SAMEDI DE LA PIIEM. SEM. (BIS.) — LA SALUTATION ANGÉLIQUE
la Salutation angélique écrite en lettres d'or. « Jamais, lui répondit Marie, l'homme ne surpassera cette Salutation. Par elle, Dieu le Père m'a saluée le premier et m'a exemptée de la faute d'Eve, en vertu de sa toute-puissance. Par elle, le Fils de Dieu m'a éclairée de son infinie sagesse, pour me rendre l'astre brillant qui éclaire le ciel et la terre, selon la signification de mon nom de Marie. Par elle, l'Esprit-Saint, me pénétrant de la plénitude de sa divine douceur, m'a tellement comblée de sa grâce, qu'en la cherchant par moi on la trouve sûrement. » Ainsi parla la divine Mère. — Rien donc, parmi les prières qu'on lui adresse, ne lui paraît préférable à la Salutation angélique.
Avons-nous soin de la réciter toujours avec le plus profond respect, imitant en cela saint Gabriel, qui aborda Marie, plein d'une humilité sincère et lui parla avec une extrême vénération ? N'oublions jamais qu'elle est notre Souveraine et que ses grandeurs sont au-dessus de tout éloge. — Mais comme elle est aussi notre Mère, joignons au respect la dévotion et la confiance.
Disons-lui donc avec la piété et I'amour de sainte Elisabeth : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. » Ajoutons, avec toute l'Eglise catholique : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Priez pour nous maintenant que nous sommes en ce monde, comme sur une mer agitée et féconde en naufrages : obtenez-nous la victoire sur les tentations, la vigilance pour éviter les écueils et l'esprit de prière pour vous appeler sans cesse à notre aide. — Priez pour nous à notre dernière heure, alors que les combats seront plus rudes, les souffrances plus accablantes et les dangers plus redoutables. Nnnc et in liora mortis nostrœ.
2» Pratique de l'ave maria.
Pour rappeler aux fidèles l'ineffable mystère de l'Incarnation du Verbe et de la Maternité divine de Marie, l'Eglise a enrichi d'indulgences la récitation de Y Angélus, au son de la cloche, trois fois par jour, le matin, à midi et le soir. C'est donc là un moyen d'honorer la Mère de nos âmes, en lui rappelant ses grandeurs, ses privilèges, et en implorant, à diverses reprises, sa protection puissante. Saint Charles Borromée, saint Alphonse et tant d'autres Saints, non contents de n'y manquer jamais, se prosternaient même en pleine rue pour s'acquitter de cette dévotion.
A cette pratique, ajoutons celle des trois ave maria, le matin dès le lever, et le soir avant le coucher, en l'honneur de l'Immaculée Conception de Marie et dans l'intention d'obtenir ou de conserver intacte la vertu de chasteté. — Saluons encore la divine Mère chaque fois que l'heure sonne. Agissons de même, selon l'avis de saint Alphonse, avant chacune de nos actions, avant l'oraison, la lecture, l'étude, le travail, le repos, les repas, les pro" menades, les voyages, les récréations. Faisons-le surtout dans les dangers, les attaques du démon, les impressions de colère, d'impatience, de répugnance, de dégoût, dans toutes les révoltes de nos passions. « La puissance de Marie, dit saint Anselme, protège spécialement les âmes qui l'invoquent fréquemment. »
Avez-vous soin de la saluer, de la prier souvent, dès le matin à votre réveil, et le soir avant de vous endormir; quand vous rencontrez ses images, ou que vous éprouvez quelque joie, quelque peine, quelque lutte et difficulté? Marie promit à sainte Gertrude autant de secours à l'heure de la mort, qu'elle aurait récité d'Ave Maria pendant sa vie. Le seul motif de plaire à la divine Mère ne devrait-il pas nous persuader d'embrasser cette dévotion si agréable à son Cœur aimant ?
a 0 Marie! vous dirai-je avec Thomas A-Kempis, je m'approcherai de vous avec respect, dévotion, et avec une humble confiance, quand il s'agira de vous offrir la Salutation angélique. Je vous l'offre donc, la tète courbée par révérence pour votre Personne sacrée, et je désire que tous les esprits célestes puissent la répéter pour moi cent mille fois et plus souvent encore. Car je ne connais rien de plus glorieux pour vous, ni de plus consolant pour nous. » Je me propose donc de vous offrir chaque jour avec ferveur la couronne mystique d'Ave Maria, qu'on appelle le Chapelet et qui vous est si agréable.
DIMANCHE DE LA. DEUXIÈME SEMAINE. — Sépulcre de Jésus.
Préparation. — L'Eglise fait aujourd'hui mémoire du sépulcre de l'Homme-Dieu. Nous trouvons dans ce mystère l'image : 1° De la mort mystique de l'âme. 2° De sa vie cachée en Dieu avec Jésus- Christ. — Après avoir approfondi ces vérités, nous renoncerons à toute intention naturelle et terrestre, afin d'agir toujours uniquement pour Dieu et en union avec Jésus, notre médiateur et
notre modèle. Mortui enim estis, et vila vestra est abscondita cum Chris to in Deo.x
lo Jésus au sépulcre, image de notre mort mystique.
Quel étonnant spectacle que celui du Dieu Créateur mis au tombeau! Les biens de la terre dont Jésus est le Seigneur, lui sont devenus comme étrangers ; le sépulcre où il repose, le linceul qui l'enveloppe ne sont pas- à lui. Il n'a pas même, lui, le Maître de l'univers, une parcelle des biens que ses ennemis possèdent si largement. 0 mort, mort cruelle ! qu'as-tu fait ? tu as dépouillé totalement Celui par qui tout existe, le Riche par excellence à qui tout appartient. Son corps, sans vie et sans mouvement, ne voit plus, n'entend plus, ne goûte plus les choses d'ici-bas. Vainement on les lui présenterait, elles ne feraient aucune impression sur ses sens. Qu'on le remue, qu'on le déplace, qu'on le transporte, il n'opposera nulle résistance.
0 Jésus! qui vous a réduit à un tel état? Ah! c'est l'amour que vous portez à nos âmes. Tout ce qui paraît en vous aux regards des hommes est inanimé et insensible ; vous nous pressez ainsi de mourir au monde et à nous-mêmes, afin de vivre uniquement pour vous. — Esclaves de leurs passions, les partisans du siècle n'ont d'autre fin, d'autre désir que la vaine gloire, le plaisir et l'intérêt. Vous, au contraire, ô divin Maître, vous regardez comme vos imitateurs et vos disciples ceux-là seuls qui crucifient leur chair avec ses vices et ses convoitises.2
0 Jésus ! combien je suis éloigné de vous ressembler, moi qui nourris encore tant de pensées terrestres, d'affections mondaines, de projets ambitieux ; tant d'attachements à l'estime, aux fausses joies de la terre, à tout ce qui flatte les sens et les mauvais penchants! Ah ! daignez m'inspirer le courage de mourir à tout ce qui n'est pas vous.
A cette fin, je me propose de prendre les dispositions d'un mort dans le tombeau : 1° Comme il ne tient plus à la réputation, aux richesses, aux jouissances, ainsi je veux me détacher du monde, de ses vanités, de ses fausses satisfactions. — 2° De même qu'il n'a ni mouvement, ni volonté propres, je veux aussi dépendre en tout de votre grâce et de ceux qui me dirigent en votre nom. —
(1) Col. 3,3. (2) Gai. S, 24.
3° Aucune injure ne l'irrite, nulle louange ne le flatte ; il n'a ni haine, ni rancune contre personne, il est indifférent à tout ; ainsi je suis résolu de devenir insensible à tout intérêt personnel, à toute susceptibilité d'amour-propre, au mépris comme à l'estime des créatures, pour n'être touché désormais que de votre grâce et de votre amour. Mortui enim, et consepuUi cum Christo.{
2° Jésus au sépulcre, image de notre vie cachée en dieu.
Après avoir dit « Vous êtes mort, » l'Apôtre ajoute : « Et votre vie est cachée en dieu avec Jésus-Christ. » Le Sauveur dans son tombeau est mort quant à la vie naturelle; mais la Divinité du Verbe n'a pas quitté son corps : elle lui reste substantiellement unie ; en sorte que, naturellement mort aux yeux des hommes, Jésus vit de sa vie divine. Mais cette vie est cachée aux regards du monde; Dieu seul la connaît. — Ainsi doit-il en être de nous.
En nous voyant éloignés de leurs grandeurs, de leur liberté, de leurs plaisirs, les mondains nous plaignent et nous croient malheureux. Mais ils ignorent qu'il est une autre vie qui ne tombe pas sous les sens, une vie spirituelle, surnaturelle, toute céleste, tout angélique et divine ; une vie qui a ses gloires, ses richesses, ses délices, dans un ordre bien supérieur à celui de la nature. Le monde voit le dehors ; il a horreur de la solitude des amis de Dieu, de leur recueillement, de leur esprit de mortification ; mais qu'il est loin de soupçonner les joies secrètes de leur cœur, de leur conscience, cette paix onctueuse et continuelle qui surpasse tout sentiment ! Habitué à une liberté plus ou moins licencieuse, le monde regarde l'obéissance comme un esclavage, et le dévouement comme une servitude; mais combien les âmes qui aiment Dieu s'y trouvent à l'aise ! jamais elles n'échangeraient leur vie d'immolation, contre la vie sans contrainte des prétendus heureux
du siècle.
Que ceux donc qui vivent en Dieu et pour Dieu avec Jésus- Christ, se réjouissent! car ils ont choisi la meilleure part. Qu'ils continuent à se cacher parmi les hommes, à pratiquer la piété, le détachement, le support, .toutes les vertus, sans s'inquiéter du monde qui les méprise ; un jour viendra, dit l'Apôtre, où leur vie sainte et oubliée sera manifestée à la face de l'univers,
(1) Col. 3, 5. Rom. 6, 4.