidéré comme agent étiologiquc de certaines diarrhées fétides et les entérites, allribuées au microbe du phlegmon gazeux ou Bacillus M'clchii (Baoillus entéritidis sporogenes de Klein, Bacillus aerarjenea cupsulatits de Welch et Nutlaii), comme exemples de maladies intestinales qui seraient dues à l'intervenlion des bactéries pari iculières.

Oans cet ordie d'idées, nous devons mentionner le travail de ïissier (2) qui a fourni des preuves nouvelles du rôle étiologi(|ue du bacille de Welch dans la diarrhée verte spumeuse des nourrissons, il s'agit d'un enfant qui a pris le sein d'une. nourrice dont l'enfant a été atteint de cette diarrhée. Le premier ne tarda pas, en s'infeclant par l'intermédiaire du tétin, d'attraper la même maladie. Eh bien, chez les deux nourrissons le bacille de Welch (que les auteurs français désignent le plus souvent sous le nom de Bacillus perfringcm] se trouvait en abondance dans les matières pendant toute la durée de la diarrhée et ne disparut qu'après la guérison.

Bien que le nMe pathogène du microbe de Welch dans cerlaines maladies intestinales semble très probable, ainsi qu'il a été admis par Klein, on n'a pas encore le droit de le considérer comme prouvé d'une façon définitive.

On conçoit que, dans ces conditions, plusieurs auteurs aient émis l'opinion que la prédomin;ince de certaines espèces bactériennes dans les matières fécales ne constitue qu'un épiphénomène, incapable (l'éclaircir l'étiologie des maladies intestinales. C'est ainsi que, dans leur revue sur les états bactériens des fèces des noui'rissons à l'état normal et pathologique du tube digestif,.Nobécourt et Hivet(3) arrivent à la conclusion que les modifications de la flore bactériologique des selles dans les alTections gastro-intestinales banales des nourrissons ne peuvent être considérées que comme des témoins, des .symptômes des troubles gastro-intestinaux, au même titre que la diarrhée. 11 n'est pas permis de conclure autre chose de l'examen des faits, à moins d'en forcer l'interprétation. « La modification de la fioi'o intestinale dans le cours des maladies, ces auteurs l'attribuent aux <■ conditions physiologiques » pendant la guérison et « aux conditions pathologiques» pendant l'état malade. D'après eux, les états bactériens des selles « sont la conséquence dd facteurs qui règlent la composition du milieu intestinal, de l'alimentation, d'une digestion régulièr'e ou troubléi; ».

(I) linuc lté mi'-iliTinr. ISS7 cl IS8S. I-'I Annules de rinsliliil /'rinteitr, Iflon, p. 273. Semaine méilie.ule. ;tO oclohrc 1007, p ;;|7

8 METCHNIKOFF. - BACTlÏRIOTHÉRAPIK INTESTINAUî.

Nous pensons que Nobécourt et Rivcl ,.oussenl trop loin leur scepticismc.Usconslatenleux-mômes, dans le courant de leur publication des cas delelidité des matières fécales, manifesle pendant la maladie et disparue pendant la guérison. Or, celte proi.r.ele des selles est incontestablement due aux microbes, capables de produwe des substances toxiques. 11 y a donc tout lieu d'admettre que des bactéries,ayantprovoqué des putréfactions anormales, ont en même temps amené l'état morbide qui a cessé en même temps que la disparition des microbes, producteurs de substances fel.des

Tout le n>onde sait bien que les diarrhées mfanl.les sont l.ees aux causes extérieures et que le chauffage du lait et l'entret.en propre des biberons constituent le meilleur moyen pour les ev'ile . D un au r côté, il est établi d'une façon certainequ'il existe des microbes causant la diarrhée, tels que le vibrion du choléra as.aUque et que aues-uns de ses congénères, les bacilles typhiqueset paratyph.ques, de mèm qu'il Y en a d'autres qui amènent la consOpaUon, comme c'e t a duLilledubotulisme.il est donc extrêmement probable que dans un très grand nombre de maladies mteslmales eurs symptômes principaux, diarrhée et constipation, ont leur cause C SquemL^ 1° ^ube digesUL Seulem n

our e moment, la nature de ces microbes a.ns. que leur rôle Talgte sont Idn d'être connus d'une façon tant so.t peu sat.sfaisante.

H. - Théorie des auto-intoxications intestinales.

Dans l'impossibité de retrouver les agents infectieux ^^'-^ M^I»^ mrt des maladies du tube digestif, on s'est arrête sur llnpothtse rinto^caTions intestinales. Les diarrhées infantiles, a.t-on svvppose ?i irt leur cause non dans quelque microbe part.cul.er, ma s .e dansTes poisons microbiens, développés dans le tube d.ge.Uf et

^'S^SlongSÏÏ cliniciens ont été frappés par certains symptS :Ss,\.appe.ant ceux ^-empoisonnas pa. es^^ sons minéraux et organiques, et venant eerta.nom n^. u L'évacuation intestinale suffit souvent pour obtenu .ueus

faits, pour ainsi dire journaliers en ^^f^^^^^^,^ tbêoriedesauto-intox^tionsdero^^^

(,) Lcous su,, les a,„o.i,U. xic.iuMs .l.ns .es ,nal,..lies. Pan.,

TIiriORIK DES AtlïO-INTOXICATIONS INTESTINALES. 9

(runo façon (■Icnduo, mi (ùchaiit. de rarsumentcr par des obsei-valions et des t'.Npéi'ioncos. Delà luxieilé du coiiLeiui iiilesUnal il juge surtout d'après le résultat des injections des matières fécales à des animaux. Il croit « ([ue la putréfaction joue un l'ôle dans la to.xicilé des matières fécales, mais moindre qu'on ne le suppo.se » (p. 100). Il attribue une importance plus grande à la pota.sse et h l'ammoniaque, ainsi « qu'à quelque chose qui est soluble dans l'alcool et (lui n'est ni la potasse ni l'ammoniaque » (p. 101).

Les tentatives nombreuses, faites pour détei'miner d'une façon plus précise les poisons qui occasionnent les auto-into.xications d'origine intestinale, n'ont pas donné de grands résultats. Onze ans api'ès la publication des leçons de Goucliard, le Congrès de médecine interne de Wiesbaden s'est occupé d'une façon particulière du même problème qui jusqu'alors avait été négligé en Allemagne. Le principal rapporteur, Friedrich Mûller (1), a insisté sur la difficulté de déterminer le cadre exact des auto-intoxications, tellement variables sont les conditions dans lesquelles elles se produisent. Un grand nombre de cas de cet empoi-sonnement doivent être attribués à l'infeclion par des microbes pathogènes venant du dehors. Quant au rôle du contenu normal du tube digestif, rien n'indique la possibilité de quelque induence toxique. Mùller admet d'un côté que «les phénomènes de fermentation et de putréfaction qui ont lieu dans l'estomac et dans les intestins, donnent lieu à la formation des substances incontestablement nuisibles : acide butyrique, acide acétique, phénol, indol, hydrogène sulfuré, ammoniaque et autres. Et encore l'indol et le scatol ne paraissent posséder qu'un faible pouvoir toxique » (p. l.'jG). Dans un autre passage de son rapport, Mùller range aussi les phénols dans la catégorie des substances inoffensives (p. 162). Pour lui, les microbes de la flore intestinale normale ne doivent ])as jouer un rôle important dans les auto-intoxications, surtout parce que « l'organisme est déjà babil ué et adapté à leurs produits, vis-à-vis desquels il a acquis l'immunité » (p. 101).

A la fin de son rapport. Millier avoue que « la somme des données précises jusqu'à présent fournies par l'étude des auto-intoxications intestinales, adonné un résultat lionleusement insignilinnt » (p. 17;i).

Le second rapporteui', Briegei', signale les résultais négatifs de recherches nombreuses dans le but de préciser la nature des poisons intestinaux. Tout ce qui a été entrepris pour élucider le l'ôle d(>s I»t()maïnes ou des toxalbumines dans les auto-intoxications, n'a abouti qu'à un échec complet.

(I) Verli.indliiiigijii dos Coiign'sses rili- innci-e iMcdiciii. Wicshiideii, 1808.

10 METCHNIKOFF. — BACTRRIOTHIÎRAPTE INTESTINALE.

C'osL probableiiicnl en vue do celle dillicullé ([lie les cherclieurs do ces derniers temps se sont mis à éludiei' la loxiciLé du contenu inlesLinal en bloc, sans se préoccupe;' des substances mômes capables de la provoquer. Ainsi Charrin et Le Play (d) prélèvent le contenu des diverses parties du tube diyestif, en font des extraits qu'ils injectent à des animaux. Roger (2) a suivi la méhne voie qui l'a amené à dés résultats auxquels il ne s'attendait pas. Il a établi en effet que, chez le chien, << malgré la putréfaction, la toxicité des extraits est moins élevée quand on opère avec le contenu du gros intestin, que lorsqu'on se sert du contenu de l'intestin grêle » (p. 404). Mais c'est surtout Falloise qui, dans un travail récent (3), a communiqué des donnelîs qui lui paraissent appelées à modifier totalement les notions courantes sur les auto-intoxications intestinales.

Vu l'importance des conclusions que Falloise tu-e de ses expériences il est nécessaire d'examiner celles-ci de plus près. Apres avoir critiqué les méthodes de ses précurseurs, Falloise expose celles auxquelles il a eu recours. « La composition du contenu de l'intestin humain - dit-il (p. 163) - est bien différente, suivant que l'on envisage l'intestin grêle ou le gros intestm. Il faudra donc étudier, au point de vue de la toxicité, le contenu de ces deux segments du tube digestif. Mais tandis qu'il est très facile de se procurer en abondance le contenu du gros intestin puisqu ,1 suffi pour cela de recourir aux matières fécales, il n est que tout a fait exceptionnellement possible de se procurer le contenu de 1 intestin

^' tîn voit, d'après ces lignes, que la méthode de Falloise pèche par sa base car es matières fécales ne peuvent être idenliliees avec le contenu du g^os intestin. Il leur manque précisément les substanc s qui se résorbent dans le gros intestin. Voici, P^r exemple e phénol qui le plus souvent ne se trouve pas du tout dans les fe-c ou ne s'îrencontre qu'en quantité de traces impondérables. Or, ce e substance est produite dans le gros intestin, d'où elle se resorbe "ou èti-e excrélée avec l'urine. Même chb. des malades don urine

on ient des r,uantités relativement très grandes de phénol le r ièies écal s peuvent en être complètement dépourvues. Ainsi Te n^^llde du'l>' U.T W dont l'urine ; ^ H- -

tités anormalement considérables de phénol, non axa.l pas

, IWr.ad. i/i's Sci,;ices. \Wk vol. H-', P- SS-I-

(1) Cnm/ilcs rendus de

(2) Ali.m^iiKUioii cl(lige4ion, IflOT.

•n Arcinrrs inU;-rn,aonalos de physwlog.c '^onU 100.^

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