‹ Méditations évangéliquesChapitre 24 sur 32 · AQUILAS ET P RISC IL LE · texte numérisé non relu

AQUILAS ET P RISC IL LE

séparer, il pouvait môme à peine distinguer dans son souvenir, deux êtres qui, toujours, s'étaient portés d'un même mouvement à tout ce que réclamaient l'intérêt de l'Église de Dieu et le salut des gentils, et qui semblaient moins s'être associés pour partager l'un avec l'autre et s'alléger mutuellement les fatigues de la vie, que pour porter en commun la pesante croix que Christ avait imposée à son lîglise naissante.

Chassés de Rome en leur qualité de Juifs, ils vont

s'établir à Corinthe, où ils subsistent de leur humble

métier de faiseurs de tentes. Un ouvrier (osons nous

servir du terme usité), un compagnon, vient leur

demander de l'ouvrage, et pendant dix-huit mois

partage leurs travaux et leur pain. Cet ouvrier,

fc d'ailleurs, les paya richement de leur hospitalité;

car c'était Paul de Tarse, que la vénération des

siècles a nommé saint Paul. L'histoire évangélique

nous laisse ignorer si ces deux illustres pauvres, ces

petits devenus si grands dans la reconnaissance du

monde, étaient chrétiens avant l'arrivée de saint

Paul, ou s'ils le devinrent par ses soins. Mais, dans

tous les cas, nous pouvons juger de l'influence que

leur hôte exerça sur eux lorsque nous apprenons

que, bientôt après, unissant leur destinée à celle de

Paul, ils le suivent dans ses voyages de charité,

deviennent missionnaires avec lui, partagent tous

ses dangers ; et nous pouvons juger aussi du fruit

306 AÇUU.AS BT PRISCIU1.

qu'ils recueillirent de son séjour dans leur maison lorsque nous les voyons à Éphèse devenir les maîtres d'un maître , les instituteurs * de cet illustre Apollos, homme éloquent et puissant dans les Écritures, qui obtint plus tard l'honneur, dangereux peut-être, de voir une partie de l'Église chrétienne se réclamer de son nom et invoquer son autorité. N'ayant encore connaissance que du baptême de Jean, c'ést-à-dire de cette doctrine redoutable qui proclame notre état de condamnation et le besoin d'un Sauveur, Apollos, nous disent les Actes, était instruit jusqu'à un certain point dans la voie du Sei* gneur ; il parlait avec ferveur d'esprit p enseignait soigneusement ce qui regarde le Seigneur, et parlait hardiment dans la synagogue de choses probablement nouvelles pour la plupart de ses auditeurs. Eh bien! # c'est ce même Apollos que Priscille et Aquilas, aprh l'avoir entendu, prennent auprès d'eux, dit l'histoire sacrée, et instruisent plus exactement dans la voie dt Dieu. Ou je me trompe fort, mes frères, ou voue êtes touchés comme moi de voir ces deux époux, ces deux simples artisans, entreprenant l'instruction religieuse d'un savant, et ce savant se laissant instruire par cet homme et cette femme qui ont passé leur vie à faire des tentes. Quelle est donc cette sagesse qui, transmise par un ouvrier à d'autres ouvriers, les met eux-mêmes en état d'enseigner les docteurs, et fait asseoir à leurs pieds, dans l'humble

AQTJIUS ET PRISCILLKi S09

posture d'un disciple, un homme admiré de la mul«* titude pour son savoir et son éloquence ? Et comme cet étrange phénomène s'est reproduit cent fois depuis lors, comme ce même Paul, et Pierre le pêcheur, et Matthieu le péager, et d'autres aussi obscurs, ont été de siècle en siècle, par les écrits qu'ils ont laissés, les maîtres des hommes les plus illustres dans la science, les précepteurs des précepteurs de l'humanité, comme leur parole, si souvent rude et grossière, a dominé le monde, a donné aux sociétés modernes leur forme distinctive, et se dispose à présider encore à l'enfantement d'un monde nouveau, on a droit de demander à la conscience humaine, disons mieux, au bon sens humain : Est-ce une science, ou une puissance? Et cette sagesse est-elle des hommes, ou est-elle de Dieu ?

Les vicissitudes de la vie, ou, plus probablement, le service du Seigneur, ramenèrent Àquilas et Pris* cille dans la capitale du monde. C'est là que le souvenir affectueux de Paul s'en va les chercher encore après une séparation de plusieurs années. Il salue, dans notre texte, « Priscille et Aquilas, qui ont tra- « vaille avec lui pour Jésus-Christ, qui ont exposé « leur vie pour celle de l'apôtre, et auxquels ce n'est a pas lui seul qui doit rendre grâces, mais toutes « les Églises de la gentilité. » Depuis ce moment, les deux époux ne reparaissent qu'une fois dans les écrits apostoliques ; et c'est leur ancien hôte, leur

Page 1