‹ Meditations pour tous les jours de l'anneeChapitre 107 sur 258 · LUNDI SAINT. — LA SAINTE FACE · texte numérisé non relu

LUNDI SAINT. — LA SAINTE FACE

par la douleur, et son visage couvert de sang et de blessures, est presque, méconnaissable. Yidimus eum, et non erat aspectus.1

Bientôt commencent les dérisions sacrilèges. Les épines qui transpercent le chef sacré du Sauveur, lui tiennent lieu de couronne, et la chlamyde remplace le manteau royal. On lui met un roseau dans la main droite, en guise de sceptre,2 et les soldats, les uns après les autres, viennent fléchir le genou devant lui, en lui disant par moquerie : « Je te salue, roi des Juifs. » Puis se levant, ils lui crachent au visage, lui donnent des soufflets, lui arrachent les cheveux et la barbe, avec de grands éclats de rire.

0 Anges du ciel ! où êtes-vous? Quoi ! vous laissez outrager si indignement votre Roi ! Mais je vous comprends : lui-même retient votre zèle, parce qu'il veut pardonner aux pécheurs. Sa charité enchaîne sa puissance, pour nous forcer à tout espérer de lui. Quelque graves qu'aient donc été nos crimes, ils n'égalent pas la satisfaction donnée par son amour. Sa couronne expie notre orgueil ; ses épines effacent nos fautes de pensées ; ses yeux divins réparent l'immodestie de nos regards ; son visage couvert de sang rend à nos âmes leur ancienne beauté perdue par le péché.

0 Jésus ! imprimez votre face adorable dans mon esprit et dans mon cœur, afin que jamais je ne vous perde de vue. Que le souvenir de votre Passion m'inspire le courage d'imiter votre humilité et votre patience : votre humilité, qui me fasse embrasser sans trouble ce qui crucifie en moi la propre estime et le désir d'être estimé; votre patience, pour ne jamais me plaindre des peines, des infirmités et des maux d'ici-bas, mais pour les endurer avec douceur et sérénité.

2° Face de jésus donnée en spectacle dans l'ecce homo.

Après que les soldats eurent épuisé sur Jésus tous les genres de tortures et d'avanies, ils le remirent entre les mains de Pilate. Celui-ci s'avança vers les Juifs et leur dit : « Je vous amène l'accusé, afin de vous faire reconnaître qu'il n'y a rien en lui, qui soit digne de mort. » — Jésus parut donc revêtu d'un manteau de pourpre, la tète couronnée d'épines et le visage meurtri, couvert de sang : « Voilà l'homme ! » s'écria Pilate. Et les Juifs de répondre : « Grucifiez-le, crucifiez-le. »

(1) Is. 53, 2. (2) Matth. 27.

m LUNDI SAINT. — LA SAINTE FACE.

0 Jésus ! que diront ces malheureux, lorsqu'un jour ils vous verront sur les nuées du ciel, revêtu de gloire et de majesté? lorsqu'ils seront en présence de votre face éclatante, sous vos regards foudroyants, et qu'ils entendront retentir votre voix formidable, qui leur criera : « Voilà l'homme! voilà celui que vous avez crucifié! » — Que répondront les pécheurs, lorsque vous leur reprocherez d'avoir contribué par leurs crimes à couvrir votre visage adorable de crachats, de meurtrissures, de poussière et de sang? — Que dirons-nous nous-mêmes, Seigneur, quand vous nous accuserez d'avoir si souvent rougi de vous par respect humain ; d'avoir souillé nos yeux, nos oreilles, notre langue, notre goût par la sensualité, l'immortification, par tant de fautes outrageantes à votre majesté et à votre sainteté infinies?

0 Père éternel ! regardez la face de votre Fils. Respicein faciem Christi tui.{ Vous nous avez donné ce Fils comme Médiateur, et comme tel il s'est livré pour nous. Couronné d'épines, afin que nous soyons un jour couronnés de gloire, il s'est laissé défigurer pour embellir nos âmes, les ennoblir, les sanctifier et les rendre dignes de la suprême béatitude. Ah ! ne nous regardez plus qu'à travers la face de notre Rédempteur, à travers son sang, ses blessures et ses épines, afin que nous soyons l'objet de vos éternelles miséricordes. — Et vous, ô Esprit-Saint, par l'intercession 'de la divine Mère, inspirez-moi la résolution de considérer souvent la face ensanglantée de mon Sauveur. Quand la colère, l'impatience, ou la concupiscence me troublent, faites-moi jeter promptement les yeux sur ce visage pur et serein où se reflètent l'innocence et la douceur ; et qu'aussitôt le calme des passions se rétablisse en mon âme. — Si les peines d'esprit, les désolations me portent au découragement, rappcllez-moi les épines qui tourmentèrent le chef sacré de Jésus, afin que la confiance et la résignation me rassurent et me consolent. En un mot, que la face adorable de mon Rédempteur soit fréquemment l'objet de ma contemplation ! qu'elle s'imprime dans mon intérieur, et me devienne une source abondante de saintes pensées, de pieux sentiments et de dévotion efficace ! Et videte Regem in diademate-.

(l)Ps. 83, 10.

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