IL FAUT QU'IL CROISSE KT QUE JE DIMINUE
lient d'abord que mon âme est plus à Dieu qu'à moi.
Le maître de mon âme, plus maître par nature et par nécessité que je ne puis jamais l'être moi-même; qui connaît et possède mon àme plus que je ne pourrai jamais la connaître et la posséder, celui-là, puisque l'épouse est à lui, est l'époux. C'est ce qu'il faut bien savoir, car c'est là la question principale de la vie, de la vie dans tous les sens du mot. Même dans l'ordre physique celui qu'on appelle l'époux n'est que l'ami de l'époux.
L'époux, c'est Dieu, puisque Dieu seul est vraiment père. Lui seul met le germe du nouvel homme, et développe ce germe dans le sein maternel, et tout père aussi bien que toute mère doit dire avec la mère des Machabées : « Mes fils, je ne sais comment vous « avez surgi dans mon sein ; ce n'est pas moi « qui vous ai donné l'esprit, l'âme et la (( vie, ce n'est pas moiqui ai formé vos mcm- « bres ; c'est le Créateur du monde qui forme
« l'homme naissant, et qui possède la source « d'où il sort (i). »
Cela est vrai de tout homme et toujours. Dieu est la source de ma vie, de toutes les formes de ma vie. Ni mon savoir, ni mon vouloir ne sauraient être la source de ma vie : la source de ma vie, c'est l'époux. Moi, par mon savoir et mon vouloir, je ne suis que l'ami de l'époux. Seulement, quand je suis près de lui, quand je l'écoute, quand je cherche à saisir, au fond du sanctuaire de l'âme, la voix de l'époux, et ces veines délicates du murmure sacré qui est la voix de Dieu dans l'âme, et quand il m'arrive parfois d'entendre très-certainement sa voix, oui certes alors je suis ravi, je suis au comble de ma joie.
Mais, ô mon Dieu, que cela est rare pour moi, et que cela passe vite !
Et pourquoi si rare, o mon Dieu? Parce que je ne dis pas assez avec saint Jean : « H « faut qu'il croisse et que je diminue. » Je
(1) Machab., vu, 22.