L. J'ai tort. D. Oui, de Laroche on a donné la place
Et jamais on n'a moins mérité sa disgrâce;
Mais je croyois, non pas qu'il viendroit m'accuser
Des crimes que l'envie a pu me supposer;
Mais qu'il viendroit, sans faire une telle incartade,
S'expliquer avec moi, son ancien camarade;
Et moi, je me faisois d'avance un vrai plaisir
D'aller alors plus loin encor que son désir.
Quand il se verra sûr d'une place honorable,
Me disois-je, pour lui, quel moment agréable!
Cette place de chef enfin dont je parlois.
C'est à mon vieil ami que je la destinois.
L Une place de chef? Oh! je vous remercie.
C'est par mon écriture, et non par mon génie,
Que je vaux quelque chose; et je crains d'imiter
Ceux qui prennent un poids sans pouvoir le porter.
Pour en charger un autre et s'en donner la gloire.
D. La place te convient, ami; daigne m'en croire.
{à Ariste.) Il est grand travailleur exact, plein de bon-seus; Il doit donc l'emporter sur tous ses concurrens. Je laisse dans l'oubli des hommes de mérite.
Vient d^ajouter Laroche, et c'est Firmin, qu'il cite! Quoiqu'il ait du talent, le choix n'est pas heureux. D'abord, sa place est bonne: il mérite bien mieux. Mais sachez que Firmin est précisément l'homme Que pour mon successeur je supplierai qu'on nomme,
DCtur certain projet qu'on me fait pressentir.
De ma place moi-même il me falloit sortir.
Otte j)lace, dit-on. je n'en suis pas capable:
Mon talent, je le sais, est peu recommandable.
Mais comment n'a-t-on pas fait la réflexion
Qu'on tournoit contre vous cette accusation?
De ma place, en effet, si je suis incapable,
Vous qui me la laissez^ vous êtes donc coupable;
Vous qui, de mes travaux, de mon foible talent,
Avez toujours paru jusqu'ici fort content?
De notre ancien ministre on me dit le complice.
Devant lui, hautement faisant la guerre au vice,
J'ai dit la vérit('^, cpiand mes accusateurs
Etoient peut être tous au ranjç de ses flatteurs.
Vinf^t fois, |)rêt à (fuitter ce ministre inhabile,
Je restois, retenu par l'espoir d'être utile.
Heureux (juand je pouvois trouver quelque moyen
D'empêcher quelque mal, de faire quelque bien.
Apres l'avoir bravé, quand il étoit en place,
Je l'ai j)laint aussi-tôt que j'apjms sa disgi'ace:
Est-ce un crime? je suis fier de l'avoir commis.
11 m'est dur de te voir parmi mes ennemis,
Cher Laroche; et pour moi c'est une peine extrême,
(^ue d'avoir à parler contre un homme que j'aime.
Mais veux-tu l'eff'acer, rends-moi ton amitié;
De ce que j'ai soufl^ert je serai trop payé.