‹ Méditations inéditesChapitre 43 sur 51 · Après avoir ainsi parlé, il s'arrêta en « Galilée · texte numérisé non relu

Après avoir ainsi parlé, il s'arrêta en « Galilée

10. « Mais lorsque ses frères furent partis, « il alla aussi lui-même à la fête , non pas a publiquement, mais comme s'il eût vouki « se cacher. »

Oui, encore une fois, c'est à peu près la seule manière dont Dieu puisse se montrer ici-bas. Dans notre état présent, Dieu ne se montre guère à nous qu'en se cachant. Il ne se fait connaître que par son absence. Il ne se fait chercher que par le vide qu'il laisse en nous.

Sous l'inquiétude de ce vide immense qui est son attrait indirect, nous le cherchons; nous disons, comme ici les Juifs : Où est-il?

1 1. « Les Juifs^ donc, le cherchaient pen-

QUE NE VOUS FAITES-VOUS CONNAITRE? 3fi9

« dant la fête, et ils disaient : Où est-il? »

C'est bien ce qu'on dit de Dieu : où estil? Et certes il n'est pas loin; mais nous aimons le vague du problème ainsi posé. Et s'il nous disait : Me voici, nous serions renversés comme quand INotre-Seigneur l'a dit au jardin des Oliviers à ceux qui le cherchaient.

En attendant, nous vivons dans le doute intérieur sur Dieu, sur sa présence, sur son attrait, ses impressions, sa voix dans la conscience. Nous ne discernons pas Dieu en nous de l'homme en nous. Nous ne discernons pas sa sainte inspiration des illusions de nos pensées et de nos désirs. Nous doutons et ne savons pas. Nous faisons comme le peuple pendant cette fête des Juifs.

11. « Et on faisait plusieurs discours de « lui en secret parmi le peuple; car les uns « disaient: C'est un homme de bien, les au- « 1res disaient : Non , mais il séduit le « peuj)le. »

Du reste, c'est ce que nous n'osons pas trop scruter, (l'est une trop grave affaire.

Reconnaître clairement en nous la voix de Dieu , ce serait se donner un maître pour toujours et pour chaque instant. Nous n'y pensons donc pas librement, de crainte d'être forcés de le reconnaître comme maître et comme Dieu.

C'est ce que ne voulaient pas les Juifs. C'est ce que nous ne voulons pas non plus.

C'est pourquoi l'Evangile ajoute :

j3. « Néanmoins personne ne parlait lice brement de lui, par la crainte qu'on avait « des Juifs. »

Ces profondes vérités sont la cause de ce fait étrange, si surprenant quand on y réfléchit. On se demande souvent : mais enfin pourquoi Dieu ne se manifeste-t-il pas clairement au monde {rnnnifesta te ipsum mundo) ? Pourquoi ne force-t-il pas tous les hommes à le reconnaître ?

Répétons-le, c'est parce que Dieu aime mieux encore de notre part le doute et l'ignorance que la haine. Il veut se réserver de dire : Ils ne savent ce qu'ils font. Imaginez

quelque miracle que ce soit, quelque manifestation que ce soit; ressuscitez des morts chaque jour, cela nous paraîtra bientôt moins surprenant, à juste titre, que la naissance des hommes. Les prodigieux, perpétuels, magnifiques et inconcevables miracles de la nature, comme dit saint Augustin, n'ont plus de sens pour nous : « Assiduiiaie viluerunt. » Mais enfin, supposez que la toutepuissance de Dieu invente des manifestations qui nous forcent à dire : Voici Dieu ; nous forceront-elles à l'aimer? Ces manifestations croissantes et redoublées n'augmenteraient pas d'un seul le nombre des élus. Elles augmenteraient celui des réprouvés, des méchants décidés à résister en face à Dieu.

Soyez certain que Dieu tempère sa présence pour chaque âme et pour toute l'histoire, dans la mesure parfaite de ce que peut porter chaque âme, et le genre humain.

LA dogtr[m: de la vkriti:.

\[\. « V^ers le milieu de la fête, Jésus (( monta au temple où il se mit à enseigner. »

Le temps de la visite de Dieu était venu pour ce peuple assemblé à Jérusalem. Au milieu de la fête, Jésus se met à enseigner.

Il y a eu un temps de la visite de Dieu pour le monde; c est le milieu des temps, dit la sainte Écriture. Il y a un temps de la visite de Dieu pour chaque âme. Ce temps est toujours, par cela même que c'est le temps de Dieu, le centre, le milieu de nos jours, le centre de gravité de la vie.

Il y a de plus, pour les enseignements intérieurs de Dieu^ des moments périodiques qui viennent, qui passent; ce sont certains

jours, certaines heures. Tout à coup la lumière vient, et quelque temps après on reconnaît qu'elle a passé; on n'en trouve plus en soi qu'une mémoire amoureuse et le désir de la revoir. Cette lumière encore était un milieu entre les ténèbres qui la précèdent et les ténèbres qui la suivent.

Lumière qui êtes mon Dieu, montrez-vous plus souvent; rendez plus vifs et ma mémoire et mon désir; rendez surtout plus rapprochés les retours successifs de ce rayon qui revient par intervalles.

Lumière qui êtes mon Dieu, ne permettez jamais que je doute d'où vous venez. JNe permettez jamais que je croie que ces flots lumineux viennent de l'homme. INe permettez jamais qu'avec les Juifs je m'étonne de vous voir, et que je dise : D'où vient cette science et cette lumière? Et où sont les études et les travaux qui me l'apportent?

i5. (( Et les Juifs, en étant étonnés, dire saient : (>omment cet homme peut-il être « si savant, n'ayant point étudié? w

'M\ Thi<:izii:Mi^: mi:i)ITation.

Et ici vient toute la théorie de la science, toute la philosophie en trois versets. Quand Jésus-Christ prononce un mot, c'est toujours dans la vérité universelle et absolue. Chaque parole tombée de sa bouche est un principe universel et éternel.

i6. (c Jésus leur répondit : « Ma doctrine <( n'est pas de moi, mais de celui- qui m'a « envoyé. »

17. « Si quelqu'un veut faire la volonté « de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est « de lui ; ou si c'est de moi-même que je « parle. »

18. «Celui qui parle de son propre mou- « vement cherche sa propre gloire ; mais «celui qui cherche la gloire de celui qui Ta « envoyé, dit la vérité ; et il n'y a point en « lui d'injustice. »

Quand est-ce, ô divine lumière, que je pourrai dire aussi : « Ma doctrine n'est pas « de moi, mais de celui qui m'a envoyé» ? Celui qui envoie, c'est Dieu. Cette mission même, c'est la vie. Les moindres frémisse-

ments de la vie sont sa lumière et ses inspirations. Quand donc transmettrai -je sa lumière solde ? Quand donc exprimerai -je ses inspirations pures ? Moi, je retranche, j'ajoute, je défigure , je diminue. Ce que j'ajoute n'est que vide et altération. C'est la vérité diminuée, coupée, gâtée, renversée. Voilà ma doctrine, à moi. Telle est la doctrine propre de l'homme. Mais la doctrine de celui qui m'envoie, et sous l'impulsion de qui seul je devrais mouvoir mon esprit, c'est la vérité pleine, totale, divine. C'est la doctrine de Dieu.

Que faire donc pour connaître et avoir

cette doctrine ? On me le dit : « Si quel-

« qu'un veut faire la volonté de Dieu, il

« reconnaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou

« si c'est de moi-même que je parle. »

Si donc je veux faire la volonté de Dieu, j'aurai la doctrine de Dieu, et je connaîtrai par moi-même que la doctrine de Jésus- Christ est la doctrine de Dieu, et que ce n'est pas l'homme seul qui a parlé, l'homme

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isolé, à partir de son propre esprit. Ce qui revient toujours à cette parole fondamentale : « Si vous pratiquez ma parole, vous « connaîtrez la vérité, et la vérité vous rena dra libres. »

Oui, pratiquez la parole du Christ qui est la volonté de Dieu : cet acte même de pratiquer la volonté de Dieu, engendre en vous la vérité, comme, en Dieu même, le Père engendre le Fils, et de cette force qui pratique, et de cette lumière qui connaît, procédera en vous la liberté, c'est-à-dire la dilatation du cœur, comme l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils dans la sainte Trinité.

Si une âme veut connaître la vérité, si le genre humain veut connaître la vérité, ceci est précisément la méthode : il n'y en a point d'autre ; elle suffit à tout : elle est certaine. Qu'un homme, qu'un peuple, qu'un siècle s'en empare, cet homme, ce peuple, ce siècle sera très - certainement régénéré dans la lumière et dans la liberté; et il n'y

a point d'autre voie vers la lumière et vers la liberté.

Si quelque cœur, si quelque esprit savait (quoique librement, ô merveille !) reproduire purement les mouvemenls de Dieu, ce cœur et cet esprit seraient dans la justice et dans la vérité. Se mouvoir à partir de Dieu, principe de tout, vérité même et justice même, c'est là précisément la justice et la vérité ; se mouvoir à partir de soi pris comme principe, c'est là précisément l'essence même de l'injustice et de l'erreur.

C'est Dieu seul qui envoie, c'est-à-dire qui est moteur premier de tout. Toute créature est envoyée. Voyez donc cet être envoyé travaillant à se dégager de l'impulsion même qui l'envoie, pour s'en donner une autre qui commence à lui seul ! Travail tout aussi impossible que de se donner la vie à soi-même , mais qui a cet horrible eff(»t d'altérer la vie reçue. Etre envoyé de Dieu, c'est recevoir de Dieu des impulsions de force, de lumière et d'amour. Dans le style

divin de Jésus, gloire signifie les rayons de force, de lumière et d'amour.

Comprenons donc bien ces paroles : « Ce- « lui qui parle de son propre mouvement « cherche sa propre gloire. »

Celui-là ne veut plus d'autres rayons que ceux qui partent de lui-même. Or quels rayons partent de vous ? Vous avez les restes brisés et altérés des rayons qui partaient de Dieu. Ces débris sont autant de larcins. Et vos efforts pour les faire luire et briller à partir de vous, sont tout autant d'erreurs et d'injustices.

« Mais celui qui cherche la gloire de ce- « lui qui l'a envoyé dit la vérité, et il n'y a « point en lui d'injustice. »

Vous avez donc dans ces mots du Christ la loi logique et la loi morale.

Mais qui parle de loi ? Qui entend observer la loi ? Qui sait, qui peut observer une loi proclamée au dehors? Qui la comprend? Qui s'en souvient ? Qui la retrouve quand il s'agit de l'appliquer ? Qui a la force de s'y

soumettre, s'il la retrouve, en présence d'un désir contraire?

19. «Moïse ne vous a-t-il pas donné la « loi ? Cependant aucun de vous n'observe « la loi. »

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