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MARS. FIN DU MOIS. — DU DERNIER SOUPIR

Anges et avec Dieu ! Oh ! qu'elles béniront à jamais la Vierge bienheureuse qui, par son humilité et sa prudence, sut si bien allier nos intérêts avec ses grandeurs, c'est-à-dire unir indissolublement notre salut à sa dignité de Mère de Dieu! Elle nous a tous engendrés pour le ciel, au moment même où elle concevait Jésus pour la terre.

0 mon souverain Créateur! puisque la parole de Marie, sortie d'un cœur si parfaitement humble, a été si bienfaisante et si efficace, donnez-moi la force de dompter mon orgueil, de fuir la présomption et de pratiquer I'humilité dans toute ma conduite. Et comme cette dernière vertu, selon l'Esprit-Saint, est inséparable de la sagesse,4 inspirez-moi une grande prudence et discrétion dans l'importante affaire de mon salut. Donnez-moi la grâce de la conduire à bonne fin : 1° Par un soin particulier de me défier de moi-même et de me confier en Jésus et en Marie. 2° Par une attention continuelle à profiter des grâces dont mon Sauveur est la source et sa divine Mère le canal.

fin lu mois. — Du dernier soupir.

Préparation. — Pour nous disposer à la mort, à la fin de ce mois, nous méditerons : 4° Comment on peut envisager le dernier soupir. 2° A quelles conditions il nous ouvrira les portes du ciel. — Ne manquons jamais de former chaque soir un acte fervent de repentir, comme si nous devions mourir la nuit suivante. Unissons-nous ensuite à Jésus expirant, et remettons avec lui notre Ame à la garde de son Père. In m amis tuas, Domine, commendo spiritum meum.

lo Comment envisager le dernier soupir.

« Le monde, dit un auteur,2 ressemble à un théâtre. La vie de l'homme est comme une représentation dramatique. » Chacun y joue son rôle, puis disparait, quand tombe pour lui le rideau de la mort, qui clôt la scène du temps et ouvre pour lui la grande ère de l'éternité. Alors celui qui était roi ne l'est plus. Dépouillé des insignes de sa royauté, il devient comme les autres hommes :

(1) Prov. il,' S. (2) Cornélius A-Lapide.

MAftS. FIN DU MOIS. — DU DERNIER SOUPIR. 431

son corps est enfoui dans la terre, et son àmo paraît devant Dieu. Heureux qui aura joué sur la terre le rôle d'un vrai disciple de Jésus! Il sera loué et exalté par le juste appréciateur du mérite, qui récompense les bonnes œuvres et les vertus avec une générosité sans bornes. Ego merces tua magna nimis.*

Notre vie est un voyage dont le terme est le dernier soupir. La terre, en effet, est-elle autre chose qu'un lieu de passage, par lequel nous nous rendons à notre demeure éternelle? In domum œternitatis* A chaque heure, à chaque instant, nous avançons, le temps nous emporte avec lui. Nos années écoulées ont fui comme une ombre. Ainsi disparaîtront de notre vie celles qu'il nous reste à passer ici-bas. Alors nous aboutirons au terme de notre carrière, et il nous faudra rendre le dernier soupir. — Que voudrons-nous avoir fait dans ce moment suprême? Quelle route souhaiteronsnous d'avoir suivie? est-ce celle du vice ou celle de la vertu? Pensons-y tandis qu'il en est temps.

Car notre existence ressemble à une journée de travail, qui se termine par le dernier soupir. En nous plaçant sur la terre, Dieu nous a prescrit la tache importante de notre sanctification. Notre fidélité à la remplir aura sa récompense, mais quand? au soir de notre vie ou de notre journée ici-bas. Alors Dieu se dispose à nous donner notre salaire, lorsque déjà nous entourent les ombres de la mort. Quel bonheur en ce moment pour nous, si nous avons bien travaillé, c'est-à-dire travaillé non selon notre amour-propre, mais selon la volonté du Maître qui doit nous récompenser!

0 mon Dieu ! faites-moi répondre fidèlement à ma noble destinée. En vivant ici-bas, je ne veux point attendre, pour vous plaire, le moment de la mort. — Étranger sur la terre, je veux m'en détacher, et, pendant que je cours entraîné par le temps vers un terme qui fixera mon sort, je désire uniquement de m'unir à vous. — Ouvrier d'un jour, je ne réclame d'autre salaire en ce monde, que le bonheur de vous servir. Accordez-moi la grâce : 1° De remplir exactement tous mes emplois, tous mes devoirs. 2° De vivre comme le voyageur qui passe, sans lier mes affections aux choses que je rencontre sur ma route. 3° De travailler avec ardeur à l'affaire si importante que vous m'avez confiée, celle de ma sanctification et de mon salut.

(l)Gen. 15, 1. (2) Eccli. 12,5.

<43u2 MARS. FIN DU MOIS. — DU DERNIER SOUPIR.

2° A QUELLES CONDITIONS LE DERNIER SOUPIR NOUS OUVRE LES PORTES DU CIEL.

Heureux celui qui fait servir sa vie entière de préparation à la mort! La scène du monde passe avec la rapidité de l'éclair, mais les œuvres bonnes ou mauvaises demeurent et ont des conséquences éternelles. Au souvenir de leurs iniquités, dit le Sage, les pécheurs se présenteront en tremblant devant le tribunal de Dieu, pour y entendre une sentence qui les condamnera à des supplices sans fin; tandis que les justes, après les labeurs et les luttes de l'exil, entreront dans les joies de la Jérusalem céleste. Oh! que le bonheur de mourir saintement vaut bien la peine de mener une vie fervente!

Et cette ferveur, sauvegarde de l'innocence, qu'cst-elle, si ce n'est le soin de chercher Dieu sans inconstance? Gardons-nous donc de la tiédeur et de la lâcheté. Car jamais il ne nous est permis de ralentir notre marche ou de laisser diminuer notre ardeur. Plus les années nous rapprochent du tombeau, plus nous devons être attentifs à nous préparer au passage qui doit fixer notre sort. — A cette fin, devenons chaque jour de plus en plus humbles, anéantis à nos propres yeux; — détachons-nous des biens qui vont bientôt nous échapper; — soyons attentifs à nous enrichir des trésors spirituels que nous emporterons avec nous.

S'il nous en coûte parfois de veiller sur nous-mêmes, de nous mortifier, de vaincre les tentations, de réprimer nos mauvais penchants, de supporter nos peines et de prier sans relâche, pensons à la récompense qui nous est promise, récompense toujours plus riche et plus belle à mesure que nous avançons dans la vertu. Le Dieu que nous servons est un Roi généreux et magnifique : pour un verre d'eau, il donne une éternité de délices.

0 mon Dieu! que ne font pas les mondains qui ambitionnent une fortune dont ils jouiront à peine quelques années? Ne me laissez pas devenir, pendant cette vie si courte, un serviteur lâche, négligent, paresseux, peu soucieux de vos intérêts qui sont aussi les miens. Établissez en moi votre règne sur les ruines de mes défauts et de mes mauvaises inclinations. Faites-moi prier sans cesse et me demander souvent : « Comment ferais-je cette action, si je devais mourir dans une heure, dans un instant? »

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