SAMEDI DE LA PASSION. — DOULEURS INTÉRIEURES DE JÉSUS
sueur abondante, au Jardin des Olives, et que la frayeur, le dégoût, l'ennui, la tristesse lui eussent causé mille morts, sans un miracle de sa toute-puissance divine. Cœpit pavere, tœdere, contristari, mœstus esse. Ce fut là, dit le Docteur angélique, la première cause des douleurs. intérieures de Jésus.1
Elles furent augmentées par la pensée de la perte des âmes qui abuseraient des grâces de la Rédemption. — Elles s'accrurent encore par la prévision des souffrances, des opprobres et de la mort cruelle qui attendaient l'Homme-Dieu. Et ces peines incompréhensibles tourmentèrent son Cœur sacré, non pas seulement pendant sa Passion, mais à tous les instants de sa vie mortelle.
0 Jésus! je compatis à vos douleurs, auxquelles j'ai tant contribué par mes péchés. Ne permettez pas que ma tiédeur, ma lâcheté, ma coupable insouciance renouvelle en vous les dégoûts, les ennuis, les tristesses de votre agonie. Je suis résolu d'apporter plus de ferveur à mes pratiques pieuses et de méditer souvent les trois grands motifs qui vous ont attristé pendant votre vie : 1° Les outrages infligés à la majesté divine. 2° La perte des Ames destinées à l'immortalité bienheureuse. 3° Les tourments cruels 'que vous avez endurés à cause de nos péchés. Faites-moi puiser, dans ces considérations, des sentiments d'humilité, — de contrition — et d'amour.
2° Comment on prend part aux angoisses de jé^us.
Chef du corps mystique dont nous sommes les membres, le Sauveur a porté dans son cœur toutes nos peines, toutes nos tribulations, toutes nos amertumes. N'est-il pas juste qu'à notre tour, nous compatissions à ses souffrances? Elles furent telles qu'aucune intelligence créée ne saurait les comprendre. Notre compassion ne peut donc jamais en dépasser la mesure, quand même elle nous arracherait des larmes de sang. Combien de Saints ont pleuré et sangloté, en méditant la Passion! Si nous aimons Jésus, nous saurons partager ses douleurs, au moins comme l'enfant vertueux partage celles d'un père tendrement chéri.
Bien plus, nous tacherons de les adoucir, de les diminuer, en ôtant, selon notre pouvoir, la cause qui les a produites. Cette
(1) P. II. q. 46. a. 6. Summ. theol.
cause, nous la connaissons, ce sont les péchés des hommes, c'està-dire les nôtres et ceux du prochain. Les nôtres, nous pouvons les détruire par la contrition, la confession, le bon propos, la fuite des moindres fautes, la vigilance sur nous-mêmes et la prière habituelle. Ceux d'autrui, nous les rendrons moins amers à Jésus, en les déplorant avec lui et en nous efforçant de les réparer. Ah ! qui nous dira les outrages que reçoit chaque jour le Sauveur, dé la part de tant d'impies? Non seulement ils abusent des grâces divines, mais ils poursuivent même leur Rédempteur dans les églises où il s'immole pour eux ; ils l'enlèvent des tabernacles, le foulent aux pieds dans les hosties consacrées, et poussent leur sacrilège audace jusqu'à l'offrir en hommage à Satan. 0 terre ! ô ciel ! soyez dans la stupéfaction !
Cœurs pieux! unissez-vous aux Anges, pour réparer ces attentats criminels, qui tendent à renouveler le déicide des Juifs. A cette fin : 1° Repassez dans l'oraison les cruelles angoisses de Jésus souffrant. 2° Visitez souvent le Sacrement de nos autels, pour y faire amende honorable au Cœur attristé de l'Homme-Dieu. 3° Consacrez-lui toutes vos pensées, toutes vos affections, tous vos désirs, tout votre amour. — 0 Vierge, Mère de douleurs! daignez m'enseigner vous-même à consoler le Cœur de Jésus par une componction habituelle, — par la ferveur de mes prières — et la sainteté de ma conduite, surtout pendant ces jours qui nous rappellent plus spécialement les souffrances du Rédempteur.
dimanche des rameaux. — Mystère du jour.
Préparation. — A l'approche de sa Passion, Jésus se prête à un triomphe très instructif pour nous. Considérons-y : 1° L'ovation qu'il y reçoit. 2° La haine que lui ont vouée les partisans du siècle. — Comme fruit de ces considérations, nous nous déciderons sérieusement, à imiter l'humilité et la douceur de Jésus, selon son désir et la grâce qu'il nous en donne. « Apprenez de moi, nous dit-il, que je suis doux et humble de cœur. » Discite a me quia mitis sum et humilis corde.*
(l)Matth. 11, 29.
1° Triomphe et vertus du sauveur.
Sachant que le temps de sa mort arrivait et qu'il devait être crucifié à Jérusalem, Jésus se rendit dans cette ville. A son approche, le peuple se porte en foule a sa rencontre. Les uns étendent leurs vêtements sur la route où il doit passer. Les autres y jettent des branches d'arbre en son honneur. Tous l'acclament, l'appellent Fils de David, et chantent : « Hosanna à Celui qui vient au nom du Seigneur ! » — Allons, nous aussi, au-devant du divin triomphateur, pour lui dire avec amour : « Soyez béni, ô Fils unique de Dieu, d'être venu en ce monde ! sans vous, nous étions à jamais perdus. Soyez béni surtout quand vous entrez en nous par la sainte communion pour nous combler de vos faveurs. »
« Dites à la fille de Sion, s'écriait le Prophète : Voici venir votre Roi • il s'avance vers vous, plein de douceur, et assis sur une ânesse et sur son anon.< » Que signifie l'anesse, sinon le peuple juif soumis au joug de la loi ? et l'ànon, sinon les gentils, libres de tout frein ou de toute contrainte? Cette monture convenait sans doute à un prince dont le berceau fut une crèche, et qui, pendant ses prédications, nous disait à tous : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.2 » 0 humilité de Jésus ! jusque dans votre triomphe, vous confondez notre orgueil, en nous enseignant la vertu qui, selon saint Augustin, est le commencement, le milieu et le sommet de Ja perfection, et sans laquelle point de repos dans les âmes, point de soumission, ni de mansuétude, ni de chante
véritable. '
Jésus pleure sur l'ingrate Jérusalem : «Que n'as-tu connu dans ce jour, s'écrie-t-il, ce qui aurait pu te donner la paix ! mais ces mystères sont cachés à tes yeux.3 » Il prévoyait les malheurs que cette ville coupable allait s'attirer par ses crimes, surtout par son déicide. — Ah ! combien de fois le Sauveur n'a-t-il pas pleuré sur nous quand il nous voyait résister à ses grâces et préférer nos caprices à ses volontés saintes! Quand le consolerons-nous par notre ferveur, notre repentir et notre humble docilité? Demandons ces dispositions au plus aimable des Maîtres.
0 Jésus, doux et humble de cœur ! ne permettez pas que je laisse sans effet tant de lumières et d'inspirations qui me viennent de vous. Donnez-moi le courage de vaincre les résistances de ma
(1) Matin. 21, 5. (2) Mattli. 11, 29. (3) Luc. 19, 42.
nature altière, afin de m'assujettir à votre conduite. Je forme la résolution de méditer, pendant la semaine sainte, vos souffrances et vos ignominies ; je veux y puiser de vifs sentiments de contrition, — d'anéantissement de moi-même — et d'un amour sincère envers vous, mon Rédempteur, et envers les âmes rachetées par vos douleurs et vos opprobres.
2° Le monde est l'ennemi du sauveur.
Qui eût dit qu'après des démonstrations si enthousiastes, Jésus, le plus doux des princes, fût devenu sitôt l'objet de la haine et des mépris de ses sujets? Aujourd'hui", les Juifs se pressent à sa rencontre; ils portent son nom et ses louanges jusqu'aux nues. Dans quelques jours, ils enverront des soldats le saisir, le garrotter, l'accabler de coups et d'injures. Maintenant on chante : « Hosanna au Fils de David. » Bientôt on lui préférera Barrabas, et l'on criera : « Crucifiez-le, crucifiez-le. » — Telle est I'inconstance du monde! il maudit le lendemain ce qu'il a exalté la veille.
Avant même la fin d'une si belle journée, le pacifique triomphateur était presque oublié de ceux qui avaient si solennellement fêté son avènement. Entré à Jérusalem, Jésus passa toute la journée à prêcher, à guérir les malades, à répandre autour de lui des bienfaits. Cependant, quand le soir fut venu, qui le croirait ? personne dans la cité ne lui offrit de gîte pour la nuit. 0 ingrati tude ! — Mais la mienne est-elle moindre, Seigneur ! n'est-elle pas pire encore, lorsque après vous avoir introduit par la Communion dans mon cœur, je vous oublie, je vous néglige ou je fais seulement par manière d'acquit mon action de grâces; ou que je retombe aussitôt dans mes habitudes d'impatience, de vanité, de sensualité, de distractions volontaires pendant la prière?...
Tandis que Jésus fait du bien aux Juifs et multiplie ses miracles en leur faveur, les pharisiens et les princes des prêtres se disent entre eux : « Cet homme opère beaucoup de prodiges : si nous le laissons en paix, tous croiront en lui.1 » Ainsi les bienfaits, la sainteté du Sauveur excitent la haine des méchants. Ils lui reprochent ce qui fait sa gloire, ce qui devrait les attirer à son amour. 0 monde injuste ! qui peut donc chercher à te plaire ? — Mais ici encore en accusant le monde, je me condamne moi-même. Com-
(l)Joan. 11, 47.