‹ Médiocre et rampant: ou, Le moyen de parvenir und Encore des ménechmesChapitre 98 sur 98 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

Vorrede Picards

zu Médiocre et rampant (1821.)

Voici la première pièce en cinq actes que j'oifre au lecteur. C'est aussi la première dans laquelle je me suis efforcé d'approcher du véritable but de la comédie.

L'auteur comique doit peindre les hommes et leurs mœurs; mais il n'a été donné qu'à notre grand Molière de peindre constamment les hommes et les mœui*8 de tous les siècles et de tous les pays. Depuis l'Étourdi jusqu'au Malade imaginaire, je vois sous les vêtements, les habitudes et le langage du temps où il écrivait, les tuteurs et les pupilles, les vieux maris et les jeunes femmes, les dupes et les fripons, les malades et les médecins, de toutes les époques; les prudes, les coquettes, les fats, les amants, les avares, les bourgeois, de toutes les grandes villes; les grands seigneurs de toutes les littératures, les hypocrites de toutes les religions. Nos autres comiques ont, par intervalles, quelques-uns de ces traits généraux; mais c'est moins l'homme qu'ils peignent, que les hommes de telle ou de telle époque. Ils retracent les mœurs de la fin du règne de Louis XV; mais leurs personnages ne sont plus ceux de notre temps, et Turcaret lui-même, avant la révolution, avait peut-être plus vieilli que le Bourgeois gentil-homme.

Au moins, lorsque Regnard, Le Sage et Dancourt écrivaient, les mœurs, les rangs, les états étaient fixés; les changements s'opéraient lentement. Les nuances en étaient presque insensibles; et s'il avait été fidèle dans la peinture des ridicules et des usages, l'auteur comique avait devant lui, outre l'espoir d'arriver à la postérité pour son mérite purement littéraire, la certitude de près d'un siècle de succès au théâtre.

Mais au moment où mes amis et moi nous avons écrit nos premiers ouvrages (car je m'honore d'être l'ami de tous mes rivaux), non-seulement les habitudes, mais les institutions cliangeaient d'année en année. Les mœurs

ne pouvaient rester les mêmes. Que devait faire Tauteur comique? Fallait -il qu'il se reportât aux mœurs du temps passé? fallait -il qu'il s'attachât à peindre les mœurs fugitives du temps présent? J'embrassai ce dernier parti. Les mœurs changeaient dans la société. J'essayais de peindre celles du jour dans la pièce que je composais.

Que n'ai-je eu un talent égal à mon amour pour la comédie? Le recueil que je publie serait, pour ainsi dire, une histoire fidèle de nos mœurs et de leurs brusques changements pendant les époques orageuses que nous avons parcourues.

Quelque faibles que soient mes ouvrages, peut-être, si on veut les considérer sous ce point de vue, la lecture en deviendra-t-elle plus piquante; peut-être quelques-uns regagneront-ils ce qu'ils doivent nécessairement perdre à la représentation, puisque les mœurs qui s'y trouvent peintes n'existent plus.

Médiocre et Rampant est de ce nombre. Ma pièce a vieilli avant moi. U faut donc rappeler ce qui existait au moment où je la donnai. Je suivrai la même marche dans quelques-unes des Préfaces suivantes, et j'essaierai d'indiquer en deux mots quelle était l'habitude, quel était le ridicule de l'époque, du jour où j'écrivais.

En 1797 la France était gouvernée par le directoire. Un ministre n'avait pas le titre d'Excellence. On commençait à ne plus l'appeler citoyen; mais on ne l'appelait pas encore monseigneur. Non-seulement les employés de son ministère, mais les plus petits bourgeois arrivaient à lui facilement, lui parlaient familièrement. Il pouvait regarder comme un parti convenable pour sa fille un de ses premiers commis, ou un jeune militaire encore peu avancé. Au milieu du trouble et de la confusion, un homme médiocre et rampant, comme mon Dorival, avait l'espérance d'arriver aux premières places de l'État, sans autres moyens que l'intrigue et la flatterie. Enfin nous sortions du régime populaire; un petit employé comme Laroche y avait pris nécessairement un peu de rudesse, de présomption et d'importance; car, si je ne

me trompe, mon honnête Laroche a été commissaire do bienfaisance à sa section, après avoir été caporal du bataillon de son district.

Les circonstances influèrent sur le succès de Fouvrage, qui fut très-gi*and: mais le succès se soutint encore long-temps après les circonstances.

L'action est exti'êmement simple, et ne sert qu'à faire ressortir le caractère de l'homme médiocre. Un pareil caractère est froid et peu dramatique. N'opposant à Dorival qu'un homme de mérite modeste, et un jeune homme bien amoureux, mais bien timide, je ne pouvais espérer qu'un très -faible intérêt. J'ai été heureux de jeter du comique dans l'ouvrage par l'épisode du valet de chambre, par celui du jeune paysan, et sur-tout par le rôle de Laroche. Ses maladresses, ses mauvais succès, son obstination, font rire, et même intéressant. On m'a reproclié de lui avoir donné trop d'esprit au dénoûment. Il faut bien en finir. Rien n'éclaire d'ailleurs autant qu'une suite d'aventures malheureuses: enfin, il est gauche et brouillon, même quand il réussit. Le ministre, placé comme juge plutôt que comme partie intéressée entre Dorival et les concun'ents qu'on lui oppose, est froid, et peut-être trop facile et trop crédule; mais il est nouveau venu au ministère; il a de la noblesse et de bons sentiments, quelquefois assez bien exprimés. Les autres rôles sont faibles; il y a cependant quelques traits que j'aime assez dans celui de l'homme modeste.

La marche de la pièce me paraît bonne. Les deux premiers actes exposent et développent bien le caractère principal. Ce caractère continue à se bien développer dans le troisième et le quatrième; mais comme Laroche ne paraît que peu dans ces deux actes, ils sont froids à la représentation. Je comptais sur la scène du quatrième acte, dans laquelle Dorival s'atti-ibue avec assez d'adresse et d'effronterie l'ouvrage de Firmin et la romance du jeune homme. Je me suis trompé. Peut-être paraîtrat-elle meilleure à la lecture. Le cinquième acte a toujours eu un grand succès, et je crois le dénoûment trèsheureux. 11 s'agissait de prouver à-la-fois au ministre la

la buseniv ft m«yiiicrité de Uorival. J'aime la sCrtie oft Diirival H'oBh' punr être le tU complaisant dn ministre. Klle mt- paraît bien plus à moi que celle «ii U «i amené par peu à iléelarer que l'ouvrage qu'il s'est attriboé n'eut pm de lui. Telle-ci, qui réussit beaueoop pin» au théâtre, rapiielle le ilénoûment des Femmes saTante; et celui du Malade imaginaire. C'est comme dans ces deux chefc-^Va-uvre, une épreuve faite à-la-fois sur les p«nionna)tês vils et sur lee personna^s estimables de la pièce. On M'était habitnti, dans le siècle dernier, à condamner tons les dénoûments de Molière. Je crois que Molière est anssi sublime dans plusieurs de ses dénoûments que dans tiiuteu les autres parties de ses onvrafres. Qn'a-t-il mis nu tliéâtn' de pins beau que ces scènes dn Malade imaginaire oii Argun fait le mort devant sa femme et devant sn tille? On l'a dit bien souvent, mai^ on ne saurait trop le répéter; ce grand homme a épuisé d'avance tonte lu comédie. Il est bien dilïicile à on auteur comique d'imaginer une belle scène qni n'ait sa source dans nne des comédies de Molière.

J'ai mis tons mes soins à bien écrire Médiocre et Bampant Je crains qne le lectenr ne trouve encore de grandes fautes dans le stvle. Je crains aussi que tont le monde ne soit de mon avis, si je dis franchement qu'en général j'aime mienx mu prose que mes vers. C'est surtout dans les scènes sans intérêt (et dans qnel ouvrage ne s'en trouve-t-il pas?) qne je sens mes vers d'nnc faiblesse désespérante. II est alors au-dessus de mes forces de racheter la nullité de la scène par l'éclat du style. Cependant, tont en faisant cet aveu, je ne crois pas mériter les reproches que des critiques de trop mauvaise humeur m'ont adressés. Mou style en vers me parsiit clair, naturel et même assez correct. Il m'arrive quelquefois des vei-s heureui. Les jonmans du temps en ont cité quelques-uns de Médiocre et Rampant.

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