CINQUIÈME DIZAINE
JÉSUS EXPIRK.
Mort spirituelle et union parfaite.
Pater , in ma nus tuas commendo spiritum meum *.
Mon père, je remets mon âme entre vos mains.
Le temps n’est plus et l’éternité n’est point encore. Les grandes eaux sont écoulées, toute résistance manque à la lutte, la prière elle-même n’est plus qu’un abandon aveugle et souverain, qu'une haletante aspiration vers le bien- aimé. Elle ne le possède pas encore, mais rien du moins ne peut l’en séparer. Je suis à mon bien-aimé et mon
1 Saint Luc. cti . xxm, ÿ. 4ti.
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PRIÈRES
bien-aimé est à moi Pénétrantes paroles que son ange gardien murmure à son oreille, que l’Esprit- Saint souffle à son cœur et que profèrent plus intelligiblement encore le baiser de paix du pardon, le crucitix collé sur sa bouche, l’adorable Eucharistie descendue dans sa poitrine, l’onction libératrice, sainte armure du mourant. Le voilà donc, ce jour pour lequel nous sommes nés; ce jour, ce seul jour pour lequel nous aurions dû vivre, ce jour craint et désiré 8 , car pour nous, la mort c’est la résurrection. Sur le seuil des deux mondes, l’épouse n'attend plus que l’époux. O mon Dieu, reconnaissez-la au signe sacré qui pare son front, à la lampe qu’elle porte entre ses mains, à la flamme plus ardente que vous avez allumée dans son sein. Reconnaissez-la, tendez-lui la main, appelez-la par son nom , et qu’elle vous réponde !
Grâces de la mort de Jésus descendez dans nos âmes.
y. (Jue les noms de Jésus et de Marie soient jusqu’à notre dernier soupir sur nos lèvres et dans nos cœurs.
f$. Et notre premier cri dans l’éternité.
* h go dilecto meo , et dilectus meus mihi. — Cantique des Cantiques, eh. vi, f. 2.
* H œc dies, quam fecit Dominus . — Antienne du Magnificat du jour de Pâques.
PRIÈRES
PRIÈRE
Omon Dieu, vous n'avez pas humilié volontairement ni rejeté pour toujours les entants des hommes 1 . Leur châtiment même, vous le convertissez en épreuve. Quand ils tombent vous les relevez, quand ils meurent vous les laites revivre. Mourir, pour vos fidèles n’est pas perdre la vie, mais passer à une vie meilleure. O mort, dont la tristesse se confond avec les plus chères espérances, vous êtes la [dus haute des dilections humaines! C’est par vous qu’on entre dans la cité céleste, par vous seul qu’on arrive à l’éternelle félicité. Soyez béni, ô mon Dieu, dans votre arrêt le plus sévère, dans vos redoutables menaces, dans nos salutaires effrois, dans ces ignorances qui demeurent le secret de vos miséricordes. Soyez béni par-dessus tout dans cet amour, cet insatiable amour qui a soif de nous sauver.
O Marie, soyez notre défense et notre appui.
Heureuse Ève de la réconciliation, vous n’avez été
1 Non enim humiiiavit ex corde suo, et abjecit filios Itominum. — Jérémie, Lamentations, ch. ni , f. 33.
PRIERES
la mère de Dieu que pour demeurer la mère des hommes. Au pied de la croix de votre divin fils, vous le vîtes mourir! Prosternée, reine et toujours mère, du haut du ciel, laissez tomber un de ces regards du Calvaire sur notre misère profonde et en particulier, sur cette heure suprême pour laquelle , à travers toute notre vie , nous vous avons tant priée !
19 février 1839.